‹ Histoire de la GuadeloupeChapitre 31 sur 40 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le baron de Clugny nommé gouverneur. — Mémoire du ministre. — La Guadeloupe placée sous la dépendance de la Martinique, eu égard aux finances et à la partie militaire. — Station aux Iles-du-Vent. — Paquebots. — Les cimetières. — Les fêtes chômées. — Projet pour transférer à la Pointe-à-Pitre le siège du gouvernement. — Commission envoyée à l'île Saint-Martin. — Fête à l'occasion de la naissance du second fils de Louis XVI. — Visite du comte de la Luzerne. — Le gouverneur mandé en France pour rendre compte de sa conduite. — Son retour dans la colonie. — Entrepôt d'abord établi à la Pointe-à-Pitre, puis à la Basse-Terre.

Pour placer la Guadeloupe sous la dépendance de la Martinique, le motif avoué était l'unité de la défense. A ce point de vue , la réunion des deux gouvernements sous un chef unique n'avait de sens qu'en temps de guerre. Toutefois, durant le cours des hostilités pour l'indépendance de États-Unis d'Amérique, la Guadeloupe conserva une administration indépendante. La paix conclue, au départ du baron de Clugny , nommé gouverneur de la colonie , le maréchal de Castries , alors ministre de la marine, lui remit un mémoire, portant la date du 20 mars 1784, sur toutes les branches de l'administration du pays dont le gouvernement lui était confié. Le préambule de cette pièce contient des renseignements trop précieux pour ne pas les faire connaître. Le ministre disait :

« La Guadeloupe, aussi anciennement habitée par

« les Français que la Martinique, avec un air salubre, un sol « fertile et une position également heureuse, n'a cependant « eu, pendant près d'un siècle, que de faibles progrès, ou plutôt

est restée dans la langueur, jusqu'à l'époque de la précédente guerre. Dépendante du gouvernement général fixé à la Martinique, trop éloignée de la résidence des préposés de l'administration , qui eux-mêmes affectionnaient exclusivement le chef-lieu, elle n'a pas partagé le fruit de leur vigilance et de leurs soins. À l'espèce d'oubli auquel elle a été condamnée s'est joint un abandon total du commerce national. Les bâtiments français, attirés à Saint-Pierre de la Martinique par la faveur de la protection et par les commissionnaires , qui y concentraient toutes les productions des Iles-du-Vent , ne paraissaient presque jamais dans les ports de la Guadeloupe. Ainsi les habitants de cette colonie, sans encouragement et sans émulation, perdaient encore par les frais de transport, et par le bénéfice des agents intermédiaires , la portion des revenus destinés à augmenter leurs cultures. « Les Anglais s'étant emparés en 1759 de la Guadeloupe, et la regardant comme une nouvelle patrie, y ont introduit 18 à 20,000 noirs, qui, en moins de quatre ans, l'ont portée à un haut degré de prospérité. On a reconnu alors les ressources de cette colonie et les vraies causes de son ancienne langueur. Lorsqu'elle a été rendue à la France, on l'a soustraite à la dépendance, en lui donnant des chefs particuliers. Son commerce a été en même temps séparé de celui de la Martinique, afin de lui donner la facilité d'établir des communications directes avec la Métropole.

« Cet état de choses a subsisté jusqu'à la fin de 1768. A cette époque, des vues militaires ont déterminé à réunir le gouvernement de la Guadeloupe à celui de la Martinique ; et par une suite de cette réunion la liberté du commerce a été rétablie entre les deux îles, sans cependant que la première ait été privée de ses relations immédiates avec la Métropole. Des plaintes se sont presque aussitôt élevées de la part des différents ordres de la colonie. Le conseil supérieur et la chambre d'agriculture ont représenté que tous les maux de l'ancienne dépendance se faisaient ressentir; que la culture et le commerce retombaient insensiblement , par les mêmes

« causes, dans leur premier abandon ; qu'enfin l'influence d'une « protection directe pourrait seule conserver les forces ac- « quises, et mettre à profit les ressources offertes. Sa Majesté, « après s'être fait rendre compte de tout ce qui a été écrit pour t et contre la réunion, a cédé à ces représentations et au vœu des « habitants. Elle a, en conséquence, décidé que la Guadeloupe « serait administrée par des préposés particuliers, dont les « soins n'auraient rapport qu'à elle seule ; mais elle a différé t de statuer sur l'interdiction du cabotage qui a lieu entre cette « île et la Martinique jusqu'à ce que l'expérience en ait fait « connaître la nécessité. »

