‹ Histoire de la Guerre d'OrientChapitre 107 sur 235 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Le 1 8 juin suivant le prince GortschakofT.

Les matériaux du récit qui précède sont puisés dans les pièces officielles et dans les lettres particulières. Pour le compléter, nous y joindrons le texte même du rapport du prince GortschakolT.

Peut-être nous demandera-t-on pourquoi nous accordons la préférence .i ce rapport sur ceux des généraux alliés. Nous répondrons qu'il est plus complet, et qu'il fait plus nettement ressortir les prodigieux efforts des assiégeants.

Les rapports français et anglais furent écrits dès le 2.3 juin , pour satisfaire l'impatience de l'Europe et prévenir les exagérations. Le sang répandu fumait encore; les soins graves qu'imposent les suites d'une bataille, surtout quand elle a été perdue, absorbaient les généraux. L'isolement de chaque attaque en faisait un dramt^ à part; le faisceau de renseignements était à peine formé. Le rapport qui parut ; le H juillet dans l'Invalide russe est faità loisir, abondant en détails, I et rend dans son ensemble un éclatant hommage a la bravoure des alliés. On dirait que le prince GortschakolT veut rehausser son ' propre mérite et celui des troupes qu'il commande en grandissant ses , adversaires, dont il décrit minutieusement les attaques furieuses, j les retours ollensifs. Toutes les assenions de ce document ne doi- ' vent pas être toutefois adoptées sans réserve; mais il faut le consulj ter plutôt que tout aune, si l'on veut comprendre ce que les troupes ^ françaises et anglaises déployèrent d'héroujuc acharnement. Particu- I larilé peut-être sans exemple jusqu'à ce jour, c'est dans le rapport ', ennemi que nous trouvons le plus digne éloge de nos soldats !

I i BAPPOBT DE l'aide DE CAMP CÉnÉRAL DU PRINCE CORTSCnAKOFF SDR 1,'affaIRR DU 18 JUIN.

« Détails de l'assaut repoussé te 1 8 juin.

» Après le troisième bombardement, qui s'est prolongé cinq jours, du 25 au 30 mai, la ligni^ de défense de Sébastopol a élé rétablie en très-peu de temps en son premier état. Les vaillants défenseurs de Sébasiopijl, sans se laisser décourager par la fatigue, continuèrent, sous un feu d'enfer, 4 rétablir les ouvrages endommagés, et avec un remarquable sang-froid, à construire de nouvelles batteries contre les approches de l'ennemi.

» Le n juin , à trois heures et demie du matin, l'ennemi ouvrit, à un signal donné de toutes ses batteries, un feu renforcé contre les bastions et les forls de la Karabelnaïa. Pendant deux heures son artillerie H tiré consécutivement, pour ainsi dire, des salves. Nos batteries répondaient de la manière la plus vive.

» A deux heures de l'apres-midi, l'assiégeant commença la même canonnade contre le côlc droit de noire ligne de défense." Le feu devint général et continua jusqu'à la nuit tombante. Le soir et pendant ton;e 1,1 nuit l'ennemi bombarda vivement la ville, lançant des bombes et des fusées dans l'enceinte, sur la rade et du côté du nord. En niêinc temps une frégate à vapeur de l'ennemi lançait ses bordées contre les batteries du rivage, ainsi que dans la rade et dans la ville.

» Malgré la violence du feu horizontal et vertical contre nos ouvrages, leur réparation se poursuivait néanmoins très-activement; les pièces démontées élairnt rem|>lacées.

Dans la nuit surtout du 17 au 18 juin, le premier bataillon du régiment de Seysk continua ses travaux sur le bastion KornilolT, sous la diicction nniue de son chef, avec une activité et une intrépidité extraordinaires et sous le f'ii le plus meurtrier.

La vigueur du bombardement et un mouvement particulier qui K faisait remarquer sur la droite de l'assiégeant, donnèrent h penser

qu'il se préparait à entreprendre quelque chose de décisif contre les fortifications de la Karabclnaïa.

