P..-S. DUNDAS
» Contre-amiral et comvianJant en chef. »
A la lecture de cette dépèche, un cri d'indignation s'élève dans toute l'angleterre. Sir Charles Wood expose les faits tels qu'il les conn; it il la chambre des communes, qui frémit d'horreur. La chambre des lords elle-même oublie la froide réserve qui caractérise habituellement ses débals. Lord Malmesbiiry parle, aux applaudissements de tous ses collègues, d'infâme violation du code sacré de l'honneur. « Il s'ap.it, dit lord Clarendon , d'un acte de violence si horrible, si contraire aux mœurs et aux usages des nations civilisées, qu'il est impossible de croire que les coupables aient agi d'après des instructions, ou qu'ils aient obtenu l'approlation de leurs supérieurs. Le gouvciri'-ment anglais a fait demander au gouvernement russe , par l'intermédiaire du gouvernement danois , le châtiment des assassins. Si cette satisfaction est refusée, il a fait menacer d'exercer des représailles, u
Cette déclaration reçoit l'assentiment de plusieurs lords, et notamment du comte de Sliaftesbury, de lord EUenborough et de lord Brougliam.
IiC 15 juin, le contre-amiral Dundas écrit à l'aide de camp général de Berg :
1 Monsieur,
» Je profite de la première occasion pour vous jiailcr de ce que je viens d'apprendre du commandant du vaisseau de Sa Majesté Britannique Cossd' />•. Celui-ci se plaint à moi de ce que les officiers et l'équipage d'un bateau du vaisseau Cossack, au moment oit ils venaient à terre sous pavillon parlemcnlairc avec l'intention de mettre en liberté plusieurs sujets russes que nous ne voulions pas retenir captifs, les ayant pris à bord des caboteurs que les croisières sous mes ordres a\aient capturés et détruits; de ce que leo officiers et l'équipage de ce bateau ont été, dis-je, cruellement mis h mort le 5 de ce mois, à ILingo-Cdd, par les troupes qui y étaient stationnées.
» Le Cossac/.' arriva avec cetic intention dans la matinée du 5, et se tint à la distance de deux à trois milles du débarcadère. Le bateau fut délaché du vaisseau a cette distance, et jiartit vers la côte avec trois officiers et treize autres personnes , outre les prisonniers qu'on voulait mettre en liberté. Le drapeau parletnentaire ne fut arboré à la proue du bateau qu'après s'être approché à In distance d'un mille de la côte. Par suite de l'enquête que j'ai faite, j'ai toutes raisons de croire qu'on avait pris soin que ic drapeau pût être remarqué et vu distinctement. De cette manière, l'officier chargé de cette expédition continua de s'approcher de la côte. Les troupes stationnées sur le rivage ne lui firent aucun signal ni aucune objection , jusqu'à ce qu'il se fût approché du débarcadère. ÏS'y trouvant personne qui fût autorisé à communiiiuer avec lui , il crut pouvoir aller à terre, ne cessant d'arborer le drapeau parlementaire, qu'il portait lui-même. Les prisonniers qu'on voulait mettre en liberté commencèrent à transporter leur bagag-f sur la côle; en quoi ils furent assistés par quelques matelots de l'équipage , qui étaient venus à terre dans cette intention, m^is sans armes.
>i Je puis ajouter que les armes de l'équipage entier étaient disposées dans le fond du bateau. Dans cette position, ils furent soudainement surpris par une force militaire supérieure, qui fondit sur eux des maisons qui se trouvaient dans le vuisinagc, et les attaqua sans ménagement. Nos gens firent tous leurs eft'nrts pour expliquer l'objet de leur niission , et non-seulement ils r.e firent aucune résistance, mais résister dans de pareilles circonstances eût été impossible. Je sais par moi-même et d'une manière certaine qu'un des prisonniers russes connaissait la langue anglaise; et l'officier russe semble avoir
été en état de répondre dans la même langue , lorsqu'on s'adressa à lui dans les deux langues pour attirer son attention sur le drapeau parlementaire qu'il refusa de reconnaitre. On ouvrit eu conséquence un feu de mousquelcric indistinctement sur l'équiparje inofi'ensif du bateau et sur les prisonniers que nous étions venus mettre en liberté. Blessures sur blessures leur fureut infligées de la manière la plus sauvage et la plus cruelle. Le feu continua jusqu'il ce que tous furent tués ou supposés être tues. Un horime seulement, qui fut liii-iuêiue grièvement blessé, et qu'on avait cru mort, parvint plus tard ii s'échapper sur le bateau, jusqu'à ce qu'il se trouvât quelques heures plus tard assez près du vaisseau pour être secouru. Quatre nens de l'équipage furent trouvés morts dans le fond du bateau.
