‹ Histoire de la Guerre d'OrientChapitre 104 sur 235 · ET POURQUOI N'EN RIRIONS-NOUS PAST · texte numérisé non relu

ET POURQUOI N'EN RIRIONS-NOUS PAST

Le Français, qu'au feu l'on admire, Est vraiment gai dans le malheur ; Eclats de bombe, éclats de rire, Ont pour lui la mfme valeur.

Sous la tente est notre demeure , Sebastopol est à deux pas , Le canon tonne, le vent pleure, Et pourquoi n'en ririons-nous pas?

On dit que les champs de Bellone Do lauriers verts sont toujours plens; N'en déplaise à dame Pomone, On y cueille aussi des raisins :

Quand le nojau de notre armée Vint s'installer chez Nicolas, Nous vendangeâmes en Crimée , El pourquoi n'en ririons-nous pas?

Oui, l'hiver était rude au siège.

Quand tous les aquilons grondaient 1 Des glaçons de givre et de neige Souvent à nos barbes pendaient; Alors on battait la semelle, Et, pour éloigner les frimas , On chantait dans la parallèle :

Et pourquoi n'en ririons-nous pas?

Le troupier, qui rit do sa mise , Pourvu que son fusil soit bon , Avec nn pan de sa chemise Raccommode son panlnlon ; On peut, malgré tout son génie, Manquer de souliers et do bas :

Nous chaussons la boite ennemie ; Et pourquoi n'en ririons-ncus pa.i?

11 ne resta plus que des filles Chez les Français, nos bons parent», Et dans leurs festins de familles Le chagrin compte les absents; Pendant qu'à nos foyers on dîne En rechignant sur tons les plais , Nous avalons la (ur(u(iii« •• Et pourquoi n'en ririons-nous past

Sous sa moustache de filasse Le Russe rit aussi., mais bas ..

Et son rire est une grimace Qui sent le knout à quinze pas,

L ■•iiiiocmlp ps( lin prince inique, lljilre absolu dans ses Etats, Son sceptre est une énorme trique I Et pourquoi n'en ririoiis-nous pas7

Les prendrons-nous par la famine?

(Dieu seul sait ce qu'ils devienirontl )

Ferons-nous sauter une mine

Pour voir la mine qu'ils feront?

L'Occident bat la générale

Pour leur lancer tous ses soldats,

Le czar en est déjà tout p≤

Et pourquoi n'en ririons-nous pas?

Emile CARni.

Celait en chantant de semblables refrains, en empruntant ausV;!riétés ou au Palais-Royal les plus joyeux vaudevilles, qu'on sVgayjiit à la lin d'un jour de danijer, sous un ciel sillonné de bombes, le lendemain ou la veille d'un combat. Le théâtre d'inkennann , dont les acteurs étaient des soldats , suivait les chanics de la guerre, et parfois une pièce annoncée huit jours à l'avance était subitement rayée de i'afticlie avec cette inscription : Relâche pour cause, de blessure.

La troupe (celle du théâtre) fut fortement éprouvée dans l'affaire du 7 juin. Le lieutenant Petit-Beau fut atteint d'une balle i» la tête; la jeune première, qui s'était conduite en héros , fut retenue à l'ambuhiuce. Cependant les sociétaires , après avoir enterré leurs camarades morts, donnèrent le t1 juin, dans l'intervalle de deux gardes de tranchées, une représentation au bénéfice des blessés.

Ce fut la dernière. Le drame du siège devenait trop saisissant pour ne ]>as absorber exclusivement l'attention de l'armée. Il fallait profiter des avantages remportés le 7 juin, établir des communications entre les tranchées et les ouvrages conquis, armer de nouvelles batteries, et préparer l'assaut formidable de la tour Malakoff.

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