" Conformément aux instructions qui avaient été données d'avance à la garnison par l'aide de camp général, comte Oiten-Sicken , les troupes étaient prêtes à rppousser l'iittaque. Le C (18) juin, à la pointe du jour, rcunemi, d'abord déployé en plusieurs lignes compactes soutenues par de fortes colonnes, et, plus en arrière, par de grandes masses de réserve, marcha à l'attaque de la gauche de notre ligne de défense, depuis le bastion n" 1 jusqu'au Pérésype.

1) Il résulte des dépositions faites par des officiers prisonniers que l'instruction donnée aux troupes d'attaque portail l'ordre de s'emparer de toute la jiartie orientale de Sébastopol jusqu'à la baie du Sud. Les Français devaient occuper le bastion Korniloff, et puis les n"' I et 2; les Anglais, le bastion n" 3.

» Etaient destinées à l'attaque : cinq divisions françaises : les 2", 5*, 8', 9= et la division de la garde, environ 30,000 hommes, et cinq divisions anglaises : les I'*, 2*, 3', 4° et la division légère, 15 à 20,000 hommes.

» Les troupes françaises étaient divisées en deux parties principales : la première, c'est-à-dire la droite, sous le commandement du général Mayran, fut dirigée contre les bastions n"' 1 et 2 ; et l'autre, sous le commandement du général Brunet , marcha contre le kourgan (mami Ion) Malakoff; la troisième, c'est-à-dire la gauche, formée par les Anglais, et sous le commandement de lord Raglan, avait pour mission la prise du bastion n" 3. La première ligne des colonnes françaises était composée d'une chaîne épaisse de tirailleurs sans cesse renforcée par des réserves.

» La première ligne des Anglais était composée de volontaires choisis, ])ar trente hommes de chaque réginieni et au nombre de 1,500; la seconde ligne était composée île trois régiments de chaque division, en tout 1 .S régiments, environ 10,500 hommes. Le resle des régiments anglais et écossais formait la réserve générale.

» Voici la marche générale de l'action :

Insuccès de l'attaque contre le bastion n» 1.

Il Vers les deux heures de la nuit, le lieutenant en second Khroustcheff, du régiment des chasseurs de Briansk (actuellement de l'aide de camp général prince Gortschakolï), qui était caché derrière le bastion n" 1 , lit savoir au général-major OuroussoB de la siii e de Sa IMajesié, que des troupes ennemies se concentraient eu nombre considérable dans la baie du Carénage.

» A la réception de cette nouvelle, nos troupes qui étaient dans les bastions se tinrent prêtes à occuper les positions qui leur avaient été préalablement désignées.

» Vers les trois heures, les colonnes ennemies commencèrent à sortir de la baie du Carénage, et en même temps une chaiue épaisse de tirailleurs se lancèrent sur le bastion n» t. Celte attaque fut exécutée sous la protection des batteries de tranchée de l'assiégeant et de son artillerie de campagne, qui avait été disposée sur une hauteur derrière la redoute de Sélinginsk.

1) D'après les dispositions prises par le colonel Serbininoff, commandant du régiment de chasseurs Krémentchouk, la chaîne des tirailleurs et les colonnes de l'ennemi furent reçues simulianément par un feu de milraille et de mousqueterie, et forcées d'arrêter leur attaque. En même temps nos bateaux à vapeur te Wladimir, le Gromono'etz, le h'hersunps, le [înjmm, le Bcssarabia et l'Odessa s'approchèrent de la pointe de la baie du Carénage, et par le feu meurtrier de leur artillerie jetèrent la plus grande confusion dans les rangs de réserve ennemis.

1) Malgré la vigueur de notre feu et ses terribles pertes, l'assiégeant, après deux arrêts successifs, se porta pour la troisième fois contre le bastion; mais, reçu par un feu bien nourri de miliaille et de mousqueterie, il recula en désordre, nonobstant les cris de ses chefs, qui cherchaient à ramener les troupes à l'attaque.