>i Les blessures qu'on trouva sur eux sont de nature à prouver que plusieurs décharges ont été faites sur eux, ce qui est confirmé par le témoignage du survivant.
>i II ne me reste qu'à ajouter que l'équipage entier du bateau aurait pu être fait prisonnier sans difficulté, et que l'attaque meurtrière dont je me plains n'a été nullement provoquée et nullement nécessaire.
» En appelant votre attention sur ces faits, j'espère que je ne ferai pas en vain un appel à votre honneur d'officier, pour me fournir les explications que vous croirez convenables dans les circonstances actuelles, et je suis heureux de profiter de cette circonstance pour vous donner les moyens de défendre le caractère du drapeau.
>i Ce serait aux parents seuls des malheureuses victimes de cette affaire qu'on pourrait donner aujourd'hui une réparation; et il y aurait jiour eux une certaine consolation de savoir avec certitude ou que tous sont morts, ou que s'il reste des survivants il y a de l'espoir qu'ils seront guéris de leurs blessures.
u Je prends, en conséquence, la liberté de vous envoyer ci-annoxée une liste des officiers et des matelots qu'on suppose avoir été tués, et je vous serai reconnaissant de toutes les informations que vous serez en état de me donner sur cette malheureuse affaire.
11 R.-S. Dundas , • Contre-amiral et commandant en chef des forces navale» de Sa Majesté Britannique dans la Baltique. »
Dans sa réponse, le général russe accuse la marine britannique d'abuser du pavillon parlementaire, nie que ce pavillon ait été déployé, et s'attache à démontrer le caractère hostile de l'expédition.
Helsingfors, le 17 juin 1855.
'I "MONSIEIR l'amiral,
» Avant de répondre à la lettre de Votre Excellence du IS juin, je dois lui faire observer avec regret que les navires de la flotte anglaise hissent le pavillon russe pour arriver plus sûrement à la capturc des embarcations qu'ils rencontrent. Les journaux ont suffisamment publié comment, dès l'ouverture de la guerre, on a abusé dans toutes les mers du pavillon parlementaire pour faire des sondages et des reconnaissances militaires. Le caractère d'hostilité contre des villes et des hameaux inoffeiisifs, habiles par de paisibles populations, n'a été que trop constaté dans tout ce qui s'est passé dans la Baltique.
ji Le 26 mai, un cutter, on ne sait de quel navire , est arrivé près du village Txvcrminne sous un petit pavillon blanc. iS'ayant pas trouvé de troupes stationnées près de ce village, l'équipage du cutter a incendié impunément quelques huttes et quelques embarcations malgré son pavillon blanc.
>i Le 5 juin, un autre cutter, s'étant détaché de la corvette le Cossak, a fait voile vers le rivage de Hango. Ce bateau avait à sa poupe le drapeau anglais. L'officier qui le montait prétend avoir arboré à la proue sur un bâton un petit drapeau blanc. Le télégraphe de la hauteur voisine et le poste militaire placé au rivage n'ont rien aperçu de ce prétendu drapeau blanc. Il est par conséquent tout simple qu'ils aient attaqué le cutter et sou équipage aussitôt que celui-ci eut mis pied à terre.
" Le lieutenant Louis Geneste prétend qu'un domestique a porté à côté de lui le bâton avec le drapeau blanc. Les soldats et l'officier de nos avant-postes, interrogés sur l'existence de ce drapeau, affirment ne pas l'avoir vu du tout.
