CHAPITRE y
Dupoyet gouverneur. — Peine des galères contre tout fait de commerce interlope. — Droits et obligations des colonies subordonnés aux droits et obligations du commerce de la Métropole. — Injustice du contraire. — Établissement de la léproserie de la Désirade. — Le café. — Le tabac. — Obstacles rencontrés. — Le café étranger consommé en France et le café français consommé à l'étranger. — Exemption des droits de capitation pour une catégorie de colons. — Ordre d'entourer les îles d'une haie de raquette. — Dupoyet remplacé par le marquis de Larnage.
Moyencourt rappelé en France, Dupoyet, gouverneur de la Grenade, fut nommé gouverneur de la Guadeloupe. Le nouveau chef avait la mission de faire exécuter redit du mois d'octobre 1727, prononçant « la peine des galères, contre tout « individu coupable d'avoir introduit dans les colonies fran- < çaises d'autres nègres, effets, denrées et marchandises que « ceux importés par les seuls bâtiments nationaux, chargés « dans des ports français. »
11 est des contrats qui n'ont pas besoin d'être écrits. En morale comme en politique , la grande loi , c'est celle de vivre. Les colonies ne pouvaient être soumises à l'obligation de ne consommer que des objets français, sans que le commerce de la France fût tenu de les leur fournir. Pourtant les choses étaient loin de se pratiquer ainsi. Le commerce français avait un droit , appuyé par des peines de galères , sans être tenu à aucun devoir. Il manquait à ses obligations, aussi bien sous le rapport de la quantité que de la qualité des denrées. Il faisait, en outre, un abus coupable de la pénurie dont lui-même était la cause. Ainsi, par exemple, la farine ou le bœuf était rare : vouliez-
vous en acheter? on ne vous en livrait que sous la condition de prendre également une autre chose qui n'avait pas de débit et dont vous n'aviez pas besoin : c'était un objet sans prix dont le négociant se débarrassait, en lui assignant une valeur arbitraire. On souffrait encore plus de la qualité que de la rareté de la marchandise. Nous ne citerons qu'un fait : le baril de bœuf salé devait contenir vingt morceaux. On l'achetait sous cette garantie. Le gouverneur général, importuné par les plaintes des colons sur la qualité des objets alimentaires qui leur étaient vendus, voulut s'assurer par lui-même de ce que ces plaintes renfermaient de vérité. Il fit défoncer, lui présent, une certaine quantité de barils, de bœuf; le compte des morceaux s'y trouvait; mais sur les vingt, il y avait dixsept jarrets. Et le commerce se plaignait de ce qu'aux Antilles on donnait la préférence à la marchandise étrangère! Avec ce système , les quelques négociants qui expédiaient des marchandises pour les îles devaient réaliser des bénéfices énormes, mais il avait aussi pour résultat de condamner un grand nombre de Français à souffrir de la faim pour conduire quelques autres à l'opulence.
A part les exceptions, les choses n'ont pas beaucoup changé. On achète du beurre, c'est on ne sait quoi, mais ce n'est pas du beurre; un paquet de bougie qui est censé renfermer une livre ne contient pas douze onces; une demi-barriqiie.de vin n'est que le cinquième de deux barriques ; vous croyez acquérir un panier d'huile d'olive de douze bouteilles, vous payez en conséquence, mais il arrive que vous n'avez que douze fioles d'une huile dans la fabrication de laquelle il n'est pas entré une olive.
