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les vaisseaux russes. Il y a entre autres des mortiers que l'on charge avec 15 kilos de poudre. Ce seia véritalilement eflrnyant le jour où le feu recommencera pour l'attaque. Les Russes s'y attendent et se préparent en conséquence.
Les travaux sont d'autant plus périlleux et difficiles, qu'ils s'accomplissent à proximité de l'ennemi. On perdait parfois jusqu'à deux cents hommes par jour en élevant des places d'armes, en ouvrant de nouvelles tranchées ; mais quand les unes et les autres étaient établies, les balles russes n'atteignaient que ceux qui s'exposaient imprudemment.
Le docteur du Carlo Alberto, qui avait obtenu l'autorisation de visiter les parallèles , ayant dédaigné de prendre les précatitions
mit son chapeau sur sa main , et le promena lentement le long du parapet. Les tirailleurs russes feignirent de ne pas s'apercevoir de cette manœuvre. Le touriste, encouragé, répéta son expérience tant et si bien qu'une balle vint percer son chapeau et briser trois doigts de la main qui le soutenait. L'imprudent fut aussitôt emporté et coudiiit à l'ambulance ; mais il fut le soir même atteint du tétanos, et il ne tarda pas h succomber.
17 juillet. — On parle souvent de morts arrivées dans les tranchées; il est plus rare d'y apprendre des naissances. Cette nuit, une cantinière enceinte avait accompagné son bataillon dans les tranchées pour fournir aux hommes le petit verre consolateur, et bravait avec un courage masculin les bombes et les boulets. A l'aube du jour, la
Le général Bosquet.
ordinaires, et regardé par-dessus le parapet . fut atteint au milieu du front et tomba roide mort.
Un sous-officier français, nouvellement débarqué, fut appelé ii faire sa garde dans les tranchées; malgré les représentations de ses camarades, il éleva un peu la tête, et au même instant une balle le fra|)pait mortellement.
Un jeune touriste anglais qui avait pu s'avancer jusqu'il la troisième parallèle, ne se tint pas pour satisfait, et se trouvant près du colonel J)ixnn, alors de garde, il insista pour aller jusqu'aux dernières tranchées. Le colonel lui fit observer qu'il devait être heureux de s'être avancé aussi près, qu'il n'y avait aucune nécessité d'aller plus loin et qu'il s'exposerait inutilement. Rien ne fit, et lorsque le colonel IJixon fut relevé de la garde, le touriste renouvela si bien ses instances auprès de son remplaçant, qu'on dut satisfaire à un aussi ardent désir, et qu'on dut le fiiirc conduire aux dernières tranchées sous la garde d'un sergent qui s'y rendait. Là , les soldais lui conseillèrent de ne pas bouger, et de ne pas tenter les tireurs russes, qui étaient d'une adresse incroyable.
Le touriste eut la malheureuse velléité de la mettre à l'épreuve. Il
pauvre femme a été prise des douleurs de l'cnfanlemenl , et elle a donné naissance à deux jumeaux. La mère et les enfants se portent bien.
On nous assure que cette cantinière a déjà laissé à Marseille un premier enfant; elle l'aimait avec tendresse, et l'avait amené au port auxiliaire, d'où elle devait s'embarquer pour la Crimée. Elle était parvenue à le dérober à toutes les investigations, pour ne pas enfreindre les règlements militaires, qui nepermelleut pas, comme on sait, d'emmener en campagne des enfants en bas âge.
Dire tout ce que cette brave cl digne femme avait inventé de ruses malcrncllcs et de stratagèmes innocents pour ne pas abandonner son fils, seraitchose impossible. l'.ncorc un pas, et probablement ses efloris allaient être couronnés d'un plein succès... Mais, hélas ! tout cet échafaudage de soins, de sollicitudes et de précautions devait venir se briser contre une consigne vigilante et sévère.
Il fallait prendre un parti pourtant. Renoncer au voyage de Crimée et rester à Marseille n'était plus possible à la cantinière ; d'un autre côté , pouvait-elle laisser son enfant sans protection et sans a]ipui d.iiis une ville inconnue pour rllc? Or , la pauvre mire en était
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HISTOIRE DE LA GUERHE D'OniENT.
la »!c ses angoissrs, lorsqu'une f^mmc du peuple, une vendeuse d'ontngis, venue sur le quai pour débitrf sa marcbandise, et dont la sensibilité s'était ëniue tri face d'^iue si grande douleur, s';ipproche de la caniinière , et saisissant alVcctuctisement sa main, lui dit en ]an(;ue proverrale : l'ûï, pUiurrS pas, ma boueno! laisso-mi loun enfant. Sf. revtnes , ti luu nndraï ; se recefcs pas , lou ijar>farài émé leï fii/«u: n'ai iléjà quatre, mai es égaou, (ara lou cinquième, et Diou tiotis ajuJara. »
Une autre naissance extraordinaire a mis récemment en émoi nos alliés. Il y avait au camp anfjlais de Séhaslopol , un solilat qui aiii^mentail de jour en jour d'embonpoint , tandis que ses camarades maigrissaient à vue d'cril. Ce soldat semblait être une preuve vivante des paroles de son compatriote sir Jobn Falstaff : « Le besoin et la misère enflent l'bonime comme une outre, u
Il se faisait en outre remarquer par sa modestie, son zèle pour le service et sa grande bravoure. Il prouva sa valeur à la bataille d'Alnia, et en donna des preuves encore plus brillantes à la bataille d'inkerniann en délivrant un camarade entouré de soldais russes.
Une telle conduite devait lui valoir de l'avancement; mais il refusa modestement cette marque de distinction. L'étonnemcut fut à son comble lorsqu'il disparut un beau jour, et tout fit croire qu'il avait déserté. Touiefois, il revint au bout de quinze jours, mais dans quel état! soufTrant , pâle, maigre; tout son embonpoint s'était évanoui.
L'enquête à laquelle il fut soumis a prouvé que ce soldat, depuis sa disparition, était accoucbé d'un petit garçon dans une cabane tartarr . Personne n'avait connaissance de son secret, excepté ce cauiarade qu'il avait sauvé à la bataille d'iiikcrmann, et qui n'était autre qu;- son mari légitime depuis deux ans ; car le déserteur était une femiue. Pour suivre son mari, la fidèle Ecossaise s'était enrôlée. Le nouveau-né fut tiré de la cabane tartare, et servit à prouver l'authenticité de ce récit.
Le fils du camp fut nommé, au milieu des cris d'entbousiasme , Almiis-Inkermaiiii, en souvenir des batailles auxquelles il a pris part, malgré son extrême jeunesse. Celte intéressante famille a obtenu un congé, et se trouve actuellement à Péra pour donner à Almus-inkermann le temps de se reposer de ses services, bien longs pour son âge.