» iM. Geneste prétend avoir été envoyé en parlementaire pour délivrer plusieurs navigateurs de commerce capturés avec leurs embarcations dans le courant de la quinzaine. Si telle avait été son intention, il eût été plus simple, le Cossak venant des environs de Cronstadt, de les envoyer à Swcaborg ou de les déposer sur quelque ile près de la côle. L'objet ne valait pas l'envoi d'un parlementaire. Ces marins de commerce rendus à la liberté sur quelque ile n'eussent pas été embarrassés de rejoindre la côte.
» La corvette le Cossu/c devait savoir qu'un parlementaire ne peut et ne doit pas être reçu sur le premier débarcadère, promontoire ou rocher sur lequel il lui plaît de se diriger.
u SIes avant-postes ne voient et ne verront dans de tels envois que des reconnaissances militaires qui abusent de semblables prétextes pour faire des explorations et pour fourrager des \-ivres.
u Le caractère hostile et uulIcmL'iit purlcmeiilairc de cet envoi est. encore prouvé :
Il 1° Par les armes cliarp,ées qu'on a prises. Trois fusils démontrent, [lu- l'état des capsules éclatées , que l'équipage du bateau s'en est servi dans ce coiinit;
2° Par le soin qu'on a eu de munir le cutter de trois cent soixante cirtouches et d'une caisse avec des objets incendiaires, qui à cette lieiire se trouvent entre nos mains.
)) l.e lendemain le Cossak s'est empressé de diriger pendant une luiire contre le village de Hango et de paisibles habitants un feu «l'jrtillerie très-vif, et quelques jours plus tard, le 13 juin, il a répété 1,1 même attaque pour incendier quelques maisons et pour détruire lo télégraphe, au lieu de venir à Sweaborg pour offrir des esplicalions.
>) Malgré la supériorité que la vapeur et les hélices donnent à vos navires, ils ne cessent de hisser le pavillon russe pour saisir des navires de cabotage. De même on a abusé évidemment de quelque peu de toile blanche pour faire impunément des sondages et des explorations.
ji Je veui croire, monsieur l'amiral, que cela se fait à votre insu. Permettez-moi d'espérer que vous voudrez bien interdire de semblables envois de prétendus parlementaires. L'équipage du cutter du lieutenant Geneste a été victime de sa ruse. Sept hommes ont éié tins, quatre de vos gens blessés, le reste a été fait prisonnier. L'inoiilent n'a duré que quelques instants. 11 a été impossible de distinguer les militaires anglais des marins prisonniers qu'ils accompaj;naient. Le nommé Lundstrôm, celui qui parlait anglais, a été tué le premier, et deux autres ont été blessés.
» Toute la responsabilité de l'incident pèse sur l'irrégularité avec laquelle se font de semblables expéditions.
» 11 me paraît qu'il serait plus convenable d'adresser les communications à Sweaborg et de les confier à quelque navire dirigé sur cette place, comme celui qui m'a porté votre lettre du 15 juin. Le Cossik aurait dû ne pas s'écarter de cette règle. Arborant un drapeau blanc lie grande dimension, les véritables parlementaires s'arrêtent hors de la portée du canon à long tir, et attendent qu'on vienne à leur ren- ( ■litre pour recevoir un message écrit. jNous n'en recevrons jamais «r.iutres. Le Cossak n'a rien fait de tout cela. 11 me paraît que l'honiieur de votre pavillon exigerait la plus stricte et scrupuleuse observation des règles établies eu pareille occasion.
i> L'honneur de mon drapeau ne me permettra jamais de m'en écarter.
» Je puis vous certifier que les blessés sont bien soignés elles prisonniers bien traités.
» J'ai l'honneur d'être, monsieur l'amiral, votre très-humble serviteur.
