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CHAPITRE VII

Opérations dans la mer Baltique. — Flotte anglaise. L'amiral Napier. — Préparatifs du gouvernement russe. — Départ de la flotte anglaise ; passage du Cattégat; Gothembourg. Passage du Sund ; Elseneur, Copenhague. Le grand Belt, le petit Belt. Les deux routes de l'EIbo et de l'Oder. Kiel ; Straisund ; Kioge — Composition de la flotte au tO avril. Dantzick; Kœnigsberg; Tilsit; Memel; frontière russe. — lie d'OEIand ; lie de GothUnd. — Golfe de Livonie ; Riga ; lies d'OEsel et de Dago. — Stockholm. — Ile.'s Aland. — Golfe de Botnie. — Golfe de Finlande. — Littoral nord : forts d'Haiigoe; Helsingfors ; Sveaborg ; Ruotsinsalmi ; Lovisa ; Fredrikshamn; Viborg. — Littoral sud: Revel ; Narva; Oronienbaum; Péterhoff. — lie Hogiand. — Cronstadt. — Saint- Pétersbourg. — Première opération de l'amiral Napier. — Escadre française ; départ; passage du grand Boit; M. Parseval-Deschénes Flotte russe. — Le grand-duc Constantin. — Bombardement des forts d'Hangoe. Expédition k Eckness. — Arrivée de la flotte française.

En se déclarant les protectrices de l'empire ottoman, l'Angleterre et la France durent songer à faire tète à l'ennemi sur tous les points où il pouvait agir, à porter sur son propre territoire la guerre qu'il avait espéré concentrer sur le territoire ottoman. Envoyer dans la mer Noire deux flottes puissantes, et à Gallipoli une double armée de terre destinée soit à couvrir les deux routes qui mènent à Constantiuople, soit à garder et disputer les défilés des Balkans, soit enfin à se présenter eu ligne sur les bords du Danube, c'était faire face au danger le plus imminent; mais il eût été souverainement impolitique, en bornant son action au sud, de laisser à la flotte russe la faculté de déboucher de la Baltique dans la mer du Nord, de venir s'embosser à l'embouchure de la Tamise ou devant le port de Cherbourg, d'attaquer une ville française ou anglaise, de descendre dans la Méditerranée et d'y soulever la Morée , les provinces grecques et le Monténégro, par lequel on donnait la main à la Servie. C'était s'exposer à perdre le fruit des sacrifices que l'on s'imposait et assumer sur soi un immense danger sans amoindrir celui qui menace l'empire ottoman. L'Angleterre et la France, une fois engagées dans le conflit, durent donc ajouter à leurs forces du sud des flottes destinées à agir au nord.

Les deux puissances alliées, en prenant position dans le Cattégat, à l'entrée du Sund et des deux Belt, auraient certainement enfermé ia flotte Russe dans la Baltique; mais celle-ci eût pu agir contre la Suède, qu'elle cfit peut-être contrainte k sortir de sa neutralité : dans tous les cas, se borner à neutraliser les elVorls de la Russie par mer, ce n'était pas lui renvoyer la guerre, ce n'était pas faire une diversion assez puissante.

La Baltique, dans sa partie supérieure, gèle ordinairement du mois d'octobre ii la fin d'avril; il arrive quelquefois cependant que, les vents d'ouest soufflant avec violence et faisant refluer les rivières, la débâcle des glaces a lieu un peu plus tôt; mais, même dans ce cas, il est rare que les navires aient l'entière liberté de leurs manœuvres avant le IS ou le 20 avril. Ainsi, pendant six ii sept mois, la flotte russe, disséminée dans les différents ports militaires, reste eniiirisonnéc dans les glaces, absolument comme les navires qui font des voyages d'exploration au pôle nord restent pris dans les banquises. 11 importait d'arriver ;i temps pour enfermer les navires russes dans le golfe de Finlande, empêcher ceux qui se trouveraient dans le golfe de Botnie, à Wasa ou à Kiémi, de se réunir au gros de la flotte.

