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CHAPITRE VI

La Grèce. Son émancipation. Coup d'œil sur le passé. Inti'rét qu'elle a inspiré i l'Europe. — r.onrours qu'elle prèle aujnurd'hui à la poliiique ru»5e. — Insurrccli"ii eniirèce. Proclnmoiion» Noies iJiplomatiqued. Illusions des Grec» cl du roi Oihon sur la fornialion d'un empire d'Orient. Dangers du royaume grec et de la dynastie bavaroise. — Le Monltnegro.

De tous les Etats qui sans être parties belligérantes dans la question orientale sont néanmoins intéressés à l'issue de la lutte, la Grèce se trouve dans la situation la plus fausse et la plus dangcreu.se; et cette situation, c'est le gouvernement grec lui-même qui l'a créée. Pour (dusieurs nations la guerre d'Orient n'aura que des résultats lointains et dont la nature est encore inccriaiiie ; pour la Grèce, ces résultats seront immédiats, et, quelle que soit la cause qui triomphe, ils doivent être fatals. Victorieuse, la Russie ne permettrait pas que le royaume grec s'étendit, gagnât en territoire et en puissance, devint le centre d'une natiun importante, l'empereur l'a nettement déclaré a sir llamilton-Seymour dans les conversations dernièrement divulguées par le cabinet anglais ; et en songeant aux graves motifs qu'aurait la Russie d'incorporer la Grèce dans ses possessions nouvelles, si elle parvenait à s'établir à Constantinople, on sera porté à croire que l'empereur Kicola» n'a pas dit toute sa pensée à cet égard.

Triomphantes, la France et l'Angleterre, qui ont contribué avec la Russie ii fonder le roy.inmc grec , ilécideront souverainement du sort d'un Etat à qui une saine politique ordonnait de garder la plus Mriclc neutralité, (|ni a foulé aux pieds les lois de la reconnaissance en servant activement lelu- ennemi; ce qui ne sera pas un titre ii sa ';onser\aiion, lorsque nulle considération sérieuse ne militera plus en ta tavciUa

Soumise à la domination ottomane depuis plusieurs siècles, la Grèce, autrefois peuplée, fertile, riche, savante, n'offrait plus, il y a quelques années, qu'une population clair-semëe et des terres mal cultivées; a l'intérieur, la richesse s'était réfugiée dans quelques grandes familles. Les îles et les côtes livrées au commerce, à la navigation, gardaient seules une activité qui rappelait des temps plus heureux et qui avait créé d'assez grandes fortunes. Vaniteux par caractère, par souvenir des temps anciens, les Grecs se regardaient comme très-supérieurs aux Turcs; considérés par ceux-ci comme des vaincus, ils n'avaient pas les mêmes lois, les mêmes droits civils et politiques; la religion professée par les Grecs est un christianisme encore fortement empreint de paganisme et séparé de Rome, reconnaissant pour chef le patriarche de Constantinople; ainsi les lois, les mœurs, la religion, la condition présente et les souvenirs les éloignaient des Turcs leurs conquérants, les séparaient de l'empire dont ils étaient les sujets.

L'ambition pouvait facilement exploiter ces éléments de révolte, et les légitimes désirs des Grecs de fonder de nouveau leur nationalité; la Russie ne les négligea pas dans sa lutte incessante contre la Turquie. Sous les inspirations de Catherine LI, les Grecs s'insurijèrent en 1770 et soutinrent leur première guerre de l'indépendance. Trop faibles pour triompher, ils n'obliiirent pas de la Russie les secours promis et furent vaincus. i\Iais cette tentative de révolution laissa des germes que le temps devait féconder et dont la Russie saurait habilement profiter dans l'œuvre de démembrement entreprise contre l'empire ottoman, poursuivie sans relâche sur d'autres points.

Cinquante ans s'écoulèrent; les populations décimées par la première guerre s'étaient reformées, axaient grandi; les vieillards en mourant avaient raconté à leurs fils leur lutte pour la liberté; les persécutions religieuses qui avaient suivi la première insurrection avaient avivé les haines; le peuple vaincu se sentait redevenu assez fort pour essayer de briser la domination du vainqueur, la Russie encourageait de nouveau; depuis plusieurs années, sous son inspiration , aidés de son or, des comités s'étaient organisés et faisaient par toute l'Europe une propagande active.

La seconde guerre de l'indépendance, habilement préparée, fomentée et soutenue par des esprits généreux, éclata en 182 i ; l'insurreelion embrassa d'abord un très-grand cercle, mais promptement comprimée sur idusieurs points, elle- fut bientôt circonscrite à la Morée, aux îles de l'Archipel et h une petite ])artie de la Grèce continentale. La lutte fut héroïque et fut malheureusement souillée des deux côtés par d'horribles atrocités; les Grecs soulevés massacrèrent inutilement les populations turques qui habitaient paisiblement le pays et qui n'eurent pas le temps de fuir; les troupes ottomanes à leur tour exercèrent de cruelles représailles; ce n'étaient pas deux armées qui luttaient, c'étaient deux peuples animés par la haine politique, par la haine religieuse, qui s'égorgeaient : le vaincu contre le conquéiMut, l'Evangile contre le Coran. l)ans le cercle où l'insurrection était resserrée, elle fut victorieuse, elle battit les armées turques, elle prit ou coula les vaisseaux ennemis; bientôt il ne resta ))lus aux Ottomans que les forteresses de Lépanle, de Patras, de Ivoron, de IModon et quelques places peu impurlantcs.

L'insurrection triomphante ax'ait besoin de se régulariser, de faire succéder l'ordre au bouleversement, le travail aux combats, d'organiser un gouvernement; une première assemblée nationale fut convoquée : elle vola une constitution et proclama l'indépendance de la Grèce. Depuis qu'ils vivaient sous la domination étrangère, les Grecs avaient malheureusement perdu les vertus qui seules gardent la liberté conquise parle courage; les rivalités, les haines divisaient déjà ce peuple qui avait encore les armes à la main; la passion de l'auloclithonisme naissait; c'est-à-dire que les Grecs dont le territoire se trouvait aflranchi par les efforts et le succès de tous repoussaient déjà ceux qui, moins heureux, appartenaient par la naissance à des localités demeurées en la puissance des Turcs, bien qu'ils eussent versé leur sang pour la cause commune et triomphé aux lieux mêmes qui se trouvaient libres.

Bientôt la guerre civile éclatait et ravageait les provinces à peine remises des douleurs de la lutte pour l'indépendance; deux centres de gouvernement étaient fondés, deux jiouvQirs se combattaient, deux assemblées nationales étaient opposées l'une à l'autre. Des hommes dont les noms avaient retenti glorieusement en Europe )iendant qu'ils combaitaient ensemble pour la liberté de la patrie, devenaient non-seulement rivaux, mais ennemis implacables. (Jonduriotis, Mavrocordato, Constantin-Mavromichali étaient dans un camp, Colocotroni, Petro-Mavromichali dans l'autre; amis contre amis, frère contre frère.

Les Turc» profitèrent des axantages que leur donnaient ces divisions intestines dans un pays dont le premier besoin était l'union et qui se montrait incapable de rien fonder. Il ne faut pas toutefois être trop sévère pour les Grecs; ils brisaientà peine la domination étrangère, et si tous voulaient la liberté, l'indépendance nationale, ils no savaient pas bien quelle forme donnerait et garantirait l'une et l'autre le pins comiilélenicnt. Ils étaient soldats et non législateurs, chacun arrivait avec ses idées, ses désirs, ses aspirations; le triomphe avait (ail ëclore des ambitions dont quelques-unes élaieut létjitiines, dont

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quelques autres «étaient d'autant plus ardcutes qu'elles sentaient ne pouvoir s'a]>puycr que sur leur cxallatiou.

Ce fut au milieu de ce di'sordrc, dans lequel s'absorbaient et se paralysaient toutes les forces, que le sultan Malimoud rccomnieiiça la guerre. L'Ki;ypte grandissait sous Mt'liémet-Ali; le vice-roi avait appelé ou accueilli des officiers français, italiens , piéniontais, qui n'avaient pu se résoudre ii servir les gouvernements imposés par l'étranger, des officiers d'autres nations que la paix laissait sans emploi; il avait organisé son armée d'après leurs conseils; sa flotte prenait les allures européennes; ses administrations (onclionnaient avec une révularité toute nouvelle; et son ambition grandissant avec sa puissance, il allait bientôt menacer lui-même la souveraineté du sultan; on habile politique qu'il était, Malimoud ordonna au ])acha d'Egypte d'envoyer son lils Ibrahim à la tête d'une armée contre les Grecs : faisant ainsi servir la puissance de son vassal à réduire ses sujets révoltés. Ibrahim-Pacha débarqua à IModon en 1825, chassa devant lui les bandes grecques incapables de tenir en rase campagne contre une armée bien organisée, du reste mal commandées, ne sachant pas coordonner leurs efforts, dirigées par des chefs jaloux les uns des autres. Ibrahim s'avança rapidement jusqu'au cœur du Péloponèse, prit quelques villes cl battit complélcment les Grecs à la bataille de Tricorpha. 11 ne resta bientôt plus aux Grecs d'autre ressource que celle de s'enfermer dans les cités et de se défendre à l'abri de leurs murailles; c'est ce qu'ils firent, et avec un courage remarquable.

C'est alors que Mavrocordato, qui depuis longtemps proposait de recourir ii la Russie pour en obtenir une protection patente, hautement avouée , détermina quelques chefs à employer ce moyen. Un acte dans ce sens fut signé et adressé à la Russie et à l'Angleterre; la France intervint dans ce concert, et ces trois puissances résolurent de proclamer l'indépendance réelle de la Morée et de lui donner un gouvernement national.

Mais, bien avant cet acte de recours et cette entente qui allait mettre la Grèce sous la protection de troisgrands peuples, les comités grecs avaient fait un appel aux sentiments généreux des populations de toute l'Europe, et partout les populations avaient manifesté une sympathie profonde. Un reflet de la gloire du vieux peuple grec, ardent, enthousiaste, guerrier, roi de la poésie, de la peinture, de l'éloquence, de l'histoire, de la statuaire, parait encore aux yeux de l'Europe les fils des Ioniens. Sans rechercher quelle main agitait secrètement les Hellènes et les soulevait contre les Turcs, sans regarder de quels éléments étaient formes les comités ardents à susciter des amis et des défenseurs, on ne vit dans les Grecs insurgés que des hommes essayant de briser le joug qui pesait sur eux, de reconstituer une nationalité dont on cherchait les titres dans un passé lointain. Ils luttaient avec énergie pour leur indépendance, c'en était assez pour exciter les acclamations des amis de la liberté dans tous les pays; ils étaient chrétiens et opprimés par les musulmans, c'en était assez pour mériter l'intérêt des nations chrétiennes. Comprimés , trompés par la Sainte-Alliance, les peuples trouvaient une occasion de laisser déborder la pensée intime de leur âme, et cette pensée éclatait alors bruyamment.

Les souvenirs des temps héroïques de la Grèce eurent une large part dans ce mouvement, exercèrent une vive influence, surtout en France, d'où l'on envoya aux Grecs de l'argent, des armes, des vaisseaux, des combattants, chefs et soldats, bien longtemps avant que le gouvernement eût décidé une expédition. Qui n'était pas heureux par la pensée qu'il contribuait a donner une patrie libre aux tombes des grands hommes dont il a murmuré dès l'enfance les noms harmonieux? Quel artiste, quel poète, quel orateur, quel officier, ne s'émouvait pas à l'idée de Thémistocle, de Léonidas, d'Homère, d'Apelle, de Uémosthène pleurant l'asservissement des Grecs, eux qui avaient lutté, qui étaient tombés pour la liberté, ou dont les chants, les harangues, les arts avaient porté si haut la gloire de leur pays? Quelle jeune fille, quelle jeune mère n'a pas été émue en pensant aux belles vierges grecques livrées à la brutalité des soldats albanais, aux mères massacrant leurs enfants pour les soustraire à l'oppression? Qui n'a gémi en pensant que le beau ciel de la Grèce n'éclairait que des monuments en ruine? INe semblait-il pas à tous que le Parthénon allait sortir de ses décombres, replacer sur leurs socles ses statues enfouies dans la poussière accumulée par les siècles? Oue le veuvage de la tribune aux harangues allait finir? Que la poésie devait une seconde fois illustrer son berceau? Qu'un autre Orphée apporterait des lois nouvelles à un peuple neuf? Q)u'il était grand et beau de donner la liberté, le plus grand des biens, aux enfants de ceux qui nous avaient enseigné les arts de la civilisation? Au milieu de l'enthousiasme excité par le récit des luttes des Grecs, des frémissements d'horreur causés par les massacres de Solo cl de Missolonghi, qui n'enviait Byron, Fabvicr, Cochranc et tous ceux qui donnaient leur sang pour l'indépendance?