Après avoir lu ce que nous venons de transcrire, il n'est personne qui ne s'attende à voir le ministre conclure que jamais, au grand jamais, il ne faudra placer la Guadeloupe sous la dépendance de la Martinique : erreur. Il passe en revue la religion , la justice ; arrivé à la sûreté intérieure et extérieure, il dit au baron de Clugny qu'il sera subordonné au gouverneur de la Martinique pour la partie militaire ; il est vrai qu'il ajoute que cette subordination n'aura lieu que pour la partie militaire seulement. Mais passant à l'article finances, il s'exprime ainsi : « Les finances de la Guadeloupe consistent dans le produit de « l'imposition locale et dans les fonds que Sa Majesté fait « passer chaque année pour subvenir aux dépenses de la « colonie. Sa Majesté voulant que , pour cette partie seulement, « l'administration de la Guadeloupe relève de celle de la Mari Unique, elle fera incessamment connaître ses intentions à « cet égard. »

Dans le même mémoire, le ministre constatait que le cabotage entre les deux îles favorisait le commerce interlope, et pourtant il le maintenait !

Le ministre donnant à la Martinique les deux seules puissances du monde, la force et l'argent, nous voudrions bien savoir ce que, avec ses seulement, il entendait laisser d'indépendance à la Guadeloupe.

Disposant des finances de la Guadeloupe, on ne tarda pas à en abuser. Le 7 juillet 1768, le conseil supérieur de la Mari inique

avait fondé, au Fort-Royal, une institution sous le nom de collège de Saint- Victor. Cette institution était complètement étrangère à la Guadeloupe. Cependant, le 30 juillet 1784, on décida que la Guadeloupe serait tenue, pour faire prospérer ce collège, de payer annuellement à la Martinique la somme de cinq mille livres.

Lorsqu'on se jette dans la voie du privilège , on ne s'arrête plus. Le 26 novembre 1785, intervint un ordre du roi par lequel il était établi que l'intendant de la Martinique absent ou mort était remplacé de droit par l'intendant de la Guadeloupe. Ainsi cette dernière colonie, pour le plus grand profit de sa sœur, était exposéeà n'avoir pour intendant que des sujets subalternes , n'offrant ni la capacité ni les autres garanties qui sont d'ordinaire l'apanage des titulaires.

L'autorité et la prépondérance du gouverneur de la Martinique furent encore fortifiées par l'établissement, à la date du 26 octobre 1784, d'une station navale aux lles-du-Vent. Cette station, composée d'un vaisseau, de deux frégates et de quatre corvettes, était placée sous les ordres de ce gouverneur.

Dans la qualification des colons, le mémoire contient une innovation indiquant le travail qui déjà, en France, se faisait dans les esprits : les habitants sont dits des citoyens. « On doit t encore avertir le sieur de Clugny, dit le ministre, du point « de vue sous lequel il doit considérer les habitants. Ils sont « militaires sans cesser d'être citoyens libres; et sans perdre la « liberté commune aux citoyens, ils sont soumis, en ce qui € tient au service, à la discipline militaire. »

Nommé gouverneur le 20 juillet 1783, le baron de Clugny arriva à la Guadeloupe le 27 mai 1784. Le 10 du même mois, le commandant en second, Baume de la Saulais, quittait la colonie. Il était remplacé par le gouverneur de Tabago , le vicomte d'Arrot. Nous verrons ce nouveau commandant devenir gouverneur par la mort du baron de Clugny, et jouer un rôle important dans les troubles de la colonie.

Les écrits des hommes du dix-huitième siècle avaient fait revenir sur bien des idées enfantées par l'ignorance et la supers-

iition. Au premier rang était l'emplacement des cimetières. Généralement ils étaient placés à la porte ou sur les côtés des églises ; ces édifices eux-mêmes servaient de lieu de sépulture pour les grands et les roturiers qui, à leur décès, laissaient assez d'argent pour payer des places. Par ce que nous avons dit en rapportant la mort du chevalier de la Bourlamaque et les événements accomplis lors de l'exécution de Laborde et de Saint-Robert, on a pu voir qu'à la Basse-Terre on enterrait dans l'église et que le cimetière public était adossé à ce monument. Il en était de même dans les autres villes et bourgs de la colonie. Aussi tôt son arrivée, le baron de Clugny s'occupa de faire disparaître ces foyers d'infection. Le 24 juillet 1784, il prit un arrêté portant défense d'inhumer dans les églises, et ordre d'établir hors des villes tous les cimetières.

