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CHAPITRE XXXVII

Bombardement de Swoaborg. — Destruction de Petropaulowski.

Par une heureuse coïncidence , pendant que la reine Victoria visitait Paris, on y reçut la nouvelle de deux succès.

L'hiver, qui survient si vile dans les parages de la Baltique, s'annonçait déjà par des pluies, des tem;iêtfs qui rendaient précaire la tosilion des vaisseaux alliés. Le terme de la campagne approchait, es bàtimcnls de la flotte alliée avaient continué à se montrer isolément sur divers points des côtes. Ils avaient successivement attaqué ^'ysladt, P.aiimo, l'île de Havensari, Friedricksliamm, l'île de Kolha, le fort de Swarlholm, Lovisa ; mais il n'y avait jias eu d'expédition d'ensemble, de grand coup frappé par toutes les forces réunies.

Le bombardement de Sweaborg fut décidé.

Nous avons déjà donné (page 04) quelques détails sur Sweaborg, surnommé par quelques auteurs le Gibraltar du Nord. Nous avons dit que cette forteresse et ses dépeniiances occupaient des ilcs dont les principales étaient reliées entre elles. Les deux plus grandes, appelées Vargon et Slura-Swarlo, renferment la ville, le port, les arsenaux avec leurs magasins et leurs ateliers; une grande place oii l'on voit le tombeau du feld-raaréchal suédois Ehrensferd, créateur de la forteresse; des casernes pour i 2,000 hommes, dit-on, et la plupart casematées; le lazaret, des hangars de carénage, l'hôtel du gouverneur avec tous les bâtiments et les dépendances des administrations militaires ou maritimes; le casino des officiers de la garnison, qui sert au besoin pour les grandes réceptions du gouverneur et pour les bals; un bagne, une prison d'Etat; enfin trois églises gréco-russes, une église luthérienne, une synagogue, et même une petite mosquée pour quelques musulmans au service de la Russie.

La population de la ville s'élève à G, 000 âmes; Ik chiffre de la garnison varie de (I,0II0 à 10, (m 0, auxquels il faut ajouter les marins et les ouvriers de l'arsentil. Les maisons sont construites en briques; elles ont presque toutes un rez-de chaussée voûté; le casino luimême est voûté; il y a en outre autour du port quelques cavités creusées dans le roc pour servir de magasins.

La face nord de l'île Stura-Swarto, qui regarde la ville d'IIelsingfors, est bordée par une plage où s'étend une ligne de chantiers de construction. Le port intérieur de la forteresse renferme habituellement u!ie flottille et quelques bâtiments à vapeur pour la garde ou la police des côtes cl pour le, service de la douane. On voit en outre à flot dans le port de vieux vaisseaux transformés en pontons et couverts d'une toiture, qui servent au besoin de casernes supplémentaires pour les marins et les ouvriers.

Les autres îles se nomment Gastabs-Vard, Wester-Swarto, Lilla- Oster-Swarto, Skansland, Back-IIolmen, Kungs-Holmen, [\Iielkio, Drumsid, Sandham, Rentam, Stura-Miolo ou Abraham. Les ouvrages défensil's dont elles étaient hérissées avaient été consolidés depuis cinq mois; et des batteries récemment construites ou réparées dominaient tous les points par lesquels il était possible d'approcher de la rade, en franchissant des passes inextricables.

Il n'entrait pas dans la pensée des amiraux alliés de forcer ces passes ou de canonner inutilement des remparts de granit. Leur unique but était de brûler l'intérieur de la place, et d'en détruire les établissements militaires.

Le 6 août, l'escadre anglaise parut devant Sweaborg. Elle se composait du Duc de ffeltinglon, à bord duquel le contre-amiral Dundas avait arboré son pavillon; de l'Exmouth, portant le pavillon du contre-amiral Seymour; des vaisseaux l'Eurtialus, l' Arrogant , U> Pembruke, le CormraHis, te Cossack, le Merlin, le Vulture, le lltistings, l'Edinhurgh, la Magicienne, le Dragon, le Helle-hle, le Cruiser, le (ieijser, le Locust, le Lightning, l'Eolus, la Pnncefs Alice, le Votganu ; de seize chaloupes canonnières et de seize bombardes. Le contre-amiral Penaud la rejoignit le soir même à bord du Tourville, et le lendemain arrivèrent au rendez-vous les vaisseaux le Duquexne et le Dui/uaiclin : la frégate Jsis; la corvette la Galalée: les avisos à vapeur l'Aigle et le Pélican, les canonnières .4«/r('?(e, Avalanche, Dragonne, Fulminante, Tempête et Tourmente; les bombardes Tocsin, Fournaise, lYoïnbe, Torche et Bomhe, armées chacune de deux mortiers de trente-deux centimètres. Les canots de l'escadre portaient une grande quantité de sable qu'ils avaient chargé à l'île de Vargon, et qui devait servir à établir à terre une batterie de mortiers. A onze heures et demie du soir on débarqua les sacs de sable sur le rocher du Longœrn ou îlot Abraham, à 2,200 mètres des forts russes. En moins de cinq heures de travail, un épaulcmcnt de 20 mètres de long sur S mètres .SO centimètres de largeur à la base et 2 mètres de hauteur protéijcait une batterie de trois mortiers de 27 centimètres chargés et prêts à faire feu. Un large approvisionnement de poudre était enfermé dans une déchirure du granit, couverte par un solide blindage à l'abri de la bombe.

