CHAPITRE XVIII
Machines infernales des Russes. — Reconnaissance sur Batdar. — Bonibanle- Dient de Sébasiopol. — Dispositions prises pour la bataille du 7 juin — Trois attaques. — F'riso des ouvrages blancs et de la batterie du 2 mai. — Attaque du mamelon Vert. — Mort du colonel de Brancion. — Le mamelon Vert est repris par les Russes. — Second assaut. — Résultats de la bataille. — Mort du général de Lavarande. — Ordre du jour du général Pélissier.
Bien que prévue, la clôture du congrès de Vienne était d'une extrême gravité. Tant que les protocoles demeurèrent ouverts, l'Europe pouvait du moins se faire illusion sur la possibilité d'un rapprochement. Il devenait désormais évident pour les plus aveugles que la solution de la troisième garantie était abandonnée au sort des armes.
L'armée de Crimée le comprenait, et se préparait à donner simultanément l'assaut au mamelon Vert, au Redan, à la tour Malakoff, et aux ouvrages blancs de la baie du Carénage.
L'ennemi avait relié la tour Malakoff à la rade par une ligne de défenses qui se soutenaient mutuellement; il avait en outre enterré h fleur du sol une ligne transversale de caisses cubiques, contenant chacune une cinquantaine de kilogrammes de poudre, et recouvertes d'appareils fulminants qui faisaient explosion sous la pression du pied. Ces caisses furent heureusement découvertes par le génie, qui les enleva avec précaution.
Dans la matinée du 3 juin , un corps de troupes françaises commandé par les généraux Morris et Canrobert, et une colonne de troupes sardes, sous les ordres du général de la Marmora, effectuèrent une reconnaissance sur Baïdar. Les Français , suivant la route de VVoronzow, poussèrent leur cavalerie à quelques milles au delà de Baïdar. Les Sardes opérèrent sur la gauche, i« travers une contrée montueuse , et pénétrèrent ii Baïdar après une marche pénible. Dans tout le parcours, le corps expéditionnaire ne rencontra qu'un petit nombre de Co.saques.
Le 6 juin, à trois heures de l'après-midi, les attaques françaises de droift; ouvrirent leur feu contre la place; les batteries anglaises commencèrent le leur au même moment, et leur action fut aussitôt appuyée par «ne partie de nos batteries de l'attajuc de gauche.
Le m.imelon Vert, sur la pente duquel les Russes avaient creusé une parallèle de contre-approche et établi de nombreuses embuscades, se trouvait à très-peu de distance de la dernière parallèle française. Ces ouvrages, très-forts et armés d'une excellente et nombreuse artillerie, répondaient coup pour coup, et parfois même, d'abord, deux pour un. Les batteries placées de l'autre côté de la rade ne cessaient d'envoyer des projectiles creux afin de ralentir le service de nos pièces : elles n'y parvinrent pas. Les Anglais dirigeaient aussi avec une grande précision des bombes sur le mamelon Vert, tout en n'épargnant pas le grand Redan et laCtour Malakoff. Le feu se continua ainsi la nuit entière; il fut complété dans la journée du 7 par celui de toutes les batteries des attaques de gauche. A partir de trois heures du soir, la place fut enveloppée d'une ceinture de feu, qui, parlant à l'est des balicries françaises du Carénage, s'étendait à l'ouest jusqu'il la baie de la Quarantaine.
A quatre heures cl demie du soir, toutes les troupes prennent leur position de combat, et se mettent en marche pour exécuter les dispositions concertées entre les généraux Pélissier, lord Raglan et Omer- Pacha.
On se propose d'attaquer simultanément :
A droite, les ouvrages blancs ( redoutes de Sbelinghinsk et de Volhynie);
Au centre, le mamelon Vert, ou redoute Kamtchatka;
A gauche, les carrières situées en avant du Rsdan.
Le grand ravin de Karabeli-.aïa sépare l'ouvrage des Carrières du mamelon Vert, et le ravin du Carénage s'étend entre celui-ci et les ouvrages blancs. Les attaques étaient donc nécessairement isolées.
Vers les redoutes du Carénage s'avance la 3* division, commandée par le général Mayran : elle répartit ses forces entre les deux redoutes.
Le général de Lavarande conduit à l'assaut de l'ouvrage du 27 février (redoute de Volliynie) la l" brigade, composée d'une partie du 1 9= bataillon de chasseurs a pied , du 2' de zouaves et du 4' régiment de marine.
