PRET
de me. late D. a
tain nombre de colons étaient déjà venus grossir nos rangs; mais ces recrues n'étant encore ni armées ni organisées, n’ayant rien de ce qui fait le soldat, constituaient plutôt une espérance pour l’avenir qu’une force actuelle et réelle. Nous mettre à la poursuite de l’ennemi sur la route de la Basse-Terre, c’eût été livrer la Pointe-à-Pitre sans défense contre une attaque venant du côté de la Grande-Tetre ; c’eût été une faute irréparable, faute que l'événement aurait démontrée deux jours après, lorsque le général Grey débarqua au Gosier avec deux mille hommes. Ce général, ne trouvant pas la Pointe-à-Pitre gardée, y serait . entré: Alors que serait devenue notre petite armée sur la route de la Basse Terre? De deux choses l’une, ou elle se serait enfermée dans la position du camp Saint-Jean, ou elle serait restée en camp volant sur la route. Dans le premier ças , Sans communication avec la mer, qui appartenait à l’ennemi, bientôt manquant de vivres, il lui serait arrivé exactement ce qui est arrivé à l’armée anglaise : elle aurait été obligée de crier merci et de mettre bas les armes. Dans le second cas, Aubert, sur une route semée de défilés, ayant de front les forces ennemies de la Basse-Terre, et par derrière les soldats de Grey, n’aurait-il pas courü le risque d’être fait prisonnier ? Ce général était done entrainé par une inspiration fâcheuse si, comme le prétend Boyer Peyreleau , il a été d’avis d’ édener la On ALNS pour se mettre à la poursuite de l'ennemi.
Victor Hugues vit plus juste. Ce n’était certes pas l'audace qui lui manquait. Mais, avant de tenter de nouvelles conquêtes, il voulut affermir celles déjà faites. Il se mit à l'œuvre. Le soin le plus urgent était la création d’une armée. Le 8, il fit une proclamation à l'effet d'inviter les citoyens noirs à venir s’enrôler. Le bataillon des sans-culottes fut converti en demibrigade. Le recrutement des soldats et la nomination des oficiers se firent d’une manière neuve : un citoyen quelconque, qui conduisait à la Pointe-à-Pitre, alors transformée en camp
de manœuvres et en atelier d'armes, dix hommes, était nommé
caporal ; plus de dix hommes, sergent; vingt-cinq, sous-lieute-
nant; cinquante, lieutenant; enfin, cent hommes et au-dessus,
capitaine. C’est ainsi que le nègre Vulcain, brave comme un César, mais quelque peu lépreux, fut fait capitaine.
Indépendamment de la demi-brigade des sañs-eulottes, on organisa des compagnies de canonniers, de sapeurs, de dragons et de gendarmes. On procédait en même temps à l'instruction des officiers et des soldats. Il fut pourvu à l'habillement des uns et des autres par des réquisitions. Mais, en attendant que la toile fut convertie en habits et le cuir en souliers, les recrues se rendaient à l'exercice avec leur costume habituel, c’est-à-dire avec la chemise et la culotte, quelquefois un peu trouées , pieds aus, sans chapeaux. Les officiers, pour se faire distinguer du simple soldat, ajustaient à un chapeau quelconque une plume, un pompon ou une large cocarde. |
Le 10, Grey débarquait deux mille hommes au Gosien La faiblesse de notre armée enleva à Victor Hugues même la pensée de s'opposer à ce débarquement. L’ennemi, procédant avec circonspection et lenteur, vint s'établir à Mascot, y éleva des
batteries, et commença un feu terrible contre Fleur-d’Épée, qu'il fit attaquer en même temps du côté de.la mer par des chaloupes canonnières.
Mais nous avions employé à PAR: les ouvrages de Fleur. d'Épée le temps mis par Grey à s'approcher de Mascot et à s'y. fortifier. Pour atteindre un but si important, Victor Hugues avait tout mis en réquisition : hommes, bêtes de sommeet matériaux. On ne reeula point devant la nécessité de démolir des maisons et l’église du bourg du Gosier. Les travaux qu’on n’eut pas le temps.