» Signé DE Bkrg , aide-de-camp de Sa Majesté l'emperetir de toutes les Russies. »
En reproduisant les deux lettres qu'on vient de lire , le Journal de Sainl-t'étershonrg y ajoute un commentaire ainsi conçu :
': Pour apprécier cet incident sous sou vrai jour, il faut le considérer, non comme un fait isolé, mais dans l'ensemble des procéùés de la marine britannique durant la guerre actuelle. L'exemple cité par le général de Berg d'un fait qui s'est passé près du village de Twerminne prouve jusqu'à quel point les Anglais se croient jicrmis d'abuser du pavillon parlementaire, au mépris des lois de 1 1 guerre et de l'honneur militaire. Dans celte circonstance l'équipage d'un cullcr anglais, portant pavillon blanc, a incendié des huttes paisibles, de pauvres embarcations; devions-nous après cela laisser le canot de la corvette Coisack accomplir impunément des exploits du même genre sur le rivage de llaugo?
» Quant à la prétention de JI. l'amiral Duiidas de faire passer ce canot pour une embarcation parlementaire, on voudra bleu reconnaître que les armes, les cartouches, et surtout deux cônes eu bois, creux et remplis de matières incendiaires, trouvés à bord, constituent lin attirail bien singulier pour une mission pacifique. Ces pièces de conviction donnent un éclatant démenti ii l'assertion de l'amiral. Llles dénotent avec la dernière évidence le caractère réel de la mission du canot, et, vu la localité, il serait difficile de lui attribuer un autre but que celui d'incendier le télégraphe. Même sans les appareils incendiaires que le canot avait à bord , son envoi avec une mission parlementaire, comme ou le prétend, dans un endroit oii il n'y avait aucune autorité avec laquelle il eût pu entrer en communications régulières aurait constitué un fait complètement insolite. Le pavillon blanc ne saurait autoriser un débarquement sur le premier point d'une côte ennemie, choisi à volonté sans une permission formelle de l'autorité du lieu. Le simple bon sens suffit pour indiquer que s'il en était autrement, l'espionnage deviendrait un métier jiar trop facile : des émissaires pourraient ainsi, en toute séciiiité, venir, sous les prétextes les plus futiles, épier partout oii il leur plairait l'était de nos côtes cl nos préparatifs de défense.
u On concevra qu'après l'expérience que nous avons faite de la manière peu scrupuleuse dont se conipurie la iiririir.; anglaise, il nous est impossible de reconnaître le caiactère d»; véritable parleuienlaire » tout envoi qui s'écarterait de li stricte observation des règles consacrées par les usages de la guerre. Le général de licrg s'est
nettement expliqué à cet égard envers l'amiral Dundas. Sans doute les Anglais peuvent trouver fort à leur convenance d'attraper des pêcheurs, des mariniers du petit cabotage et de pauvres habiiaiits des îlots, de venir ensuite, sous prétexte de leur rendre la liberté, explorer sous pavillon parlementaire les criques, les passes intérieures, fourrager sur le littoral, mettre le feu a de paisibles chaumières; mais nous ne nous croyons pas tenus pour cela de tolérer de pareils procédés, et on trouvera naturel que nous cherchions à y couper court partout oii l'occasion s'en présente.
)) La marine anglaise paraît avoir adopté pour principe que tout moyen est bon pour arriver au but qu'on se propose; nos lecteurs pourront en juger par l'article suivant que nous tirons du Times :
» On lit dans le Tinw^ du ÎO mai :
» 11 est difficile de s'expliquer pourquoi cette expédition (contre a Kertch et lénikalé) n'a pas été entreprise plus tôt par l'amiral » Lyons et l'amiral Bruat. 11 est vrai que les sondages n'avaient pas » été faits encore , et la manière dont on s'y est pris pour les effec- )) tuer est assez curieuse.
» Un de nos croiseurs captura il y a quelque temps un bâtiment w russe qui avait à bord une voiture appartenant au gouverneur de 1) Kertch. Fort de cette garantie matérielle, notre commandant ex- » pédia au gouverneur un message pour lui dire en termes polis que u le croiseur anglais ne voulait pas le dépouiller de sa propriété pri- « vée, et qu'il serait charmé de pouvoir lui restituer la voiture. » Cette proposition fut acceptée, et les bateaux du croiseur entrèrent » dans la baie de Kertch, ayant la voiture à bord et faisant des son- » dages le long de la route.
