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Telles sont les trois grandes routes qui conduLsent de la mer du Nord dans la B.cllique; mais depuis longtemps le commerce a voulu s'affranchir et des péages auxquels il est assiijelli et des dainjers ipie présente le passage des détroits. La nature en effet avait disposé lous les éléments d'une route nouvelle. L'Elbe a son embouchure dans une coupure profonde de la mer du iNord, d'oii l'on arrive jusqu'à Hambourg; là un canal qui emprunte les eaux de la Slecknitz fait (■(iiniiiiiuiqucr l'Elbe avec la Trave, qui coule en sens inverse et se jclte dans la Baltique au fond de la baie deTravemiiiulc. Cette roule est suivie depuis longtemps par un assez grand nombre de navires de commerce (|ui iront pas un trop grand tirant d'eau.
.\u mois d'août IS.S2, la Gazette d'Auijshuurfi annonçait la formation toute récente d'une compagnie angl.iisc, créée sous le patronage de la Russie, pour établir un service régulier de bateaux à vapeur entre llull et Sainl-Pétersbourg, en passiintde la mer du ^ord dans la Balliiiue, par l'Elbe et le canal de la Trave réparé et agrandi Ce chemin, beaucoup plus direct, beaucoup plus court, aurait évité en même temps le péage dans le Sund.
La guerre qui inlerrompl les communications ne permettra pas pour le moment de mettre cette pensée a exécution, ou tout au moins de la compléter, mais tôt ou tard, c'est par la que le grand commerce prendra sa roule.
11 y a encore une autre route, depuis longtemps empruntée, et qui sûrement verra passer un jour les grands navires de commerce. Elle a également son point de départ dans l'Elbe d'où elle va, au moyen de ciiiaux à écluses, rejoindre la .Sprèe cl l'Oder. Elle traverse ainsi le territoire prussien et aboutit à la Baltique dans la baie deStetlin. Celte roule est longue et dessert par conséquent beaucoup d'inlérêts, il est doue probable que, malgré t'élablissemenl des chemins de fer, clic sera améliorée et verra s'établir une importante navigation.
L'escadre de l'amiral Napier traversa le détroit par le grand Belt, où elle entra le ÏG, et alla mouiller à Kiel pendant qu'il se rendait lui-même à Copenhague. Kiel est sur la côte du Schlesxvig, au fond d'une rade profonde et sûre; son port vaste et commode peut recevoir les plus grands navires.
Kiel parait appelée à un brillant avenir; un canal , qui débouche dans la rade, s'avance de Kiel dans l'intérieur du pays ; il a aidé beaucoup au développement du mouvement commercial , et il est destiné à l'activer encore; il va droit de l'est à l'ouest, de Kiel à Rendsbourg, et il pourra être facilement continué jusqu'à la mer du Word , sur un espace d'environ vingt lieues, en se servant des eaux de l'Eyder, i[ui viennent se jeter dans cette mer, dans une baie qui semble préparée exprès pour le recevoir. L'escadre anglaise y était tout entière le i$ mars. Elle reprenait la mer le 29 et se rendait dans la baie de Kioge.
Bientôt l'escadre passait devant Lubeck, ville qui sera un jour une grande étape commerciale sur le canal qui reliera les deux mers par l'Elbe. Fondée en 1140 par un comte de Holstcin, elle devint plus tard la capitale de la ligue anséalique et attira la plus grande partie du comme ce de la Baltique. Déchue peu à peu de sa splendeur par la chute de l'association, par l'habitude que prirent les navigateurs de commercer directement avec les Etats riverains, Lubeck est encore une des quatre villes libres anséatiques, mais elle a perdu la plus grande partie de ses relations. Cependant elle a des foires importantes et exporte d'assez grandes quantités de laines provenant des troupeaux du llolsteiii, du Schlesxvig et du Mecklembourg.
En poursuix'anl la route on arrive à Straisund, dans une baie qui fait une écliancrure de douze a quatorze lieues dans les terres. Straisund, dans la province de Poméranie était autrefois une des villes anséatiques; elle a été réunie à la Prusse. Son port est petit, bon toutefois, mais environné de bas-fonds. Elle a des fabriques de draps, de toiles, de glaces, de tabac, de savon; on y a établi, il y a vingt ans, une foire aux laines, matière assez abon(lante dans le pays.
L'escadre anglaise quitta Kioge le 5 avril pour faire roule vers Dornholin. De nouveaux bâtiments venaient la renforcer, et le vaisseau français r^u>lfWi(:, le précurseur de la flolte française, entrait dans le grand Belt au commencement d'avril et ralliait bientôt l'escadre.
Les forces anglaises dans la I'>alii(|ue se comjiosaient alors de 10 vaisseaux d" liunc a hélice, 6 vaisseaux à voiles. Il frégates et corvetles à
LA RUSSIE ET L'EUROPE
d'Iiui sa première place de commerce maritime : on y compte environ soixanic mille Labilaiits.
En avançant vers l'est on trouve deux jetées semblables à celles de Ilcla, mais plus grandes; la première couvre et sépare de la mer le lac de Friscb-IlalT. Celle jetée s'ouvre à Pillau pour donner une route maritime à kœniijsberg, capitale de la Prusse orientale, sur le Pngcl.
Les grands vaisseaux s'arrêtent à Pillau , où l'on a construit nn pliare dont le feu brille à trente et un mètres au-dessus du niveau de la mer. Afin d'indiquer la route du port, un édifice golliiqiic ayant de loin l'apparence d'un trois-màts sans voiles a été élevé à quarante mètres au-dessus de l'eau.
dràce au Prégcl , qui est navigable à une assez grande distance dans l'intérieur des terres, Kœnigsberg est un grand centre de navigation et un grand marché des produits des pays environnants.
Les chevaliers teutons, aidés du roi de Bohème Ottokar, voulant soumettre cette partie de la Prusse , élevèrent en 1244, sur le bord du Pri'gel, un château de bois; trois ans après, un château de pierre et de bri(pie remplaçait le premier: peu à peu les habitations se groupèrent autour et avec le temps formèrent Kœnigsberg (château du roi}. Là vécut et mourut le philosophe, chef d'école, Kant. Aux grands souvenirs de la pensée se mêlent ceux de la guerre : en 1807 et en isii, une année de triomphes, une année de revers, Napoléon vint établir son quartier généi-al dans celle ville.
