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CHAPITRE PREMIER

Diète de convocation. — Diète d'élection. — Candidats à la couronne de Pologne. — Conduite de Jean Zanioyski. — Envoyés de Charles IX, roi de France, pour préparer l'élection de son frère Henri de Valois.

Pendant l'existence des trois dynasties polonaises des Lechs, des Piasts et des Jagellons , qui durèrent mille vingt-deux ans, le trône de Pologne fut moitié électif, moitié héréditaire, mais depuis le décès du dernier rejeton de la famille des Jagellons, en 1572, le trône devint purement électif. Dès lors l'aristocratie polonaise arriva à l'apogée de son influence et de sa prépondérance dans les affaires publiques.

Les nobles s'agitèrent et se réunirent dans les diétines ou collèges électoraux ; ils créèrent une nouvelle espèce de confédération qu'ils appelèrent h'aptur (le froc ou le capuchon) en signe de douleur et de tristesse, à l'occasion de l'interrègne; mais ils ne purent convenir du temps et du lieu oii l'on devait s'assembler pour tenir la grande diète.

L'archevêque de Gniezno et primat du rojaume prit donc l'initiative, et invita les états ii s'assembler à Warsovie pour le 9 octobre 1572 ; mais la diète ne put encore avoir lieu, les sénateurs n'étant pas en nombre suffisant. Après une nouvelle délibération, le primat fut encore forcé d'ajourner les diétines au 13 décembre et celle de la diète au G janvier 157 3.

Aux diétines, l'ordre équestre, c'est-à-dire les geulilshonimes formant la chambre des nonces ou députés, choisissait deux nonces de chaque palatinat, chargés du pouvoir d'établir, une nouvelle forme de gouvernement et de subvenir à tous les besoins de la république. Celle diète préliminaire, qui avait lieu à la suite de la mort du roi, fut appelée dièle de convvcation , et devait toujours se tenir à Warsovie. Cette diète fut ouverte par une discussion sur les pouvoirs du primat pendant la vacance du trône. Ou éleva la question de savoir si le primat ax'ait le droit d'assembler les diétines et les diètes, cl ce droit, le grand maréchal de la couronne, charge répondaut au ministre de l'intérieur et delà police générale, prétendait se l'arroger. Les états assemblés tranchèrent celte question , en adjugeant au primat le droit de convoquer les diétines, les diètes, cl de proclamer le nouveau roi élu par la noblesse, et au maréchal de la couronne de le faire connaître au pays. On fixa au 5 avril l.nS la tenue de la diclc d'élcrlion, et toute la nobitsse élective dut se réunir sur les plaines de (irochow et de Praga , sur la rive droite de la Wistule, eu face de Warsovie.

L'un des gentilshommes ayant élevé la question de savoir si cliaque noble avait le droit de voter, ou si celle faculté élail seulement l'appnajc des nonces pris dans chaque palatinat, Jean Zanioyski, nonce de ISl'Iz, trancha ainsi la question en disant « que les iéiiateurs et ji les nobles, étant égaux selon les lois polonaises, tous, sans excep- » lion, devaient participer aux immunités cl aux franchises de la no- » blesse, à plus forte raison devaient-ils participer au plus essentiel » des privilèges , celui de l'élection d'un roi ; que, puisque tous étaient " appelés a défendre la patrie, tous devaient concourir à l'élection » de leur cliel souverain, cl chacun avoir le droit d'clre éligible. »

Zanioyski ne larda pas à gagner une immense popularité. Ses expressions panirenl pleines de sagesse; mais lui cl les siens oubliaient

qu'ils ne formaient que la vingtième partie de la population , et les dix-neuf autres parties, composées de roturiers, restaient sons l'oppression!... Doué de brillantes qualités, il fut administrateur habile, excellent militaire et littéralciir de mérite. Dès l'année I5fi3, ses études en Italie terminées, il publia sur le Sénat Roinain un ouvrage rempli de savants parallèles entre la république de la Pologne et celle de Home : ce rapprochement flatta l'amour-propre polonais. Quelques années plus tard, il se trouva dans une réunion composée d'hommes considérables étrangers, princes, ducs, marquis, comtes et barons. Lorsqu'il s'agit de signer le procès-verbal de la séance , on offrit à Zamoyski la plume pour qu'il signal le premier. 11 refusa : il voulait que tous énuuiérasscnt leurs litres et leurs qualités. Puis, pour prouver qu'il n'y avait pas de gloire comparable à celle d'être yenlillwmme polanais, il signa le dernier et en ces termes : Joannes Zaïnoyski, eijues polonus, par omnibus.

