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CHAPITRE III

Arrivée des ambassadeurs polonais à Paris; leurs visites au Louvre; cérémoDies religieuses à Notre-Dame; remise du diplôme d'élection dans la salle des Pas perdus au palais de justice; départ des ambassadeurs polonais.

« Etant averties Leurs Majestés françaises de la venue des ambas-, sadeurs polonais, qui étaient proches de leur arrivée à Metz, on manda au sieur de Thevalle, gouverneur de ladite ville, de les recevoir dignement, et ou envoya au-devant l'évcquc de Laugres et le comte de Brienne, pour ainsi les recevoir au nom du roi et ies accompagner par les cheiuins; et .M. le duc de Lorraine, sachant qu'ils passaient par ses pays, Ici alla recevoir à Pout-à-Mousson et les y fit très-bien traiter.

u Et quand ils furent à trois lieues de Paris, le roi de Pologne envoya au-dex'ant d'eux sa maison et sa famille, conduite par M. de \ illequicr, son premier chambellan, ses autres chambellans, gentilshommes de la chambre, et autres de sadite maison, euseiuble ses pages jusqu'au nombre de cinquante , montés tous sur chevaux d'Espagne ou chevaux turks, qui furent a Pantin. Et quelque peu après y arrivèrent les princes que le roi très-chrétien envojait au-devant d'eux pour les recevoir; c'est à savoir comment ils étaient couiplinientés et conduits :

u Adam Konarski, évêque de Poxnanie, par le prince Dauphin, fils aine du duc de Montpensier;

:i .'Vlbert Laski, palatin de Sieradie, par le duc de Guise;

HTSTOTRE DE POLOGNE.

» Je,in Lodzia-Tomiçki , castellan de Gniezno , par le marquis du Maine;

11 Jean Herburt de Felsztyn , casttllan de Sanok, et staroste de Przeinysl, par le marquis d'Elbeiif;

1) André Gorka, castellan de Miedzyrzccz, staroste de Gniezno et de laworow, par le duc d'Auniale ;

i )' iSlanislas Prawdzic-Krzyski, castellan de Racionz, par M. le Grand ;

u Nicolas Sierota-Radziwill , maréchal de la cour de Litvanie, par M. le comte de Maulevrier;

>) Nicolas Firley, staroste de Kazimiérz, par le comte de Tende; )) Jean Sarius-Zamoyski , staroste de Belz, par le vicomte de Turenne ;

)) Jean Zborowski, staroste d'Odolanow, par M. de Piennes ;

» Nicolas Tomiçki, fils du castellan de Gniezno, par M. de Bon-

I vyns;

» Alexandre Pronski , fils du palatin de Kiiovie, par M. de Humières.

« Le sietir de Foix, conseiller an privé conseil, porta la parole de la bienvenue. Et à la rencontre descendirent tous de leurs cliariots, pour saluer lesdits princes et comtes qui allaient au devant d'eux ; et après en chacun chariot des ambassadeurs qui sont jusqu'à onze, entra un prince ou seigneur pour leur faire compagnie. Allèrent aussi au-devant le prévôt des marchands et échevins avec les archers de la ville, et se trouva à la porte Saint-Martin, par laquelle ils entrèrent, mille ou douze cents arquebusiers pour faire une salve avec

; l'artillerie qui fut tirée.

' • En cette sorte entrèrent en la ville le mercredi, 19'' du mois

' d'août 1573, environ les trois heures après midi, étant en nombre d'environ trois cents personnes, et de cinquante chariots faits à la polonaise, tirés , les uns par quatre, les autres par six chevaux. Passant tout du long de la rue Saint-Martin, allèrent descendre au logis

i de l'évêque de Poznanie, logé à la maison dé Nantouillet, prévôt de Paris; et après furent conduits les autres, chacun en leurs maisons aux environs des Aug'islins et rue de Biici , par gentilshommes dé-

I pûtes pour les accompagner, et autres gens ordonnés pour les faire servir à leurs maisons, tant valets de chambre du roi qu'autres.

I » On ne peut exprimer l'étonnement de tout le peuple , quand il vit ces ambassadeurs avec des robes longues, des bonnets de four-

I rure, des sabres , des flèches et des carquois; mais l'admiration fut extrême lorsqu'on vit la somptuosité de leurs équipages, les fourreaux de leurs sabres garnis de pierreries , les brides, les selles, les housses de leurs chevaux enrichies de même , et cet air d'assurance et de dignité qui les distinguait supérieurement, et qui n'est bien naturel que dans des hommes libres. Leur taille, leur figure, leur bonne mine , tout imposait en eux et rappelait l'idée de ces anciens sénateurs romains qui, maîtres de divers peuples, ne savaient obéir qu'à leurs propres lois, et qui trouvaient plus de gloire à donner des cou-

I ronnes qu'à les porter.