d'élever en pierres furent exécutés à l’aide de sacs dar dé"
terre. ” |
Le capitainé de vaisseau Frémont avait été d’abord nommé commandant de Fleur-d'Épée; mais bientôt il fut remplacé par le brave Dumont; celui-ci défendit le fort, jusqu’au dernier moment, avec un sang-froid et une résolution qu’on ne trouve que dans. les crises sociales, qui semblent avoir la: vertu de tremper de grands caractères. at
L’ennemi avait établi, en outre, une batterie au morne Saint- Jean et une autre au morne Savon, celle-ci à fourneaux: Cette
dernière batterie était la plus dangereuse : elle allumait à tous les instants du jour et de la nuit des incendies dans la ville. Hugues tenta d'en chasser les Anglais. L'entreprise, qui eut lieu dans la nuit du 19 au 20, échoua complétement. Le commissaire de la Convention tourna alors ses vues contre Mascot. Comme c'était dans une attaque de nuit que Fleur-d’Épée avait été surpris et enlevé, on pensa que l'emploi du même moyen serait couronné d’un égal succès. Dans la nuit du 27 au 28, nos troupes furent done menées à l'assaut du morne Mascot; elles furent repoussées. Victor Hugues, supposant que l'ennemi, après cette victoire, ne s’attendrait pas à être attaqué immédiatement, et qu’on pourrait le surprendre endormi dans une fausse sécurité, fit renouveler la même attaque la nuit suivante. Cette fois, nos colonnes s'étant égarées dans l’obscurité furent écrasées. Victor Hugues avoua une perte de trois : cents hommes. Dans le désordre de cette défaite, le chef de bataillon Clarke passa à l'ennemi. | Un mois s'était écoulé depuis l’arrivée des Français. Il n’en restait presque plus : leurs rangs avaient été ravagés autant par . la maladie que par le fer et le plomb de l’ennemi. Le commissaire Chrétien était mort; les généraux Rouvyer et Cartier, morts, celui-ci d’un excès de fatigue et l’autre d’un éclat de bombe. La Pointe-à-Pitre offrait un spectacle désolant. Les bombes, les obus et les boulets ne cessaient de pleuvoir sur cette malheureuse cité. 11 y avait danger de rester dans l’intérieur des maisons, danger de sortir dans les rues. La place du marché est située an milieu de la ville : les bombes n’en avaient pas moins chassé vendeurs et acheteurs. De tous côtés on ne voyait que des murs avec de larges brèches. Ici étaient les traces de l'incendie, là ce n’était plus que des maisons écroulées, des ruines, des décombres. Malgré le soin pris de réunir tous les navires dans le lieu le plus écarté du port, ils souffraient cruellement, tant par le feu des batteries que par celui des vaisseaux ennemis. La frégate la Thétis et la gabare la Prévoyante étaient fortement endommagées. Dix navires de ceux pris aux Anglais avaient été coulés; les autres étaient plus ou moins désemparés. Victor Hugues
s’avisa d’un moyen qu’il crut propre à servir de bouclier à sa
flotte : il transforma en prisons quelques navires sur lesquels ;
le 21 juin, il envoya tous les prisonniers. Ces infortunés, exposés à l’égal presque de leurs gardiens, ne tardèrent pas à.se plaindre. C'était ce que voulait le commissaire de la Convention. Alors il autorisa le lieutenant Cudmore à se rendre, sur parole, à bord du vaisseau le Boyne, afin d'informer les ennemis de la situation des choses. L'expédient de Victor Hugues n’obtint pas le succès attendu. Les chefs anglais aimèrent mieux courir le risque de frapper quelques compatriotes que de cesser Je faire du mal à l'ennemi.
Le déserteur Clarke n’ayait pas laissé ignorer aux jé la
fâcheuse situation de Victor Hugues à la Pointe-à-Pitre. Grey,:
croyant se montrer généreux, fit offrir au proconsul une capitu-
lation dont les termes seraient honorables. Aubert, qui voyait
les choses de sang-froid et en homme du métiér, ne pensait pas que l'on dût attendre le succès de l'inconnu et du hasard. Après avoir fait tout ce.que le courage et l'honneur comman-
daient, calculant les moyens que les assiégés avaient à opposer:
aux assiégeants, il jugeait la résistance impossible, et conseillait d'écouter les propositions de l’ennemi. Confiant, lui, dans le génie de la République, Victor Hugues espérait !'II avait d’ailleurs un dernier moyen auquel il s'était cramponné ét d'où l'on ne pouvait l’arracher. Il disait avec un tremblement nerveux :
« Je ne remettrai rien à ces coquins d’Anglais, rien!.au temps «. voulu, je brûlerai tous les navires qui sont dans le port, je
« brülerai la ville; ils n’auront que des cendres! », Cependant les moyens à l’aide desquels le proconsul s 'était
soutenu jusqu'alors ne s’emploient pas longfemps. Le moment
allait venir où son indomptable fermeté, n'étant appuyée sur
rien, deviendrait une arme inutile. Pour nous vaincre, ül fallait,
attendre. Grey n’attendit point! Voulant brusquer la situation,
l'emporter d’assaut et d’un seul coup, il perdit tout, prépara
ses revers et notre triomphe. Il est vrai qu'il supposait-les y
républicains abattus, démoralisés, incapables de résister à une attaque poussée avec vigueur.