C'est sous l'administration de Dupoyet que se fonda la léproserie de la Désirade. La lèpre, inconnue anciennement dans les climats de l'Europe , après y avoir exercé ses ravages pendant huit siècles, avait complètement disparu vers la fin du XVe siècle, en 1492. Deux siècles après, elle se montrait dans les colonies françaises. Le 25 avril 1712, la maladie avait fait assez de progrès pour déterminer le conseil supérieur du Cap à
rendre un arrêt pour le transport des ladres à l'île de la Tortue. A la Guadeloupe , on ne se préoccupa des lépreux qu'un peu plus tard, le 14 mai 1721. A cette date, le conseil supérieur ordonna aux maîtres qui avaient des esclaves attaqués de ladrerie, de les séquestrer dans des lieux écartés, sous peine de cent livres d'amende. Mais dans l'espace de quatre ans, de 1721 à 1725, la maladie s'étend et se propage avec une si prodigieuse rapidité que les habitants de la Grande-Terre, effrayés, s'assemblent pour concerter entre eux les moyens de se préserver de la contagion. Le résultat de la conférence fut la séquestration de tous les individus affectés de la lèpre. Un mémoire sur la nécessité de cette mesure, rédigé par des commissaires, fut présenté au gouverneur le 20 avril 1725. Ce mémoire fut transmis au gouverneur général par le comte de Moyencourt, qui l'appuya. Mais il est une chose sans laquelle on ne peut rien fonder, et à laquelle les habitants de la Grande-Terre n'avaient pas songé : l'argent. Le gouverneur et l'intendant le leur firent remarquer. Ils s'assemblèrent de nouveau et nommèrent des députés pour aviser à ce qu'il y avait à faire. Ces députés, réunis le 51 mars 1726, délibérant en présence du procureur général et d'un commissaire du conseil supérieur, arrêtèrent que tout habitant serait imposé à vingt sous par tête de nègre travaillant.
Les fonds réunis, tant pour les frais de la visite générale à laquelle oj^ voulait se livrer, à l'effet de reconnaître les personnes infectées, que pour ceux d'un premier établissement, le gouverneur général et l'intendant, après avoir donné leur approbation au mémoire des habitants de la Grande-Terre, le soumirent au comte deMaurepas, alors ministre, qui l'approuva à son tour.
Pour qu'un acte quelconque put être exécuté à la Guadeloupe, il fallait qu'il fût approuvé d'abord par le gouverneur particulier de l'île, puis parle gouverneur général, et enfin par le ministre. L'acte, suivant la même filière pour revenir au lieu d'où il était parti, il en résultait toujours beaucoup de lenteur, même dans les choses reconnues urgentes. C'est ainsi que
l'établissement de la léproserie, réclamé en 172o, ne put entrer en cours d'exécution que trois ans après, en 1728. Déjà les chefs qui l'avaient approuvé n'existaient plus; à Moyencourt avait succédé Dupoyet, à Feuquières le sieur de Champigny.
C'est le 25 mai 1728 que Champigny et Blondel ordonnèrent une visite générale dans toute l'île pour reconnaître les lépreux. Nul habitant ne pouvait se soustraire à la visite des hommes de l'art. Quiconque, soupçonné d'être atteint de la lèpre, se dérobait à la visite, était traité comme le lépreux luimême resté à la Guadeloupe, et nous allons voir comment.
La visite fit découvrir cent vingt-cinq lépreux, dont vingtdeux blancs, six mulâtres et quatre-vingt-dix-sept nègres.
On arrêta que ces infortunés établiraient entre eux une société dans le lieu de leur exil. Ils étaient divisés en cinq groupes de vingt-cinq individus. Chaque groupe devait former un établissement ou habitation détachée. Les sexes n'étaient pas séparés. A la tète de chaque groupe, était un blanc qui avait sur les autres malades l'autorité d'un père de famille. Les exilés, en partant, étaient accompagnés d'instruments aratoires, d'une certaine quantité de vaches, de chèvres, de brebis, de volailles, de plants et de grains. Toutes ces choses , rendues à la Désirade , ne pouvaient plus en sortir. On interdisait à l'île toute espèce d'exportation. A moins qu'il ne fût lépreux luimême, aucun parent ne pouvait accompagner son parent lépreux.
La colonie ne faisait de frais que pour le malade privé de ressources. Les autres étaient tenus de se pourvoir de vivres pour six mois. Le maître fournissait des vivres à son esclave exilé.
Toutes ces dispositions faites , on fixa un délai fatal passé lequel tous les malades devaient être rendus à la Désirade, après avoir dit un éternel adieu à leurs parents, à leurs amis et aux lieux qui les avaient vus naître. Ce délai expiré, il était permis à toute personne rencontrant un lépreux ailleurs qu'à la Désirade, de lui courir sus et de le fusiller. Tout maître d'embarcation , convaincu d'avoir aidé un lépreux à s'évader.