Insuccès de l'attaque de l'ennemi contre le bastion n» 2.

11 A trois heures de la nuit, pendant l'attaque générale, les colonnes de l'ennemi s'avancèrent à cinquante pas de distance, derrière la chaîne épaisse des tirailleurs.

Il L'attaque eut lieu contre les deux angles saillants du bastion. Après les premières décharges à mitraille et de mousqueterie eflectuées tout le long de la ligne, la cliaiiie de l'assaillant se replia eu arrière. Les colonnes descendirent dans le ravin et de là engagèrent la fusillade. Les généraux, malgré leurs ordres et leur propre exemple, ne parvinrent pas a faire renouveler l'attaque par leur» soldats.

u Le feu de nos bateaux h vapeur, qui s'étaient avancés jusqu'à la pointe de la baie du Carénage des le commcnc^^mcnt de l'action cl qui agissaient contre les troupes ennemies ma? ées le long du ravin, et celui des balleries du côté du iN'ord, produisaient un elTcl désastreux au milieu des colonnes de réserve de l'assaillant cl aidèrent ainsi considérablement au succès de la journée. L'artillerie de campagne que fcnueini avait placée sur la hauteur, derrière la redoute de Sélinginsk, fut contrainte d'abandouuer sa posiliuu cl luème de m retirer avaii' li lin de 1'.. >aut.

HISTOIRE DE LA GUERRE r)■ORIE^'T.

n >'os troupes se prëcipilorcnt h la poursuite de l'ennemi, qui se retirnit en ik-sordrc; mais retenues p;ir leurs chefs, conforniéiuent aux instructions qui leur avaient clé Jonnées , elles s'arrêtèrent sur les banjueltes.

Insuccès de l'attaque contre la courtine entre les bastions n° î et horiulvff.

a L'attaque opiniâtre contre la courtine entre les bastions n» 2 et Korniloffa éxé brillamment repousséc par le second bataillon du régiment de Souzdul , commandé par le colonel Daragann, chef de ce rc(;inicnl, et par deux bataillons de tirailleurs des réifiments de '\akout^k et de Sélinginsk , commandés par le ninjor StiépauoiT. Placés il cet endroit au commencement de l'assaut, ils avaient occupé les banquettes de la courtine; leurs réserves se composaient de deux compagnies du régiment de Souzdal, commandé par le capitaine Mitchourine.

u Au troisième S'gnal, les Français sortirent des tranchées devant la redoute de Kamchalka et se lancèrent une partie sur la courtine et une partie sur les chevaux de frise; des volon'.aires marchaient en avant avec les échf IIps d'assaut. Malgré le feu violent de mitraille et de moiisqucterie, les Français s'avancèrent hardiment ; la tète de leur colonne descendit le fossé, leurs volontaires se précipitèrent pour placer leurs échelles; mais les intrépides défenseurs de la courtine, sautant sur le couronnement du parapet, tiraient ;i bout portant sur lis plus hardis, qui s'elVorçaient d'escalader le rempart, les perçaient de leurs baïonnettes, les frappaient de leurs crosses et leur jetaient des pierres dans le fossé.

)) L'ennemi, repoussé , jeta ses échelles, et, tout en se défendant par une vive fusillade, recula, et après s'être reformé, tenta encore deux fois de donner l'assaut ii la courtine; mais, repoussé chaque fois, il se retira précipitamment dans ses tranchées.

hmiccés de l'attaque contre le bastion h'orniloff.

» L'assaut du bastion Korniloff, principal point de notre ligue de défense, fut elTectué par des forces considérables. A des signaux donnés de la redoute Kauitchalka et du ravin , les colonnes des Français, fortes d'environ 12,000 hommes, précédées d'une chaîne épaisse de tirailleurs, s'élancèrent impétueusement sur toutes les lignes de la quatrième section. La plus grande partie se dirigea contre le bastion Korniloff. Mais ici, par suite de dispositions prises par le {;énéral-major Youfcroff, tout était prêt pour recevoir l'ennemi. Un feu violent de mitraille et de mousquetcric arrêta les colonnes assaillantes à cent pas du fossé.