Le mouvement avait été généri'ux, le résultat ne répondit ni à la hauteur des espérances ni à la grandeur des sacrifices. La liberté, la poésie, l'enthousiasme avaient inspiré l'entreprise de l'afl'ranchissenieiit des Grecs, la politique la poursuivit et la termina, comme pouvaient le faire des gouvernements dont l'un était le type du despotisme, dont un autre rêvait de détruire la constitution de son pays.

Puis la diplomatie sans entrailles et sans foi jouait entre les mains de la Russie un rôle indigne d'une puissance à quelque ordre qu'elle appartienne, quelle que soit sa force ou sa faiblesse.

il importait ])eu à la Russie que le peuple grec fût ou ne fût pas libre, et dans tous les cas ce n'était pas un empire puissant qu'elle entendait fonder. Ce qu'elle voulait, c'était un démembrement de la Turquie, c'était l'affaiblissement dans la Méditerranée de cette puissance qu'elle attaquait en même temps, et seule, et pour son propre compte, sur la mer Noire et dans les provinces danubiennes, qu'elle plaçait ainsi entre deux ennemis. L'Etat qui allait sortir de la crise et de l'intervention ne devait être dans la pensée de la Russie qu'un foyer d'agitation perpétuelle pour les populations grecques laissées à l'empire ottoman, une excitation à l'insvirreclion, une cause de désordres, de luttes, d'oppression et de plaintes qu'elle se chargerait de recueillir et de grandir après les avoir excités.

Voilii ce que ne virent ni l'Angleterre ni la France; au lieu de créer des villes libres, de petites républiques de marchands, gouvernement qui convenait à des populations activement occupées de commerce maritime et de commerce intérieur, et qui ne pouvait pas inspirer d'inquiétude aux nations voisines, les trois puissances protectrices s'arrêtèrent à vine combinaison malheureuse d'oîi devait sortir un royaume étriqué, sans force, et, dès l'abord, mécontent de son peu d'étendue.

L'empereur de Russie avait proposé d'abord de faire de la Grèce trois provinces indépendantes sous le protectorat des puissances européennes, à l'imitation des provinces danubiennes; l'Angleterre s'y opposa et adhéra au projet d'organisation politique conçu par Mavrocordato en 1821, et qui devait donner à la Grèce des libertés sérieusement garanties, solidement assises. La Russie fit peu d'opposition, mais déclara qu'elle était résolue a mettre fin à la guerre entre les Turcs et les Grecs ; et qu'elle suffirait à celte tâche, si les Etats européens se refusaient à y prendre part. Un premier protocole signé en février 182G à Saint-Pétersbourg engagea d'abord la Russie et l'Angleterre; un second, signé à Londres en juillet 1827, fit entrer la France dans cette alliance. La France envoya un corps expéditionnaire et prit j»rt à la déplorable bataille de Navarin, le vO octobre 1827. On a vu plus haut, dans le chapitre relatif à la Russie, les résultats de cette bataille pour la Turquie.

En attendant qu'on eût trouvé un roi pour le nouvel Etat, on s'arrêta à l'idée de nommer un président gouverneur général de Ja Grèce; le cabinet russe eut l'adresse de faire tomber le choix sur le comte Capo d'istria , qui, sous des apparences d'indépendance, lui était entièrement dévoué.

11 y avait parmi les soldats de l'indépendance des hommes qui avaient lait preuve de talents militaires, de capacités administratives, appartenant à des familles puissantes et considérées, qui eussent été bien placés à la tête de leur nation, dont ils connaissaient les mœurs, les coutumes, les goûts, les aspirations, les besoins; mais chacune des trois puissances avait ses répugnances, ses prédilections et redoutait l'influence des deux autres sur les familles du pays. Sur le sol à peine affranchi, elles se disputaient déjà le gouvernement du nouvel Etat.

Toute la Grèce s'était levée pour la cause nationale, toute ne recueillit pas le fruit de la lutte; et quand il s'agit de tracer les frontières, des populations qui avaient versé leur sang pour la liberté eurent la douleur de se voir exclues de l'unité grecque : combinaison qui laissait a la Turquie une position importante dans l'Adriatique, mais qui avait pour résultat de rendre ces populations plus difficiles à gouverner et plus accessibles aux menées de la Russie et de leur mettre les armes à la main chaque fois qu'un conflit ou une complication politique à Constantinople semblerait leur offrir une occasion favorable de se détacher de l'empire ottoman. Aussi, depuis lejouroii l'Etat grec fut fondé, où ses limites furent déterminées, trouve-t-on les Grecs exclus toujours agités et les Grecs du royaume toujours prêts à leur prêter secours contre la Porte. Violation des traités que la politique condamne, que l'amour de la nationalité voudrait absoudre, mais que les puissances ne sauraient tolérer sans condamner le pays à tous les malheurs d'une guerre civile éternelle, et dont la responsabilité pèse tout entière sur le roi des Grecs, qui est tenu de respecter ce qu'il a accepté avec tant de bonheur. Depuis ce jour, et grâce aux encouragements venus des deux côtés, toutes les expéditions des Russes contre la Turquie, toutes les guerres du pacha d'Egypte contre son suzerain ont été le signal de nouvelles insurrections, de nouveaux combats, et les sultans ont toujours eu à comprimer des révoltes dont le germe n'est pas encore étouffé.

La plus épouvantable anarchie régnait en Grèce au moment où y arriva M. Capo d'istria. Chaque localité avait combattu pour soi, chaque île s'était défendue ; elles avaient encore leurs troupes, leurs corsaires, que l'on aurait pu traiter de pirates sans blesser la vérité. On avait pu s'entendre assez pour nommer des représentants qui s'étaient réunis à Epidaurc, ii Trézène , et avaient établi à Eginc une ombre de gouvernement ; mais, au milieu du désordre né de celle longue et affreuse lutte, il était impossible de compter sur les impôts, qui seuls donnent à un pouvoir des moyens d'administration. Les souscriptions avaient fourni des armes, des secours ; elles ne pouvaient

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pas donner le mouvement aux rouages administratifs. Un emprunt de soixante millions (jaranti par la France, l' Angleterre et la Russie permit au gouvernement de fonctionner. La France a longtemps payé les intérêts de la portion de la dette dont elle s'était rendue caution. Un million figurait chaque année à son budget : elle n'est pas encore remboursée

Cependant il fallait choisir une forme de gouvernement pour le nouvel Etat. On s'était arrêté à l'idée de créer un royaume : les Grecs voulaient un royaume constitutionnel. Les trois puissances proposèrent le trône au prince Léopold de Cobourg : il n'accepta pas. il a été depuis investi de la royauté des Belges. On chercha dans les familles princières de l'Europe, on trouva en Bavière un enfant de quinze ans, second fils du roi, et lorsqu'il fallait un homme habile, expérimenté, inspirant la confiance, pouvant réunir tous les éléments constitutifs de ce pays tourmenté par l'insurrection, par la guerre civile et la guerre étrangère, capable d'imposer aux passions, on choisit cet enfant. La convention qui l'instituait roi des Grecs fut signée à Londres en mai i83l entre l'Angleterre, la Russie et la France.

Othon ne devait atteindre ses vingt ans, qui lui permettraient de régner, que le 1'"' juin 1835. En attendant qu'un roi de vingt ans prit les rênes de ce gouvernement, une régence de trois conseillers bavarois devait diriger les affaires. Le roi arriva et débarqua à Nauplie escorté par des gendarmes bavarois, par une armée de trois mille cinq cents Bavarois et les vaisseaux des trois puissances. Il était inconnu aux Grecs et venait accompagné de toutes les défiances qui accueillent l'étranger imposé, de tous les mécontentements, de toute l'irritation des espérances déçues. La Grèce avait changé de maître.

Othon fut couronné en I83â . un conseil d'Etat gouvernait avec lui; l'assemblée nationale n'existait plus. Les conspirations se succédaient ; les anciennes bandes grecques ne voulaient pas entrer au service du nouveau pouvoir, mais refusaient de se dissoudre. On en était réduit il acheter leurs chefs, à transiger avec les hommes qui organisaient des complots contre le gouvernement bavarois comme ils avaient organisé l'insurrection contre le gouvernement turc. Les Jlainottes passaient la frontière, s'avançaient dans le pays, pillaient et se retiraient sans qu'on pût leur opposer des forces suffisantes pour réprimer ces attentats.

Le mécontentement qu'avait inspiré l'établissement d'un souverain étranger s'augmetitait du refus d'accorder les institutions constitutionnelles promises aux Grecs et sur lesquelles Us avaient justement c implé. Le gouvernement du roi Othon repoussait systématiquement toute réclamation a cet égard, quoique les droits eussent été parfaitement établis et par l'insurrection et par l'aveu des puissances protectrices. Au moment où le prince Léopold de Cobourg fut désigné comme roi des Grecs, le président, M. Capo d'Istria, lui avait écrit : « Vous ne voulez pas sans doute gouverner sans suivre les formes Il légales et sans faire participer la Grèce à l'adoption de ces formes. « Donnc/.-vous la peine de jeter un coup d'iril sur le deuxième dé- " cret du congrès d'Argos, et vous verrez qu'en déclarant que vous «adoptez les iiases posées par ce décret vous vous réservez, en resu pectant tous les droits des Hellènes, la faculté de leur donner une ) constitution en se conformant aux principes adoptes par le congrès « d'Epidaure, d'Astros et de Trézène. »

L'empereur de Russie approuva plus tard les actes de la conférence de Paros, qui insistait sur l'établissement d'un gouvern(Mucnt représentatif en Grèce. Celte approbation est constatée dans une lettre du comte de Nesseirode au prince de Liéven du 26 janvier 1839.

Les trois puissances, dans le protocole de la conférence de Londres en date du (^'juillet 1830, adhérèrent à la forme constitutionnelle du nouveau gouvernement de la Grèce, ajoutant : k Les trois «cours se plaisent à croire que, sous les auspices du futur souvewrain, ces institutions, appropriées aux besoins réels, aux besoins » véritables et aux vœux léijitiines de la Grèce, lui assureront un » long avenir de paix, d'ordre et de bonheur. »

Ouand le prince Othon fut désigné comme roi des Grecs par suite du refus du prince Léopold, le roi de Bavière prit formellement, au nom de son fils mineur, l'engagement qu'une charte serait faite par le congrès national de la Grèce. Cet engagement est constaté par une lettre de M. Gise, ministre des affaires étrangères de Bavière, au secrétaire des affaires étrangères provisoire de la Grèce, lettre en date du 31 juillet 1832.

Le droit ne saurait être contestable, les promesses sont formelles, mais des instructions secrètes de la Russie s'opposèrent aux vœux des Grecs. Les l'iouniéliotes s'insurgèrent en demandant une constitution tt le renvoi des Bavarois, les I\Iesscnieiis et les Arméniens se levèrent aux mêmes cris. On noya dans le sang leurs réclamations.