VIIT.
A peine a-t-on doulilé la pointe de Uirschkeini, que l'on suit en remonlant la seconde jetée qui couvre le lac Tiirisrli-Haff; elle a vingt lieues de longueur. Derrière le lac se trouve Tilsit, ville devenue célèbre par le traité de paix. Les souvenirs de la Fraaee sont encore semés sur toutes ces côtes.
La longue jetée qui s'étend le long du lac va finir près de Mcmel.
Depuis longtemps les navires en couraiil droit au nord naviguent à la hauteur des possessions que la Russie a conquises sur l'Allemagne, mais une longue bande de terres prussiennes sépare encore la l'iussie de la Baltique; c'est ti Polangen que l'on louche aux côtes russes: c'est le poste de la douane en Lithuaiiie.
Ceux qui suivent la côte suédoise peuvent de loin saluer en passant Cimbrishamn et Christianstadl en s'enfonçunt dans le golfe des côtes de la hkanie. Ils s'avancent vers la j;rande ilc d OEland. Cette lie a vingt-sept lieues de longueur, elle est fertile et peuplée de nombreux villages. Son principal port du côté de la terre suédoise est Borgholm, qui est défendu par une forteresse, ii quelques lieues de Calmar, ville célèbre dans les annales suédoises cl danoises par le traité qui porte sou nom.
Au nord-est de l'ilc d'OEIand s'étend, moins allongée mais plus large, l'ile de Golhland (terre des Goths), dontWisby est le cheflieu; elle est coupée du sud au nord par une chaîne de montagnes ; au pied et sur les versants s'élèvent des villes et des vilhijjcs; l'ile compte quarante mille habitants. Le port de \'\ isby, à l'orient de l'ile , olïre un bon mouillage aux grands navires. C'était autrefois une ville aiiséatique, elle appartient aujourd'hui à la Suède; L'extrémité nord de l'ile de Golhland se trouve précisément à la hauteur du cap de (rrencn, par lequel les flottes sont entrées dans le Cattégal.
(^lilc mer Baltique, vers laquelle tant de regards sont tournés aujourd'hui, prend au-dessus de l'ile de Golhland un aspect tout nouveau. A droite, en continuant la route au nord, s'ouvre le golfe de Livoiiie , dont les caps de Janima et de Domesnes gardent l'entrée jiriiu-ipale, et au fond duquel s'élève au sud-est l'importante ville comiucrciale de Riga.
A trente lieues plus au nord, et du même côté, s'enfonce profondément dans les terres le golfe de Finlande. A gauche est Stockholm , en face sont les iles Aland et l'archipel d'Abo, possessions russes , derrière lesquelles s'élend le golfe de Botnie, qui est lui-même aussi long que la Baltique, bordé d'un côté par la Finlande, de l'autre par les côtes de Suède.
On a pu remarquer que toutes les villes de commerce de la Baltique sont situées sur des rivières importantes, et a une certaine distance lie la mer; Riga est assise sur la Dvina , à environ neuf milles de l'embouchure de ce fleuve dans le golfe. Une barre de sable .t rembouchurc de la Dvina, oii il n'y a plus que quatre mètres à quatre mètres trente centimètres d'eau, force les navires qui tirent plus iPeau il charger sur des allèges une partie de leurs marchandises il Bolderaa, sur la rive ouest du fleuve. Sur la même rive, au fort Cornet, brillent deux feux , l'un à environ cent pieds, l'autre il vingt-quatre.
Riga est peuplée de négociants anglais et autres étrangers; le commerce est considérable : on exporte principalement du chanvre, du lin , des bois de construction et de mâture, du suif, des cuirs et du blé. Ce dernier est bien inférieur ii celui de Danlzick , il vient de Russie Cl de Courlande ; celui-ci supérieur ii celui de Russie, mais tons deux de médiocre qualité. Le chanvre 'exporté par Riga vient de l'Ukiaii,. Lt de la Pologne, il remonte jiar le Dnieper cl descend eusuile la Dvina » mais ce trajet demande un temps très-considérable.
Le lin vient de la Russie blanche, de la Litbuanie et de la Courlande. Les bois de mâliirc viennent des bords du Dnieper; c'esl le pin d'Ecosse qui foiiriiil les plus beaux : ils ont de vingt- trois k vingt-sept mètres de longueur. Riga à environ cinquante mille habitants.
On sort du golfe de Livonie pour se rendre dans celui de Finlande, sans rentrer dans la Baltique, par un détroit situé entre la côte d'Esthoiiie et les grandes iles OEscl et Dago, qui, toutes deux défendues par dcgrandes fortifications, formeiil des postes militaires importants.
C-Esel, la plus vaste des iles, a environ vingt-cinq lieues de long sur douzedelarge, Arensbonrgen est le chef-lieu; elle est échancrée de tous côtés par de profondes anses , qui otïrent généralement de bons mouillages. De cette île s'avance en mer un long promontoire qui forme l'un des côtés de l'entrée du golfe de Livonie.
L'ile de Dago est beaucoup moins grande que celle d'OEsel, mais elle a également de bons mouillages.
Stockholm, sur la côte opposée, est la capitale de la Suède; elle est située dans nue baie assez profonde, au point oii le lac Melar se joint à la mer. Le port est profond et bon, mais les ilôts qui l'avoisinent en rendent l'acccs difficile et d;ingereii\. Le mouxcment du port de Stockholm représente à peu près la moitié du commerce extérieur de la Suède. On trouve avant d'y arriver, à l'extrémité sud de l'ile d'Oja, un phare de vingt-quatre mètres de hauteur, dont le feu hxe s'aperçoit par le beau temps jusqu'à cinq lieues en mer. C'est là que l'on prend des pilotes.
La Suède exporte des bois de construction, des planches, du brai, du cuivre, du goudron, et surtout du fer dont la qualité est renommée. Elle a des fabriques d'horlogerie, de papier, de tabac, des tanneries, des teintureries. Ses mines de fer forment sa richesse principale ; elle a aussi des mines de cuivre. On estime la production du fer en gueuses à plus de cent millions de kilogrammes, et celle du gros fer et du fer en barre à environ quatre-vingts millions de kilogrammes.
