‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 83 sur 140 · SE · texte numérisé non relu

SE

LA

N Pys wtd usé

x, pes "à

Pour l'intelligence des événements qui vont s'accomplir, il est nécessaire de faire connaître la situation topographique de la Pointe-à-Pitre. Cette ville, ouverte de toutes parts, est située sur une langue de terre qui s’avance dans le port. A l'ouest, c’est encore le port, mais la Rivière-Salée va prendre naissance; à lestestun autre bras de mer. Au fond de ce bras de mer est une vaste place, appelée alors la place Sartine : sur cette place était - une église. A l'est de cette place sont le morne Méy et le Morneà-Caille. Le terrain sur lequel la ville est assise n’était accidenté que par le Morne-du-Gouvernement, situé à l’ouest de la place Sartine. C'était sur ce morne qu'était construite, avant la révolution, la caserne servant au logement de la garnison. Victor Hugues en avait fait une espèce de citadelle, l’avait armé et avait transformé la salle de discipline en poudrière, Du côté. tant de la ville que de la place Sartine, le Morne-du-Gouvernement, par suite des matériaux qui en avaient été extraits, coupé . à pic, offrait des défenses naturelles ; la partie faisant face à la campagne présentait une pente douce, mais était défendue dans plusieurs endroits par des palétuviers et des marécages. Là où ne se rencontraient point des obstacles naturels on avait fait creuser un fossé. La caserne n’étant pas assez spacieuse pour loger toutes les troupes, une partie de nos soldats avait été placée dans différentes maisons de la ville. La Pointe-à-Pitre dans sa plus grande longueur est traversée du sud au nord par une rue dite des Abymes. A l’extrémité de cette rue est un pont en bois jeté sur un canal creusé dans un terrain marécageux, canal destiné à faciliter le dessèchement des terres du voisinage. Ce pont était défendu par une pièce de canon et par dix hommes, commandés par le sergent Bergniol.

Le 1° juillet, dans la soirée, l'ennemi ouvrit son feu sur la ville, feu encore plus nourri que dans les jours précédents. Pendant huit heures consécutives, les batteries de Savon et de Saint-Jean ne cessèrent de tirer. La ville était couverte de bombes et d’obus. Victor Hugues fut contraint d'abandonner la maison qu’il habitait, et sur laquelle des bombes avaient plusieurs fois éclaté. Suivi du commandant Boudet et du capitaine

de vaisseau Leissegues, il alla passer la nuit au Morne-à-Caille.

Vers deux heures du matin, le feu dés batteries se ralentit, puis cessa. À trois heures, deux colonnes, fortes chacune de mille hommes, sortent de Mascot et s’avancent, en silence,

sur la Pointe-à-Pitre. Les postes avancés, surpris, sont égorgés, et les deux colonnes entrent dans la ville, lune par le

morne Méy, l’autre par le Morne-à-Caille. Victor Hugues n’a que le temps de se sauver, en chemise, sur le Morne-du-Gouvernement. Boudet et Leissègues le suivent, ralliant, entrainant avec eux tous les hommes qu’ils rencontrent.

Au Morne-du-Gouvernement, Victor Hugues trouve Aubert. « Voici le moment de montrer aux Anglais ce que péuvent les « républicains, dit au général le fougueux commissaire. Plutôt « que de nous rendre à ces coquins, périssons jusqu’au der- « nier! » s |

—« Périr, soit! mais pourquoi sommes-nous arrivés jusqu’à « vouloir sacrifier tant de braves gens sans utilité. Vous devez « reconnaître aujourd'hui que vous avez eu tort de ne pas « accepter la capitulation honorable que vous faisait pressentir « le général Grey. »

— « Tu es un lâche! lui crie Victor Hugues , en se jetant sur « ses insignes de général qu'il arrache et qu’il lui jette au « visage, un lâche indigne de commander à à des républicains! « Je te destitue; tu n’es plus rien! »

Aubert avait du cœur; cent fois il avait sftrenté la mort, et il souffrit cette ignominie! S'il mit la main sur la poignée de son sabre, il ne le sortit pas du fourreau. Lui qui ne craignait

ni les balles, ni les boulets ennemis, avait peur de la guillotine

des sans-culottes. Il devait savoir pourtant qu’on ne survit pas à la honte. Huit jours après il n'existait plus. Il autorisa Victor Hugues à dire de lui dans une dépêche : « Aubert, avec des ta- « lents-militaires, était d’une lächeté sans égale. »

Les Anglais entrés dans la ville, la première préoccupation

des chefs fut de s'emparer de la personne du commissaire de la

Convention. Tandis que l’une des colonnes se déploie et prend position sur la place Sartine, et que l’autre se jette dans la rue

des Abymes qu’elle suit pour contourner le Morne-du- Gouvernement et l’attaquer du: côté de la campagne, une compagnie d'élite est confiée à des guides à l'effet de cerner et de fouiller les maisons où l’on savait que Victor Hugues avait coutume de passer ses nuits. On arrive dans celle qu'habitait Aubert: Sa femme et ses deux enfants en bas âge sont au second étage. Au rez-de-chaussée est un dépôt de poudre. On suppose que Victor Hugues peut s'être caché dans cette maison. Les militaires entrent, cherchent sans précaution, plusieurs ayant des chandelles à la main; le feu prend aux poudres : on entend une explosion terrible et la maison s'écroule, ensevelissant sous les décombres les soldats ennemis et madame Aubert et ses enfants. Ainsi l’infortuné général Aubert, à la même minute, avait perdu tous les objets de ses affections et avait vu flétrir, souiller son honneur et sa réputation.