>i Par ce moyen, il fut reconnu qu'il y avait un passage pour de • petits bateaux à vapeur jusqu'à une petite distance de la côte, et » c'est ainsi que la voiture du gouverneur a servi de sillon à la flotte >) anglaise. »
)) Quel que soit le procédé, il faut convenir au moins que la franchise de l'aveu est vraiment édifiante. ><
Tandis qu'en Angleterre le parlement, le public, les journaux, accusent à l'envi les Russes, en Russie on lance l'anathème aux Anglais. A Nystad, ville ouverte, un croiseur a brûlé quatorze bâtiments à des particuliers. A Puterloi , les Anglais ont brûlé trente navires de cabotage; débarquant sur diiïérents points de la côte, ils s'introduisent dans les hameaux isolés, et dévalisent les pauvres pêcheurs. On oppose aux réclamations du cabinet de Londres une sorte de demande reconventionuelle.
Une minutieuse enquête a lieu sur le massacre de Hango, et l'on commence à reconnaître qu'on a cru trop aveuglément au témoignage du mulâtre. Le lieutenant Geneste, le docteur Robert Easton , Charles Sullivan, qu'il a vus tomber les uns après les autres, sont vivants et sans blessures. Le matelot GlidJ?ii, achevé à coups dibaïonnette, est blessé mais peu grièvement. Touti fois, le grand point litigieux subsiste , car le lieutenant Geneste , dans une relation écrite de sa main et remise aux autorités russes, soutient qu'il a fait porter par un homme de son équipage un pavillon parlementaire attaché à un bîton d'amarrage. 11 avoue qu'après avoir mis à lerrç ?rs prisonniers finlandais, il s'est acheminé vers les maisons, aha de communiquer avec le peuple et d'acheter des provisions fraiciics.
î.es Russes concluent de ce récit qu'il ne s'agissait point de parlementer;
Qu'il n'y avait pas de proposition officielle à transmc 're d'une autorité militaire à l'autre, sous la foi d'un drapeau blan», ,
Qu'il était question de pousser une reconnaissance, et pour le moins de fourrager en pays ennemi ;
Qu'une pareille entreprise ne pouvait se couvrir de la protection d'un drapeau parlementaire, qui ne saurait être légalement déployé que dans un but avoué de pourparlers officiels.
• Le lieutenant Geneste, prétendent les autorités russes, s'étant avancé en pays ennemi, a été surpris par des soldats dont il ignorait la présence, parce qu'ils étaient en embuscade derrière les rochers. Alors, pour se mettre à l'abri d'une attaque imprévue, il a cherche h se couvrir du drapeau blanc. Ce stratagème ne pouvait point réparer la faute qu'il avait commise en s'avanrant sur le territoire ennemi avant de s'être assuré, comme il le fallait, si sa qualité de parlementaire était légalement reconnue et admise, de l'aveu de nos autorités. Entouré de tous côtés, il s'est rendu. Le docteur Easton, M. Sullivan et huit hommes de l'équipage ont partagé sa captivité. Siï hommes ont péri dans celte entreprise malavisée.
1) D'ailleurs, le drapeau parlementaire n'a été aperçu ni à bord du bâtiment Cossak, ni sur le bateau qui s'est dirigé vers le débarcadère, ni à la main de l'officier descendu à terre pour se porter en avant sur le territoire russe. Celte déclaration a été confirmée iinaniincment par tous les témoins de l'action,
» Pendant qu'elle était engagée, les matelols restés à bord du bateau ennemi ont eu le temps de jeter à la mer un canon de lé),'>:r calibre.
i: Parmi les fusils saisis durant l'action il s'en est trouvé trois qui on; fait feu, malgré l'asscriinn contraire. Trois autres sout lomiiés entre nos mains chargés ii balle.
Il De plMs, Ifs gens de l'équinag;; ont été trouves munis de trii;3
cent soixante cartouches Je munition, de quatre cents capsules et de deux tubes incendiaires avec leurs mccbes.