L'ile d'Aland appartenait à la Suède il y a un siècle et demi; Pierre 1" s'en empara en i7n pendant que Charles XII, décour. i»é par la perte de la bataille de Pultava, s'ohslinait à demeurer en Tiu-quie, oii il s'était réfugié, attendant un corps d'armée que les Turcs lui avaient promis et passant sa vie au lit à Démotica , petite ville près d'Aiidriuople. Les Danois, les Prussiens et les Russes tombaient tous ensemble sur les provinces suédoises et démembraient cet empire.
Le golfe de Finlaiulc s'étend de l'ouest à l'est, en inclinant au nord sur une longueur d'environ deux cents lieues, entre la Finlande au nord et l'Esthouie au sud.
Sur la côte de Finlande ont été réunis d'immenses moyens de défense ; ce sont d'abord les forts de Haiigoe, qui veillent à l'entrée des deux golfes de Botnie et de Finlande ; puis viennent successivement llelsiiigfors, Sveaborg, Ruotsinsalmi, Lovisa, Fredriksamn et Viborg.
Helsingfors est une ville fort belle, capitale de la Finlande, et gardant de profonds souvenirs de la vieille nationalité. Fondée par Gustave \Nasa, elle a été brûlée et a changé de place, abandonnant un sol rocailleux pour s'asseoir sur un terrain un peu moins âpre. Son port, vaste et Irès-profond , reçoit les plus grands vaisseaux. L'aspect de la ville est grandiose, mais il n'y a pas de fortifications ; et à moins que le grand-duc Coustiiitin n'y ail fait élever depuis peu des hatleries, les escadres n'y rencontreront pas une grande résistance. Tout agglomérés qu'ils sont à la Russie, les Finlandais, fort avancés en civilisation, ne supportent le joug qu'avec impatience; et le gouvernement russe n'a sans doute pas voulu construire des fortifications qui à un jour donné pourraient leur servir contre lui.
Sveaborg est a cinq kilomètres en avant de Helsingfors, de manière à en défendre l'approche ; c'esl une forteresse formidable, surnoninue le Gibraltar du Nord. Sa cunslruclion a duré dix ans ; elle fut commencée en 1*49 sous le roi Frédéric, et achevée en iTiO sous Gustave 111 ; les plans en furent faits par le feld-maréchal comle Elirensvoerd ; elle a conté, dit-on, vingt-cinq millions de rixdales de banque, soit •■inquantc millions de francs.
Sept ilols d'un sol graiiilique, portant chacun une forteresse et reliés les uns aux autres par des ponts et par des jetées, composent le système de défense de Sveaborg. Ces ilôts sont nommes : l'an/H' , ilc du Loup ; — Shira crsler si'arlœ , grande ile noire de l'est ; — L'tia cesler svarlœ, petite ile noire de l'est ; — /f'e-ler Svarlœ, ilc noire de l'est ; — Lang<Krn. Grand Aigle ; — (lu^lalfsssvœrd Épée de Gustave;
— Bakhoim, ile du Phare. Deux autres ilols non reliés aux premiers complètent la défense , ce sont : Skans landet. Terre aux Redoutes ,
— et h'unqslwlm ile du Roi.
Helsingfors est l.alie au linid d'une baie, quatre passes y conduisent , mais une seule est accessible aux grands vaisseaux de guerre, et celle passe est défendue par trois des forteresses et balliie par 1rs canons des quatre autres; on porte le nombre de pièces d'arlilleric qui protègent ainsi la passe à un millier.
LA KDSSIE ET L'EUROPE
Sur une des places de l'ilot de Inn/a- s'élève le tombeiiu du feidmaréchal Ehrenvœrd, qui a bâti Sveaborg ; c'est un vaisseau au corps de granit, à la proue et à la poupe de bronze. La tombe de l'illustre Suédois est au pouvoir des lîusscs, comme la forteresse qu'il avait élevée contre eux. Bizarre jeu de la destinée !
Ruotsinsalmi est située sur les deu\ bouelu-s de la Kymennc ; son port est bon, bien abrité, et entouré de petites iles. I)i\-neuf ouvrages de fortification défendent cette place ; l'un d'eux, le Fort de laGloirc, esta une lieue en mer et porte ([uatre-vingt-dix canons.
Lovisa , jolie ville de trois iiiille liabilanls, est au milieu du détroit d'Orrensund ; elle est iloublemcnl délVndue et par le peu de profondeur de ses eaux et jiar la riladcllc de Svarlluilm, qui est à deux lieues et demie en avant, dans une ile placée à l'ciilréc du détroit.
Plus il l'est s'avance Fredriksbamn, sur la pointe d'une presqu'île nommée AVehkalati ; elle est entourée d'un rempart coniiiortant sept bastions et deux demi-lunes casemates. Des batteries élevées sur une ilc qui domine le port complètent sa défense.
A la côte nord les fortifications, les citadelles; à la côte sud plus spécialement le commerce et les fabriques. La première ville de qucl- (|iie importance que l'on rencontre de ce côté est Revcl. Klle a un beau port, reconstruit en 1820; et bien qu'une partie de la flotte militaire y stationne d'ordinaire, il est surtout affecté au coinmercc. Elle est mieux abritée contre les vents que le port, mais il arrive fréquemment qu'elle est encore encombrée de glaces quand déjà la débâcle a eu lieu sur d'autres points.
On exporte de ReveL ou par Revel, des poils de clicvre destinés à la fabrication, du lin, île l'étoupe, du seigle et de l'orge ; il y a des fabriques d'épingles, de bas de laine, des verreries , des faïenceries. L'art du verrier est peu avancé en Russie, les produits en ce genre sont lourds, manquent de grâce et coûtent fort cher. Les faïences ont un caractère particulier ; on sent Pcnfance de l'art, et pourtant elles ne manquent pas d'originalité. Ce n'est pas la beauté, ce n'est pas, tant
Conseil de guerre tenu à Varna le 1 -2 mai.
La dernière place importante que l'on rencontre sur les côtes finlandaises en se rajiprocliant de Pétersbourg est Wiborg ; elle est ii trente-cinq lieues de la capitale. Elle appartenait aux Suédois, qui l'ont fondée en 1593, et faisait un commerce considérable avec les villes anséatiques ; les Russes l'ont toujours enviée ; ils l'ont assiégée cinq fois; et enfin Pierre 1=' la prit en 1710, un an après la bataille de Pullava.