Cependant la colonne continuait son mouvement dans la rue “des Abymes. Dès le premier moment on était venu, en toute hâte, annoncer au sergent Bergniol que les Anglais étaient dans la ville. « C’est bon, avait-il répondu, laissez-les venir! » Il retourne sa pièce de canon, la charge jusqu’à la gueule avec tout ce qu’il peut trouver, sans même négliger un bout de chaîne, puis il attend! Bientôt le bruit sourd et cadencé du pas des soldats lui révèle que l’ennemi s'approche. — Silence et attention, dit-il aux canonniers.— La colonne n’est plus qu’à une portée de pistolet. — Qui vive? crie Bergniol. — Compagnie de Vulcain! — répond l'émigré Madière, guide de la colonne. On prétend que Vulcain, au Morne-du-Gouvernement avec sa compagnie, entendant cette réponse, cria en langage créole: To menti! — Feu! dit Bergniol. — Le coup part. Les projec-. tiles, traversant la colonne de la tête à la queue, y causent un affreux ravage. Cette troupe s’arrèête et hésite. Sans lui donner - le temps de se reconnaitre, nos soldats, casernés dans les maisons, se mettent aux fenêtres et commencent une fusillade meurtrière. Les tronçons de cette.colonne reviennent sur la place Sartine dans le plus grand désordre. Ils sont rejoints par les débris de la compagnie qui n'avaient pas été ensevelis sous .

les décombresde la maison d’Aubert. Ces soldats, pleins d’effroi, jettent partout l’épouvante en criant : fa ville est minée!

La frégate la Pique était mouillée fort près de terre, dans le bras de mer faisant facé à la place Sartine. Le jour commençait à poindre. Du bord, on aperçoit sur la place des habits rouges. Ce sont les ennemis ! La frégate tire à mitraille. En même temps, nos troupes, du haut du Morne-du-Gouvernement, fusillent les Anglais qui, pour se mettre à couvert, vont former leurs ba-

taillons derrière l’église. Mais nos soldats, casernés dans les .

maisons, s'étaient ralliés; ceux du Morne-du-Gouvernement quittent leur position, et tous ensemble fondent sur les ennemis qui battent en retraité sous la conduite du major Ross.

Ils sont poursuivis l’épée dans les reins jusque dans leurs retranchements de Mascot.

Les rues et la place Sartine étaient ionces de morts et de blessés. L’ennemi a avoué une perte de 475 hommes, dont 25

officiers. Le colonel Gomm et le capitaine de vaisseau Robertson

étaient parmi les morts. Lé général Syms, qui commandait en chef , fut blessé. L’émigré-guide Madière fut tué, et c'était justice.

Les Français, de leur côté, ont évalué la perte des ennemis à

890 hommes tués ou blessés, sans compter 250 prisonniers. Toute l'artillerie ennemie resta en notre pouvoir.

En mémoire de ce fait d’armes, le Morne-du-Gouvernement et la place Sartine reçurent le nom de morne et de place de la.

Victoire. Le morne de la Victoire n'existe plus. A force d’y puiser des matériaux et des remblais pour les besoins dela ville,

il a été aplani. Là où fut le Morne-du-Gouvernement sont au-

jourd’hui des maisons particulières, le palais de justice, l’église

et une belle et vaste place. Sur cette place, par une heureuse

fiction, il a été. élevé un monument au noble amiral Gourbeyre, car celui qui, pendant la paix, travaille au bien-être et au bonheur du peuple, remporte, lui aussi, la plus douce, comme la plus durable de toutes les victoires.

L'ennemi rentré à Mascot voulut venger sur Fleur-d’ ’Épée son échec dela Pointe-à-Pitre. Il ouvrit contre ce fort un feu

qu'il ne cessa que dans la nuit du 5 au 4 pour tenter un assaut

ee 0 up

A Jade vf

ER So —

désespéré. Repoussé, il se décida à Mi Rnes la Grande-Terre. Le 5,ïils ’embarqua à bord des vaisseaux de l'amiral Jervis,

laissant en notre pouvoir ses Magasins, toutes ses provisions de guerre et de bouche. Mais il était temps que cette lutte acharnée prit fin : encore vingt-quatre heures et Dumont n'aurait plus eu une amorce à brûler.

> à à ra 23; ONE ÉONNTIÈTS UE #h © né 4

à “ Sn Woo: saisteg a st

LE w:664 Ds É 4 de à af RE par.

F* cet on isa UE Li er 1488 a * ie ES

Page 1