1) Ces objets d'armeiDciil pris sur l'ennemi achèvent de prouver gue l'expédition du lieutenant Gencste, quand même elle aurait été ostensiblement couverte d'un drapeau blanc, n'avait point pour objet de mettre sim|'lement en liberté les Finlandais de noire marine marchande tombés en captivité. »
La marine et l'amirauté anglaises persistent à dire que le drapeau parlementaire a été arbore et méconnu. Pour prévenir des malentendus ultérieurs , le prince Basile Uolgorouky, ministre de la guerre en Russie, annonce au contre-amiral Oundas que le gouvernement du tzar a posé des ri'jjles dont il demande l'observation rigoureuse.
n Les envois parleuicnlaires ne pourront avoir lieu que sur trois points, savoir : Cronsiadt , Swcaborg et Revel.
» Les bâtiments qui s'y présenteraient à cet effet devront porter un pavillon blanc de grande dimension , s'arrêter Lors de la portée du canon à long tir, et attendre qu'une embarcalion de l'eiidroit se rende vers eux sous un pavillon blanc pour recevoir message écrit. »
Le î9 juin, un bâtiment ii vapeur sort de Cronstadt avec un pavillon parlemenlaire, et se dirige vers la ligne des navires alliés. Ùès qu'il approche de l'escadre mouillée au nord de Cronstadt, une embarcation se détache du vaisseau le Duc de. tVellinytun , et conduit un officier russe sur le vaisseau amiral anglais. Dundas prend connaissance des conditions nouvelles formulées par le prince Dolgorouky, et se rend immédiatement à bord du Tourvtlle pour en conférer avec l'amiral Penaud. ■■ D'abord , dit celui-ci, il me semble que le ministre de la guerre ii Sainl-Péirr.sbourg aurait dû citer dans quelles circonstances les Anglais onl abusé du pavillon russe parlementaire, puisque c'est la le prétexte pris par le gouvernement pour apporter des modifications à ce qui s'est fait jusqu'à ce jour, et diminuer les facilités de communication entre les parties belligérantes. La mesure signalée peut donner lieu à de très-graves inconvénients, el il est à craindre qu'elle ne contribue à aggraver les maux de la guerre; dans tous les cas, je crois qu'il conviendrait de faire entendre au ministre russe que nous lui laissons toute la responsabilité des malheurs qui pourront en résulter. «
Une seconde conférence a lieu le lendemain, à bord du vaisseau le duc de H'eltingU'Ti , entre les deux amiraux, et dans la soirée un parjeuientaire expédie à Cronstadt la réponse que voici :
« A Son Excellence le prince Dolgnroulcy, ministre de ta guerre de Sa Majesté l'empereur de Russie.
« Vaisseau de Sa Majesté Britannique Duke of Wellington, à l'ancre à S milles N.-E.-M., devant le phare Tolboukin , 30 juin 4 855.
B Monsieur,
■ J'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre que vous m'avez adressée le 28 de ce mois pour m'informer que, dans le but de prévenir tout malentendu à l'égard de l'emploi qui a été fait jusqu'ici, par la mariue britannique, des pavillons parlementaires, le gouvernement de Sa Majesté Tempereur de Russie a jugé convenable d'assigner certaines limites aux communications de ce genre que les escadres alliées de France et d'Angleterre pourraient avoir l'occasion de lui adresser.
» Vous me demandez également de vous faire connaître quelles sont les règles que je crois convenable d'établir pour lu réception de communications semblables que le gouvernement russe aurait à faire aux flottes combinées.