On ne tardera pas à faire cesser un autre abus religieux , celui des fêtes chômées. Anciennement ces fêtes étaient multipliées sans discernement : jointes aux dimanches, elles enlevaient au travail le tiers de l'année. L'ouvrier, qui n'avait pour subsister que son travail journalier , souffrait beaucoup de cet état de choses. Lorsde la convocation des états-généraux, on en comptait trente. C'était trop encore. On les réduisit à dix. C'était raisonnable. Malheureusement, l'homme ne sait pas s'arrêter dans les limites : il les franchit toujours. Encore un peu de temps, et nous verrons toutes ces fêtes tomber sous la faux révolutionnaire. Était-ce pour n'avoir plus de fêtes, pour consacrer au travail tous les jours de l'année? Hélas non! Les fêtes de Noël, de la Toussaint, du Saint-Sacrement et les autres seront abolies pour faire place aux fêtes : de la fondation de la République , — de la jeunesse , — de la vieillesse , — des époux, — de la reconnaissance, — du 14 juillet, — de la liberté, — du 10 août, — des vertus, — du génie, — du travail, — de l'opinion, — de la récompense, — de la franciade, — de l'agriculture, — de la souveraineté du peuple, — et enfin à l'horrible et sanglant anniversaire du 21 janvier.

D'après des instructions ministérielles du 20 octobre 1784, le gouverneur et l'intendant firent remise au gouvernement

suédois de l'ile de Saint-Barthélémy, qui avait formé jusqu'alors l'une des dépendances de la Guadeloupe.

A cette époque, le ministre avait arrêté de transférer à la Pointe-à-Pitre le siège du gouvernement de la colonie. Dans l'ordonnance du 20 décembre 1783, réglant le personnel de l'état-major de la Guadeloupe, et fixant les traitements, on trouve même la disposition suivante :

« Un commandant en second , qui résidera à la Pointe- « à-Pitre, jusqu'à ce que le siège du gouvernement y soit trans- « porté , 20,000 livres. »

Mais ce changement ne pouvait s'effectuer sans dépense. Le ministre pensait que les habitants de la Grande-Terre , à cause des avantages que leur procurerait cette translation , consentiraient à supporter une partie de cette dépense. Yoici au surplus les instructions qu'il donnait à cet égard au sieur de Clugny :

« Le port de la Pointe-à-Pitre , destiné à servir d'entrepôt « aux objets que Sa Majesté veut bien permettre aux étrangers « d'importer à la Guadeloupe, est le plus sûr des Iles-du-Vent ; « et il devra , tant par son importance et par sa position au « centre de la colonie que par les facilités que les négociants « y trouvent , attirer presque toutes les spéculations du comt merce national, à qui l'admission des étrangers procurera, « en outre, les moyens de se défaire des objets d'importation « française qu'il n'aura pu placer dans la colonie. Ces considé- « rations importantes font désirer à Sa Majesté d'établir dans « ce port une surveillance plus immédiate de la part des admi- « nistrateurs. Elle autorise , en conséquence , les sieurs de « Clugny et Foulquier à s'occuper des moyens d'y transférer le « gouvernement, l'intendance et le conseil supérieur; à faire « faire les plans et devis des dépenses que ce nouvel ordre de « choses occasionnerait, et à s'assurer si les habitants de la « Grande-Terre et des quartiers voisins , qui retireraient de « grands avantages de cette translation , sont disposés à payer « une partie de ces dépenses. D'après les comptes qu'ils « rendront à cet égard au secrétaire d'État de la marine et des « colonies, ainsi que d'après l'examen des plans et devis qu'ils

« joindront à ces comptes, Sa Majesté fera connaître ses dert nières instructions. >

D'un côté, les habitants de la Grande-Terre se montrèrent peu disposés à faire des fonds pour rapprocher d'eux l'autorité, et, de l'autre, la sortie du gouvernement de la Basse-Terre souleva de vives réclamations. Le conseil supérieur rédigea un mémoire contre celte translation. Les rédacteurs de ce mémoire donnaient quelques bonnes raisons, mais ils lisaient mal dans l'avenir en mettant en doute, à cause du manque d'eau , de l'insalubrité de l'air et d'autres inconvénients signalés , que la nouvelle ville pût un jour rivaliser avec la Basse- Terre en population et en commerce.