Il venait d'assiéger et de prendre la ville anséantiqiie d'Elbing; il faisait assiéger Riga, contre laquelle il avait lui-même poinûé les canons : il arrive a Pétersbourg, se rend ii la forteresse de Kronslott, s'embarque, suit les côtes de la Carélie, vient mettre le siège devant VN iborg, que ses troupes de terre arrivées sur le« marais encore gelés avaient déjà inx'estie, et aptes un siège de près de trois mois se rend niaitrc de la place, et fait la garnison prisonnière de guerre, malgré les termes formels de la capitulation qui lui avait été accordée.
Cette ville, autrefois florissante, n'a pas retrouvé son ancienne splendeur; cependant son commerce est actif, et le canal qui joint le lac de Saima au golfe en passant par V\ iborg doit l'accroître encore. Sous le rapport militaire, Wiborg est une place de première classe ; elle est environnée d'une muraille flanquée de bastions, reliée par un pont à une citadelle et à une forteresse. Elle est en outre défendue par des batteries élevées sur une île en avant et à six kilomètres de la ville.
s'en faut, le fini des objets du même genre que fournissent la France et l'Angleterre, mais on y reconnaît le contact avec l'Asie ; c'est bizarre.
Revcl, bien qu'elle soit avant tout une place de commerce, occuj)C une position trop importante dans le golfe pour que le gouvernement russe négligeât de la fortifier ; la ville est défendue par d'assez grandes fortifications; le port est protégé par une citadelle; il y a, en outre, une fonderie de canons et un arsenal de marine.
Cette ville jouera sans doute un rôle important dans cette guerre, et il se peut que l'on tente un débarquement de ce côté. Revel serait alors attaquée et par la flotte et par des troupes de terre, et la prise de cette place aurait dès le début de la guerre un immense résultat ; elle donnerait aux troupes franco-anglaises la possession d'une des routes de Saint-IV'tersbourg, celle-là même que suivit Charles XII lorsque, après avoir déb;nqué à Pernaw, dans le golfe de Riga, il marcha au secours de Narva assiégée par le czar Pierre I". En outre, la prise de Revel permettrait de redescendre vers la Livonie et peut-être trouverait-on dans cette province conquise sur la Suède et qui, dit-on, garde d'assez vifs souvenirs de sa nationalité, les éléments qui, tôt ou tard, doivent servir à briser le faisceau de populations hétérogènes qui constitue aujourd'hui l'empire de Russie.
Le gouvernement russe ne pouvait méconnaître ce danger, aussi a-t-il ajouté de nouveaux moyens de défense à ceui qui existaient
Paris. Tvpngraphic Henri Plort ,
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déjà. Revel est au fond d'une rade et placée sur une éminence; des batteries ont été établies en avant de la cité, de manière à battre la rade. Des maisons qui gênaient le tir du canon ont été rasées et la garnison a reçu des renforts.
En continuant de longer la côte sud, on trouve Narva, sur la rivière de ^aïova, tout près de la mer. Cette ville est célèbre par la défaite que le roi de SiAde, Charles XII, y fit éprouver aux Russes qui l'assiégeaient. Pierre I'^^ vengea, quelques années plus tard, ce désastre en s'emparant de Aarva. Cette ville est aujourd'hui fortifiée.
Cette charmante petite ville qu'on aperçoit, à l'endroit où le golfe se resserre, après qu'on est sorti de la baie profonde de Narva, est Oranienbaum. Le favori du czar y bâtit en 1715 un petit palais élégant, orné d'un péristyle, d'une colonnade, entnuré de beaux jardins; des maisons sont venues se grouper autour et ont formé la ville. Tous les jours, en été, un bateau à vapeur vient de Pétersbourg à Oranienbaum. Il trouve un point de débarquement dans un canal qui a été creusé au-dessous d'un autre canal qui s'avance assez profou-
qui vivent de pêche et de commerce, à peu près étrangers au reste du monde. Ue jour on aperçoit sur cette ile une espèce de lumulus élevé et couvert de sapins; la nuit, un phare l'indique aux navinateurs; il est probable que le gouvernement russe y aura construit des batteries, non pour arrêter les flottes qui peuvent facilement en éviter l'approche , mais du moins pour empêcher qu'on s'y établisse. De cette ile à Croustadt il y a environ soixante ^lieues.
xn.
Cronstadt est placée sur l'ile de Kotline ou île Retou-Sari, qui , à six lieues de Saint-Pétersbourg, divise dans sa largeur le golfe de Finlande en deux parties inégales, la plus large du côté de la Carélie, la plus étroite du côté de l'ingric. Cette ile a trois lieues de longueur, et Cronstadt est .i l'extrémité est, faisant un large carré.
L'ile se présente aux navigateurs venant de l'occident , comme une pointe aiguè, un éperon, défcudui en avant par des rochers sur les-
llluiniua'io.i de la UjUe (rauçaise a lanoonce de la déclarotiou de guerre.
dénient dans les terres. Les ponts jetés sur ces canaux font un coup d'u'il gracieux. Le palais appartient à un des membres de la famille impériale. Lîne route qui suit les bords de la baie conduit de là à Saiiil-Pélcrshourg. Oranienbaum est situé en face de Cronstadt.
Plus loin est Péterlioff, sur une colline qui regarde la mer. Un canal conduit de la baie au château, qui a été bâti par un architecte français, M. le Blond, pour le ezar l'ierre l''. Le parc et les jardins sont magnifiques, ainsi que les orangeries. Dans le bois est une maisonnette qui a souvent abrité Pierre l".
La cour <le Russie donne chaque année, au mois de juillet, dans celle résidence, une fête brillante, et une illumination spleiulide éclaire la baii; pendant la courte nuit qui à cette époque de l'année va d'un soleil à l'autre. On appelle Pétcrhoff le Versailles russe.
Slrelna est encore un château impérial, car cette route en est semée; celui-ci est d'architecture gothique, (^'est la même situation que- celle de Péterhofî, mais avec moins de grandeur et de luxe.
Bientôt la baie s'élargit, et la roule qui la contourne n'olïre plus jusqu'à Saint-Pétersbourg, oii elle arrive à la porte de Riga , qu'une longue suite de maisons de plaisince, de villas, qui se disputent d'élégance, de richesse, et que parent de frais ombrages.