était, comme le lépreux lui-même, fusillé sans rémission. Au moyen 'de cette loi, sur laquelle il n'est permis de faire aucune réflexion, l'habitant qui s'était soustrait à la visite du médecin , était hors la loi et tuabfe par qui le rencontrait.
Le moment est venu de parler du café, qui, pendant près d'un siècle, va occuper le rang d'une des principales productions du pays.
L'origine des choses est toujours enveloppée d'obscurité et de fables. On prétend que le caûer est une plante indigène de l'Arabie; on veut, en outre, que ses propriétés aient été découvertes par un jeune pâtre et dans les circonstances que voici : il menait paitre ses chèvres tantôt dans un lieu , tantôt dans un autre. Or, il observa que lorsque c'était où croissait le cafier, les chèvres se régalant des fruits de cette plante qu'elles aimaient passionnément, s'en revenaient beaucoup plus folles, bondissant, sautant plus fort et plus dru que de coutume. Le pâtre, voulant jouir de la même gaîté, imita ses chèvres, mangea du fruit, et le café fut découvert!
A cela il n'y a rien à répondre, si ce n'est que les chèvres du pâtre d'Arabie, étaient d'une espèce particulière, perdue depuis long-temps. Tout le monde connaît le fruit du cafier. On sait que c'est une cerise dont la chair sert d'enveloppe à deux noyaux mous, ayant la consistance d'une fève sèche, recouverts d'une espèce de parchemin. La chair de ce fruit, un peu sucrée, n'a aucune propriété, c'est le noyau qui est le café. 11 y a des animaux, le rat par exemple, qui mangent la chair du fruit du cafier; mais il n'en existe aucun, la chèvre comprise, qui touche à la fève ou noyau, quelque tourmenté qu'il soit de la faim.
On doit donc tenir le récit des chèvres d'Arabie faisant découvrir les propriétés du café, pour ce qu'il est, une fable.
Le café fut connu en France en 1069. Comme tout ce qui apparaît pour la première fois, il eut ses partisans et ses détracteurs. Il divisa les gens de l'art. Ses adversaires prétendaient qu'il produisait des vertiges, des exanthèmes à la lace, la faiblesse de la vue, la paralysie, et disposait à l'apoplexie. On alla
jusqu'à soutenir que c'était un poison, à quoi Voltaire, qui en prenait depuis soixante ans, fit cette réponse si connue : « Oui, mais un poison lent. » La spirituelle Madame de Sévigné a dit : t Comme Racine, le café passera. » Si elle n'avait parlé que du café, comme toute prophétie a une certaine teinte d'obscurité , on pourrait dire que l'immortel auteur des lettres est encore dans les délais, que ce n'est qu'une affaire de temps; mais elle a eu le malheur d'associer au café l'auteur d'Athalie, et, en vérité, on ne peut lire Racine sans craindre pour la pré^ diction de Mme de Sévigné.
Le tabac avait été encore plus mal accueilli. Proscrit en Perse, en Turquie et en Russie, il avait eu l'honneur de provo-> quer une bulle d'excommunication : le pape Urbain VIII , mettant les foudres du Vatican à la disposition des adversaires du tabac, excommunia tous les fidèles qui en feraient usage dans les églises.
Mais si les adversaires du café étaient nombreux et puissants, ses partisants présentaient une phalange encore plus compacte, plus redoutable. S'il fallait les en croire, cet heureux fruit favorise la digestion, donne des forces à l'estomac, excite les fonctions de l'entendement, l'action musculaire, les sécrétions et les exhalaisons, donne de l'activité à tout l'organisme, triomphe des fièvres intermitentes rebelles, arrête les diarrhées opiniâtres, calme l'asthme, neutralise les effets narcotiques de l'opium, enfin est possesseur de toutes les vertus. Cent poètes l'ont chanté. Delille , en quatre vers , en a décrit les effets , dont chacun, sur soi-même, peut vérifier l'exactitude :
« Mon idée était triste, aride, dépouillée,
« Elle rit, elle sort richement habillée ,
« Et je crois, du génie éprouvant le réveil,
« Boire dans chaque goutte un rayon du soleil. »
Comme les adversaires du tabac, ceux du café furent vaincus.