La 2« brigade, comprenant le reste du )9« bataillon, le 96« de ligne et le 1" bataillon du 97«, dut, sous les ordres du général de Failly, enlever l'ouvrage du 22 février (redoute Slielinghinsk).
La division Dulac forme les réserves de ces deux attaques; la 1'" brigade de cette division, sous les ordres du général de Saint-Pol, doit se placer dans les parallèles du Carénage, après le mouvement olïensif des deux premières colonnes: et la 2« brigade de la même division, commandée par le général Bisson, forme la seconde réserve.
En outre, le 2" bataillon du 9T de ligne et un bataillon du 61«, sous le commandement du lieutenant-colonel Larrouy d'Orion, du 97', sont massés dans le ravin du Carénage, afin de tourner l'ennemi et de lui couper la retraite après l'enlèvement des ouvrages blancs.
En face du mamelon Vert sont placées les divisions Camon et Brunet (2° et 5').
La première brigade de la division Camon, sous les ordres du général de Wimpffer, occupe les parallèles du contrefort MalakofV. A sa droite sont les tirailleurs algériens (colonel Rose); au centre, le 60' de ligne (colonel de Brancion) ; à gauche , le 3*^ de zouaves (colonel Polhès).
La 2= brigade de la division Camon , commandée par le général Vergé, est en réserve dans le ravin de Karabelnaïa, prête à remplacer la I" brigade dans les parallèles.
La division Brunet, massée sous les ordres de son chef, également dans le ravin de Karabelnaïa, doit fournir les secondes réserves.
Deux bataillons de la garde impériale, l'un de grenadiers et l'autre de gendarmes, ont été mis pour cette attariue à la disposition du général Camon, auquel est confiée la direction des opérations.
Toutes les colonnes d'assaut sont accompagnées de brigades de sapeurs commandés par des officiers du génie.
Devant les Carrières se rangent la division légère et la 2" division des troupes anglaises sous les ordres du colonel Shirley, assisté par le lieutenant-colonel du génie Tylden.
Pour compléter l'ensemble des dispositions, la division turque d'Omer-Pacha prend position sur les hauteurs d'Inkermann.
Vingt-sept bataillons russes défendaient les ouvrages menacés.
A six heures et demie lord Raglan se place à l'observatoire anglais. Le général Pélissier avec son état-major s'installe eu avant de la redoute Victoria. Cinq fusées de signal sifflent dans l'air. La brigade de Lavarande a deux cents mètres à parcourir sous le feu delà mitraille et de la mousqueterie avant d'arriver a l'ouvrage du 27 février. Elle est décimée; mais, sans hésiter, elle continue sa marche, pénètre dans le retranchement par les brèches et par les embrasures, et y engage une lutte corps a corps avec les Russes, qu'elle contraint à la retraite.
Au même signal et avec le même élan, la brigade de Failly s'était précipitée sur l'ouvrage du 22 février. La distance est double, le trajet plus difficile, les feux de flanc de I autre ouvrage Irès-nieurtriers : rien n'arrête cette intrépide brigade. Elle arrive en masse compacte sur la batterie, escalade le parapet sous un feu roulant, et brise jusque dans l'intérieur de l'ouvrage la résistance désespérée de l'ennemi.
Forcés sur ces deux points et serrés de près par les nôtres , les Russes fuient en désordre, soit vers une petite batterie construite, depuis le 2 mai, pour défendre l'embouchure du ravin du Carénage, soil vers le pont qui traverse la baie par laquelle ce ravin débouche dans le grand port de Sébastopol.
Une partie de nos soldats , entraînés à la poursuite de l'ennemi, s'emparent de la batterie du 2 mai, dont les pièces sont aussitôt eiiclouées. Toutefois, comme cette batterie se trouve ii cinq cenls mètres de l'ouvrage du 22 février, le plus éloigné de nos lignes, et qu'elle est placée sous la double protection des ouvrages de l'enceinte et des forts du nord de la rade, il est impossible de songer à l'occuper encore.
Le général IMayran , voyant une colonne russe s'avancer pour reprendre la batterie du 2 mai, ordonne une charge à la baïonnette qui refoule cette colonne dans la place et nous donne soiianlc prisonniers, parmi lesquels trois officiers. Il rallie ensuite ses troupes avancées et les ramène dans les ouvrages du 22 et du 27 février, qui restent définitivement en notre possession.