» Mis en désordre, l'ennemi se relira dans le ravin et dans ses tranchées, oîi se reformant, il essaya deux fois de suite de s'approcher du fossé du bastion; mais arrêté chaque fois par un feu meurtrier, il fut définitivement repoussé, et s'enfuit dans le plus grand désordre dans ses tranchées.

» La mitraille et le feu de nos bataillons du bastion Korniloff firent de terribles ravages dans b^s rangs des Français. Au pied du koiirgan (mamelon) MahkolT, et sur toute l'étendue jusqu'aux tranchées euoemies, le terrain était couvert de leurs corps.

Attaque de l'ennemi contre la batterie Qervais.

» De suite après sa première tentative contre le bastion Korniloff, l'ennemi, sortant du ravin, se précipita hardiment sur la batterie Gervais, et, malgré la violence de notre feu, s'en empara. Le premier bataillon du régiment de Pollawa , qui occupait cette batterie, après un opiniitrc combat corps à corps sur le parapet, fut forcé de céder au nombre bien plus considérable de l'ennemi.

u Les Français, poursuivant le bataillon, occupèrent les maisonnettes et les ruines au pied du versant septentrional du kourgan (mamelon) Malakoff, et s'avancèreiii jusqu'aux digues des Uocks. Mais ici s'arrêta cette pointe de l'ennemi, emporté par un succès momentané. Le chef de la ligne attaquée, aussi vigilant qu'eipérimeiiic, le lieutenant généial Khrouleff, qui suivait attentivement la marche du combat, se porta précipitamment sur le point le plus menacé. Se mettant il la tête de la 5' compagnie, armée de mou.squetons, du régiment de Scvsk, qui retournait des travaux, et ralliant le balaillon du régiment de l'oltawa, qui se relirait, il les amena contre l'ennemi , qu'ils attaquèrent a la baïonnette.

» En inêine temps, le lieutcnaul général Khrouleff fit avancer, sous les ordres du lieutenant général PavlolT, six compagnies du régiment de Yakoutsk de la réserve, dont deux compagnies, sous les ordres du major IVovachine, attaquèrent reiiiiemi en fiont, et un bataillon , sous le commandement du colonel Alennikoff, renforça la brave compagnie du régiment de Sevsk. Une sanglante mêlée s'engagea près des maisons et des ruines. Les Français, qui s'y étaient einbuiqiiés, s'y défendaient avec opiniâtreté; chaque maison dut être prise d'assaut. Kos soldais grimpaient sur chacune d'elles, enlevaient les toitures et terrassaient à coup de pierres ceux qui s'y étaient cmb'isq'iés, ou bien , après avoir enfoncé les portes , tuaient l'ennemi ou I i'ii-iaicnt prisonnier.

» La batti-iii- Gervais, dont une pièce avait été tournée contre nous , fut reprise b l'ennemi par l'attaque hardie de la compagnie de

Sevsk, appuyée par un bataillon du régiment de Pol'ava et des six compagnies du régiment de Yakou.sk. Les l'rançais, malgré les forces considérables qu'ils avaient amenées sur ce point pendant l'affaire, furent repoussés par nos troupes et poursuivis jusqu'il leurs Iranchées.

>) Trois l'ois, après s'être reformé, l'ennemi tenta de s'emparer de la batterie Gervais, mais il n'y réussit pas. Chacune de ces attaques contre celle batterie fut successivement repoussée par les troupes qui la défendaient, appuyées par le 3'' bataillon du régiment d'Eletsk.

w Uans la S' compagnie armée de mousquetons du réifimenl de Sevsk, qui s'est couverte de gloire dans celle chaude affaire, il ne restait plus après l'assaut qu'environ trente-trois hommes. Le brave capitaine en seconu Ostrovsky, chef de c-tle compagnie, tomba au commencement de l'action, et fut remplacé par le lieutenant en second Keller.