Quoi qu'il en soit, l'opposition que le gouverneur rencontra dans la colonie l'empêcha de mettre à exécution les instructions ministérielles.

Il n'y avait aucun tribunal dans la partie française de l'île Saint-Martin. Ce n'était qu'à l'aide de frais énormes que les habitants qui avaient des procès venaient réclamer justice à la sénéchaussée de la Basse-Terre. Pour obvier à cet inconvénient, on décida que chaque année une commission, composée d'un délégué du gouverneur , de l'intendant, du procureur général et de deux membres du conseil supérieur, irait tenir, à Saint-Martin, une cour de justice, afin de juger, sur les lieux et sans frais, tous les différends existant entre les habitants. A cet effet, le 18 juin 4785, le comte deTilly, délégué du gouverneur, l'intendant Foulquier, le procureur générai Robert Coquille et les sieurs Desmarets et Coquille, conseillers commissaires, s'embarquèrent sur la frégate l'Iris, commandée par le marquis de Saint-Ours. Le lendemain 10, c'était un dimanche, la frégate étant devant l'île de Nièves, colonie anglaise, à demi-portée de canon, et portant ses couleurs, fut accueillie par l'une des batteries de la côte de six coups de canon à boulet. L'Iris continua sa route sans répondre à cette agression. On ne savait à quoi attribuer cet acte d'hostilité exercé en pleine paix. Le gouverneur général et le baron de Clugny, de concert, envoyèrent près du général Shirley, gou-

vernéur d'Antigue, demander des explications et une réparation de l'insulte faite au pavillon français. Le gouverneur anglais répondit que le commandant de la batterie était ivre, et, pour réparation, offrit de provoquer sa destitution. Cette affaire n'eut pas d'autre suite.

En 1785, on ne conspuait point encore la royauté. La naissance du second fils du roi Louis XVI, le duc de Normandie, donna lieu, à la Guadeloupe, à des fêtes publiques. Les autorités s'entendirent pour annoncer cet événement à la population d'une manière ingénieuse. C'était en 1783 qu'on avait fait en France l'heureux et brillant essai des aérostats. Les ballons étaient en grande vogue. En recevant la nouvelle de la naissance du duc, sans la divulguer, le gouverneur et l'intendant firent, dans le silence, confectionner un aérostat. Le 13 juillet 1785, à dix heures du soir, il fut lancé du bord d'une frégate mouillée en rade de la Basse-Terre. Aussitôt, on entend gronder le canon. Le canon, à cette heure, annonce un grand événement. Chacun court pour savoir ce qui se passe. On voit débarquer plusieurs personnages dans des costumes bizarres. Le ballon arrive de France, les personnages en sont les passagers, ils viennent annoncer à la colonie la naissance du duc, et les coups de canon étaient pour saluer leur bien-venue. Les prétendus passagers, conduits à l'hôtel du gouverneur, jouèrent une petite pièce en vers, composée pour la circonstance. Qui aurait supposé que les chants d'allégresse et d'amour que le roi et la reine inspiraient alors se transformeraient si vite en cris de fureur et de haine !

Le sieur Foullon d'Écotier, maître des requêtes, nommé intendant de la colonie, arriva à la Basse-Terre, le 19 février 1786, remplaçant le sieur Foulquier, qui passait à l'intendance de la Martinique.

Le 5 mars suivant, le comte de la Luzerne , qui plus tard deviendra ministre , nommé gouverneur de Saint-Domingue , en se rendant à son gouvernement, s'arrêta pour visiter le baron de Clugny. Il passa deux jours avec lui à la Basse-Terre. 11 quitta la ville le 7. Le baron de Clugny partit avec lui, an-

nonçant au public qu'il allait l'accompagner jusqu'à Ântigue. Mais il n'en était rien : le baron voulait simplement fêter, sur l'une de ses habitations, le gouverneur de Saint-Domingue. La frégate l'Active, sur laquelle étaient montés les deux gouverneurs, au lieu de prendre la route d'Antigue, alla jeter l'ancre au Port-Louis, d'où, après quelques jours passés dans des fêtes, le comte de la Luzerne continua sa route.