; » Le jeudi tout le long du jour, parce qu'ils étaient las, se reposè-

! rent à leurs maisons, et furent envoyés visiter de la part du roi,

I par M. de Lanssac, pour savoir de leurs nouvelles et dispositions, et s'ils avaient besoin d'aucune chose.

'I Comme le lendemain, vendredi 21° matin, furent aussi envoyés visiter , de la part du roi de Pologne par MM. de Villequier et de

I Cheverny, pour les congratuler de leur venue, et leur offrir toute la faveur et bienveillance de la pari dudit roi île Pologne. L'aprèsdînée, lesdits sieurs ambassadeurs demandèrent à être ouïs du roi Très-(;hrétien. Ils passèrent l'eau de la Seine dedans quelques bateaux, qui leur furent apprêtés pour venir au Louvre, où ils trouvè-

■ rent le roi dans la grande salle d'en haut , accompagné des princes,

1 cardinaux et gens de son conseil ; et là, lesdits sieurs Polonais et autres de leur compagnie vinrent baiser la main du roi. Il fut porté la parole par l'évèque de Poznanie, de la cause de leur venue ; à laquelli- lut fait réponse par le sieur de Birague, chancelier de France; et puis, allèrent trouver la reine mère en sa chambre, à laquelle ledit sieur évèque fit harangue, et parce que ladite dame sut ([ue ledit évèque parlait bien italien, lui fit elle-même la réponse si à-propos, r('|iiin(lant à chacun point de ce qu'elle avait eiitcnrlu par son chan-

I ■ lirr, l'évèque du Puy, que contenait l'oraison dudit sieur évèque,

II nponse de ladite dame fut grandement louée et estimée par les si; lus ambassadeurs. Après s'en allèrent saluer la reine, pour laquelle lui f.iit réponse par l'évèque de Paris, et après s'en retournèrent Ics- (liis sieurs ambassadeurs passer l'eau pour aller en leur logis, ne xoiilant pas ledit jour voir le roi de Pologne, leur roi , parce qu'ils (I client le vouloir voir un jour à part pour lui faire plus d'honneur, (niiiiiie ils devaient.

). tju'il fut cause de les remettre au samedi 22'=, lequel jour l'aprèsiluiée et pour venir avec plus d'apparence, délibérèrent de monter tiHis à cheval sur chevaux fort richement enharnachés , et chacun (liMlits ambassadeurs menant sa famille , paré chacun de diverses <iiiileurs, de riches habillements la plupart à la façon polonaise, et 'liiclques-uns habillés a la française. Et pensaient de venir trouver Il iir roi en sa chambre du Louvre ; mais quand on vit la compagnie SI grande, ledit roi fui contraint, pour avoir lieu plus capable, d'aller

la recevoir en la grande salle d'en haut , ce qui fut fait avec be! ordre. Et au-devant d'eux marchait ledit roi jusqu'au milieu de ladite salle, puis les mena en haut près la cheminée, et là furent présentées les lettres qui furent lues parle sieur Brulart, secrétaire. Et après ledit sieur Konarski, évèque de Poznanie, commença à f^iire son oraison : « Que le roi ne devait qu'à son mérite la couronne qu'ils » venaient lui offrir ; et qu'ils ne doutaient point qu'il n'ajoutât à 1) ses premières vertus toutes celles que l'honneur et le devoir allaient )i bientôt lui rendre nécessaires. Quant au décret d'élection, ils ne I) pouvaient s'en dessaisir, que le roi son frère et lui n'eussent con- « firme, par leurs serments, tous les articles dont les ambassadeurs " de France étaient convenus avec le sénat et les nonces de la répu- » blique. >>

" Le roi de Pologne, leur répondant en latin , les remercia de l'élection qu'ils ax'aient faite de lui, et donna après charge audit sieur de Cheverny, son chancelier, de répondre plus amplement. Après laquelle réponse finie, ledit roi les remercia encore en latin de tant de peine qu'ils ax'aienl prise de le venir trouver; ce qu'étant fait, tous lesdits sieurs ambassadeurs, et après eux tous les gentilshommes de leur suite, vinrent baiser la main de leur roi , qui les reçut fort humainement au très grand contentement desdits sieurs Polonais et de leur suite. El après ledit roi, prenant l'évèque par la main, suivi des autres ambassadeurs, le fit entrer en l'antichambre , puis en la chambre du roi, où ils trouvèrent ledit sieur roi, avec lequel, après avoir eu quelques propos, prirent congé, pour eux retirer en leurs maisons. Etant descendus en la cour, trouvèrent des grands chevaux des écuries du roi Très-Chrétien et du roi de Pologne, prêts pour monter dessus pour eux en retourner.