Mais en IC4I le vœu national se manifesta de la manière la phi% énergique, cl le roi Othon comprit que le moment était venu de céilcr aux désirs de la nation : il se prépara à octroyer une constitution, et donna à M. Mavrocordato la mission de former un cabinet ilonl le progiamme était basé sur l'introduction du système repré- S-'nlalif en Grèce. La Russie intriguait toujours pour empêcher l'ci^- Llissement du gouvernement i.onsliluliuuncl ; peul-èlrc eiit-cllc été

obligée de céder, mais elle trouva un appui dans le cabinet français. M. Guizol, ministre des affaires étrangères, envoya M. Piscalory à Athènes pour se récrier contre les concessions que le roi Othon voulait faire, n Malheur à vous, disait M. Guizot au roi des Grecs, mal- )) heur à vous si vous vous laissez entraîner à la moindre concession ! » Résistez toujours et vous triompherez. Laissez crier les mécon- » lents; quand ils seront fatigués, ils se tairont. »

Le roi Othon, fort disposé à suivre les conseils de M. Guizot, fort de l'assentiment du cabinet français, renvoya immédiatement le cabinet Mavrocordato, rappela M. Coletli et continua conime par le passé. M. Guizot, dans la joie de son triomphe, adressa à toutes les légations françaises à l'étranger une circulaire dans laquelle il leur apprenait que la politique française l'emportait pour toujours à Athènes.

Les mécontents se turent en effet, ainsi que l'avait annoncé M. Guizol; mais, ce qu'il n'avait pas prévu, ils organisèrent un vaste complot. Secrètement appuyés par M. Lyons, ambassadeur d'Angleterre, certains que, tout en repoussant une nouvelle révolution, l'Angleterre soutiendrait de toute son influence les patriotes grecs, ils préparèrent de longue main un plan qui avait de vastes ramifications et qui était trop bien concerté pour ne pas réussir. L'explosion devait avoir lieu le 17 septembre 1843. Grigriotis arrivait de Chalcis avec huit cents hommes pour apjuiyer le peuple.

Macrijeuni était à Athènes le chef du mouvement; Kallergi, colonel d'un régiment de cavalerie, devait l'appuyer. Le complot est découvert. Le I 4 au soir un escadron de gendarmerie est envoyé pour cerner le jardin de Macrijeuni, oit les chefs conjurés sont réunis. Kallergi reçoit l'ordre de l'appuyer avec son régiment. Il place sa troupe en évidence, puis, à un signal parti du jardin, fait demi-tour avec elle, court aux casernes de l'infanterie, l'entraîne sur ses pas. Des Grecs armés sortent de tous les côtés, envahissent la place du palais. Kallergi entre chez le roi et répond avec quelque vivacité aux ministres qui l'interpellent, leur reprochant d'avoir mis le roi dans la position où il se trouvait.

Le roi fit quelques pas en avant, et, s'adressant à Kallerji :

— Colonel, lui dit-il, est-ce là le calme que vous m'aviez promis de garder? Retirez-vous, nous conférerons demain.

— Sire, répondit le colonel, il ne s'agit pas d'être calme, nous avons à régler ici une affaire qui dure depuis dix ans, nous ne pouvons pas attendre jusqu'il demain.

Il remit au roi Othon les ordonnances qui nommaient un nouveau ministère, convoquaient une assemblée nationale et renvoyaient les troupes bavaroises. Dès le lendemain tous les changements étaient faits; mais le roi, raffermi sur son siège royal, se retrouva comme auparavant, tiraillé dans tous les sens.

Du jour où les trois puissances donnèrent à la monarchie grecque des moyens d'action, leurs ambassadeurs à Athènes s'y disputèrent la direction des affaires ; ce n'a été qu'une lutte d'intrigues, de sourdes menées, de corruption. La Russie, l'Angleterre, la France avaient leurs agents avoués et leurs agents secrets : elles ont semé l'or, acheté des hommes marquants, des familles influentes; elles ont eu tour à tour des ministères à leur dévotion qui se renversaient, se supplantaient. Le parlement, comme le cabinet des ministres, étiiit un champ de bataille sans effusion de sang, sans gloire, mais non sans activité. On reproduisait eu petit à Athènes les fautes faites à Conslantinople.

Les trois puissances avaient créé un Etat, elles n'avaient pas créé une nation. Les lois ont été sans force ; des brigands ont désolé les campagnes; la piraterie, dont les Grecs de quelques îles avaient fait un long apprentissage sous la domination des Turcs souvent impuissants à la réprimer, reparut .i plusieurs époques; enfin, depuis vingtcinq ans, bien que l'industrie et surtout Je commerce aient fait de remarquables progrès, le gouvernement grec s'est traîné plutôt qu'il n'a vécu.

La pensée inspirée par la Russie de remplacer l'empire turc ii Constantinople par un empire grec se propageait néanmoins. La Grèce était bien, comme elle est encore, le plus impuissant de tous les royaumes d'Europe, mais elle n'en était pas pour cela moins vaniteuse ; et quelques mois après la petite révolution qui força le roi Othon à adopter enfin le système constitutionnel pendant que l'assemblée nationale discutait les articles de la loi fondamentale au mois de février ls4i, un député qui fafsait un discours sur la nationalité s'écria que la (jrèce ne serait constituée que lorsque la bannière grecque flotterait sur la coupole de Sainte-Sophie à Constantinoplc.

Une telle déclaration en pleine paix, lorsque l'ambassadeur grec était à Constantinoplc, avait droit de surprindre quel(|ue peu le sultan et deux des puissances qui par le traité du 13 juillet 1841 avaient garanti l'intégrité de l'empire ottoman, mais c'était l'expression d'une pensée que la Russie ne devait pas laisser oublier. De telles expressions flattaient la vanité des Grecs, et , dans tous les cas, servaient l'ambition russe.

Aujourd'hui que la guerre divise les trois puissances auxquelles le gouvernement grec doit son exislcnce , il tallait ii ce gouvernement

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non-seuloincnl «le l'habilelc , mais Ae la loyauté , pour conjurer le ilanf;er qui le menace cl qui est beaucoup plus jjranil qu'on ne le criiiî à Allièiics, et les événcmenls ne larderont pas à le ilcmonlrer. Oljlijjéà la reconnaissance envers la France, l'Angleterre et la Russie, Te coiiverneinent (;rec n'avait de salut que dans une neutralité sincère, rigoureuse, que l'Angleterre cl la France eussent respectée; il n'a pas su ou pas voulu la garder, cl tous ses actes sont en baruionie avec les paroles iniprudentes de l'orateur de I8i4.

A peine les Husses étaient-ils entrés dnns les provinces danubiennes, que les (jrccs des provinces restées agglomérées à l'empire ollouian prenaient de nouveau les armes, rormaient des corps, attaquaient les garnisons turques, assiégeaient les villes et les citadelles. Ceux-là ne devaient rien à la France, rien à l'Angleterre; ngités ou non par les agents russes, soudoyés ou non par l'empereur iSicolas, ils n'ont de compte à rendre de leurs actes qu'au sultan; vaincus et conquis, ils se lèvent pour secouer la domination des étrangers; le ili'bat est entre cui. iMais, dès l'origine de celle insurrection, des hal)itants du royaume grec couraient s'enrôler sous le drapeau des insurifés, et il était dill'icile de ne pas voir dans cet empressement la main de la Russie, quand on se rappelait que ces mêmes Grecs , sujets de la Turquie, pour lesquels on témoigne aujourd'bui tant de sympatbie, étaient hier encore repoussés comme des étrangers contre les(|ucls les autochtiiones pren;iieul les plus minutieuses précautions et montraient la plus granile défiance. (Quelque blessées que pussent être la France et l'Angleterre de voir l'insurrection contre leur allié recruter des soldats dans le royaume qu'elles ont fondé , elles ne ]iouvaienl pas en faire un sujet de rupture avec le roi des itrecs tant que celui-ci n'intervenait pas ostensiblement. Hlais, si l'intervention du roi Otlion ne fut pas patente, elle n'en fut pas moins réelle, pas moins active . des généraux, des colonels de l'armée grecque, un aide de camp même du roi allèrent servir de chefs à l'insurrection ; et lorsque, après plusieurs mois d'une coopération aussi compromettinte, cet acte d'boslililé devint public, et donna lion ii des réclamations de la part de la Fr;incc et île l'Angleterre, ces officiers adressèrent au roi leur démission, pure formalité destinée it sauver les apparences. Sur de nouvelles réclamations des alliés de la Turquie, le roi Olhon se vit dans l'obligation de refuser ces démissions.

Toutefois l'hostilité de la cour d'Athènes ne cessait pas; des proclamations insurreelionnclles eircul.iient en Grèce sous le couvert d'agents consulaires, et le roi, aveuglé par une vanité inexplicable, allait jusqu'à se laisser saluer par les Grecs du litre d'empereur d'Orient.

Au mois de février 1854 , les ambassadeurs de France cl d'Angleterre intervinrent de nouveau et, voilant sous les formes polies de la diplomatie le sentiment que leur inspiraieiit ces folles acclamations et les espérances puérilesqiic le roi laissait éclater, lui représentèrent qu'il était du plus haut intérêt (|ue la Grèce ne s'associât pas ii un mouvement insurrectionnel en Turquie, lui olïrant l'appui des deu\ puissances dans le cas oii les insurgés échouant dans leur tentative voudraient fo.menter des désordres en Grèce.

Ces représentations et ces offres furent assez mal reçues ; le roi répondit qu'étant en pais avec la Porte Ottomane, il avait observé la plus stricte ncutralilé, mais qu'il ne pouvait ni repousser les sympathies du peuple (|u'ii gouverne, ni eiii|ic(her des particuliers d'aller au secours de leurs ci).cligionn.<ires; quant aux offres de secours, tout en remerci;iiit les ambassadeurs, il ajouta qu'il espérait n'en avoir pas besoin.

Cette réponse peu satisfaisante donna lieu à des observations fort vives, les menées ne discontinuèrent pas, et une rupture s'ensuivit entre la Porte et la Grèce; l'ambassadeur grec, M. Metaxa, dut quitter Conslaiitiiiople, et les sujets hellènes furent expulsés de Turquie.

L'insurrection desGrccs»en Epirc fait une diversion eu faveur des Russes qui ne manque pas de gravité, au moment où la Turquie a besoin de toutes ses forces pour résister sur le I lanubc. Les garnisons turques ont été attaquées à l'improviste; trop faibles pour opposer une résistance suffisante, elles ont dû se replier et s'abriter derrière les remparts des citadelles, où elles sont les unes assiégées, les autres bloquées. Les bandes grecques ont commis des excès de tout genre non-seulement contre les musulmans, mais contre tous les haliilaiils chrétiens, qu'ils ont pillés et rançonnés, comme feraient des ennemis. Plusieurs centaines de villages ont été ainsi dévastés et saccagés par les Grecs.

Le théâtre de l'insurrection comprend l'Epire et l'extrémité sud de r.\lhanie; il s'étend du golfe de Volo, dans l'Archipel, au i;olfc d'.\rta dans la mer Ionienne, en suivant la fronlii're du royaume grec sur une ligne droite de l'est à l'ouest; au nord il part du liant ' du golfe de Saloniqiie , et, en suivant une ligne oblique qui descend d'un demi degré, va finir près de Uelvino entre Corfou et le mont Chimera.

On donne a l'Epire une population de trois cent onze mille chrétiens, soixanlc-deiix mille mahométans et quinze cents juifs.

Les garnisons turques sont peu considérables et au milieu d'une population intininieiit plus nombreuse et conslninment travaillée par

des agents de la Russie elles ne sauraient faire peser un joug bicti lourd sur les Grecs sujets de la Turquie.

C'est au mois de janvier l»54 que l'insurrection préparée de longue main prit un caractère alarmant. Ce fut surtout sur la côte méridionale de l'Albanie que les Grecs réunirent leurs princip.iles forces. Hieiitot rétincelle s'étendit à la Thessalic et a la IViacédiiine.

Des proclamations furent répandues à profusion par tout le pays.