Insuccès de l'attaque des Anglais contre le bastion n° 3.

» A trois heures du ma:in , l'ennemi, sortant de ses tranchées les plus rapprochées, se porta en trois colonnes conire l'angle saillant du bastion ii" 3; les premiers rangs de ces colonnes portaient des échelles, des gabions et des fascines.

» Le chef de la troisième section , le brave contre-amiral Panfiloff, reçut l'assaillant par une décharge à mitraille des canons du basiion et par le feu de mousqueterie du régiment des chasseurs de Briansk.

u Les Anglais, jeiaut leurs échelles et tous leurs autres appareils d'assaut, se retirèrent en désordre dans leurs tranchées.

M Après s'être reformé une seconde fois, l'ennemi s'avança de nouveau; mais, de nouveau repou,sé, il recula et commença à se dirigera droite vers la batierie liouditclieff, et se mit à enlever les palissades devant le côté du bastion et de la batterie Yanovsky. JN'os troupes sautèrent sur le parapet, et après avoir couvert l'ennemi d'une grêle de projectiles, le forcèrent ii se retirer dans le ravin, poursuivi par une fusillade meurtrière et par la mitraille de ces deux dernières batteries.

ji En ce moment de nouvelles colonnes anglaises firent une troisième tentative pour s'emparer du basiioii n" 3. Elles étaient déjà parvenues à enlever une partie des palissades devant l'angle saillant, mais ici aussi elles furent arrêtées par notre mitraille et le feu de nos bataillons. Les assaillants tâchèrent aussi de se porter sur le côté droit du basiion ; mais, définitivement repoussés, ils reculèrent dans le ravin du Laboratoire.

ij En se poi'tant sur le basiion n° 3 et en se retirant dans le ravin, l'ennemi l'ut mitraillé par la batterie Patiomkine et loudroyé par lej boulets et les obus de la batterie Niconoff. Le premier bata:llon du régiment des chasseurs de Briansk (aujourd'hui de l'aide de camp général prince GortschakolT), un balaillon de réserve des régimonts de \'olhynie et de Minsk et deux compagnies du régiment u'Okhotsk, disposées sur les banquettes, adroite du troisième bastion, dirigeaient un feu bien nourri de mousqueterie sur les colonnes qui assaillaient la face droite du basiion.

/«succès de l'attaque contre nos batteries du Pérésype (du Port Militaire).

» En même temps que l'attaque contre le bastion n" 3 , les Anglais en exécuiaient une autre contre les batteries du Pérésype.

)) Au ]ii>iiit du jour , au moment où les postes secrels de la nuit, disposés en avant de ces batteries, étaient relevés par des tirailleurs, une chaîne épaisse de tirailleurs anglais se précipita sur nos postes avancés. 37 tirailleurs et rJ matelots qui étaient dans ces postes parvinrent a se retirer en bon ordre, conformément aux instructions qu'ils avaient reçues.

» La chaîne des Anglais se dispersa dans les maisons et dans les jardins au fond du ravin. A ce moment, nos batteries Brylkine, Stalil et Pérékomsky ouvrirent contre l'ennemi un feu d'artillerie des plus vifs.

)> Les colonnes anglaises essayèrent de pénétrer dans les batteries Brylkine et Pérékomsky ; mais elles en lurent empêchées par notre feu, dirigé conire eux par le commanilant des batteries du Pérésype, l'actif et intelligent aide de camp et capitaine de premier rang Kislinski, et se retirèrent en désordre dans le ravin du Laboratoire, laissant sur le terrain une quantité de cadavres.

« INolre infanterie , qui occupait les batteries du Pérésype, sous les ordres du colonel Malevski, aida beaucoup, par son feu bien dirigé, a repousser l'ennemi.