Cependant, les deux bataillons massés dans le ravin du Carénage, et commandés parle lieutenant-colonel Larrouy d'Orion, éUiient loin d'être restés inactifs. Descendant le ravin au moment oii l'olTensive se dessinait sur la crête, ils poussent jusqu'à la hauteur du pont aqueduc, gravissent les escarpements de la rive droite, et coupent la retraite à l'ennemi chassé des deux premiers ouvrages. Ce mouvement tournant , conduit avec autant de vigueur que d'habileté , nous donna quatre cents prisonniers, dont douze officiers.
Devant le mamelon Vert, trois colonnes, guidées par le général de
Wimpffer partent au signal des fusées, et enlèvent au pas de course de foilcs embuscades intermédiaires. La mitraille de la rcdoutr>, les feux convergents du grand Redan et des batteries qui sont à la gauche de la tour MalakofV ne ralentissent pas leur marche.
A droite, le colonel Rose, à la tête de tirailleurs algériens, s'empare d'une batterie de quatre pièces, annexe de la redoute.
Le colonel de Brancion, au centre, avec le 50", et le colonel de Polhès à la gauche, avec le 3« de zouaves, abordent résolument le mamelon Vert. Parvenus au bord du fossé, ils s'y jettent résolument, sous la gueule du canon, remontent sur le parapet opposé, s'élancent sur les artilleurs russes à la baïonnette , les culbutent , renversent tout devant eux, tirailleurs ou masses compactes. Ils sont vainqueurs , mais le colonel de Brancion tombe criblé de balles au moment oix il plante au faîte du mamelon le drapeau de son répïment.
L'ordre formel avait été donné de ne pas dépasser la gorp^e de l'ouvrage , et de s'y créer aussitôt un logement contre les feux et les tentatives de la place.
Mais, entraînés par leur ardeur, nos soldats poursuivent les Russes à quatre cents mètres environ de la redoute, jusqu'aux ouvrages en terre qui se relient à la tour Malakoff. Ils se trouvent au bord d'un immense fossé qu'entoure une palissade; et après avoir tenté de se frayer un passage à travers l'abattis de la contrescarpe , ils sont forcés de se replier sous le feu violent et à bout pourtant des réserves ennemies qui garnissent les remparts. Les deux ailes de la ligne française se rejettent en arrière, pendant que l'assiégé fait sortir de la place une forte colonne de troupes fraîches qui marche droit sur notre centre.
La redoute du mamelon Vert ne pouvait, en ce moment, offrir encore aucun abri. Le feu avait fait sauter soit une fougasse préparée par l'ennemi, soit un magasin à poudre , qui avait gravcmeut brûlé le commandant 'lixier, du 3' chasseuis à pied, et un certain nombre d'hommes. Des planches, des poutres, des cordages enûamuiés faisaient craindre de nouvelles explosions ; l'intéritur de l'ouvrage n'était pas tenable. Au lieu de s'appuyer sur la redoute, notre ligne dépasse le sommet et forme un demi-cercle autour du mamelon.
Il n'y avait pas un instant à perdre. Le général Camon donne l'ordre au général Vergé de sortir des tranchées ; le général Bosquet envoie à la b' division l'ordre de marcher ; le général Brunet la porte aussitôt en avant.
Le mouvement de cette division se fit avec un ensemble imposant; la l" brigade, 'commandée par le colonel Duprat de la Roquette, du 100° de ligne, vint occuper les parallèles en arrière du mamelon, et la 2" brigade , général Lafont de Vrilliers , se porta en arrière et à gauche, sous la protection d'un pli de terrain.
La brigade Vergé se formait au même moment en colonne sous le feu de l'ennemi, gravissait la pente en battant la charge et ralliant les troupes de la brigade \^ impffen. La position était emportée et l'ennemi refoulé une seconde fois dans la place : nous étions définitivement maîtres du mamelon Vert.
Exécutant le programme combiné des opérations, les Anglais s'emparent avec le même bonheur de l'ouvrage des Carrières, et s'y maintiennent toute la nuit, sous un feu terrible et malgré de fréquentes sorties d'une partie de la garnison , avec l'indomptable fermeté qui est un des traits saillants de leur caractère militaire.
Plusieurs bataillons de la division turque, amenés par le chef d'état-major Séfcr-Pacha, concourent à assurer aux Français la possession des ouvrages du Carénage , et le génie se met immédiatement en mesure de s'y consolider.