Ces proclamations, en s'appuyant sur un principe inattaqiialde, celui de l'iiulépendaiice nationale, avaient le malheur de dénaturer les faits, de prêter aux Turcs des crimes dont des soldats de toute nation se rendent coupables, qui ont été commis durant les anciennes luttes, mais ilont les 'i'ures ne se souillent pas aujourd'bui, ou qui seraient sévèrement réprimés; crimes dont les Grecs insurgés allaient eux-mêmes donner le triste spectacle; elles étaient en outre inspirées et rédigées parfois par des agents russscs; mais elles n'en produisirent pas moins un grand e'ïcl. A l'appel des insurgés, des hommes se levèrent dans les districts épirotcs de Sconlicaria, de Radovitzi, de Z,oumerka et d'Agrapha. Deux mille hommes se trouvèrent bientôt sous les armes; leur drapeau portait la croix grecque au fond bleu avec l'inscription du lubanim, l'ancien étendard de Constantin, In hoc siqtn) rinces. Tu vaincras par ce signe.

Ils se dirigèrent sur Aria et Prévésa , et eurent quelques combats avec les garnisons turipies envoyées à leur rencontre. Des liabilaiits de> lies ioniennes les rejoignirent; plusieurs officiers de l'armée grecque quittèrent leurs corps pour venir diritjcr leurs opérations : parmi eux se trouvaient M. Karaïskaki, fils du chef grec mort au siège d'Athènes dans la première révolution, qui bientôt fut luimême grièvement blessé dans une rencontre, et M. Kamyos, général grec.

La lutte était engagée sur les frontières, et la plus vive agil;ition se manifestait à Athènes. Là il ne s'iigissnit pas seulement d'art rancliir l'Kpire, l'Albiinie, la Thessalic, la Macédoine et toutes les provinces de rancieniie Grèce, mais de détruire l'empire turc, de repousser les miisiilmiins en Asie. On professait hauleinent la pensée russe, on prêchait la croisade contre les disciples de Mahomet, non pas au nom de Jésus-Christ, mais au nom d'une ambition pétrie de vanités et d'illusions.

Les hommes qui poussaient à l'insurrection et qui s'appelaient le grantt parti qrec ne parlaient de rien moins que de déclarer la guerre à la Turquie, de l'att-quer d'un côté pendant que les Russes, en faveur desquels ils feraient une diversion, les occuperaient sur le Danube. L'insurrection avait ii peine quelques milliers de soldats recrutés au hasard, sans discipline, sans frein , incapables de tenir contre des troupes régulières, bons seulement à se jeter sur des campagnes et sur des villages ouverts, que personne ne défend, et ces hommes du grand parti regardaient déjà Constantinople comme leur proie! Byiance deviendrait la capitale d'un empire grec dont la souveraineté leur serait dévolue. Si on leur représentait que les Russes avaient peut-être d'autres vues, que maîtres de Constantinople et de la Grèce ils pourraient bien garder pour eux-mêmes l'une et l'autre, les Grecs répondaient que, supérieurs aux Russes par l'intelligenee, ils étaient appelés ii dominer leurs alliés; que l'empire grec allait renaître, gouverné par des autoclithones et non par des Tartares. Les agents russes, sans s'inquiéter de ces dispositions, de ces expressions peu llatteuses pour leur souverain, poussaient hardiment à ces exagérations, encensaient publiquement ces folles vanités.

Toute royauté a ses anniversaires, ses fêtes de famille, qu'on célèbre d'ordinaire avec ses amis, ses familiers. Dans les premiers jours de février revenait l'anniversaire de l'arrivée du roi Othon en Grèce; ceux qui voulaient l'entraîner à rompre ouvcrtcuient avec la Porte Ottomane eurent la singulière idée de faire représenter sur le théâtre d'Athènes une pièce dans laquelle le roi Othon entrait en vainqueur dans la ville de Constantin, d'où il chassait les barbares.

Personne n'a moins les allures et la tournure d'un héros que le roi des (irecs; il assistait à la représentation île cette pièce qui avait été annoncée avec fracas; mais, soit qu'il craignit les allusions railleuses, les épigrammes qu'elle pouvait exciter, soit que l'encens lui parût par trop grossier, il se retira avant la fin; laisKanl la reine s'enivrer de ces tristes adulations, se bercer de ces rêves dont le réveil sera peut-être bien pénible.

De pareilles manifestations avaient nécessairement pour résultat d'augmenter l'ardeur des insurgés et des partisans de la Russie; quelques familles iinporlaiitcs se déclaraient, des corps francs s'organisaient; bientôt la garnison d'Arta fut bloquée, et le défilé de Pente-Pegadia, qui est la seule route par laquelle on pût envoyer des secours de .Iniiina à Aria, fut occupé par les iiisuri;és; le pacha de Janina lui-même fut obligé d'abriter les soldats de celte ville dans la citadelle, située sur le mont Sisbanizza.

* Partout le mouvement s'étendait des armes étaient distribuées gratis, et Ion ne faisait pas mystère de leur origine russe. Le s et le 9 février une insurrection éclata à Saloniqiie, mais la garnison turque chargea vigoureusement ii la baïonnelte les insurgés cl arrêta leurs chefs; le reste se dispersa. En même temps, et comme pour donner un démenti aux proclamations exagérées des fauleurs de l'iiisurreelion. nu récit des premières atrocités commise par les bande»

LA RUSSIE ET L'EUROPE

grecques plusieurs populations chrétienness'armèrent pour repousser ceux qui se présentaient comme leurs sauveurs, préférant la domination turque au danger de voir les femmes et les filles violées, les maisons pillées et les troupeaux emmenés par ces prétendus amis.

Les gouvernements de France et d'Angleterre engagés dans la querelle du sultan, dont ils étaient les alliés, ne pouvaient pas rester spectateurs de cette insurrection, qui compliquait gravement la situation, sans faire quelques efibris pour en arrêter les progrès. Il importail spécialement à l'Angleterre de maintenir la tranquillité dans ses possessions grecques. Dans ce but, le lord liaut commissaire des îles l'tnicnnes adressa d'abord aux résidents anglais dans ces iles une circulaire qui avait le mérite de poser la question très-nettement, de condamner le mouvement bellénique et d'engager l'avenir.

Fnad-IîlTendi fut nommé par le sultan général des troupes turques qui étaient en Grèce et eliargc de réprimer l'insurrection. Il arriva en Epirc avec quelques vaisseaux et quelques troupes nouvelles, et, il peine débarqué, adressa aux primais et aux rayas la proclamation qui suit. Rédigée avec modération, promettant le pardon à ceux qui déposeraient les armes, protection à ceux qui demeuraient paisibles et réparation à ceux qui avaient soufl'ert, elle est tout a la fois un modèle de style oriental et de manifeste adressé à des paysans.

" Il est parvenu à la connaissance de Sa Majesté le sultan, notre empereur, que, tandis que vous étiez très-paisibles, il est venu, d'au dcl.n de la frontière, des individus qui jettent le désordre dans nos villa!;cs, sans penser aux suiles qu'aura leur entreprise,

)i Plusieurs rayas vous ont égarés et ont troublé vos foyers. Notre empereur m'a nommé son commissaire extraordinaire dans ce pays et a mis .i ma disposition de nombreuses troupes, dont une partie a été déjà débarquée à Prévésa , les autres ne tarderont pas à arriver, et comme la volonté de notre empereur est de traiter ses sujets comme ses propres enfants, et qu'il n'est dans l'intention de personne de verser un sang précieux, tout individu qui s'est révolté doit rentrer immédiatement dans l'iibéissance.

>i Indépendamment des troupes qui sont déjà ici, il en viendra encore d'autres de la Rnumélie avec de nombreux canons auxquels on ne pourra pas résister; et ne croyez pas ceux qui vous promettront des secours, car ils veulent vous tromper.

» Les aventuriers qui sont venus d'au delà de la frontière ont leurs maisons et leurs familles hors de notre territoire , ils n'ont donc rien à perdre ici ; et lorsqu'ils auront été battus, ils rclourneront dans leurs foyers et vous laisseront exposés à toutes les borreurs de la guerre.

» Que chacun de vous réfléchisse donc bien et qu'il reste tranquille s'il ne s'est pas encore soulevé. Que tous ceux qui se sont soulevés et ont pris les armes les déposent et rentrent dans l'obéissance envers notre empereur en repoussant ces aventuriers.

)i Tous ceux qui ont pris les armes et qui les déposeront pour rentrer dans robcissanee recevront leur pardon de notre empereur, et je promets que tout honnête homme n'aura aucun danger à courir; et si quelqu'un a perdu un agneau, il lui sera remplacé par une brebis. Ainsi tous ceux qui veiilenl rentrer dans le devoir envers notre empereur doivent se séparer des aventuriers, se présrnter à moi, et ils recevront leur ]iardon du divan ; mais ceux qui persisteraient dans leur égarement s'en repentiront amèrement, et ils n'obtiendront pas de pardon de notre empereur.

)) Ainsi, tous les primats doivent engager les autres a rentrer dans le chemin du devoir et à ne pas ajouter foi aux promesses des gens qui sont venus du dehors. Si quel(|u'un reste dans l'erreur, je proteste devant Dieu et je le rends responsable des suites de son égarement et du sang qui sera versé.

j> Telle est la volonté de notre empereur, et en vous la communiquant je dois aussi vous faire connaître ce qui suit : 1° Quiconque n'a pas encore pris part aux désordres et est resté sujet fidèle peut être certain qu'il ne sera pas troublé dans son existence , ni dans sa famille, ni dans son honneur; au eonlrairc, il peut être assuré de la bienveillance de notre empereur.

» ■.'" Fous ceux qui resteront les armes à la main en face des troupes auront à subir les conséquences de la guerre ; ils seront en outre punis de diverses manières.

" 3' Attendu que les individus de quelques villages armés et non armés se sont rendus dans d'autres villag'Cs pour les piller, tous les babllants qui ont souffert de ces désordres seront, s'ils produisent des preuves, indemnisés par les habitants qui ont pillé.

" i" Tous les bandits grecs qui se t'ouveront parmi nos sujets, soit pendant la guerre, soit de toute autre manière, seront punis sévèrement s'ils sont arrêtés.

» Prévésa, 23 février-7 mars 18S4. •

La Porle Otiomane, bien décidée à élouflcr une insurrection qui compromettait et le sort de ses garnisons et celui de ses sujets paisibles, venait la détourner de sa guerre contre les Russes en la forçant de porter des forces en Grèce, s'adressa aux représenlanls des puissances étrangères et leur signala la conduite du gouvernement grec.

Quelques jours après, NechctBey remit au gouvernement grec une

note dans laquelle il lui demandait le rappel de tous les officiers grecs qui avaient embrassé la cause des insurgés, leur renvoi devant un conseil de guerre, la suspension de leur solde , la destitution de quelques fonctionnaires, la dissolution des comités, la punition de ceux qui avaient ouvert les prisons de Chalcis pour envoyer les prisonniers au camp des insurgés.

Le conseil des ministres s'assembla sous la présidence du roi , discuta et rédigea la réponse à Nechct-Bey; la note et la réponse furent portées aux chambres, sur lesquelles on sentait la nécessité de s'appuyer dans ces circonstances difficiles , et les ministres, posant une question de cabinet, leur demandèrent s'ils avaient suffisamment, convenablement sauvegardé la dignité du pays et les droit;, de la couronne. A la chambre des députés, on approux'a avec enthousiasme la conduite du gouvernement et la réponse des ministres. Le sénat se montra moins ardent; il y avait là des hommes plus réfléchis, qui voyaient plus juste et comprenaient les difficultés dans lesquelles s'engageait la Grèce : sans vouloir blâmer d'une manière nette et précise, ils proposaient une réponse évasive. Il était temps encore de reculer; le gouvernement giec était sauvé si le sénat forçait le cabinet à la retraite, et amenait aux affaires des hommes qui en combatlantles sottes illusions du roi l'eussent guidé dans une voie meilleure.