Le golfe est semé de quelques îles; la plus importante, l'ile de Il';;land, tient le milieu entre les deux rives, en avant de (Kronstadt. Ce->1 une ile de porphyre rcurenuar.t deux villages et 600 habitants ail.
quels s'élève le phare de Tolboukin. Les navires ont trouvé jusque-là une mer profonde, mais le fond diminue bientôt quand on est ;i la hauteur de l'ile.
On ne peut arriver à Cronstadt que par l'un des côtés et par une seule passe. Le bias de mer qui s'étend le long de la côte de Carélie est rempli de ro.hers sous-marins et de bancs de sable ; le fond descend brusquement de treize mètres à deux mètres, et interdit toute navigation aux vaisseaux d'une certaine dimension, (^c côté est en outre protégé par le fort Alexandre et par des batteries avancées, élevées sur des récifs qui sèment la passe. On arrive donc par le br.is de mer qui est entre l'île et la côte de l'iiigrie, et il faut passer au milieu du chenal entre des batteries de terre et des forts élevés au milieu des eaux. On ne pourrait pas arriver à (Kronstadt par le sud, car lii aussi le fond diminue et ne présente plus que deux et trois mètres de fond.
Le fort Pierre est le premier que du pont du navire on aperçoive sur la gauche; il s'avance en mer sur un petit iiromontoire. Un peu plus loin, dans un angle renirant, s'élève une batterie. Presque eu face, à une certaine distance du rivage, est le fort Constantin, armé de cin([uante canons; puis le fort Alexandre, de forme ronde, bâii en blocs de granit et portant cent seize canons; ensuite le fort appelé la Citadelle, le plus important des trois, armé de suixanle-douze canons. Ces trois ouvrages, bâtis sur des rochers of '' )s bancs de sable, dé-
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crivciit par leur position environ un huiliimc de cercle, elballent, du nord nu sud, sur la passe, dont ils tiennent lu gauche, la citadelle l'tant la plus rapprochic de la li;;ne.
Sur la droite s'cMèvc le Ricsliank de soixante canons, et en arrière une batterie, puis enfin le grand fort de Kronslott, qui fait face au phare de Cronstadl.
Les navires passent entre toutes ces boiiches à feu. Cronstadt a trois ponts : un deslini! au eonimerce, un à la marine militaire, un aux coMstructions-navalcs ; tous les trois sont défendus par des môles. A l'extrémilé est de l'un d'eux, un peu plus loin que le fort Kronslott , s'avance sur la mer le fort Meuschikoll', parallcloyramme qui termine la ligne des forlilîcalions du côte de l'est. La mer enveloppe (Kronstadt de trois côIl's, et fait encore au sud une profonde échancrure dans le terre-plein oîi commence la ville. Sur toutes ses faces celle-ci est couverte par des batteries et des ouvrages considérables.
Ce fut Pierre I"'' qui commença ces fortifications en 1703, pour mettre à l'abri d'un coup de main sa ville naissante de Pétersbourg. 11 vint lui-môme sonder la profondeur de la mer, désigna l'endroit oii devrait s'élever le fort de Kronslott, en fit un modèle en bois, et laissa à jAIenschikoff le soin de le faire construire sur son modèle. Telle fut l'origine de Cronstadt ou mieux Kronstadt (ville de la couronne).
Les bateaux à vapeur qui font un service entre la France, l'Angleterre, les villes allemandes et Saint-Pétersbourg, sont obligés de s'arrêter ii Cronstadt. Les voyageurs montent sur de plus petits bateaux, et les marchandises sont chargées sur des allèges.
L'hiver est long et rigoureux dans le golfe de Finlande, et surtout dans les parages de Cronstadt; la mer gèle régulièrement du mois d'octobre à la fin d'avril; mais il y a quatre beaux mois, et alors la baie qui conduit de Cronstadt ii Saint-Pétersbourg offre un coup d'œil ravissant.
xin.
De toutes les villes qui existent eu Europe, Saint-Pétersbourg est assurément la plus grande, mais elle n'est ])as la plus peuplée, il s'en faut de beaucoup. Paris et Londres laissent bien loin en arrière sous ce rapport la ville du czar Pierre. Il est vrai que celle-ci embrasse des parcs, des jardins et des villages.
Saint-Pétersbourg est bAli sur la Neva, dans un terrain bas et marécageux, sujet aux inondations, h l'embouchure de ce fleuve dans le golfe de Finlande, par 59 degrés !>0' de latitude nord, et 27 degrés 58' de longitude est; elle est donc à 1 1 degrés C plus au nord que Paris, soit il deux cent soixante-dix-sept lieues plus près du pôle, en même temps qu'elle est à sept cents lieues plus à l'est.
Le terrain où s'élève Saint-Pétersbourg fut conquis sur les Suédois; une forteresse, quelques cabanes et deux maisons de bois servant de palais à Pierre l" cl ii Menschikoff furent les premiers édifices de cette cité aujourd'hui splendide.
La ÎN'éva aide merveilleusement i la beauté de Saint-Pétersbourg. Après avoir coulé dans un seul lit, elle fait un brusque contour, puis se divise eu deux bras appelés, l'un la grande Neva, l'autre la grande Kevka. Ces deux bras se partagent eux-mêmes bientôt en six bras principaux et en petits courants auxquels vient se mêler encore une petite rivière cl forment une dizaine d'ilcs, dont deux sont fort grandes, ainsi que plusieurs ilôts. On comprend combien doivent donner de grandiose h une cité ces quais nombreux bordés île palais, de monuments publics, liés par de beaux pouls, et quelle animation résulte de la navigation sur tous ces bras du fleuve.
Par suite du prolongement de la ville vers la mer, la forteresse qui fut le premier édifice de Pétersbourg se trouve aujourd'hui au milieu de la cité, dans un îlot, au-dessous du jiiemier point de partage et au-dessus de celui oii la grande Neva se divise encore en grande et petite.
La cite <ïst environnée d'ombrages, de bois, d'îles toutes vertes; elle csl coupée de larges rues dont quelques-unes, plantées d'arbres, n'ont pas moins de quarante-cinq mètres de largeur et présentent une longue file de maisons élégantes, de bazars, de colonnades. Des squares, îles statues équestres, des colonnes de bronze, ornent quelques quartiers.