Certes c'était beau , mais encore une fois celle égalité, celte démocratie nobiliaire, ne s'exerçaient quedans un nombre restreint et dans une caste, tandis que l'iiuiuense majorité en était exclue.... Aussi un célèbre publicisle polonais, Hugues Kollontay, en publiant en I78S, c'est-à-dire ilS ans plus larj , nu projet de réforme sur le gouvernement polonais, a dit : « Toi, ô Jean Zamoyski, qui as vécu » dans des temps plus heureux que les nôtres, tu aurais pu cire le )> fondateur d'une république parfaite. Quand je vois des Polonais » jeter dcsfleurs sur la tombe, je m'étonne, car je n'aique des plaintes )i à l'adresser et des regrets a expiiiner. Tu as implanté l'anarchie, » en laissant le champ libre aux abus de l'aristocratie, el les Polonais, u ne voulant point renoncer à la forme de goux'crncmcnt que lu a» » créée, ont préparé leur perte. »

Mais revenons à l'année 1573.

Après la clôture de la diète de ciiHVocaliun, cl lorsque la dié>e d'iilecliun approchait du terme fixé , les nobles qui arrivaient de toutes parts à VVarsovie Irouvèreut marqués au-delà de Praga, les divers quartiers qu'ils devaient occuper durant l'élcelioi». On les avait disposés par palatinals, et trois lieues suffisaient a peine pour les contenir : ils étaient tous armés.

Le lieu du conseil, appelé depuis Szopa (Chopa", espèce de pavillon, était au centre de la plaine, oii ou déploya la tente du fou roi Sigismoud-Auguslc. Tout autour ou dressa un grand édifice qui pouvait contenir près de '>,OnO psrsonnes; il n'avait propreuient qu'un toit et des piliers assez régulièremcnl espacés pour le soutenir; à l'eutour était uu fossé qui ne laissait qu'un (Mïtil espace de terre au milieu de chaque face, pour servir d'entrée aux piétous. Les séuat«ur.s elles ministres délibéraient sous la tente, et cette place s'appela depuis Kolo (le CercleJ. Les gentilshommes électeurs arrivés des palatinals furent rangés loin des places dos sénateurs et des nonces sur la plaine el sous des tentes, ce qui donnait à ce lieu l'aspe^ d'un immense camp.

Sur quatorze candidats avoués, il y en avait cinif polonais et neuf étrangers. Jean Tomirki, castellan de Gniezno, l'un des candidats avoués, prit la parole et dit : « Pour]uoi aurions-nous moins de cou- • fiance au zèle et aux talents d'un d'cnlrc iiouaf, qu'à ceui ù'uii >' étranger qui , par cela même qu'il désire nous gouvemcf, inoulrc » plus d'ambition que de luodesiie? Qui peut mieux qu'un Polonais » être instruit des vrais intérêts de la république, et former de plus » grands elde plus sages desseins pour sa gloire, les suivre avec plus

il)

HISTOIRE DE POLOGNE

u d'ardeur et d'expùrience, saisir plus à propos les circonstances d'un » moment? »

A ce discours Zamoyski opposa un veto formel; il dcsirait avant toute chose p )rter la couronne de Pologne, mais ayant perdu tout espoir u'y arriver, il sut dissimuler avec un art in&ni ses désirs brûlants, et voici comment il répondit au discours de Touiirki : « Je 1) connais la république, et je prévois que sa libcrlé périra du moment • qu'elle aura un Polonais pour niailre. Et quelle ne serait pas la va- D nitc des frères, des neveux, des parents de celui que nous aurions u la faiblesse d'élire? Ces hommes ne se croiraient plus semblables à u nous, et leur orgueil aujjnienlerait par les basses flatteries île ceux X qui, pour mériter leurs faveurs, auraient la faiblesse de les croire » au-dessus d'eux et de ne plus juger la naissance que par l'élévation « du rani;. Ou verrait donc les dignités fondre dans la maison du a prince. Elle seule engloutirait tous les biens, et ces fortunes ra- >• pidcs, loin d't'xciter l'émulation dans l'Etat, y enflammeraient la » cupidité, la plus dangereuse de toutes les passions dans un pays oii