Mais les ministres savaient combien il est rare que des assemblées délibérantes agissent avec vigueur, se prononcent avec une neltelé qui ne laisse pa de ressources aux interprétations; ils forcèrent le sénat à répondre d'une manière catégorique, par oui ou par non; sur trente-huit voix, vingt deux approuvèrent la politique ministérielle, seize la condamnèrent; le cabinet avait trois voix de majorité absolue. Vote fatal qui allait pousser le gouvernement h s'engager davantage encore.

La réponse du cabinet au chargé d'araires turc ne donnait aucune des satisfactions demandées; elle niait ou expliquait tout dans un sens favorable, i" Les officiers qui ont pris part à la lutte ont tous donné leur démission ou ont été rayés des cadres de l'armée. Aucun d'eux ne reçoit de solde. Ce sont de simples citoyens dont le gouvernement ne peut régler les actes, 'i" Les professeurs de l'université n'uni fait aucun acte contraire aux intérêts de la Turquie qui soit parvenu à la connaissance du gouvernement, mais il est prêt à faire procéder à une enquête à cet égard. 3" La presse est libre en vertu des lois en vigueur. 4" 11 n'existe pas de comités. La participation individuelle à i'insurreclion ne peut être empêchée par le gouvernement. 5" Malgré toutes les informations prises par le gouvernement. il a été impossible de savoir par qui les prisons de Chalcis ont été ouvertes. Toutefois le gouvernement continuera ses recherches pour les découvrir.

Cette réponse fut remise le 20 mars ; l'ambassadeur turc, après une conférence avec ceux de France et d'Angleterre, demanda ses passc-porls dans la nuit, et le lendemain il partait pour Constantinople sur une frégate française.

Le jour même oii cette rupture avait lieu, les représentants des trois puissances , la France, l'Angleterre et la Turquie , passaient il Constantinople la. convention suivante, qui sans désigner nominalement la Grèce allait cependant la mettre en état de guerre contre les deux premières comme elle l'était dé à contre la troisième.

» An. !='■ Sa Majesté la reine de la Gande-Bretagne et Sa Majesté l'empereur des Français ayant donné l'ordre, sur le désir du sultan, à de fortes divisions de leurs flottes de se rendre à Constantinople pour assurer au territoire et au pavillon ottomans la protection que pourraient exiger les circonstances. Leurs Majestés prennent, parle présent traité, l'engagement ultérieur de coopérer, dans une plus grande extension , avec Sa Majesté le sultan, à la protection du territoire ottoman en Europe et en Asie contre l'agression de la Russie, en fournissant dans ce but à Sa Hautesse le sultan un nombre de troupes suffisant.

11 Les troupes de débarquement seront envoyées par Leurs Majestés sur tels points du territoire ottoman qui paraîtraient convenables. Sa Hautesse le sultan s'engage ci ce que les troupes françaises et iing'aises de débarquement qui seraient envoyées par Leurs Majestés reçoivent le même accueil et soient traitées avec le même respect que les forces navales françaises et anglaises qui depuis quelque temps son déjà employées dans les eaux de la Turquie.

» Art. i. Les hautes parties contractantes s'en.gagent réciproquement à se communiquer sans perte de temps toute proposition que l'une d'elles recevrait directement ou indirectement de la part de l'empereur de Russie relativement à la cessation des hostilités, à un armistice ou à la paix. Et, en outre. Sa Majesté le sultan s'engage à ne conclure aucun ariiiisiice et à n'entamer aucune négociation pour la paix, à ne conclure aucun préliminaire de puii avec la Russie gans la ronnaissoncc et 1 assentiment des autres hautes parties contractâmes.

» Art. .1. Aussilât que le but du traité actuel sera atteint par la conclusion du Irailé de paix Leurs Majestés In reine d'Aiiglelerre et l'empereur des Françain prendront îles mesures immédiates pour retirer leurs forces de terre et de mer qui ont été employées pour atleiiirlro l'iilijil iIm Ir^ilr ailiiel, et toutes les forteresses et piisiliong

LA RUSSIE ET L'EUROPE

sur le territoire ottoman qui seront occupées temporairement par les forces de l'Angleterre et de la France seront rendues aux autorités

de la Sublime Porte dans l'espace de jours calculé d'après la date

de l'ccUange des ratilications du traité qui aura mis fin à la guerre actuelle.

u Art. 4. Le présent traité sera ratifié, et les ratifications échangées aussitôt que cela pourra avoir lieu dans l'espace de..., semaines à compter du jour de la signature, u

Suivent les signatures.

Le traité ci-dessus reste ouvert à la signature des autres puissances européennes.

dépendant l'insurrection continuait, les proclamations circulaient, des fusils arrivaient dans les provinces, dans les centres qui n'avaient pas fait encore de mouvement. Grivas s'était montré avec une troupe nombreuse dans les environs de Janina.

Dans le but de décider plus facilement les Grecs de Morée à prendre parti pour les insurgés , on répandait à Athènes le bruit que

s'élève entre la Sublime-Porte et la Grèce , prendront sous leur protection les Hellènes et leurs biens.

» U est Important, monsieur, de détrnire ces illusions. La France et l'Angleterre sont les alliées de la Porte et veulent l'aider à repousser rhijuste agression de la Russie : dans ce but, elles ont envoyé leurs forces de terre et de mer en Orient; elles ne peuvent donc prendre sous leur protection ceux qui se font les partisans de la Russie, et elles les abandonneront, dans leurs biens comme dans leurs personnes, à toutes les conséquences de la guerre qu'ils ont provoquée. "

De son côté, l'ambassadeur d'Angleterre écrivait aux agents consulaires de sa nation pour les engager à se tenir en garde contre les manœuvres des Grecs.

Ces communications ne suffisaient pas; il importait que le gouvernement grec fût nettement avisé du jugement que les alliés portaient de sa conduite dans cette afl'aire. MM. Wyse et Forlh-Rouen , ambassadeurs anglais et français à Athènes, se réunirent et rédigèrent en

Bombardement du port militaire d'OJessa.

Jes ambassadeurs français et anglais à Constantinople venaient de se brouiller, que les puissances représentées par ces ambassadeurs avaient des vues opposées, que les Français se séparaient de l'Angleterre et de la Turquie et se montraient disposés à s'allier avec les Russes. Les moins exagérés en fait de nouvelles controuvées se bornaient à dire que la France ne ferait rien contre les Grecs, et que son ambassadeur avait déclaré les prendre sous sa protection. Quelque absurdes que fussent ces bruits, ils pouvaient faire des dupes et avoir de fâcheuses conséquences. Afin d'y mettre un terme et d'éclairer les Grecs sur leur situation et sur les résultats de leur levée de boucliers, M. Baraguay-d'Hilliers, ambassadeur de France a Constantinople, adressa la circulaire suivante à tous les consuls français dans le Levant :

• Péra, le 30 mars t$S4.

» MossiEUE ,

X Le gouvernement hellénique, loin de s'unir à la France et à l'Angleterre dans la question d'Orient, s'est fait l'allié de la Russie par l'invasion des frontières de l'empire ottoman et en excitant à l'insurrection les sujets de la Sublime Porte; cependant les Hellènes répandent le bruit que le gouvernement d'Athènes est encouragé dans cette agression par la France et l'Angleterre, et ils espèrent encore que ces deux puissances, au moment oii un conflit très-regrettable

commun une note, que le Moniteur publia en l'accompagnant d'un article explicatif. Voici l'article : il résume la note.

<( On se rappelle les circonstances qui ont amené la rupture des rapports entre la Turquie et la Grèce : le ministre du sultan près le roi Othon avait été chargé par son gouvernement de demander au cabinet hellénique des explications sur divers actes qui attestaient la complicité de ce cabinet dans la révolte de l'Lpire.

» Le ministre des affaires étrangères, M. Païcos, répondit par des récriminations, prétendant que la Grèce seule avait à se plaindre , que des troupes turques avaient envahi la frontière hellénique et commi; sur le territoire du royaume des violences sanguinaires.

• Les ministres de France et d'Angleterre ayant, comme représenUints des puissances prolectrices, reçu communication de colle réponse de IVl. Païcos aux représentations de Nechet-Bey, s'entendirent pour faire procéder à une enquête scrupuleuse sur les faits allégués parle gouvernement grec. H est résulté de la manière la plus formelle de cette enquête que non-seulement aucun des griefs formulés par M. Païcos n'était fondé, mais que la violation de frontière et les actes sanguinaires dont il chargeait les autorités turques appartenaient aux autorités et aux troupes grecques. H a été de plus démontré par des détails recueillis de la bouche même des individus qui ont pris part à cette agression, que le gouvernement grec n'avait pas pu être induit en erreur, et qu'il avait pleine et entière connais-

LA RUSSIE ET L'EUROPE

sance de tous les incidents de l'affaire lorsiju'il avait, dans sa note à ]\iclict-Bey, accusé les Turcs d'en être les auteurs.

)) On s'élonnera moins d'un procédé si étrange lorsque l'on saura que le cabinet d'Athènes s'efforce encore aujourd'hui par tous les moyens de faire croire à la Grèce que sa politique a l'approbation des grandes puissances, et que M. Païcos a réussi à cacher au pays et au\ chambres les représentations qui lui avaient été adressées de concert par les minisires de France, d'Angleterre, d'Autriche et de Prusse, pour l'engager à faire droit aux réclamations de l'envoyé de la Porte. M. Forth-Houen el M. Wyse ont pensé qu'il était de leur devoir de faire connaître au gouvernement hellénique les sentiments qu'une semblable conduite était de nature à leur inspirer. »

En attendant que ces représentations eussent leur effet, les Grecs insurgés continuaient leur mouvement; le chef Lacamilios Temeli s'était rendu en Epire avec des troupes et de l'artillerie dont on ignorait l'origine; il avait levé des contributions dans les localités qu'il avait traversées D'autres chefs se montraient sur plusieurs points e*t

commandement de l'insurrection; on indiquait le chiffre des subsides reçus soit du gouvernement, soit de la Russie. Les curieuses lettres qu'on va lire ne laissent aucun doute; l'une est du général de l'insurrection, l'autre d'un homme qu'on n'a pas voulu connaître :

Lettre du général Tsavellas au ministre de la guerre. « Péta, le t3-2o avril 1854.

)) Le 9 du courant, je vous ai écrit longuement sur ce qui se passe ici; M. Kyprianos, témoin oculaire, vous a également écrit. Aujourd'hui les circonstances m'obligent à marcher en avant, et je me mets en mouvement.

» Je vous envoie M. Kj-prianos, qui vous mettra au courant de tout ce qu'il a vu depuis sept jours qu'il est avec nous. Sa mission a pour but surtout de vous faire connaître nos besoins, que je vais au surplus vous énumérer en peu de mots.

» Yos connaissances pratiques et théoriques ne votis laissent pas

Camp français à Gallipoli.

combattaient avec des alternatives de succès et de revers. Cependant les commandants des troupes turques agissaient avec vigueur; à ^ olo, à Armiro, ils mettaient en déroule les bandes grecques sous les ordres de Grizanis, Bardekis et Papacosta. Le 25 avril, Osman- Pacha, sous la direction du commandant en chef Fuad-Effendi; attaqua les insurgés à Péta; à leur tète étaient les deux chefs les plus renommés : Tzavellas et karaïskaki. La place, centre principal de l'insurrection, fut emportée après un combat meurtrier. Les Grecs étaient encore battus à Prévésa, à Janina, à Metzowo, à Arta; ils étaient repoussés des environs de la ville de IJcmoco , qu'ils avaient investie et bloquaient.

D'un autre côté, la mésintelligence se mettait parmi eux; jaloux les uns des autres, ils s'accusaient de trahison, de vol, du massacre des chrétiens; plusieurs réclamaient le commmendement en chef, menaçant, s'ils ne l'obtejiaient jfis, d'abandonner la cause; néanmoins les bandes continuaient à guerroyer, et au moment oii l'on annonçait que les trou|)es ottomanes avaient complrtement étouffé l'insurrection on voyait celle-ci prendre de plus grandes proportions et éclater dans des localités jusque-là demeurées paisibles.