La Neva n'est pas profondément encaissée, elle coule d'ordinaire à plein bord; et lorsque les eaux de la Baltique, poussées en automne par les vents d'ouest, se précipilciit dans la baie de Cronstadt, les eaux de la Neva refluent dans la ville, et quelquefois l'inondent après avoir franchi leurs bords. On compte ainsi d'assez nombreuses inondations il Saint-Pélersbouig, et dans ce pays plat, elles causent de très-grands ravages. Elles emportent les arbres, les ponts, jettent parfois des navires hors du lleuveel entraînent les malheureux habitants qui ne peuvent s'enfuir. L'une d'elles fit périr cinq cents pervonncs, détruisit près de cinq cents maisons de fond en comble, et en endommagea presque autant.
Le froid est chaque hiver très-intense h Saint-Pétersbourg, et la Neva gèle régulièrement du mois de novembre au milieu d'avril. Au moment de la débâcle, les ponts de bois sont enlevés, et le départ des glaces est accompagné d'une cérémonie qui donne le signal du rétidilissemenl de la circulation. Le directeur du déparlemciit de
construction de l'amirauté monte dans une chaloupe, salue de sept coups de canon la forteresse, qui lui rend son salut par un nombre égal de coups, puis se dirige vers le commaiidaiU de la forteresse , qui lui-même s'avance au-ilevant de lui dans un autre bateau, et lui annonce ofliciellement que les deux rives peuvent communiquer. Aussitôt, mais seulement alors, les bateaux s'élancent d'une rive h l'autre, et les ponts soni ensuite rétablis.
L'hiver est dans toutes les grandes villes l'époque des réunions, des bals , des spectacles ; il Saint-Pétersbourg, cette saison est extrêmement animée : une foule innombrable de traîneaux sillonnent les rues et les quais, on circule sur tous les bras de la Neva, oii l'on trace des rues avec des branches de sapin, et l'on organise des parties de plaisir sur la glace entre Pétersbourg et Cronstadt, dont la distance est franchie avec la plus grande rapidité.
L'été des régions polaires succède ii l'hiver presque sans transition-. A peine les glaces ont-elles rendu libres la Neva et la baie de Cronstadt, qu'un soleil ardent échaulfe la terre et développe la végétation avec une extrême rapidité. Toute la population riche quitte alors la ville pour aller s'abriter dans les campagnes qui l'avoisinent ; les ouvriers, qui ne disposent que du dimanche, se rendent ce jour-là dans les îles plantées d'arbres de la Neva et de la baie. Les nuits sont surtout d'une pureté remarquable; c'est un demi-jour vaporeux d'un (•Iiarme indicible. Ce temps dure peu, quelques mois à peine; mais il a sull'i à la nature pour faire germer et mfirir les récoltes.
L'automne est triste, chargé de brouillards cl de pluie; il commence il la lin d'août. Le mois le plus mauvais est celui de novembre; la neige se mêle ii la pluie et court poussée par les rafales du vent (|'ii vient de la mer : c'est l'époque la plus pénible et la plus dangereuse.
On évalue ii plus de cinq cent mille ilmes la population de Saint- Pétersbourg; mais on n'est pas bien fixé sur ce point.
Les campagnes qui entourent Saint-Pétersbourg sont tristes, marécageuses; ce sont des ]ilaincs unies et peu fertiles, coupées seulcluenl par des bois. Ce n'est qu'il grands frais qu'on a pu créer, sur les routes de Pélerhofl' et de Moscou, les délicieuses villas qui abritent l'été la société riche de Sainl-Pétershoiiig; il a fallu, pour obtenir la belle végétation qui en l'ail le charme, former un sol et le superposer il l'ancien : des sommes incroyables ont été enfouies dans ce travail de riioinmc contre la nature.
Saint-Pétersbourg doit h sa position sur le golfe de Finlande, et surtout aux nombreuses rivières qui sillonnent la Russie et qui son* mises en communication par des canaux, depuis la mer Noire jus qu'il la Baltique, un mouvement commercial immense et supérieur celui d'aucune autre ville du nord de l'Europe.
Telle est cette Baltique dans laquelle va se décider le sort de l'Europe, tel est ce golfe de Finlande, réseau de citadelles qui se relient de rivage en rivage, qui se dressent sur tous les points où un grand vaisseau peut aborder; telle est cette capitale vers laquelle s'avancent les flottes.
Les souvenirs de Moscou inspirent encore aujourd'hui un certain effroi, on croit voir la Russie toujours prête ;i incendier ses villes et il se faire de la dévastation un moyen de résistance, tîn général a pu, il y a quarante-deux ans , livrer aux flammes une ville immense, une ancienne capitale, enlever ii l'armée française ses quartiers d'hiver, les approvisionnements qu'elle y savait réunis, et, en la mettant hors d'état de subsister, la eonlraiiidre à retourner en arrière, ii renoncer il son plan de campagne; mais on ne renouvelle pas ce miracle de sacrifice d:ins des conditions tout ii fait di fié rentes.
Quand Rostopcliiu incendia Moscou , l'armée française obligée de battre e'n retraite avait cinq cents lieues ii faire; elle devait rencontrer sur sa route des corps d'armée qui lui harreraienl le chemin, traverser des contrées ennemies, trouver des alliés de la veille devenus adversaires dans le malheur. Mais, en maicliaiit sur Saiul-Pétersbouig, une armée anglo-française n'a plus à redouter toutes ces chances défavorables; les deux plus belles flolles que jamais les puissances aïeul armées seraient ses auxiliaires. Mouillées à quelques journées de la capitale, suivant les mouvements des troupes, elles leur fourniraient les subsistances qu'elles ne trouveraient pas dans lis campagnes. En cas d'incendie, en cas de défaite , elles recueilleraient les soldats, pour lesquels leur présence serait une garantie. lîieii m: soutient le moral des troupes comme la certitude d'avo'r et des subsistances assurées et des moyens de retraite. Appuyer les mouvements d'une armée de terre par la présence et la coopération d'une flotte a toujours été l'opération qui réunissait le plus de chiiiicffs de succès. Ce n'est donc pas un incendie qu'il faudrait craindre; les vrais obstacles sont les flottes russes, les fortifications de Cronstadt cl des deux rives, et une armée de terre considérable.
Le 15 avril, l'amiral Napier, qui avait rejoint l'amiral Corry, se porta en avant avec sa division, entra dans le golfe de Finlande et se dirigea vers IlcIsingTors, soit pour examiner l'état de la mer, soit pour attaquer les vaisseaux russes que l'on disait être dans ce p;irt, .Mais les glaces ne lui permirent pas d'approcher de celte ph;ce.