On faisait usage du café en France , mais l'arbuste qui le produit y était inconnu. En 1715, M. Ressou, lieutenant général d'artillerie, donna au Jardin royal de Paris, aujourd'hui
Jardin des plantes, un jeune pied de cafier qu'il avait reçu de Hollande. Vers le même temps, en 1714, le bourgmestre d'Amsterdam faisait présent à Louis XIV d'un autre jeune pied. Ces deux arbustes, élevés dans les serres du Jardin des plantes , donnèrent des fruits et de nouveaux plants.
Le cafier croissait naturellement a Bourbon, mais ne se voyait point aux Antilles. En 1720 (1), le capitaine de Clieu,
(1) Boyer-Peyreleau rejette cette date et adopte celle de 1723. Voici les raisons sur lesquelles il s'appuie : « Tous les écrivains , dit-il , se sont « trompés sur l'époque à laquelle de Clieu porta ces pieds de café à « la Martinique. On trouve aux Archives de la marine, vol. n°50, « année 1724 (le volume n°48, de l'année 1723, pour la Martinique, « manque), à la page 695, une lettre écrite par le ministre le 25 avril « à MM. de Feuquières et Blondel , gouverneur et intendant de la Marti- « nique , où il leur dit qu'il voit avec plaisir par leurs dépêches des 29 dé- « cembre 1723, 4 et 5 janvier 1724, les soins que le sieur de Clieu, capi- « taine , s'est donné pour la culture du café et pçur SA distribution « dans la colonie. Ce fut donc en 1723 qu'il s'acquitta de cette mission. »
Ainsi le raisonnement de cet estimable historien se réduit à ceci : de Clieu a été chargé d'une mission dont on ne voit pas trace avant l'année 1723, et les documents pour cette année manquent ; pour la première fois, en 1724 , on parle de la culture du cafier à la Martinique, donc les premiers plants ont dû être introduits dans cette colonie en 1723 !
D'abord, pour trouver trace, dans les Archives de la marine , de la mission de de Clieu, il faut supposer qu'il ait été chargé d'une mission. Pour nous, nous doutons fort, pour ne pas dire davantage, que le ministre eût chargé de Clieu , ou tout autre individu , de porter aux Antilles des plants propres à développer une culture , laquelle il pensait devoir être interdite aux colonies , ainsi qu'on va le voir dans un instant par des documents officiels. Mais laissons cette circonstance à l'écart pour revenir au raisonnement de M. Boyer-Peyreleau. Il est clair qu'il ne repose que sur une présomption, présomption détruite par un fait, lequel se trouve dans la lettre même du ministre que cet historien rapporte à l'appui de son opinion. Il est incontestable que de Clieu n'a apporté à la Martinique que deux jeunes plants de cafier. Or, personne n'ignore qu'un cafier, placé dans de bonnes conditions, bien venu, demande trois ans pour donner des fruits. Si donc de Clieu n'eût porté les deux plants de cafier qu'en 1723 , en décembre de cette même année et en janvier de l'année suivante, le gouverneur et l'intendant n'auraient pu écrire au ministre pour lui signaler les soins que de Clieu se donnait
partant pour la Martinique, se fit remettre deux plants venus dans les serres du Jardin des plantes. La traversée fut longue et pénible , on manqua d'eau : l'équipage et les passagers mis à la ration , de Clieu partagea avec ses chers arbustes la faible portion qu'il recevait chaque jour. Ce beau sacrifice ne fut pas perdu : les arbustes arrivèrent à la Martinique et prospérèrent si bien que, grâce aux soins de de Clieu, en 1728 on voyait déjà de belles plantations de cafiers non-seulement à la Martinique, mais encore à la Guadeloupe.