Le gouvernement grec lui-même était hautement accusé de la favoriser, de l'avoir réon.'anisée lorsiiu'elle était à peu près réduite à l'impuissance: on citait trois officicfs supérieurs de l'armée grecque qui avaient été envoyés nar le cabinet d'Athènes pour prendre le

ignorer que toute armée doit avoir un seul chef; tâchez donc d'en choisir un, celui que vous jugerez le plus convenable, pour diriger le mouvement avec fermeté et résolution, sans quoi il n'aboutirait pas. Que ce chef ait carie blanche pour agir suivant les éventualités, car autrement il sera forcé de rester dans l'inaction. L'armée est composée d'hommes de différents caractères, je vous en ai envoyé hier le dénombrement. Elle a été considérée dès le principe comme insurrectionnelle : aussi croit-elle pouvoir faire tout ce qu'elle veut, surtout dans les moment.s de pénurie; ce qui nous arrive souvent.

» L'insurrection, ainsi que vous le savez, s'est assez bien développée. Je reçois de tous côtés des demandes de renforts : comment pourrais-je y y satisfaire? Je n'ai pas d'hommes capables, surtout disciplinés.

• Les populations insurgées ont également de grands besoins, principalement celles chez lesquelles le sentiment patriotique n'est pas encore assez développé. Suivant les renseignements qui me viennent de bonne source, leur courage est ébranlé, soit par les conseils des consuls de France et d'Angleterre, qui parcourent eux-mêmes les villages insurgés, leur faisant beaucoup de promesses, pourvu qu'ils se soumellcnl à l'autorité du sultan, el ajoutant que non-sciilemcut ils auront les Turcs contre eux, mais encore la France et l'Angleterre s'il ne changent pas de conduite, soit parce qu'ils ne voient pas qu'on les seconde vigoureusement. Aussi , si les secours n'arrivent

LA RUSSIE ET L'EDKOPE

pas |>roniplement, cens qui r<îsistent encore pourraient bien suivre l'exemple de ceii\ qui se sont soumis de forée.

» Tous ces pays sont ruinés, ils ont été pillés et dévastés complètement ; aussi sommes-nous forcés d'iitlielcr des vivres, et il nous faut au moins une scunnie de cent mille diaclimes (quatre-vini;l-ili\ mille francs). Conliez-ln à quelqu'un de sûr, et l'aitcs-nous-la parvenir le plus promptement possitile; nous en avons besoin pour plusieurs raisons, ainsi que vous le dira M. Kyprianos. Envoyez-nous aussi un secours en hommes pris dans les rangs des troupes irréi<;ulièrcs et soldées régulièrement, alin qu'elles obéissent aux ordres de leurs clicfs. Ju crois uue fvw jecz bien d'eu- uyer sur la frontière te.s pritiiiier el septième l-.itaillimf irri'ijutiers, lesquels déserteraient immédiatemenl your venir se joindre a uutis,

f Envoyez-moi le plus tôt possible soiiantc-dix il cent mille pierres il fusil pour l'armée, nous en avons un très-grand besoin, ainsi que quatre ouvriers pour réparer les armes.

» Tout ce que je vous demande nous est d'une grande nécessité : aussi faites-nous parvenir tout ce qui est destiné aux autres corps, atin que nous le leur reiiirltions. IS 'ayez pas du reste une grande confiance en eux, car ils sont encore novices dans l'art de la guerre : tous me demandent de l'argcnl, et, bien que je sois dépourvu de ressources, je suis forcé de leur en donner. 11 y a encore bien d'autres dépenses estraordinaircs, pour lesquelles j'ai grand besoin de fonds. J'ai fait voir mes comptes il iM. Kyprianos : ils se montent jusqu'à ce jour il quarante-deux mille drachmes ; les besoins de l'armée ne font que s'accroître.

» Je vous le répète, prenez des mesures, et envoyez-nous le plus lot possible ce que je vous demande, attendu que cela est très-nécessaire; je suis sur le champ de bataille, je dois penser a tout.

" Le corps coininandé par Z. Ulcllio me suit, il est d'environ trois cents liomnics; le coip» des l'éloponésiens s'élève ii près de liuit cent cinquante hommes, y compris le petit corps de cavalerie.

i> M. Kyprianos vous dira les efforts que nous avons du faire pour décider le corps des l'éloponésiens à nous suivre : il a fallu leur donner quatre mille thalaris (environ cinq mille cinq cents francs].

» Voilii ma position, et vous siivez fort bien que je n'ai reçu que trente mille drachmes. Vous n'ignorez pas non plus que, pour les antres dépenses indispensables que j'ai été forcé de faire au deU de ce chiffre, j'ai dû recourir à des emprunts que j'ai contractés avec des amis. Le c.imp de Pela se compose de sept à huit cents hommes des différents corps de Grivas, Tliémeler, Karaïskaki, et de quelques Ioniens.

• J'ai l'honneur d'être, etc. Signé Tsavellas. •

Lettre adressée au général Tsavellas.

a Caravassara, le 10-32 avril 18S4.

» Monsieur ,

• Des ordres ont été donnés à tous les corps d'arrêter et de déférer au procureur du roi tout individu qui abandonne le champ de bataille pour renirer en (Irèce; aussi, quand vous aurez à détacher un soldat pour aff.iire de service, vous devez le munir d'une permission jusqu'à Caravassara. Autrement, il sera considéré comme déserteur, et comme tel il sera arrêté. La permission écrite devra porter votre signature. (Signature illisible.)

» r. s. Que tous ceux qui se trouvent à Péta, Zalkos et autres, les Péloponésiens, etc., prennent connaissance de cette lettre. «

Kn même temps des rapports transmis par les capitaines des vaisseaux naviguant dans l'Archipel établissaient que des pirates s'étaient montrés dans ces parages, les avaient rançonnés, avaient massacré des équipages, avaient attaqué aussi des îialeaux transportant des chevaux et le matériel de l'armée d'Orient; on assurait même que des soldats qui étaient transportés à Gallipoli par un navire de commerce avaient dû f.iire feu sur des pirates qui chercliaieiit ii les surprendre. La piraterie trouve en effet de grandes facilités dans l'Arrhipcl tout semé d'îles, derrière lesquelles les navires qui attendent Il iir proie peuvent se mettre ii l'abri, choisir le moment favorable et disparaître s'ils aperçoivent quelque frégate suspecte. 11 y a toujours eu dans les mers de la Grr-ce des hommes disposés ii ce genre de nu'lier, et toute cominoliini politique qui force l'autorité ii se relâcher de sa surveillance leur est une occasion favorable pour transformer le caboteur en pirate.

Les choses sont arrivées à ce point que M. le contre-amiral le Barbier de Tinan dut, dans le mois d'avril, parcourir ces parages pour proléger le commerce et intimider les voleurs de mer. Il airiva îi Çhalcis sur la frégate à vapeur le t.'(<ri,er après avoir visité Oéi, Milida, Limni et quelques autres ports de l'Kubée, et lit adresser des paroles sévères aux autorités par le chargé d'affaires de Fiance. Il y fut répondu avec une hauteur qui seule indiquerait que les Grecs comptent sur des forces autres que les leurs propres fort restreintes et fort insuilisantes dans l'entreprise oii ils s'engagent.

Jusqu'au moment ou une alliance fut conclue' entre la Turquie et les puissances occidenlalcs , l'existence des bandes insurgées, les brigandages commis par elles, leurs succès sur certains poinis'n'étaient un échec inoral et matériel que pour la Porte Ottomane, dont le

territoire était envahi, le pouxoir méconnu; mais du jour où la Fr.iiicr et l'Angleterre avaient pris les armes pour défendre l'empire la Grèce devenait leur ennemie, et elles pouvaient combattre les Hnsses a Athènes aussi bien que dans la mer ÎNoire et la lialtiqiie: l'échec moral éprouvé par la Turquie rejaillirait sur elles, si quelques mesures vigoureuses ne venaient rétablir la tranquillité de ce côté et leur laisser la libre disposilion de leurs forces.

Uans un article du i4 mai, qui n'aurait aucune signification s'il n'exprimait pas la pensée du gouvernement français, le Moniteur n résumé les griefs de la France contre les Grecs.

Ainsi, disait en substance cet article , personne n'ignore la part que la marine et l'année françaises ont prise ii l'affranchissenicnt de la Grèce; l'entretien de nos escadres dans la Méditerranée, l'expédition militaire de .Morée ont grevé notre dette publique de près de cent millions : le service des intérêts de ce capital est un impôt que nous payons encore aujourd'hui.

L œuvre de rindépendanec de la Grèce accomplie, restait à constituer le nouvel Etat sur des bases qui assurassent son avenir. La France a obtenu pour ce royaume un agrandissement de frontières; elle a appuyé de sa garantie, collcctiveiucnt avec l'Angleterre cl la Russie, un emprunt de soixante millions de francs, bien difl'icileincnl réalisable à cette époque : en 1833. Elle a pourvu au payement des intérêts.

En iSlfi la France fondait à Athènes une école dirigée par un haut fonctionnaire de l'université et oii des professeurs sortis de notre école normale s'empressaient d'accueillir les jeunes gens qui voulaient s'initier il l'étude de noire langue et de notre littérature. La bibliolhè(|ue de la capitale de la Grèce était ii la même épiKjue placée sur le pied des bibliothèques françaises, c'est-.i-dire comprise de droit dans la distribution des ouvrages publiés par le gouvernement.

La France ne se faisait aucune illusion sur le véritable état des choses en Grèce, elle déplorait les vices de l'administration, le désordre qui ngnait dans les finances, mais clic cherchait .i jeter un voile sur des maux qu'elle espérait guérir; et ce n'est pas être audessous de la vérité que de dire que pendant vingt années consécutives il n'est pas une des désagréables affaires que ce gouvernement s'attirait par sa négligence ou par sa faute que nous n'ayons pris le soin de calmer ou d'arranger.

A cette bienveillance qui avait un caractère si sympathique, on sait maintenant de quelle façon le gouvernement grec a répondu. Obéissant à de chimériques désirs, cédant il des suggestions étrangères, il s'est fait rinslrumeiit d'une puissance avec laquelle la France est en guerre. 11 a permis que sur son territoire il se formât des bandes armées commandées par des officiers ii son service et <|ui ont été porter le désordre et le pillage en Epire, en Thessalie et en Macédoine. Il a vidé ses arsenaux et épuisé sou trésor pour l'entretien d'une insurrection excitée par lui et qu'il cherche encore à ranimer, après les échecs qu'elle a subis.

La masse de la nation grecque réproux'e hautement ces excès et ces folies; elle est la première a en souffrir, et la responsabilité en appartient tout entière ii un gouvernement assez mal inspiré pour mériter par une ingratitude égale ii son aveu;;lenieut de perdre le seul soutien qui jusqu'ici ne lui ait jamais manqué.

Ces dernières lignes, textuellement citées, laissaient penser qu'un corps d'armée pourrait être prochainement envoyé de France dans le royaume grec, en même temps que les Anglais expédieraient des iles Ioniennes quelques régiments.

L'attitude prise par le gouvernement du roi Othon a eu de fâcheuses conséquences pour les Grecs établis dans diverses provinces de l'empire et ;i Constaiilinople. Dans la crainte de les voir par des agitations on des menées favoriser l'invasion russe, la Porte Ottomane leur a ordonné de quitter la capitale et ensuite toutes les provinces turques. M. Metaxa, ambassadeur grec à Constaiitinople, a protesté, puisa demandé un délai de six mois, qui n'a pas été accordé, et une foule de négociants ont dû s'éloigner; quelques-uns ont préléré renoncer à leur nationalité et se faire sujets turcs.

Cette mesure, conforme aux lois de la guerre, que la France et l'Angleterre toutefois n'ont pas applic|uée, aura des résultats désustreiix pour les Grecs qu'elle frappe et qui sont en très-gr.ciid nombre dans l'empire turc, oii ils avaient toute facilité pour s'établir et commercer; elle a élé déjà la source de difficultés assez graves.