Les chaloupes furent dispersées en demi-cercle, dont on réserva le centrR aux bombardes françaises. Le succès des opérations étant subordonné à l'état du temps et à la rapidité avec laquelle les bombes pouvaient être lancées, on se hâta d'essayer la partie des mortiers, et le feu général commença à sept heures vingt minutes dans la nuit du 7 août.

Pendant les premières heures , un feu rapide de boulets et de bombes fut entretenu par la forteresse contre les chaloupes canonnières, et la portée des batteries, fortement armées, dépassait complètement les bombardes; mais le mouvement continuel des chaloupes canonnières et l'habileté avec laquelle elles étaient dirigées par les officiers qui les commandaient leur permettaient de riposter avec beaucoup de succès, et presque sans qu'elles aient pu être atteintes pendant toute la journée.

Vers dix heures du matin on commença à voir l'incendie des divers bâtiments, et une forte explosion eut lieu dans l'ile de Vargon. Une heure après, elle était suivie d'une seconde explosion; vers midi, une troisii:me et plus forte explosion avait lieu dans l'île de Guslafsvard, causant de grands dommages aux défenses de l'ennemi, et contribuant beaucoup à ralentir le feu des canons dans celte direction. L'avantage de Li rapidité avec laquelle avait été dirigé le feu des

luorliers a tlé dcmoiilié par les nouvelles coiifliiurations qui ne cesgaieut d'avoir lieu, et s'éu-iulaieiil i l'ile de Vargon.

Les n'cifs étaient si nombreux que les canonnières louchaient par intervalles. Elles furent rappelées avant le coucher du soleil, se réunirent sous'les ordres du capitaine Caldwell, et lancèrent pendant trois heures des fusées qui allumèrent de nouveaux incendies.

l.e 10, à la pointe du jour, les positions de la plupart des bombardes avaient été avancées, et les canonnières reçurent l'ordre de recommencer. Le vaisseau ii trois ponts qui avait été mis à l'ancre par l'ennemi , afin de fermer et défendre le canal entre Gustafsvard et Bak-Uolmcn , avait été retiré pendant la nuit et abrité dans une position plus sûre; mais le feu des batteries avait été anf;incnté, et l'action recommença vivement de part et d'autre. L'incendie continuait à se développer dans la forteresse, et vers midi une colonne de fumée plus épaisse qu'aucune de celles qui avaient précédé, colonne suivie de flammes éclatantes , annonça que les bombes avaient atteint des matières combustibles dans la direction de l'arsenal.

Pendant la nuit, le feu ne se ralentit pas ; il n'y avait plus à détruire dans l'ile de Var(;on que quelques magasins sans importance, et ceux qui étaient encore debout sur Swarto étaient hors de la portée des bombes. Les contre-amiraux se concertèrent , et donnèrent l'ordre de cesser le feu au point du jour.

Ainsi se termina le bombardement, qui avait duré quarante-cinq heures , et pendant lequel les bâtiments français et la batterie d'Abraham lancèrent seuls sur la place 4,150 projectiles , dont 3,828 bombes. L'Invalide russe dit que dans la seule journée du i) août, de sept heures du matin à huit heures du soir, plus de 10,000 bombes éclatèrent sur la place, et que, jiendant la soirée du 10 les alliés lancèrent jusqu'il 30 fusées à la conijrève par minute.

Les alliés ne perdirent qu'un seul homme, un matelot anglais. Le rapport du général de Berg fait un relevé de 00 morls, et de 198 blessés ou contusionnés ; il prétend que, sauf quelques incendies qu'il était impossible de prévoir, le mal fait aux ouvrages de la forteresse et aux batteries est en général minime; mais il n'en est pas nioins avéré qu'en établissements militaires, munitions, approvisionnements, bois de chaulïage, le bombardement détruisit une valeur d'au moins vingt-cinq millions.

Les principaux établissements brûlés dans la citadelle furent :

Deux poudrières ;

Deux magasins de bombes ;

Un magasin rempli de chanvre et de filin ;

Deux magasins contenant des blés et farines pour la troupe ;

Un magasin de goudron ;

Une grande maison contenant le dépôt des médicaments pour l'armée ;

Dix-sept habitations particulières ;

La maison du général gouverneur et sa chancellerie ;

Dix-huit navires atteints dans les bassins ;

Les quais en granit endommagés par les bombes.

Dans la nuit du 1 2 au 1 3 août, les marins évacuèrent i'ilol Abraham, en ne laissant à terre qu'un traîneau, sur lequel ils avaient gravé cette inscription : Prière de conserver pour l'année prochaine. En outre, les canonniers avaient gravé sur un rocher une autre inscription ainsi conçue :

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