La victoire du 7 juin, qui rendait les assiégeants maîtres de positions essentielles , ne leur coûta qu'environ deux mille cinq cents hommes hors de combat. Ils eurent à regretter le colonel Hardy , du 86" de ligne (ll° légir), aussi recommandable par sa bravoure que par les qualités de son cœur et de son esprit: le capitaine d'artillerie Decasse; le colonel Baguet de Brancion (Eruest-Adolphej; enfin le général de Lavarande.
]Né le 25 mai lSt3, élevé au collège de Versailles, d'oii il était sorti pour entrer ii l'école de Saint-Cyr, le 18 novembre 183I,.Louis- Léopold Pecquenll de Lavarande était en 1810 simple lieutenant au 13'= régiment d'infanterie légère : il gagna le grade de colonel par treize ans de campagne en Afrique.
En 1840, il prit part ii l'occupation de Bredia , en 1841, à celles de Bel-Abbès, de 'Tcgdemiit, de ^lascara, de Saïiia, des Bcni-Cheragas et de Sidi-Daho , et fut cité au rapport du gouverneur général à la suite de l'expédition du 3 au 19 juillet ISll.
Le 19 novembre suivant, au combat d'El Bordj , il sauva un brigadier de spahis qui venait d'être démonté et qui était tombé au pouvoir des Arabes.
Le 27 février 1842 , à l'attaque du poste des réguliers dans la province de Mascara, il s'empara du drapeau du porte-étendard de cette troupe. Cité pour cette action d'éclat, il fut choisi, au mois d'avril, pour poi t( r en France les tropliées pris-à l'ennemi dans cette affaire.
Le 20 décembre de la même année, dans l'expédition des Flitlas, il fut cité au rapport du général commandant la province d'Oran pour l'élan qu'il avait montré au combat du 18 contre les Allou'ïa et les Kéraïcli. Dans cette journée, le jeune de Lavarande sauva son colo-
iicl, M. de la Torre, qui venait d'être renverse de cheval et luttait liéroiquemcnt contre Jts Arabes qui l'ciitouiaienl.
Capiiaiue Je 22 janvier 1S43, chevalier de la Léjjion d'honneur le îl décembre suivant , il se distingua au combat du G septembre 18i5, prit une part aciive à l'arreslatiun du schérif Mohanied-bcn-Ahnicd , et l'ut de nouveau cité à l'ordre de l'armée. Il se signala au combat du 27 octobre contre les Ouled-Kiclif , et fut encore cité. Il mérita une citation toute particulière pour sa brillante conduite dans la journée du IC mai 1847 , lois de la première expédition de Kabylie.
(Jflicier d'ordonnance du duc d'Aumalc au mois de décembre 1847, M. (le Lavarande revint à Paris en I8i8, et se mit à la disposition du général Cavaignac pendant les journées de juin. Chargé d'une mission difficile, il tomba au pouvoir des insurgés, et rudement maltraité, il n'échappa à la mort que par le dévouement de l'un d'eux. Quelques mois après, de Lavarande fut nommé chef de bataillon au t" régiment de zouaves, et retourna en Algérie.
En 1S49, il fit la campagne de Kabylie, et mérita d'être cité au rapport du gouverneur général pour sa belle conduite à l'attaque des hauteuri occupées par les Kabyles , le 24 mars.
Il se distingua de nouveau dans les combats livrés en juin et juillet par la colouoe que commandait le colonel Canrobert, notamment le 12 juillet au combat livré à la tribu du Meli-Kesseli; enfin au liège de Zaatcha et à la prise, de vive force, de Narah, le 5 janvier 18S0. Il fut, en récompense, nommé au grade d'officier de la Légion d'honneur, le 9 du même mois.
Le 21 mai 1860, dans la campagne de la Kabylie, le commandant de Lavarande se fit remarquer an combat livré contre les Beui-Ymmela, oii il commandait par intérim le régiment de zouaves.
Il fut cité de nouveau dans le rapport officiel du 2S juillet, comme t'étant distingué dans l'expédition du 2 au l'J en Kabylie.
Lieutenant-colonel du régiment de zouaves , le 24 décembre 18SI, il fut investi, au mois d'octobre 1862, du commandement provisoire de la subdivision d'Aumale.
Colonel du 7" régiment d'infanterie de ligne, le 25 juin 1853, M. de Lavarande rentra peu de temps après en France.