Parmi les (irecs habitant Constantinople et frappés d'expulsion il s'en trouve mille environ qui appartiennent au culte catholique, et qui, faisant valoir ce motif et la différence de croyance et d'intérêts entre eux et les Uusses, avaient demandé à être exceptés de la mesure générale. Le divan, entrevoyant des'embarras inévitables si le culle était mis à la place de la raison d'Etal, refusa ; mais M. Baraguay-d'Uilliers, qui s'était hautement déclaré le protecteur des Grecs calholiqiies , insista en leur faveur avec vivacité. Peut-être le zile religieux qu'on lui souillait de France l'égarait-il, peut-être les vieilles traditions diplomatiques lui firent-elles penser qu'il pouvait imposer sa volonté au moment surtout où le gouvernement qu'il représentait venait au secours de la Turquie d'une manière efficace; cl il luenara la Porte Ottomane de rupture.

LA RUSSIE ET L'EUROPE

Celte fausse apprfcialion de la situation n'eut heureusement pas de sijites; le divan fit des concessions, et M. Baraguay-d'Hillieis l'ut appelé à un commandement en France.

Le roi des Grecs a été entraîne par l'ambition toute naturelle d'augmenter l'étendue de son royaume; le secours qu'il prête aux Epirotcs répond sans aucun doute aux sentiments d'une grande partie de sa nation, jalouse d'arraclier aux Turcs une province grecque et d'ajouter à sa propre puissance: il est donc facile de comprendre le parti qu'il a pris, et qui doit lui donner aux yeux des masses ardentes et irréfléchies une popularité recherchée par tous les monarques. .

]] est moins facile de s'expliquer par quelle illusion le roi Othon se laisse entraîner lorsqu'il rêve le trône impérial d'Orient relevé par la Russie victorieuse. Les czars auraient travaillé pendant plus d'un siècle à s'approcher de Constautinople, ils auraient fait vingt expéditions, longues, pénibles, dévorant des hoiiimes cl des raillions; ils se seraient légué de père en fils celle tradition que la Russie devait dominer le monde, s'ouvrir à la fois la roule de l'Asie et celle de l'Europe occidentale par la possession de cett: Byzance dont le nom perce les siècles, de cette métropole de l'empire d'Orient, plus grande encore, plus riche, plus peuplée que Home, dont elle fut la rivale; et le jour où ivres de gloire et de joie ils toucheraient 4u hul de tant d'ctVorls, de tant de sacrifices, le jour où ils planteraient leur drapeau sur la ville de Constantin, où leur empire s'élendrail des glaces du pôle américain jusqu'à 1 Asie et à l'Afrique, ils iraient abdiquer, et la main qui aurait porté l'épée victorieuse repousserait le sceptre! Erreur! Abdiquer! Pour qui, et sous l'empire de quelle idée? Pour un roi inconnu, chef d'un peuple de quelques millions d'âmes perdu dans un petit coin de l'Archipel; pour un roi sans passé, sans traditions, qui n'a ni une idée à faire prévaloir, ni une mission à remplir! Les Busses auraient lentement, péniblement préparé leur triomphe, et détruit un à un tous les obstacles qui les séparaient de l'Europe occidentale, et, arrivés au but, ils se retireraient, ils abandonneraient la conquête, ils rétabliraient la barrière entre eux et le point où ils ont tendu! Il faudrait les supposer atteints de vertige.

Est-ce que les barbares venus contre Home ont reculé' est-ce qu'ils ont relevé cet empire, bien qu'il ne put leur barrer aucune route? Ceux qui ont détruit l'empire romain se composaient de vingt peuples obéissant ii des rhcf» différents qui tous ont cherché à se créer des royaumes dirigés bientôt par des intérêts opposés, parce que leurs chefs avaient des vues divergentes; les Russes ont sur les premiers barbares cet immense avantage qu'ils forment un peuple obéissant à la même loi, marchant sous un chef unique; l'Europe n'a rien à attendre de leurs divisions, c'esl une nier qui s'avance et ne s'éparpille pas, l'Europe peut lui opposer une digue, un môle, les Russes ne le construiront pas eux-mêmes.

En considérant ce qu'a fait la Russie jusqu'ici, en voyant avec quelle ténacité elle marche à son but, en se rendant bien compte de ses vues d'avenir, on reconnaîtra que le seul ennemi du royaume de )]oréc est précisément la Russie, dont il sert aujourd'hui les intérêts en aveugle. '

L'Europe occidentale a contribué à le fonder, et n'a eu jusqu'ici .nucun mauvais dessein à son ég;ird; la l'orle , bien qu'elle regrette celle portion détachée de son empire, n'aurait pas songé à la reprendre, car une pareille teiitiitive serait le signal d'une nouvelle guerre; mais si les Russes arrivaient ii Constaiiliiiople cl pouvaient :>'y maintenir, dussent-ils pour cela transiger avec l'Autriche, c'en serait fait de toute la Turquie d'Europe, et le royaume grec occupe une trop belle position dans la Méditerranée pour que la Bussie souffrit cette enclave dans ses possessions nouvelles. Ses flottes de la mer ÎNoiie ne pourront librement franchir le détroit des Dardanelles que si elle est maîtresse de l'Archipel grec , et elle ne permettrait |)as qu'entre l'Albanie et Constautinople il y eût une puissance, un royaume si mince qu'il fut. Le roi des Grecs obtiendrait sans doute un dédommagement, mais il pourrait considérer sa dynastie comme éteinte.

Le roi des Grecs s'abuse donc de toute manière : la couronne de l'Orient n'est qu'une folle illusion née de la vanité nationale, inspirée par les agents de la Russie, qui cherche partout des auxiliaires. On a supposé à la Russie la pensée de créer eu Orient, pour l'un des hls du czar, un royaume composé de la Grice et de la Turquie d'Europe, L'influence que la Russie a toujours recherchée et souvent ol>tenue dans les afl'aires du royaume grec a pu tromper ceux (jui cher» client un prétexte à la guerre, mais ils s'égarent ccriainement dans leurs suppositions. La Russie mentirait à la politique suivie depuis longtemps avec une ténacité qui ne s'est rebutée de rien, suivie tantôt tortueusement, dans l'ombre et le silence, tantôt ouvertement, mais qu'elle n'a pas abandonnée un seul jour, si elle pouvait songer ■i constituer, des contrées qu'elle pourra conquérir, un Etat indépcn» dant, appelé naturellement, nécessairement, par la force des choses, il se séparer de la mère patrie.

La Russie n'a pas une politique de famille, mais une poliliqie nationale ; elle n'imitera pas l.nuis XiV plaçant son pelil-lils sur le trône d'Espagne à la condiiimi >lc renoncer il jamais, pour lui et tes

successeurs, à la couronne de France; la diplomatie russe a un but marqué, un rôle tracé ; elle ne perdra pas de vue le premier, elle ne se départira pas du second. Si la Russie parvenait ii refouler le sultan Abdul-.Medjid hors de l'Europe, ii renverser le roi Otiion, elle créerait peut-être une vice-royauté de Byzance, mais elle ne constituerail pas un royaume. Quant au sort ultérieur de celte vicc-royaulé, transitoire, temporaire, l'exemple de la Pologne dit assez haut ce qu'il serait bientôt.

En se liant à la politique russe, la Grèce s'est aliéné la France, l'Angleterre et la Porte, cette dernière surtout, qui ne lui pardonnera pas les secours prêtés aux insurgés. Les efl'orts énergiques du gouvernement ottoman, les quatre flottes françaises et anglaises, les cent ou cent cinquante mille hommes de troupe de ligne que la France et l'Angleterre dirigent vers les champs de bataille, laissent peu de doute sur la défaite des Russes, attaqués aux deux extrémités de leur empire. Les chances de la guerre sont si diverses, la fortune des combats est si changeante, qu'on ne saurait ii l'avance déterminer d'une manière positive ce que fera le vainqueur, quelles conditions de paix il dictera. Les conventions qui melteiil fin à la guerre dépendent du dernier combat, des ressources dont dispose encore le vaincu, de la saison plus ou moins avancée, de la disposition des armées, de mille circonstances, imprévues la veille, qui exercent à un jour donné une grande influence sur les déterminations. 11 est donc difficile de prévoir sur quelles bases les puissances alliées pourront asseoir la paix ; mais il est toutefois bien certain qu'elles voudront mettre la Russie hors d'état de recommencer la guerre, de troubler de nouveau la paix générale de l'Europe, et qu'elles s'efl'orceront en même temps de donnera l'empire turc une force de cohésion dont l'ahaence est aujourd'hui son plus grand péril. Or, dans les combinaisons que nécessitera cette réorganisation de l'empire oitoman, il ne faudrait pas s'étonner de voir disparaître le royaume grec.

Les causes qui ont amené sa fondation, qui ont maintenu son exitenee, embarras constant depuis vingt-cinq ans, n'exislcnl plus aujourd'hui. Les derniers firmans obtenus du sultan par la Fiance et l'Angleterre, en proclamant l'égalité civile et politique^de tous les habitants de l'empire, en supprimant les ra'ias, ont du même coup supprimé les motifs de plaintes des chrétiens et les causes d'insurrection. Dès ce jour le royaume grec a perdu sa raison d'être.

Encore vine fois on ne saurait prévoir ce que feront les puissances unies dans l'intérêt de l'Europe en général et de la Turquie en particulier, mais dès qu'un gouvernement perd la seule raison d'exister qu'il eût, la seule qui ait amené son établissement, il ne pèse que d'un bien faible poids dans la balance de la politique ; et lorsque sa conduite est contraire à l'intérêt général , à l'intérêt qui triomphe, ceux qui l'ont fondé peuvent se croire le droit de l'elTaeer de la carte où ils l'avaient inscrit.

Ainsi, la Russie triomphante englobe le royaume grec dans ses Etats. La F"rance et l'Angleterre victorieuses, si elles laissent subsister un Etat grec indépendant, ce qui est douteux, en renverseront la dynastie bavaroise, qui n'a aucun lien dans le pays, n'y a jeté aucune racine profonde. Tel est le double danger qui menace le roi Othon.

Les déclarations dans lesquelles le goux'ernement français faisait connaître officiellement ses griefs contre le gouvernement grec étalent trop significatives pour qu'on ne dût pas s'attendre h des mesures vigoureuses pour faire cesser l'hostilité des Grecs, ou du moins pour les réduire à l'impuissance. En eiïet, quelques jours après, quand il fut bien constaté que le roi Othon était entièrement livré à l'influence russe, qu'il secondait l'insurrection, un corps d'occupation, commandé par le général Forey, faisait voile pour la Grèce ; il devait, conjointement avec quelques régiments anglais, débarquer au Pirée et occuper Athènes.

Le Î1 mai, l'escadre commandée par le vice-amiral Bruat, portant huit mille hommes de troupes françaises et un régiment anglais, ?.pparaissait dans le golfe d'Allunes ; le lendemain elle était réunie, et les vaisseaux venaient l'un après l'autre prendre leur ordre de niouillai'C dans le port du Pirée. Durant la nuit, belle, douce et étoilée comme sont les nuits de printemps dans les contrées grecques, dos embarcations sillonnaient le port, allant porter à tous les vaisseaux il l'ancre les instructions et les ordres pour le lendemain.

Le 2;», au matin, les matelots descendirent des frégates dans le» chaloupes armées en guerre, porinnt un ennon ii la poupe, et, le pistolet au poing, abordèrent les vaisseaux grecs mouillés dans le port. Les (îrecs ne firent pas la mniiidre résitlunce ; les matelots passèrent sur la flotte française, les onieiers furent renvoyés il terre. Le débarquement eomniença ; les canons des embarcatlona portés ;i terre lurent moulés sur leuiis afliits, mèche alluméo. Toutes les mesures furent prises pour résister au besoin à une altaque, mais on n'eut pas il brûler une amorce. •

Ouaire mille hommes d'infanterie de marine et le 74' de ligne débarquèrent. Le général Forey desrendil à terre, alla reconnaître Je lerrain cl choisir un campeiiieiil. La nioiiié des troupes était encore sur les vaisseaux. Le» ministres de France et d'Angleterre

co

LA RUSSIE ET L'EUROPE

avaient pos(! au roi un ultimatum , le roi délilit'rait avec son conseil, les minislies s'étaient loiidus à boni du Gumer et attendaient, en conférence avec l'amiial et le général.