u les lois n'en répriment aucune Après tout, quelque difficile que

1) soit un choix où peuvent prétendre tous ceux qui ont droit de le » faire, et oii celui qui doit être élu est du nombre même de ceux qui « élisent, prenons pour roi un citoyen polonais, j'y consens; mais du u moins que ceux-là se prcicntent qui se croient dignes de régner; u qu'ils demandent eux-mêmes nos suffrages, ainsi qu'ont déjà fait u les princes étrangers, et qu'ils se retirent ensuite, pour nous laisser M la liberté de balancer le irs vertus et leurs vices : discussion néces- 1) saire, et peut-être aussi peu flatteuse pour celui à qui nous adjuu gérons le trône que pour chacun de ceux à qui nous serons forcés » de le refuser. » Personne n'osa se proposer explicitement; il ne fut plus question îles candidats polonais,

(^)iiant aux discussions relatives aux candidats étrangers, plusieurs de ces derniers se trouvant écartés, la question sérieuse fut partagée entre l'Autriche et la France. Et comme les ambassadeurs de cette dernière puissance surent déployer la grâce, l'adresse et les promesses exagérées, la majorité se trouva en faveur du duc d'Anjou , Henri de Valois, frère de Charles IX.

Cette candidature fut d'ailleurs préparée de longue main et au milieu de circonstances assez étranges.

Jean Krassowski, gentilhomme polonais, fut le premier qui fit connaiire en Pologne le nom du duc d'Anjou; il inspira au roi Charles IX cl à Catherine de Médicis, sa mère, le dessein de mettre la couronne de Pologne sur la lèle de ce jeune prince. Ce Krassowski était un nain spirituel et intrigant; il flattait, il devint riche. Rentré en Pologne , Sigisniond-.Vugustc et tous les seigneurs eurent la curiosité de s'entretenir de la cour de France , oii il avait vécu longtemps. Il était de leurs repas et parlait coiilinuelleiiient de Henri de Valois, dont il faisait un portrait si avantageux, qu'après la mort de Sigismond-Augiiste ils s'imaginèrent qu'on ne pouvait trouver un prince plus accompli. Krassoxvski repassa en France, avertit la cour que, si on voulait envoyer des ambassadeurs, le parti de Henri éiait déjà asstz fort pour supplanter tous ses compétiteurs. On renvoya Krassowski en Pologne aussi promptcment qu'il était venu, et le petit bonhomme continua sa négociation.

Charles IX avait atiiré auprès de lui l'amiral de Coligny : ce fut ce dernier qui détermina le roi a profiter des olïres de l'aristocratie polonaise. Ce conseil , inspiré a l'amiral par l'intérêt des huguenots qu'il délivrait ainsi de leur plus redoutable ennemi , agréait également ii Charles IX, dont il flattait la jalousie ombrageuse envers son frère. Catherine de Médicis ne goi'ita pas moins cet avis, et les Guise, qui ne souffraient leurs supérieurs qu'avec impatience, applaudirent à l'éloignenient du seul homme qui couvrait le crédit immense auquel ils aspiraient dans l'adiulnistraticn de l'Etat. Ainsi l'avis de l'amiral, quoique donné par un ennemi , fut adopté unanimement par les partis les plus acharnés les uns contre les autres. Charles IX choisit pour son ambassadeur Jean de .Montluc, évcque et comte de Valence , ii qui il donna pour collègues Gilles de ISoailles, abbé de Lille ; Guy de Saiut-Gelais, seigneur de Lansac, et de Malloc , conseiller au parlement de Grenoble.

Le discours de Montluc et son habileté triomphèrent à la diéle d'électitjn du parti autrichien. La courdeN ienne dépensa 500,000 écus, somme énorme pour l'époque , et n'atteignit pas son but. Ses ministres tenaient une table niagninque et n'admettaient que les grands seigneurs : le plus pauvre gentilhomme était reçu à celle de Montluc; de cette manière la pluralité des voix se trouva pour Henri.

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