» Pendant l'attaque des Anglais contre la batterie Brylkine, plusieurs de leurs tirailleurs se jetèrent sur notre batterie de la Gribka, où cinq d'entre eux furent faits prisonniers.

u A sii heures du matin, l'assaut était repoussé sur toute la ligne.

1) De loutes les batteries des Français et des Anglais pleuvait une grêle de projectiles sur les fortifications et sur la ville ; sur toute la ligne était entretenu un feu de mousqueterie des plus vifs.

1) Uans l'après-dinée, la canonnade commença h se ralentir, etie soir, elle faiblit complètement.

j> IVotrc perle penJaiit le bombardement et l'assaut, duS'lî au 6/18 juin, s'est élevée à : 2 officiers supérieurs, 14 officiers subalternei

et 781 soldats tués; 4 officiers supérieurs, «t3 officiers subalternes et 3,132 soldats blesses; 1 ijéncral, 5 officiers supérieurs, 59 officiers subalternes et 8l5 soldats atteints de contusions. Ont été en outre légèrement blessés et contusionnés, sans toutefois être forcés de quitter les rangs : 2 généraux, 12 officiers supérieurs, 57 officiers suballcrnes et 87 9 soldats.

u Au grand regret de tous, la ville de Sébastopol a perdu, dans les journées du 6|17 et du G. 18 juin, parmi ses valeureux défenseurs : le brave capitaine de I" rang Bouditclieff, chef de batterie; le maior Boudanovsky , du régiment de Minsk; le capitaine en second Ostrovsky, chef de la 5' compagnie du régiment de Sevsk, tous les trois tués. Le brave et intelligtnt capitaine de l"'"' rang Yourkousky , chef de la 4' section; le capitaine de I" rang Kislinsky, aide de camp de Sa Majesté et chef des batteries du Pérésype; le lieutenant-colonel prince Bagrailion , du régiment d'Eletz; le lieutenant-colonel Mkitine, du régiment des chasseurs d'Odessa, et le capitaine de l'artillerie de la marine Stanislawsky, tous les cinq blessés. Le premier est mort depuis de ses blessures.

• Au nombre des contusionnés se trouvent le général-major Zamarine et le capitaine de \" rang Mikrioukoff.

» La perte des armées alliées a dû être considérable.

Il Le lendemain de l'assaut, les commandants en chef , lord Raglan et le général Pélissier, demandèrent une suspension d'armes pour enterrer leurs morts.

» Sur toute l'étendue où avait eu lieu l'assaut, furent placés, de deux côtés, des rangs de troupes sans armes, entre la ligne de défense et les premières tranchées de l'ennemi. Nos soldats enlevaient ses morts du terrain où avait eu lieu l'attaque, et les déposaient entre les lignes des Français et des Anglais, d'où ceux-ci les transportaient plus loin.

» L'ennemi fat occupé à déblayer le terrain jusqu'au soir Le nombre des morts ramassés, rien que près de notre ligne de défense, s'éleva à deux mille. La perte de l'ennemi, pendant toute la durée de l'assaut, peut être évaluée de dix à treize mille hommes mis hors de combat.

» IV'ous avons fait prisonniers, outre ceux qui sont morts depuis de leurs blessures : 1 officier supérieur, 16 officiers subalternes et 270 soldats fiançais; 1 officier supérieur et 6 soldats anglais.

» L'héroïsme et l'abnégation avec lesquelles toute la garnison de Sébastopol, depuis le général jusqu'au soldat, a accompli ses devoirs, dépassent tout éloge. L'infanterie, les marins , et les artilleurs qui desservaient les pièces ont rivalisé de bravoure, et, animés d'un même vœu, celui de repousser l'ennemi de Sébastopol, ils se sont tous acquittés de leur tâche avec le même sang-froid, la même bravoure et le même mépris de la mort.

» L'artillerie de campagne qui se trouvait disposée sur iiotre ligne de défense a beaucoup contribué au succès. »

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