A la vue des uniformes français dans sa capitale, des navires dans son port, le roi Otlion, qui n'avait pu être secouru à temps par les Russes et qui ne pouvait opposer aucune force h l'armée d'occupation, se rcsijjna à subir la loi qui lui était imposée. 11 fit savoir aux deux ministres de France et d'Angleterre qu'il les recevrait officiellement dans la journée du 2f). Eu elïet ce jour-là MM. Fortli-Houcn et \A vse arrivaient au |ialais escortés par des troupes des deux nations et étaient introduits dans la salle du trône, où se trouvait le roi entouré de ses ministres et de ses principaux officiers. L,i , en présence de tous, debout sur l'estrade où est placé le siège royal , le roi prononça les paroles suivantes :

.< Je déclare que j'observerai fidèlement une stricte et complète «neutralité vis-ii-vis de la Turquie, que je prendrai sans retard «toutes les mesures nécessaires pour l'cfTectucr , et que, dans ce

• but, j'appellerai à mes conseils de nouveaux ministres, qui, par » leur caractère et leur intelligence, sont les plus propres à donner » exécution à cet engagement de ma part. »

Le doyen des deux ambassadeurs, M. Wyse, prit la parole et répondit :

<i Sire,

• Nous nous empresserons de rapporter à nos gouvernements les X- paroles que le roi vient de ])rouoncer, et nous ne doutons pas, Sa » Majesté voulant bien prêter son appui aux nouveaux conseillers » qu'elle daigne appeler auprès d'elle , que nous n'ayons plus à trans- » mettre à nos cours que des informations trcs-salisfaisantes sur la » Grèce. »

Le même jour le ministère était changé et composé d'hommes désignés par les ambassadeurs d'accord avec leurs gouvernements. Son premier acte fut la publication d'une proclamation qui témoigne de la difficulté de sa situation.

R Hellènes ,

» Appelés par Sa Majesté notre roi à prendre les rênes du gouver- » nement, nous comprenons la sitiiatrun mal'.ieureuse de la patrie. «Le commerce est interdit à nos concitoyens, la marine est con- » damnée à l'inaction; d'autres dangers encore menacent la nation, ) exposée aux ressentiment de deux grandes .puissances qui nous i> avaient comblés de bienfaits.

)) Sa .Majesté notre roi, dans son afTection pour la nation, consi- )i dérant tous ces malheurs et tous ces dangers, s'est engagé avec les )) deux puissances maritimes à maintenir une parfaite neutralité. Par » cet accord , tous les dangers sont évités ; nous retrouverons les

• avantages dont nous sommes privés.

» IVous respectons plus que qui que ce soit la généreuse sympathie «des Grecs pour nos frères, au sort desquels les deux puissances » protectrices s'intéressent aussi vivement.

• L'avenir de la Grèce est entre les mains de la divine providence;

• cependant, par la franche application de nos institutions constitu- » tionnelles, le développement de notre commerce et de notre in- » dustrie, et surtout par notre bonne foi et notre droiture dans nos » relations avec les autres nations, nous pouvons nous rendre dignes » du sort qui nous est réservé.

» Ces idées seront appuyées et développées par notre respectable «président, que nous attendons impatiemment.

«Nous sommes persuadés que nos concitoyens, approuvant nos « sentiments inspirés par le plus pur patriotisme, sauront discerner )' 1« possible de l'impossible, et nous prêteront le concours indispen- « sable de leurs paroles et de leurs actions pour ramener la sécurité « et la tranquillité chez les citoyens et dans le royaume. »

En même temps une amnistie entière était accordée à tous les militaires qui avaient dépassé le temps de leur congé ou avaient arbitrairement quitté leur poste pour aller prendre part à l'insurrection, et à ceux qui avaient reçu leur démission motivée sur le même désir.

Quant aux illusions du roi Othon, il est probable qu'elles durent encore et ne seront dissipées que par les victoires des armées alliées, l'abaissement de la Russie, et peut-être par des événement plus graves pour lui que la déclaration qu'il vient de faire. Ces faits accomplis, l'escadre reprenait la mer et portait à Gallipoli les quatre mille hommes que la prompte soumission du gouvernement frcc laissait disponibles.

^ "l'outefois, dans le courant de juin, l'insurrection persistait en Epire, où deux mille hommes se trouvaient réunis sous les ordres de Botzaris, Tyani et '/.orbos, et luttaient contre la petite armée de Fuad-EfTendi , ii laquelle ils avaient fait éprsuver quelques revers. D'autres insurgés se maintenaient en Thcssalie.

Il n'appartient pas au nouveau ministère grec de réduire ces insurrections qui sont en dehors du royaume, mais il est de son devoir de leur retirer l'appui qu'ils recevaient du précédent cabinet, de rappeler les officiers de l'armée grecque qui dirigent les insurgés et de signifier aux nationaux qu'ils aient à cesser les hostilités.

Si, de la Grèce, on se reporte aux événements accoin|)lis dans le Monténégro, on voit la pensée constante qui pousse la Russie vers la Méditerranée se dévoiler ici par des faits évidents, palpables, par des actes qui ne laissent aucun doute et dont on ne peut nier la portée. Le Montcnegio, la plus éloignée des possessions ottomane» sur l'Adriatique, va de cette mer aux montagnes de l'extrémité sud- est de la Bosnie; il est enclavé entre l'Herzégovine et les provinces il.'yriennes à l'ouest et l'Albanie au sud-est. Cela est loin de la Russie, qui pour arriver des bords du Pruth au Monténégro doit traverser la Moldavie, la Valacliie , la Bulgarie, la Servie et l'Albanie. La route est longue, et il y a beaucoup moins loin du Pruth à Onstantinople que du Pruth au Cattaro ; mais, eu attendant la grande conquête, la diplomatie de Saint-Pétersbourg ne néglige rien de ce qui peut lui ouvrir une route vers la Méditerranée : puis qui songera ii lui disputer la suzeraineté du Monténégro,' où elle ne peut pas jeter un soldat? Qui prendra garde à ses empiétements? L'Autriche convoite elle-même les contrées environnantes, et la Turquie aura dan» peu à défendre des provinces bien autrement importantes que les vallées et les contre-forts du Monténégro.

Les Monténégrins sont agriculteurs , bergers ou soldats, assez pauvres, et fort disposés à la vie d'aventures et de combats. Ce sont des Slaves presque tous chrétiens du rit grec et jouissant d'institutions municipales que la Turquie a respectées partout dans les provinces qu'elle a conquises , et qui laissent aux habitants une sorte de vie nationale sous la suzeraineté de la Porte.

Dans toute la société du culte grec en Turquie, le clergé est arrivé à dominer complètement ; on l'a vu dans le chapitre relatif à la Russie. L'évêque de Cattaro, grâce au clergé, dont les membres exercent les fonctions de magistrats municipaux dans toutes les localités, est parvenu peu à peu à devenir le chef réel du Monténégro. La Porte Ottomane, occupée de la guerre incessante qu'elle soutient contre la Grèce, contre le pacha d'Egypte, contre la Russie, ne s'est pas occupée de l'évêque monténégrin , qui a fini par réunir dans ses mains le pouvoir militaire et le pouvoir religieux , et qui a pris le titre de vladika-; elle s'est bornée à faire de temps et temps quelques levées d'hommes.

Lorsque la coalition européenne ouvrit à la flotte russe les ports de la Méditerranée, les navires de la Russie se montrèrent dans le golfe de Cattaro; et on put juger bientôt que le peu d'importance politique de ce pays ne l'avait pas fait échapper à l'attention de la diplomatie moscovite. La religion servit alors comme aujourd'hui de prétexte et de moyen : le chef de l'Eglise grecque fut prôné comme un ami, un protecteur; ses employés firent des promesses exactement tenues; des églises furent embellies, reçurent des présents; des prêtres obtinrent des secours; l'or de la Russie lui créa des partisans parmi les chefs du pays comme l'identité de croyance lui assurait la bonne volonté du clergé; grâces à cette habile conduite, la Russie obtint que l'évêque du Monténégro reçût l'investiture de l'empereur à Saint-Pétersbourg. Or, cet évêquc exerçant le pouvoir civil, le pays était de fait sous la suzeraineté de la Russie. Au fait viendra s'ajouter le droit, ou du moins, ce qui en tient lieu, ce qui est considéré comme tel en politique; la Russie n'est pas pressée, laissez faire le temps.

A la fin de 1852, l'évêque du Monténégro meurt; la Russie veut constituer dans le pays un pouvoir héréditaire ; il ne lui convient pas de recommencer l'oeuvre de la séduction chaque fois qu'un évêque mouveau monte sur le siège épiscopal ; elle peut rencontrer un jour, par hasard, un évêque récalcitrant dévoué à d'autres intérêts, il entre dans les vues de sa politique de constituer une famille dans laquelle le pouvoir se transmettra et que l'intérêt lui attachera. En effet, un évêque est nommé et l'un de ses parents est choisi comme chef du pouvoir exécutif déclaré héréditaire; c'est le prince Danielo. Ce nouveau vladika va recevoir son investiture à Saint-Pétersbourg : l'empereur de Russie est désormais le véritable souverain du Monténégro, Voilà une conquête réelle qui n'a coûté que de l'adresse, de l'argent et du temps : trois puissances dont la Russie sait admirablemeut se servir. C'est un point obtenu sur la Méditerranée, une province de l'empire slave futur. Laissez-la agir, elle marchera vers ce point qui lui appartient; elle plante aujourd'hui ses jalons sur la route qui y conduit.

Cependant le grmvernement turc ne pouvait pas rester tranquille spectateur de cette nouvelle et flagrante usurpation. Les fonctionnaires ottomans des frontières de l'Albanie reçurent l'ordre de procéder au recrutement; mais les montagnards monténégrins prirent les armes, et les 12 et 13 décembre 1S52 des combats se livraient entre eux et les Turcs. Les Monténégrins furent battus, mais ces luttes de montagnes sont interminables; les bandes dispersées sur un point se reforment sur un autre et reprennent l'offensive. La guerre une fois déclarée entre la Russie et la Porte, les agents russes ont lait dans le Monténégro ce qu'ils ont fait en Grèce : ils ont poussé au soulèvement et envoyé des armes et des munitions, et quelques escarmouches ont eu lieu entre les Monténégrins cl les Albanais. Ces démonstrations n'ont pas suffi au gouvernement russe agissant

LA RUSSIE ET L'EUROPE

dans une penpde uniforme sur ce pays et sur la Grèce et voulant un soiiicvemcut complet; le vladika reçut des ordres en conséquence, et le 16 avril l8;i'i il ai)]>clait le peuple aux armes par une proclamation qui était de nature à produire quelque etl'et. Deux mille hommes se levèrent à l'appel du vladika, fiancliirent la frontière de l'Herzégovine, occupèrent le territoire entre Trébigné et Nikscliitchi, mais n'osèrent pas attaquer ces deux points fortifiés et défendus par les Albanais. Ils se sont bornes à enlever un millier de têtes de bétail. Los milices locales ontpris immédiatement les armes, et un corps de cinq mille Turcs a reçu l'ordre de marcher contre les insurges.

Les Mniiléiu'grins sont plus disposés à la guerre des grands chemins et des détilés qu'à une guerre régulière, et il est probable que l'evemple de la Grèce occupée par les troujpes franco-anglaises arrêtera le mouvement insurrectionnel. Les bâtiments français qui étaient dernièrement à Scutari ne tarderont pas à paraître dans le golfe de Cattaro, et leur présence suffira sans doute pour ramener le prince Dunielo à une plus juste appréciation de sa position.

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