» Le 23' jour, lesdits sieurs Polonais voulaient aller faire la révérence à monsieur le duc , ce qu'ils ne purent faire, parce que ledit sieur s'était assez mal trouvé, la nuit, de sa fièvre. Qui les ht aller saluer le roi et la reine de Navarre , et après messieurs les cardinaux de Bourbon et de Lorraine.

» Le 24', ledit sieur de Cheverny et de Villequier furent envoyés de la part du roi de Pologne vers ledit sieur Konarski pour saxoir et -entendre quand lesdits sieurs ambassadeurs prendraient plaisir de commencer à traiter du fait de leur légation. Et pour cet etïet , ledit sieur roi eût bien désiré d'avoir la copie des articles qu'ils entendaient être confirmés et jurés par lui. A quoi le sieur Konarski fit réponse qu'il ne pouvait aucunement déterminer de ladite allaire ni aucune réponse sans le communiquer à ses collègues ambassadeurs; que l'après-dînée ils s'assembleraient chez lui pour aviser.

X Le lendemain 2b' , ledit sieur roi avec la reine sa mère et quelques-uns qu'ils ont appelés, ont entendu du sieur évèque de Valence et abbé Delisle , qui ont été envoyés ambassadeurs en Pologne , quelles avaient été les jiromesses faites et signées par eux , accordant avec les Polonais pour le fait de l'élection. Et après eu avoir longuement conféré, a été ordonné au sieur Delisle d'avertir les ambassadeurs que quand il leur plairait venir trouver le roi de Pologne il leur donnerait telle audience qu'ils voudraient.

i> Le 20', l'après-dîner , sur les deux heures , lesdits ambassadeurs sont venus trouver ledit sieur roi en son hôtel d'Anjou. Après avoir été reçus par Sa Majesté, les a retirés en une chambre à part et leur a commandé de s'asseoir, ce qu'ils n'ont voulu faire qu'après beaucoup de commandements, se tenant toutefois toujours découverts. La parole a été portée par l'évèque Konarski, en latin, qu'ils avaient apporté les articles convenus et signés avec les ambassadeurs du roi Très-Chrétien , lesquels ont été lus par le secrétaire Brulart; et après que lecture en a été faite, le roi de Pologne préféra à parler français. Et s'étant trouvés trois d'eux qui entendaient et parlaient français , sax'oir : Zamoyski , Laski et Pronski, se sont approchés et leur a été dit par ledit sieur roi : n Qu'en la lecture desdits articles , Il il en avait remarqué un faisant mention de la demeure des Franu çais avec lui en Pologne pour le servir domestiquemenl, lequel il >i trouvait fort dur: attendu qu'il avait toujours été permis à ses )) prédécesseurs rois de se servir près de leurs personnes de toutes » personnes de diverses nations, et que la considération et amitié " qui se ferait des Français et Polonais requérait qu'il y eût des » Français nourris en Pologne , comme des Polonais en France, » n'entendant toutefois parler des charges , dignités et bienfaits qu'il » voulait seulement être baillés à ceux de Pologne et non aux étran- II gcrs , et qu'il les priait de corriger cet article , ou à tout le moins « de certifier quand ils seraient au pays ce qu'il leur en avait dit. » Sur quoi , tous lesdits sieurs ambassadeurs s'élanl levés , se sont retirés en un coin de ladite chambre pour en aviser; et, après en avoir communiqué ensemble, un d'iceux, nommé le sieur Zîmoyski, a jiorté la parole en latin , que leur pouvoir et mandement étaient limités, auquel ils ne pouvaient ni ajouter ni diminuer, et que toutefois la volonté du roi étant juste, qu'elle serait reçue telle au pays. Ladite conférence a duré deux bonnes heures.