Nous avons parlé d'habitation ; malgré les ordonnances qui défendaient aux gouverneurs d'en posséder, le baron de Clugny en avait acheté deux , très-peu de temps après son arrivée dans la colonie. Cette circonstance avait contribué à fonder contre lui l'accusation, non-seulement d'avoir favorisé le commerce interlope, mais encore de l'avoir fait pour son compte personnel. Cette accusation s'étendait également au sieur Foulquier, naguère intendant de la Guadeloupe. Le baron de Clugny avait reçu l'invitation de passer en France pour rendre compte de sa conduite. A cette nouvelle il s'était dit malade, et avait annoncé à la colonie qu'il partait pour la France, en congé, pour le rétablissement de sa santé. Toutefois, il avait fait des réclamations près du ministre, et, pendant un moment, croyant qu'elles avaient été écoutées, il déclara imprudemment que sa santé étant rétablie, il renonçait à son congé. Quelques jours étaient à peine écoulés depuis cette déclaration lorsque, ïe 9 juin 4786, arriva inopinément dans la colonie le comte de Micoud, ancien gouverneur de Sainte-Lucie, en retraite à Paris, avec la mission de prendre intérimérairement le gouvernement de la Guadeloupe, et de renvoyer en France le baron de Clugny. Ce gouverneur devant quitter la colonie le jour même, avant que de s'embarquer sur la gabarre la Durance, écrivit au conseil supérieur la lettre suivante :

« Messieurs,

« J'ai eu l'honneur de vous faire part, à la séance dernière. « que le rétablissement de ma santé me mettait dans le cas de « ne point profiter du congé que Sa Majesté avait bien voulu < m'accorder. Des raisons particulières m'ont engagé depuis

a passer en France, et j'ai le regret, en me séparant de vous, de ne pouvoir vous faire de vive voix mes adieux. Permettez-moi donc de vous les adresser par lettre , et d'assurer le conseil en corps, et chacun de ses membres en particulier, des sentiments de ma reconnaissance pour les marques d'estime, de confiance et d'amitié que j'en ai reçues depuis que le roi m'a confié le gouvernement de cette colonie. Si je puis être utile en France à quelqu'un de vous, Messieurs, je vous prie de ne pas m'épargner. Mon empressement à faire ce qui pourra vous intéresser et vous être agréable vous convaincra des sentiments du sincèra et respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être,

« Messieurs, « Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

« Clugny. »

Le sieur Foulquier se rendant en France, le sieur Foullon d'Écotier partit pour la Martinique, par application de l'ordre du roi du 26 novembre, qui voulait que les intendants de la Guadeloupe servissent de doublure à ceux de l'autre colonie. Le sieur Petit de Viévigne fut envoyé à la Guadeloupe pour remplir les fonctions d'intendant. Les deux chefs accusés s'étant facilement justifiés, obtinrent de retourner à leur poste. Le 4 décembre , le baron de Glugny était de retour à la Guade* loupe. L'intendant Foulquier étant également de retour, le sieur Foullon vint reprendre ses fonctions.

Dans ce même mois de décembre, le 14, la Métropole, voulant avoir des communications régulières avec ses colonies, établit un système de paquebots. Ces paquebots étaient au nombre de douze. L'un d'eux partait de France le 1er de chaque mois et se rendait directement à la Martinique; il y restait cinq jours pour recueillir les dépèches. De là , il passait à la Guadeloupe, d'où, après un séjour de trois jours, il faisait voile pour Saint-Domingue. C'était le terme de son escale : il repartait pour la France le premier jour du quatrième mois de son expédition.

Le 50 août 1784, le gouvernement de la Métropole, reconnaissant que l'entrepôt de Sainte-Lucie n'était d'aucune utilité pour les autres îles, en établit un à la Guadeloupe, qui fut fixé à la Pointe-à-Pitre. A cette époque, la Basse-Terre était plus riche, plus peuplée, plus commerçante que la Pointe-à-Pitre : c'était là que se voyaient les fortes maisons de commerce. Ces maisons, étant en relation d'affaires avec les habitants les plus éloignés, recevaient toutes leurs denrées. Les sucres de Sainte- Anne , de Saint-François et du Moule venaient à la Basse-Terre , comme aujourd'hui ceux de Bouillante et de la Pointe-Noire vont à la Pointe-à-Pitre. La richesse est toujours influente. Le commerce de la Basse-Terre fit si bien qu'il obtint l'ordonnance du 28 décembre 1786, par laquelle l'entrepôt était reporté dans cette ville , sauf les trois mois de la saison de l'hivernage. La Pointe-à-Pitre se plaignit, cria contre le despotisme exercé par la Basse-Terre: de ce moment s'établit, entre les deux villes, une rivalité de commerce qui causera les premiers troubles de la colonie.

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