‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 84 sur 140 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le gouvernement anglais à la Guadeloupe et le gouvernement républicain à la Grande-Terre. — Le baron de Clairfontaine. — Serment au roi Georges. — Les deux frères Vatable. -— La Pointe-à-Pitre cernée par terre et par mer. — Sécurité du général Grey. — Son départ pour la Martinique avec les gros vaisseaux de l’escadre. — Préparatifs de Victor Hugues pour passer à la Guadeloupe. — Difficultés à vaincre. — : Le capitaine Pélardy fait général de division. — Nos premiers corsaires. — L'armée républicaine transportée à la Guadeloupe. Pélardy. —

Boudet. — Bures. — Le camp Saint-Jean. — Boudet battu par les émigrés. — Proposition de M. de Richebois. — Le siége du camp. — Nouvelle proposition de M. de Richebois. — Réponse du général

Graham. — Lettre de Victor Hugues. — L’envoyé de Graham. — Capitulation. — Les émigrés voués à la mort. — La chaloupe couvérte.— Monroux. — Chavidan. — La fusillade du morne Savon. — Effet de cette nouvelle à la Basse-Terre. — Arrivée de Pélardy. — Siége du fort Saint-Charles. — Évacuation du fort. — L'air de Dam cà ira.

La Guadeloupe, comme on le sait, est formée de deux iles ayant chacune une grandeur à peu près égale, séparées par un canal étroit, appelé la Rivière-Salée. L’ennemi ayant évacué Mascot, les Français se trouvèrent en possession ‘de l’une, et les Anglais de l’autre. Là, sur la partie de la Grande-Terre, était le gouvernement révolutionnaire, fonctionnant avec les formes que nous ferons connaitre; ici, à la Guadeloupe proprement dite, élait le gouvernement monarchique.

Un tel état de choses subsistera pendant plus de trois mois!

Là où dominaient les Anglais, aucun changement n'avait été - apporté dans le régime de l'esclavage. L'ordre le plus parfait régnait dans les ateliers. Grey donnait tous ses soins à effacer des institutions de la colonie les dernières traces du gouvernement révolutionnaire. Le 50 juillet, il avait reconstitué les

tribunaux tels qu'ils existaient du temps de Louis XVI, et ré-

tabli dans leurs fonctions tous les anciens magistrats. Les co- ,

lons dits royalistes étaient entourés de soins et d’égards. Dans le but de leur plaire, le 7 août, il avait nommé l’un d’eux, le baron de Clairfontaine, « administrateur général de justice, « police et finances, pour, en cette qualité, présider le con- « seil supérieur, nommer, avec l'approbation du gouverneur, « à toutes les fonctions qui ne pourraient contrarier le com- « mandement des armées de terre et de mer. » Mais si le gouver-

nement anglais témoignait de la bienveillance aux colons

royalistes, il usait, au contraire, de la plus grande rigueur envers les patriotes. Ceux-ci étaient arrètés, déportés, et leurs biens mis sous le séquestre. ; ae Pour reconnaitre soit un patriote, soit un royaliste, on avait une pierre de touche, le serment au roi Georges. Était royaliste qui le prêtait, patriote qui le refusait. C'était pour les prévenir qu'ils avaient à prêter ce serment que, dans le courant du mois d'août, on avait mandé chez M. de Clairfontaine les deux frères Vatable, récemment arrivés de France. L’avertissement resté sans effet, des sbires sont mis à la poursuite des deux patriotes. Les agents anglais ne connaissaient point ces jeunes gens. Cependant, sur les indications qu’on leur avait données, ils croient les reconnaître dans la rue; pour s’en assurer, s'adressant à une jeune fille, ils lui demandent : « Ne sont-ce « pas les MM. Vatable que nous apercevons là-bas? » Cette jeune fille, se doutant qu’il s’agit de quelque chose de fâcheux pour ces colons, répond sans hésiter : « Non! je viens de « les voir se diriger du côté de leur demeure. » Et tout aussitôt elle court prévenir les MM. Vatable de la demande qui lui avait été faite et de sa réponse. Ils se jettent dans une maison et se cachent. La nuit venue, escaladant les murs des cours, de maison en maison, ils arrivent dans celle de la famille Coussin-

Blanc. Là, ils sont reçus ét cachés dans le grenier. Ils y étaient

depuis quinze jours, lorsqu'un domestique, dans un moment de

mauvaise humeur contre la dâme Coussin, la menace d'aller

dénoncer qu’elle tient deux patriotes cachés dans sa maison.

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