)) Le 29'= jour, l'après-dînée , lesdits ambassadeurs eurent audience en l'hôtel d'Anjou. Et parce que ledit sieur de (jlieverny avait su qu'ils devaient proposer l)caucoup de choses concernant l'autorité du roi de Pologne, alla prier la reine de commander à messieurs les chanceliers et au sieur de Mnrvilliers de se trouver à l'audience qui

IIISÏOIUK DE POLOGNE.

se donnerait aiixdils ambassadeurs, ce qu'ils firent. Kt uprcs qu'ils furent arrives, Herburl porta la parole cl dit au nom de tous : i< Qu'il suppliait le roi de confirmer li's ariiclcs qui avaient été arrè- > tés par le sénal cl de faire le serment qui avait été avise. » Lequel serment fut piésenlé par ToniicKi; cl après que lesdils articles cl serment ne devaient être observés comme cboses qui n'avaient point été passées par tous les états du pajs et contraires aux libertés ecclésiastiques et à l'ajitnrité du roi. l'.t après JuJ le palatin Lu^Ui protesla pour les calboliqiies de l'olognc , et le marécbal Hail/.i«ill jiour tous les calboiiques de Lilvanie en la même forme que l'évèque auquel il se remit. Sur quoi les autres se trouvant ofleusés , firent plusieurs remontrances. Le staroste ZboroMski, plus impatient, s'uppiocba de Aiomliic et lui deiuiinda s'il n'avait pas consenti lui-iuèine il cet article. " ^ rainient, ajouta-t-il, si vous et vos collèjjiies ne u l'eutsiez approuvé, jamais votre prince n'aurait eu nos sulïraijcs. » Ledit sieur roi s'aperçut de la vivacité de cet ambassadeur et voulut savoir ce dont il s'agissait entre lui et l'cvêque de \ alence. (]elui ci , bIus confus qu'il ne l'avait encore été, l'cijjiiaiit de ne rien entendre, ZboroMski prit la parole, cl s'adressant au roi , le surprit bien davantage par ces mois : « .le disais, sire , il l'ambassadeur de Votre Mau je»té , que s'il ne s'était engagé ii vous faire agréer cet article , vous " n'auriez pas élé élu roi de Pologne; et je dis plus à j>résent : si >■ vous ne l'acceptez comme tous Icsautres, vous ne léserez jamais I u Ces paroles irritèrent les courtisans français. Les murmures allaient éclater. Le roi les réprima par un sourire gracieux qui semblait approuver ce qu'il venait d'entendre; mais sou cœur ulcéré ne se sentit plus dès ce iiioment le même goût pour le trône qu'on lui préparait. Il continua cependant it montrer de la confiance aux Polonais et résolut de ne leur rien refuser. Kulin le roi , prenant la protestation par écrit par ledit évèque, leur dit à tous que puisqu'il voyait qu'ils n'étaient d'accord il valait mieux qu'il vit à loisir lesdils articles , serinent tt protestation, et que de leur part ils regarderaient à s'accorder.

u Le lendemain 30 au matin, ledit sieur de Cbeverny fut cnvojé vers le casicllan Tomiçki, oii il trouva qu'avec lui étaient assemblés Gorka , ZboroMski cl autres proleslanls, qui étaient fort courroucés de ce (|ue l'on faisait ditliculté de confirmer leurs articles, et s'excusa de venir seul trouver le roi de Pologne, disant que cela serait suspect à ses compagnons, et qu'il ne le pouvait faire par le devoir de sa cliargc, jusqu'il ce que leur légation fût paracbeyée.

« (Jiii fut cause que le lendemain matin 31 aoijl MM. de Morvillicrs cl de Valence, et le siciir de Cheverny furent envoyés vers eu\ pour entendre les raisons desdils sieurs avec lesquels traitèrent par l'espace d'environ trois heures.

u Lt le lendemain premier jour de septembre, lesdils ambassadeurs ont eu audience ii l'iiôtel d'Anjou , oii après avoir été ouïs longtemps, l'évèque a déclaré qu'il n'entendait avoir protesté, sinon que ce qui concernait le fait de sa religion , et non pour les autres articles , suppliant le roi de les autoriser et confirmer. Après, ledit sieur roi ayant vu <|u'ils étaient d'accord leur a dit en français, qui depuis leur a élé interprété par le staroste Zamoyski , qu'il ne désire rien tant que l'amilié et union de ses sujets, et qu'il entretiendrait toujours tout ce qui serait bon pour le bien et l'ulililé du pays, estimant son bien et autorité de lui étaient conjoints ii présent avec le bien dudit pays. Lesdils anibassadcurs se retirant l'on conteuls cl satisfaits de l'Iionuète réponse de leur roi, furent menés promener au jardin dudit liôiel d'Anjou, ei après voir les Huns, ours et autres hétts que le rui fait iiiiurrir.