LA RUSSIE ET L'EUROPE
Tournant au sud, il se présenta devant Revcl, monté sur l'Impérieuse, et |iar un épais brouillard ; mais ici encore la glace l'arrêta, et l'Im- ;'f'r!ei/fe revint entourée de glarons.
L'amiral forma alors sa flotte eu trois divisiouj : la ptemierê, éh vue des côtes de Couflandc, croisait devant les ports de Polangeil , Liban et Windau; la secoiidc entra dans le golfe de Livonie, s'enfonça au sud et vint prendre position tout près du port de Riga, «fin d interrompre toute communication par mer; la troisième se tint à l'entrée du golfe de Finlande, quelques vapeurs allant jusqu'auprès de Sweaborg.
L'amiral se rendit le 24 avril à Stockliolra; douze navires anglais étaient moliillés devant les iles de l'archipel de celte ville , près il'Elfsnabcn; le lendemain, après avoir été reçu par le roi, l'amiral retourna à son mouillage ; on attendait d'un moment à l'autre le départ des glaces : déjà elles s'étaient brisées près de Cronstadt. Le gouvernement russe faisait des préparatifs de défense à Saint-Pétersbourg, et quatre batteries venaient d'être établies aux embouchures de la iXéva. Les forts de la côte finnoise se tenaient sur le qui-vive et envoyaient des boulets aux navires anglais qui passaient à portée.
Le 29 , quelques vapeurs se présentaient de nouveau devant le port de Riga ; mais il y avait encore trop de glaces pour leur permettre d'attaquer. Le 5 mai, l'amiral quittait son mouillage d'Elfsnaben; le 7, la flotte se trouvait à Gottskasandon, au nord de l'ile Gothland ; le I 2, les ports de Riga, de Liban et de \'\ indau étaient mis en état de blocus rigoureux. Le 13 mai, toute la flotte anglaise réunie comptait quarante bâtiments dont dix-sept vaisseaux de ligne.
Elle attendait l'escadre française, dont M. le vice-amiral Parseval- Deschènes avait été nommé commandant en chef des le mois de mars; les vaisseaux qui devaient composer la flotte française étaient en armement dans l'Océan et dans la x^léditerranée. Le vice-amiral partit de Toulon pour Brest le 20 mars; il devait mettre son pavillon sur l Inflexible. Le 20 avril, la flotte quittait la rade de Brest, paraissait à Deal , en Angleterre, et le 2" avril mouillait dans les Dunes. Elle se composait alors de vingt-trois bâtiments dont neuf vaisseaux.
Au commencement de mai, elle quittait ce mouillage, oii les vents contraires l'avaient retenue quelques jours, pénétrait dans le Cattégat, traversait le grand Beit, et arrivait à Kiel le 20 et le 21 mai.
La flotle française dut partir de Kiel le 28 ou le 29 mai pour se rapprocher le plus rapidement possible du théâtre des événements; elle allait être renforcée ilc plusieurs bâtiments à voiles et de huit vapeurs qui devenaient disponibles après avoir achevé le transport des troupes destinées pour l'armée d'Orient.
La France allait donc avoir trente et un navires dans la Baltique, et avant peu les deux escadres pourraient agir de concert.
M. Parscval-Deschênes est né en 17 90. 11 était enseigne prox'isoire ^ la bataille de Trafalgar à bord du Dncenlaure. Sa lielle conduite dans ce fatal combat lui valut sa nomination définitive. 11 fit, sous la restauration, la campagne d'Espagne; la campagne d'Alger, en i830, comme capitaine de frégate. En 1831, il était, à bord de la Victoire, au siège de Bougie, après lequel il fut nommé capilaiue de vaisseau. !l commandait / Iphrqénie au siège de Saint-Jeau-d'L lloa. Successivement préfet maritime à Cherbourg, à Toulon, iuspecleur général des équipages de ligne à Lorient , ChcrbnuTg et Bresl , membre du conseil de l'amirauté, il est depuis dix ans grand officier de la Légion d'honneur.
La Russie, de son côté, a dans la Baltique une flotte imposante, qui se compose, d'après des renseignements consignés dans le Courrier de Marmilk, de :
30 vaisseaux de ligne dont 20 sont susceptibles d'un bon service, les 10 autres étant employés dans les ports comme casernes ou ma- (^asins;
() frégates à voiles, 8 corvettes et bricks à vtjilcs, 10 frégates et corvettes à vapeur; total ;>7 navires, stationnant dans différents ports. Ces bâtiments présentent t(li ensemble de ,992 canoiis.
La Russie a fait de gi-ands cfTbi-ts pOui- st; Créer une Warinc à vapeur; elle a, dans ce but, engagé des ingénieurs et des ouvriers anglais chargés d'organiser des ateliers de construction. Profilant des progrès de la science, elle a voulu appliquer l'hélice à ses grands navires de guerre. Cinq vaisseaux construils dans ce système sont sur les clinnllcrs de Saint-Pétersbourg, mais leurs machines, conimand((s en Angleterre, ont été saisies par le gouvernement anglais au moment de la livraison. Quelques autres vaisseaux en construction à Cronstadt ont eu également leurs machines saisies.
La Russie a crt outre une dizaine de yachls ii vapeur de cent .H cent soixanle chevaux, une flollllle de cinquante anciennes canonnières et quaire-ving'ls en construction. •
Le grand-duc Constantin avait pris au mois d'avril le commandement de la flotte russe; l'amiral Ricord et le vice-amiral de I.fllke furent placés sous ses ordres. Ce dernier était plus spécialeuirnt chargé (le li iléfcise de f.'roiisladi. Le l i avril un ukase de l'emp'rcur ordonna la for^ualion d'une flotte à rames de réserve pour les côtes
de Finlande; quatre légions de rameurs, formées par un appel de volontaires dans les quatre gouvernements de Pétersbourg, JN'ovogorod, Olonetz et Twer, furent affectées au service de cette flotte. 11 s'agit probablement de chaloupes et de bateaux particuliers tirant peu d'eau et destinés à manœuvrer au travers des bas-fonds et des îles.