Ces habitations allaient offrir au commerce le produit de leurs récoltes. Comment traitera-t-on ce produit? En France alors tout était privilège, et la compagnie des Indes en avait obtenu un exclusif pour introduire le café étranger. De deux choses l'une, ou il fallait faire entrer dans ce privilège le café de nos colonies, ou faire pour lui un règlement à part. Parler aux colonies d'une compagnie les eût soulevées ; faire entrer en France un café pour lequel la compagnie n'avait pas de privilège, et qui serait venu faire concurrence au sien , aurait donné occasion à des réclamations. D'un côté comme de l'autre on se heurtait à une difficulté. Alexandre a montré la manière de
pour LA CULTURE du cafier et pour SA DISTRIBUTION dans la colonie; que , d'une part, n'ayant que deux petits pieds de cafier à soigner, il n'aurait pu être question de la culture du cafier, et que, de l'autre, n'ayant aucun plant à donner, il se serait agi encore moins de la distribution de cette culture dans la colonie.
La date des dépêches du gouverneur et de l'intendant justifie au contraire celle de 1 720 , que nous assignons à l'arrivée à la Martinique de de Clieu avec ses plants de cafier. En effet, le gouverneur et l'intendant écrivent en décembre 1723 et janvier 1724 ; à cette époque, trois années s'étaient écoulées ; c'est le temps de la récolte , les cafiers étaient entres en rapport et de Clieu s'occupait avec soin de cultiver les nouveaux plants et de les distribuer dans la colonie.
Un mot encore. En 1728 la culture du cafier avait pris non-seulement à la Martinique, mais encore à la Guadeloupe, assez d'extension pour préoccuper le ministre. N'est-il pas évident que si les premiers plants de cafiers n'eussent été introduits qu'en 1723, en 1728 on aurait eu quelques petites pépinières , mais non des cultures ?
sortir d'embarras : lorsqu'on ne peut délier le nœud gordien, on le coupe. Le 21 juin 1729, le ministre écrivit au gouverneur général de détourner les colons de la plantation du cafier. Mais on ne pouvait pas dire que c'était pour ne pas nuire à l'introduction du café étranger; ces choses-là ne s'avouent point. Il fallait pourtant une raison : on en trouva une qu'on ne peut bien apprécier qu'en se reportant à ce qui donna occasion à l'expulsion de la Martinique des sieurs de la Varenne et de Ricouart : ce fut que la culture du cafier pourrait nuire à la culture de la canne !
Mais il y avait bon nombre de colons qui avaient tout abandonné pour la culture exclusive du cafier. Allait-on ordonner qu'ils fissent eux-mêmes ce que font assez souvent les ouragans et les tremblements de terre ? Pour tout concilier, on prit ce moyen terme , c'est que les cafés des Iles-du-Vent seraient reçus en France, mais en entrepôt, pour de là être expédiés à l'étranger par bâtiments français. Ainsi l'on assistait à ce spectacle bizarre : les cafés étrangers se consommaient en France , et les cafés français à l'étranger !
En 4735, Saint-Domingue n'avait pu encore obtenir l'autorisation d'entreposer ses cafés pour la réexportation à l'étranger. Le ministre disait aux colons de cette île : c'est une faveur faite aux colons des Iles-du-Vent, parce qu'il y a nécessité ; les petits habitants ne pouvaient vivre sans cette culture. Mais pour vous, plantez autre chose, du tabac, par exemple. Ce n'est que quelques mois après, le 20 septembre 1735, qu'un arrêt du conseil d'État, leva l'interdit placé sur les cafés de Saint-Domingue. Enfin, le 20 mai 1736, un arrêt du même conseil d'État autorisa la consommation en France des cafés des colonies françaises, moyennant un droit d'entrée de dix livres par cinquante kilogrammes, sans compter le droit de trois et demi pour cent du domaine d'occident.
En décembre 1730, dans l'espérance qu'elle resterait, on fit frapper pour les iles une monnaie particulière. Cependant on exigeait encore en sucre le paiement du droit de capitation. Il était de cinquante kilogrammes par tète. Excepté les femmes et
les filles, tout homme libre de quatorze à soixante ans, blanc, mulâtre ou nègre, et tout esclave ou engagé, de l'un et de l'autre sexe, aussi de quatorze à soixante ans, était soumis à ce droit. Toutefois, il y avait des exemptions pour certaines classes d'individus, et pour un certain nombre de leurs esclaves. Nous allons donner le tableau de ces exemptions , en prévenant que le pri vilége accordé pour la totalité ou quelques-uns des esclaves renfermait l'exemption personnelle*