Dès le mois do février une flotte anglaise se réunissait à Spilead , sous les ordres de l'amiral Napier, et y attendait l'arrivée de l'escadre de l'amiral Corry , qui arrivait des côtes de Portugal. La première division de cette flotte se rendit à Portsmouth; le 1 I mars elle appareillait, le i:i elle entrait dans le Cattégat, et de lii dans le Sund, oii elle devait attendre la déclaration de guerre officielle. Sa flotte se composait alors de huit vaisseaux il hélices, dont deux trois-ponts; de quatre vapeurs ii hélices et de quatre autres vapeurs a aubes; elle avait à bord huit mille huit cent quatre-viii{;t-sept hommes, huit cent quatre-vingt-sept canons, ses macliincs présentaient la force de sept

mille trois cent soixante-dix chevaux; elle portait les pavillons de trois amiraux : Napier, Chads et Plumridge.

L'amiral Napier, commandant en chef de la flotte, avait arboré son pavillon sur te Duc de U elliiigtoti. Sir Charles Napier est fils d'un capitaine de marine et descend de l'amiral John Napier, connu dans le monde savant par l'invention des logarithmes. Il est ne le G mars 1786 a Murchiston-Hall, comté de Stirling; il a donc soixante-huit ans. Entré dans la marine en 1800, il était lieutenant en 180.', commandait le brick la Recrue, et avait la cuisse cassée dans un combat contre la corvette française la Diligente.

En 1813 il commandait le Furieux. Appelé en 1833 à commander la flotte de dom Pedro contre dom Miguel son frère, qui disputait aux enfants de dom Pedro le trône de Portugal, il battit l'ennemi au cap Saint-Vincent. En 1840, commandant en second de la flotte envoyée contre le vice-roi d'Egypte, il coopéra aux victoires remportées sur lui, mais devenues faciles par la retraite de la France, qui, d'abord alliée de Méhémet-Ali, l'abandonna pour rentrer bientôt dans ce qu'on appelait alors le concert européen.

Charles Napier, deux fois envoyé à la chambre des communes par Marylebonne, se montra toujours le défenseur de la réforme.

L'entrée du bassin du Cattégat est entre les 5T et 58» degrés de latitude nord , c'est-à-dire à la hauteur de l'Ecosse. On a alors à sa gauche la Suède, à sa droite le Jutland (Danemark), en arrière lu Norvège, car on court au sud. On range à gauche Gothembourg, la seconde ville de Suède par son importance et sa population. Fondée en 1250, détruite par des incendies, repeuplée et habitée par des hommes de toutes les nations du Nord, cette ville est située à l'embouchure de la Gotha-Elf et à la tète du canal de Gothie, qui coupe la Suède dans sa largeur et va déboucher en pleine Baltique audessus de l'île de Gothland, position magnifique qui en a fait une ville de grand transit. Les batteries du fort d'Elfsborg protègent son port, assez profond pour recevoir des navires d'un fort tonnage.

Trois passes conduisent du bassin du Cattégat dans la Baltique : le Sund, roule directe et la plus courte, entre la côte suédoise et la grande île de Seeland; le grand Belt, entre l'île de Seeland et l'île de Fionie, et enfin, plus à l'ouest, le petit Belt, entre l'île de Fionie et le Schleswig. Si on traverse le Sund, qui n'a qu'une lieue de largeur, on passe entre deux villes, Helsingborg, sur la côte suédoise, et Elseneur, sur la côte danoise. Des deux côtés s'élèvent des fortifications. Au delà d'Elseneur, la passe s'élargit jusqu'à Copenhague.

Les navires marchands de toutes les nations, à l'exception des suédois, sont tenus de payer au Danemark un droit de passage. L'origine de ce droit est basée sur des conventions arrêtées d'abord entre le Danemark et les villes anséatiques; l'un s'engageait à faire élever des phares, à placer des balises et des bouées pour indiquer et éclairer les passes, les autres à payer une redevance pour les entretenir. C'est à Elseneur que le péage est acquitté.