Le grand-duc est le second fils de l'empereur, il a vingf-'.cpt ans ; c'est un homme d'une taille au-dessus de la moyenne, élancé, mais vigotil-eux; fort instruit , connaissant parfaitement la langue turque et l'histoire de l'empire ottoman; il a cru utile à ses desseins de ne pas borner ses études sur ce pays aux événements passés, et il est, comme le cabiiiet russe, exactement et parfaitement renseigné sur ce qui se passe et à Constantinople et dans les provinces.
On prête à Constantin des projets ambitieux et des paroles fort peu respectueuses pour la loi d'hérédité , en vertu de laquelle son frère aine doit un jour occuper le trône de Russie. Constantin est l'objet des prédilections de son père, qui le voit avec plaisir nourrir des pensées de conquête que ne parait pas avoir le grand -duc Alexandre, héritier présomptif; il est en même temps, et pour les mêmes motifs, fort aimé du parti de la guerre. Ceux qui se complaisent à faire des pronostics sur les destinées des peuples en prenant pour base les caractères, les aspirations de ceux que le hasard de la naissance a mis à leur tête, croient voir dans le grand-duc Constantin celui qui partagera en deux parts l'empire de Russie après la mort de Nicolas, et s'adjugera la partie orientale, la Turquie comprise.
Depuis un aii et demi le grand-duc est adjoint, c'est-à-dire soussecrétaire d'Etat, au ministère de la marine.
L'amiral Liilkc, longtemps gouverneur de Constantin , passe pour un homme fort éclairé.
L'amiral Ricord est un vieillard qui a commencé sa carrière militaire sous Catherine; il commandait l'escadre russe ii jVavarin. On le regarde comme l'un des hommes les plus distingués du conseil de l'amirauté, dont il fait partie.
xvit.
Cëpehdîlht les glaeës avaient disparu, le golfe de Finlande était libre, l'amiral iVapier voulut commencer les hostilités aussitôt que l'état de la mer le permit. *
Dans le courant de mai l'amiral Napier envoya VArrotjant recoiinailre les postes et les rivages russes dans la rade de Hangoe; bientôt ce navire fut rejoint par l'Hécla capitaine Hall, qui a déjà figuré diguemenl dans la guerre de la Chine. Ces deux vaisseaux remontèrent une rivière étroite, et, dans la soirée du 19, une de leurs chaloupes reçut une décharge des Russes embusqués les uns dans un bois, les autres derrière un banc de sable.
Aussitôt le branle-bas fut ordonné sur les deux navires, des boulets et des bombes furent lancés sur le bois et sur le banc de sable, et les Russes en furent délogés. La nuit fut tranquille. Le 20, à deux heures du matin, les navires quittèrent le mouillage, et naviguèrent de conserve pendant trois heures, lés canonniers à leurs pièces; tout il coup ils se trouvèrent à portée du canon d'un fort russe. L'Hcla ouvrit le feu, l'ennemi répondit vigoureusement, eu même temps qu'un feu très-vif de mousqueterie, parti d'un bois, envoyait une grêle de balles sur les deux navires.
On voyait, sur le rivage du promontoire oii la batterie russe élait établie, de nombreux soldats en capote grise et la tête couverte de casques d'acier qui brillaient au soleil levant; l'Arrogant leur làclia une bordée. Ln détachement d'artillerie à cheval partit à toute bride, mais le feu du bois continua.
Un accident arrivé à l'Arroijant faillit compromettre le sort de ce bâtiment; il toucha terre tout près de la batterie, dont heureusement sa bordée démonta tous les canons. Il se releva bientôt, et, en dépassant le fort, dont les navires avaient fait lairc le feu, on put voira terre des alïùts brisés, des canons démontés, des casques et des havre-sacs jonchant le sol.
La ville d'Eckness était découverte, le but de l'expédition était atteint. Le capitaine Hall ne voulut pas rejoindre l'escadre sans emporter quelque trophée ; il débarqua avec ses marins, et les disposa en tirailleurs, pendant qu'avec une jiartie de ses hommes il enlevait un cannii en fer que le feu des navires avait démonté, et le plaçait sur / llécta.
1.6 5i, les rtcUx vaisseaux ralliaient l'escadre, et l'amiral faisait faire ce signal : « Bien agi, Arrogant et Héilal » En m-me temps les navires se pavoisèrent et firent cnlendic trois salves d'ajqilaudissetfionts.
Le 22 mai, le Drar/on, capitaine Wilcox, prit position près d'une île où une bouée était établie, et commença le feu Contre le fort, qui répondit aussitôt.
Le fort et le vaisseau se canonnèrent peiidntit six heures cl demie; plusieurs bombes, lancées pîir le lirar/Dn, firent explosion au centre du flirt. Deux bombes démnlirclit une embrasure. /,c Drnrjnii , placé sur l'un des côtés du fort, ne pouv.'iil être atteint que par le feu de deux canons; il reçUl plusieurs boulets et éprouva quelques pcrtcsi
LA RDSSIE ET L'EUROPE
Pendant ce combat, la Magicienne alla prendre position de l'autre cot.' (le la petite île, et ouvrit un fou vigoureux contre une des batteries nias(|uées du cote de la terre. Elle y lança plusieurs bombes, et la batterie répondit de même avec des bombes.
bientôt le Basilic vint joindre son l'eu à celui des deux autres bâtiments.
En même temps l'Hécla attaquait le fort Gustave-Adolpbe et soutenait avec lui un rude combat; les autres navires furent rappelés, rijerlti resta dans sa position toute la nuit. Deux jours après, la flotte a coniinué sa route vers l'est.
L'escul re française a fait sa jonction avec la flotte anjjlaise, le 1 3 juin, « liaricsund, h quelques lieues de Sweaborg. On ne savait pas encore siii-(|uel ]ioint elles se dirigeaient.
Le département des afl'.iires étrangères de France notifiait, dans le itiinileur du 1 8 juin, que l'amiral l\apicr a, depuis le 28 mai, déclaré le blocus des ports, rades, bavres, ou criques, appartenant à la Russie, dans la mer Baltique, sur les côtes de Courlande, d'Estlionie, de Finlande et dans le golfe de Bolhnie, depuis le 55» degré 53' de Jalilude nord, jusqu'au 05' degré 5U'. Cela fait une longueur de deux cent ciii<|uante lieues. Parmi les ports bloqués se trouvent Liban, AVindau, Riga, Port Baltique, Revel, Abo, l'archipel d'Alaud, Uleaborg.