u Je prends la liberté de vous informer que j'ignore les circonstances qui, dans la conduite de mes officiers, ont pu motiver les restrictions aux communications par parlementaires, telles qu'elles avaient été pratiquées jusqu'ici dans le cours de la guerre actuelle. Je sais parfaitement qu'il est d'usage de déployer un pavillou blanc de dimensions suitisanles, et je reconnais austi la nécessité de ne pas approcher au delà de la portée des canons d'une forteresse sans permission, ou plus près de tout autre point qu'il n'est nécessaire pour fixer l'attention; mais le temps et le lieu oii ces communications parlementaires peuvent être jugées indispensables dépendent des circonstances que chaque cas particulier fait naitre. J'admets sans réserve que, dans la plujiart des cas, il est plus convenable d'envoyer des parlementaires là où l'on suppose qu'on rencontrera un officier d'un rang supérieur, et que d'ailleurs on ne doit profiter d'aucun avan'age de cette suspension d'armes pour accomplir sans danger des actes qui n'auraient pu être entrepris pendant la contini:ation des hostilités.
« lin m'informantdonc que, sur toute l'étendue du territoire russe, de Tornca à Libau, les conimunicalions parlementaires devront être limitées aux trois points que vous m'avez dés'gués , c'est virtuellement aggraver les maux de la guerre, et priver les deux parties de ces moyens de correspondance nécessaires, même entre ennemis.
» Je regrette que lorsqu'une telle signihcation me fut apportée, aucun fnit ne m'ait été signalé qui ail pu me mettre à même d'examiner la conduite de ceux auxquels quelques griefs auraient pu être imputés, et je suis tout disposé à provoquer une enquête sur la con-
duite de tout officier qui m'aurait été signalé comme ayant violé la bonne foi du pavillon parlemenlaire.
1) Pour la réco|)tion des commuuications qui pourraient m'èlre envoyées, je m'en réfère aux conditions que vous avez vous-même arrêiécs soit pour approcher, soit pour le déploiement des signaux particuliers; le pavillon parlementaire sera , quand il y aura lieu, reçu par le vaisseau le plus rapproché, et envoyé, suivant le cas , au plus ancien officier, et je ne demande d'autre sécurité que celle que je puis raisonnablement attendre de la bonne foi et de l'honneur des officiers auxquels vous croiriez devoir vous confier pour être porteurs de ces sortes de communications.
" J'ai communiqué votre lettre au contre-amiral Penaud, commandant en chef des forces navales françaises dans la Baltique. Il approuve entièrement les observations que j'ai l'iionncur de vous adresser au sujet des restrictions que vous désirez imposer aux communications que nous pourrions avoir l'occasion d'adresser aitx autorités russes, et ce contre-amiral et moi croyons devoir signaler les inconvénients graves et même les mâiheurs qui pourront en être la conséquence, et dont loule la responsabilité doit retomber sur ceux qui ont empêché les moyens de communication, lorsque ces malheurs auraient pu être évités.
» J'ai l'honneur d'être, etc. R.-S. Do.ndas. »
Après avoir placé cette lettre sous les yeui du tzar, le prince Dolgorouky répond que les trois points de Cronstadt , Swe.iborg et Revel ont été déterminés d'abord pour régulariser les communications dans le golfe de Finlande ; maisqu'alin de pourvoir aii\ exigences du service dans le golfe de Bothnie et sur les côtes de la Baltique , l'empereur Alexandre 11 a jugé nécessaire de désigner encore Libau, VVindau, Wasa elTorneo. Le ministre se plaint en même temps de la destruction d'embarcations privées et sans mâture par des officiers de la marine anglaise. « Cette destruction d'uue propriété particulière, qui forme l'unique ressource d'une population inoffensive, est, dit-il, contraire aux règles expressément établies par les ordres dont vous avez muni les officiers de votre escadre. En leur prescrivant d'empêcher les communications de cabotage le long des tôles , il est de votre intention ]iosilive de ne causer aucun dommage aux embarcations non chargées, à l'ancre, qui ne font pas de trafic. De plus, vous avez recommandé à vos officiers le soin d'avoir égard particulièrement à la situation d'une population indigente et paisible,
» Vos instructions attestent que vous ne voulez point étendre les malheurs de la guerre au delà des limites rigoureusement admises. Toute déviation de cette règle ne pourrait servir qu'a alimenter entre nations autrefois amies une animosité dont le souvenir profond survivrait encore à la cessation des hostilités. ■