Les navires sont tenus en outre, en doublant la pointe de Cronembourg, de saluer le château en abaissant leurs voiles, dès qu'ils aperçoivent l'église la plus septentrionale d'Elseneur par derrière le château , et en les tenant abaissées jusqu'à ce qu'ils revoient la même église en dehors de la direction du château. Mais comme il j a des courants et que l'abaissement prolongé des voiles pourrait avoir quelque danger, on tolère qu'elles soient hissées de nouveau après cinq minutes.

C'est le salut de ceux qui passent au maître du liey. C'est dans cette ville que les navires destinés pour la Baltique prennent des pilotes qui les dirigent, à tnivers les bancs dont ces parages sont semés, jusqu'à Copenhague.

Copenhague est par 55 degrés 41' de latitude nord et 10 degrés 1,'/ de longitude est, à 272 lieues de Paris, sur la côte orientale de l'ile de Seeland. Elle a environ 110,000 âmes de population. Des fortifications entourent complètement la ville, qui est belle et dans une position agréable. Une grande citadelle pentagone et le fort des Trois-Couronnes défendent le port, mais ni le port ni la ville ne sont suffisamment protégés.

Le port de Copenhague est sûr et commode, il a une profondeur de cinq mètres cinquante centimètres à six mètres et de beaux chantiers de construction et de radoub. Les navires à qui leur trop grand tirant d'eau ne permet pas d'y entrer trouvent en dehors un bon ancrage par environ sept mètres d'eau.

Les exportations du Danemark consistent en blé, graines oléagineuses, beurre, fromages, chevaux, bétail, salaisons et eau\-de-vie. Les négocianls étrangers qui veulent s'y étiiblir .sont tenus d'acheter le droit de bourgeoisie.

En quittant Copenliagiie on passe entre l'île d'Ainach cl la ville suédoise de Malmoè, cité importante par son commerce, sa position cl sa population. Sur la rive opposée, et dans l'ile de Seeland, s'ouvre la belle et large rade de Kioge, à six lieues de Copenhague; ce point est le plus large de la passe du Sund, cl tout près de ce qu'on appelle

LA RUSSIE ET L'ELllOPE.

hélice, M h-ëjjates et sloops aubes; lî navires étaient en route pour rallier cette escadre, qui allait complci' 49 bàlimcnls portant 22,000 hommes et 2,344 canons.

Soil (jue l'on se dirige vers le nord-est par la côte de Poméranie, cnupi'f (le baies profondes, entamée par les embouchures des rivières, cl les déversoirs des lacs; soit (|ue l'on suive les contours uioius accidentés de la côte suédoise, c'est seulement après avoir dépassé l'ile liornliolni qu'on entre vraiment en pleine Baltique, mer brumeuse, battue par de fréquents orales, d'une navigation dillicilc en raison des ilôts cl des écueils dont elle est semée, et dont la partie supérieure donne par ses jjlaecs et ses brumes le spectacle des mers polaires. Par la côte allemande on range à droite les villes de Colberg et de Ruijenwalde avant d'arriver au j;olfe de Danlzick, dans lequel se jette la Vi^tule.

La nature s'est chargée de protéger la rade : une langue de terre longue et étroite, qui commencer Tupadcll et finit à Hcla, s'avance (le l'ouest au sud-est , et couvre une partie de la rade comme les jetées artificielles sous lesquelles on abrite les ports. Le port de Uantzick est à VVeiselinundc; les Allemands l'appellent I air-ffater, belle eau: il est défendu par des forlcresses considérables.

Afin de relier la ville à la mer on a canalisé la petite rivière la Moltau, qui traverse Danlzick et se joint à la Vistule. Cette ville en, après Saint-Pétersbourg, la plus commerçante du Nord. Elle expédie des bois de construction, des mâts de navire, de la potasse, du zinc, de la laine, mais surtout du blé, qui est considéré comme le meilleur de la Baltique. C'est par la que vient le blé blanc de Pologne, un des meilleurs que l'Europe fournisse.

Uantzick rappelle aux Fran(;ais de brillants souvenirs et de cruelle» douleurs; quand les navires de la flotte de France passeront devant sa rade, les marins pourront voir les remparts où leurs pères ont vaillaniment couiliattu, et d'oii ils sont sortis pour aller, au mépris (les capitulations, mourir en Sibérie.

