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ET LES MATELOTS CA^O.^NIERS

COMMA.NDÉS PAR LE CAPITAINE SaPIA.

Le 13, à neuf heures, les deux flottes se dirigèrent vers le sud, et à trois heures, elles mouillèrent près de l'île de Vargon.

Sur des mers plus lointaines , les alliés avaient obtenu sans coup férir un autre avantage. Conformément à des ordres venus des généraux russes de Sibérie, la ville de Petropaulowski avait été évacuée.

Une escadre alliée, composée de huit bâtimcnls de guerre, arriva le 15 mai en vue de cette place, et jeta l'ancre dans la rade. Un détachement de marins fut envoyé à terre par ordre des commandants de la flotte, le contre-amiral Bruce pour les Anglais et le contreamiral Fourrichon pour les Français.

Ce détachement, ayant débarqué, trouva la ville déserte, sauf un individu d'origine française, naturalisé Américain, et deux autres citoyens des Etals-Unis,"qui hissèrent leur pavillon national sur leurs habitations, et se dirent les légitimes propriétaires du sol, les Russes leur ayant abandonné ces lieux. Ces étrangers y étaient établis comme négociants, et l'on ajoute qu'ils y faisaient d'assez belles affaires.

Une centaine de chiens de la grande race des malins du Kamtchatka, décharnés et dans le plus pitoyable état, parcouraient les rues de lu ville, suivant partout les marins, afin d'obtenir quelques morceaux de biscuit pour assouvir leur faim.

Les Anglo-Français, après s'être partagés en escouades, se mirent en devoir d'incendier et de faire sauter les arsenaux, les magasins et tous les édifices publics. Aucune construction ne fut épargnée, sauf l'hôpital, l'église et les demeures des classes pauvres.

Les habitants avaient comnicncé à quitter la ville peu après le dé-

part de la garnison. Accompagnés de leurs autorités, ils s'étaient retirés vers 'rchinski; mais la femme du gouverneur russe étant enceinte, la fuite avait dû s'arrêter au petit village d'Avache, ii une vingtaine de milles dans l'intérieur des terres.

Le lendemain de l'arrivée des alliés, l'oeuvre de la destruction des fortifications commença. Les murs, construits en fascines, poutres et terre avaient seize pieds d'épaisseur. Leur force était telle, que pendant longtemps ils résistèrent aux plus énergiques aitiiques; ils ne purent être renversés sur le sol qu'à l'aide d'explosiv,us souterraines.

Le gouvernement russe paraît avoir pris Irès-soudaincniCiit la résolution d'abandonner sa colonie. L'année dernière, après 1» première attaque, ses ordres portaient de renforcer la position, et n ilammcnt d'établir dans les batteries de doubles rangées de canons, (.es alliés trouvèrent des embrasures pour cinquante et une pièces d'ariiUerie de gros calibre. On ne comprend pas les motifs qui ont pu en ;ager les Russes il se départir de leurs premières résolutions; ils étaient en mesure d'opposer aux eOorts de l'ennemi une résistance plus énergique qu'il y a un an.

Après avoir achevé la démolition de tous les travaux, la flotte reprit la haute mer, ne laissant devant Petropaulowski que le Trincomatee avec deux prisonniers, destinés k être échangés contre un matelot français tombé au pouvoir des Russes lors de la première attaque, et qui avait subi l'amputation des deux bras.

De Petropaulowski, les amiraux Bruce et Fourrichon se rendirent à Sitka. Dés qu'ils parurent dans la passe, un bâtiment à vapeur appartenant il la compagnie russo-américaine vint au-devant d'eux, et le secrétaire du gouverneur, qui se trouvait abord, annonça aux deux amiraux que la place était hors d'état de se défendre, et qu'elle se rendrait ii la première sommation. Il rappela en même temps qu'en vertu d'un arrangement conclu entre la compagnie russo-américaine et celle de la baie d'Iludson, arrangement sanctionné par leurs gouvernements respectifs, l'établissement de Sitka se trouvait placé, pour l'Angleterre du moins, en dehors de la sphère des hostilités.

S'étant assurés qu'il n'y avait dans le port de Sitka aucun bâtiment russe, les amiraux retournèrent a leur bord et s'éloignèrent sans retard. L'escadre de l'amiral Bruce se dirigea sur l'ile de Vancouver, puis sur San-Francisco, où elle arriva peu de jours après.

Le retour des escadres alliées à Petropaulowski, la ruine de ce port et la croisière qu'elles organisèrent ensuite le long des îles Aleoutiennes suffirent pour désorganiser le commerce russe dans ces parages.

Ce commerce, qui consiste en pelleteries, en ivoire et en pierres précieuses, emploie une centaine de navires qui se réunissent tous les ans à Petropauloxvski, après avoir reçu les produits du comptoir de Sitka et des îles Aleoutiennes, pour se diriger sur le fleuve Amour. On peut évaluer ii dix millions de francs par an l'importance du mouvement commercial qui s'opère sous les auspices de la compagnie russo-américaine.

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