Au mois d^ mars 1864 , il s'embarqua pour l'armée d'Orient. Là, comme en Afrique , il se fit constamment remarquer par sa bravoure. A la bataille de l'Aima il eut un cheval tué sous lui, et fut proposé pour la croix de commandeur de la Légion d'honneur , qu'il reçut le 21 octobre. Le 18 du même mois, il passait au commandement du l"' régiment de zouaves. C'est à la tète de ces intrépides soldats que le colonel de Lavarande se distingua dans les san|;lants combats livrés sous les murs de Sébastopol. Le 2 janvier 1866, il fut appelé au commandement du nouveau régiment de zouaves de la garde impériale.
l'romu au grade dégénérai de brigade le 21 mars 1855, M. le général de Lavarande fut placé le 23 à la tète de la première brigade de la quatrième division d'infanterie du deuxième corps de l'armée d'Orient.
Pecqueult de Lavarande avait puissamment contribué à la prise de la redoute de Yolhynie', sans recevoir une seule blessure; mais dans la matinée du 8 juin, comme il inspectait les fortifications récemment conquises, il eut la tète emportée par un boulet parti d'un vaisseau russe. Pour honorer sa mémoire, le général Pélissier décida que les ouvrages blancs seraient désormais appelés ouvrages Licarande. Par un même ordre de jour, le nom de Redoute Brandon fut donné au mamelon Vert.
Un ordre général annonça aux troupes les suites de la bataille du 7 juin :
« Soldats !
» Le combat du 7 juin est une brillante victoire par l'éclat qu'il jette sur nos armes et par la grandeur des résultats obtenus. Vous avez bien mérité de l'empereur.
u A lorce de courage et d'élan, vous avez arraché à l'ennemi les trois redoutes armées d'une puissante artillerie, qui formaient, à l'extérieur, la principale défense de la place; C2 bouches à feu sont restées entre nos mains; 400 prisonniers, dont 14 officiers, sont en notre pouvoir.
» Un ordre du jour ultérieur fera connaître à l'armée et au pays les corps qui ont glorieusement figuré dans cette lutte, et les noms de ceux d'entre vous auxquels et dû le prix de la valeur.
u Je me borne à vous dire aujourd'hui que votre tache s'est noblement accomplie. Mous venons de faire, avec le concours de nos braves alliés, un pas décisif vers le but que poursuivent et qu'atteindront, soyez-en sûrs, nos persévérants efforts.
> Soldats! ma confiance en vous est sans bornes, et votre général en chel a l'orgueil de penser que la votre lui est acquise.
» Au grand quartier général, devant Sébastopol, le 8 juin 1855.
« Le général en chef, Pélissier. i>
Les Russes, dans leur relevé officiel, avouèrent une perte de J,947 hommis.
Tués : le général-major Timoféïef , 4 officiers supérieur», 27 officiert inférieurs, 60 1 soldats.
Blessés : 11 officiers supérieurs, 69 officiers inférieurs, el 2,331 soldats.
On convint d'un armistice pour l'enlèvement des morts, et, iUids la journée du 8, l'on procéda de part et d'autre à cette pénible làclic; mais au lieu de se mêler, comme précédemment, on traça sur le Icrlain une ligne de démarcation que nul ne pouvait franchir. Les Russes venaient déposer sur cette ligne les cadavres des soldats alliés qui se trouvaient de leur côté, et nos troupes en faisaient autant pour les cadavres ennemis. Il ne s'engagea aucune conversation entre iios officiers et les officiers russes, dont la plupart étaient en gants blancs et en grand uniforme.
Pendant cette douloureuse cérémonie, un incident vint un inst.int dérider nos soldats péniblement émus en reconnaissant les corps de tant de camarades. Deux zouaves, qui avaient disparu depuis la nuit du 7 et dont on ignorait le sort, apparurent comme des spectres au milieu des Russes , et , franchissant la ligne sans qu'on eût pu voir d'oii ils sortaient, vinrent serrer la main de leurs camarades, qui les croyaient à tout jamais perdus. Ces deux zouaves, entraînés par l'ardeur de la lutte, s'étaient lancés jusqu'à la contrescarpe de la tour MalakoB"; ils ne purent modérer leur élan, et culbutèrent dans le fossé, d'oii ils ne purent sortir.
II La majeure partie des morts français, dit le rapport du général Gorlschakoflf, se trouvaient entre la lunette Kamtchatka (mamelon Vert) et le bastion Korniloff (ouvrage avancé de la tour Malakoff^, ainsi que dans le fossé de ce dernier. »