En i7:!' Uanizick faisait partie de la Pologne, et le roi Stanislas poursuivi par les Busses et les Saxons, qui avaient fait élire un autre roi, Auguste IIL vint s'y réfugier et soutenir un siège. Louis XV avait épousé la fille de Stanislas; le cardinal Fleuri , premier ministre , n'osa ni soutenir dignement ni abandonner Stanislas, il se borna à lui envoyer quinze cents hommes commandés par un chef qui ayant sans doule des instructions secrètes alla débarquer en Danemark au lieu de se porter en Poméranie. A la guerre, on ne discute pas l'utilité d'une exi)édition, on obéit, l'ofticier qui s'arrêtait en route avait donc des ordres particuliers; mais il y avait à la cour de Copenhague un ambassadeur français, le comte de Plélo, qui prit l'expédition au sérieux, se mit ;i la tête de la troupe, débarqua à Uanizick, et marcha contre l'armée russo-saxonne avec une incroyable témérité. M. de Plélo fut tué; ses soldats se retranchèrent et tinrent quelques semaines, bien qu'ils fussent entourés d'ennemis. Enfin ils durent mettre bas les armes après avoir obtenu une capitulation honorable, en vertu de laquelle ils devaient être conduits dans un poil de la Baltique oh ils pourraient s'embarquer pour la France. Mais le gouvernement russe donna un déplorable exemple de mauvaise foi, les Français prisonniers furent conduits à INarva, dans le golfe de Finlande, et, après avoir été donnés en spectacle aux habitants, dirigés dans l'intérieur.

Les Français, en guerre contre la Russie, s'emparèrent de Dantzick le 21 m'ai i807 après deux mois d'un siège conduit par le mare chai Lefebvre, qui déploya une audace et une activité extraordinaires. Lefebvre fut nommé duc de Danlzick, et le général Rapp fut fait gouverneur de la place; la ville reprenait les lois et les coutumes qu'elle avait eues comme ville anséalique, la navigation de la Vistule était déclarée libre pour toutes les nations à 1 exception des Anglais. Six ans plus tard, lorsque changea la fortune de la guerre, et que la désastreuse retraite de Moscou permit à la coalition de reprendre l'offensive , les Français furent a leur tour assiégés dans cette même ville de Danlzick. Rapp tint pendant dix mois avec une armée soumise aux plus dures privations, décimée par les maladies, et ce siège a laissé dans l'histoire un des souvenirs les plus héroïques du temps. Le général Rapp ne pouvant plus tenir, ne pouvant être secouru, alors que tous les efforts étaient concentrés en France , où rarinèe des alliés avait pénétre, capitula le i'9 novembre I8i:) avec le duc de Wurtemberg. La garnison devait sortir le 2 janvier I8i » ; les Français et les Polonais pouvaient rentrer en France, les soldats des autres nations retournaient chez eux ; mais les conditions de celte capitulation ne furent pas tenues; l'empereur de Russie, Alexandre, s'appuyant sur le prétendu droit que donnent la victoire et la force, refusa d'approuver le traite, et, au mépris de la foi jurée, cinq mille deux cents Français, débris de la garnison de Danlzick, furent envoyés en Sibérie , faisant de longues marches durant l'hiver a travers des pays glacés.

Danlzick" (ut de nouveau incorpore à la Prusse; clic est aujour-

In grande entrée de la B:lliquc. Celte entrée est formée par la pointe avancée et les rochers de Falsterbo, du coté de la Suède , et par lo c.,p de Hédiiige, sur la c()tc danoise. Si on se dirige par le grand iJi II, le navire passe devant Ebcltoft , l'île de Saiiisoè, et entre dans la passe après avoir doublé sur sa gauche les deux pointes entre lesquelles se trouve Kalluiidborg ; il en sort en doublant l'ilc Femern, La passe du petit Bell est le plusii l'ouest, c'est par conséquent la ro:itc la plus longue; mais on ne choisit ]ias et on obéit aux vents dans ces passages resserrés cl semés d'iles et de rochers. C'est aussi la passe la plus étroite, mais la plus profonde.

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