» Le deuxième jour de septembre, le roi de Pologne attendait l'après-dince les ambassadeurs pour être encore ouis; mais ils <léputèrenl trois d'entre eux ; llerburt, qui prit la parole; Zumoyski et La>ki , qui excusèrent le reste des amb.issadcurs, et apportèrent de leur part un mémoire portant interprétation aux articles qui avaient été par eux baillés; lequel mémoire ensemble d'autres mémoires ils laissèrent et furent mis ès-mains de MM. de Limoges, de Foix, Belièvre et de Pibrac, avocat du roi , pour les voir et traduire du latin en français, à celte lin que le lendemain tout fût lu au roi et ii la reine.

u Et le lendemain troisième jour, le tout fut rapporté par M. de Pibrac , en présence des rois de France, de Pologne, de la reine lucre, les cardinaux de ISourboii, Lorraine et autres du conseil du roi. Sur quoi les conseilldrs allèrent trouver les ambassadeur», qui s'atscmblèrenl chez l'évèque (vonarski. Là ledit mémoire fut lu et fort contesté, tant sur le fait des quatre mille Gascons que le^ambatsadeurs français ont promis, avec le payement pour six mois/|u'ils demandent pour un an entier, de la navigation et armée de mer, du port dfs deniers du revenu du roi de Pologne, avec les promesses et serinent des rois de Franc' et de Pologne, >i laquelle conférence a élé remis par eux ti faire le lendemain réponse.

" Le lendcinain quatrième jour, les ambassadeur» polonais sont venus trouver leur roi ii l'bôlel d'Anjou, sur les trois heures, oii ils sont demeurés jus(|u'a sept heures. Us proteslaicnt de l'obéissance que les Polonais voulaient rendre à leur roi , puisque volontairement ils avaient élu, s'éiaienl soumis, leurs biens, leurs vies et leurs fortunes; mail qu'ils auraient la puissance d'élire un autre roi, au cas

qu'il ne gardât les lois , les statuts et privilèges du pays. Et après , le roi de Pologne lit une longue et très-honnêlc réponse, qu'il ne voudrait qu'il eut aucunement moindre autorité que les autres rois ses prédécesseurs, de laquelle elle ne voudrait abuser, et de conserver les coutumes, privilèges, droits et autorités du pays, ce qu'il espère de leur faire mieux connaître par elïcis que de paroles. Après cela, l'évèque Konarski commença ii requérir qu'il plût an roi enicndreau mariage de dame Anna, infante de Pologne , stnir du feu roi Sigisniond , comme chose qui serait très-ulilc pour le bien du pays.

X Le sixième jour, les ambassadeurs sont venus ii l'hôlel d'Anjou. Le casicllan llerburt suppliant le roi que les confirmations fussent Iiasséesen la forme qui avait élé baillée par eux, sanscpi'il l'ùt aucune chose changée ni immiscée. Knfin quand c est x'cnu à loiuber sur l'article du transport des deniers du roi de l'olojjne, ont insisté précisément qu'il fût promis et assuré par le roi de l'olugne que la somme de -i.SCOOO llorins fût portée ;i certains termes dedans le château de Rrakovie, Mir quoi le roi a fait réponse par sa bouche : n Qu'ils ne " devaienfrlouler qu'il ne portât tout ce qu'il avait en Pologne, que j< puisque lui-même y était, qu'il ne voulait rien avoir (|iii n'y lût '< porté ; mais de s'obliger de le mettre dans le trésor, cl de n'avoir Il point la disposition de que lui appartient, qu'il n'était ]ias raisou- » nabic ; que |iuist|u'il leur avait accordé tous les autres articles, il " les priait de ne plus faire d'instances sur celui-ci , et de s'en fier B j> lui. i> Sur quoi lesdils ambassadeurs se sont levés cl retirés ii un coin de la chambre pour délibérer, et ils déclarèrent qu'ils ne pouxaient aucunement changer ; le roi déclara de sou côté qu'il ne pouvait pas non plus , et on se sépara.

» Le septième jour, les négociations recommencèrent, et le roi de Pologne déclara qu'il était content pour faire connaître auxdils ambassadeurs que sa volonté est de faire porter toute ladite sommé en Pologne, mais qu'il l'aiirail distribuée à son bon plaisir cl volonté. Sur quoi les ambassadeurs répondirent , qu'ils n'entendaient aucunement empêcher que tout ne fiit disposé à la volonté du roi ; que ladite républi(|ue avait longuement été sans lesdites choses, que toutefois avait toujours été grande et florissante, et qu'ils suppliaient le roi de leur donner seulement acte de la remontrance qu'ils avaient faite pour leur décharge envers les élats du pays ; suppliant le roi de s'avancer le |)lutôl qu'il pourrait pour s'y acheminer. Le roi de Pologne lit nue réponse favorable.

" Le mercredi neuvième , les ambassadeurs arrivèrent sur les onze heures. Incontinent après le roi de Pologne s'est assis en une table iju'il a fait mettre au-dessus, et juignant une autre lunnue table uù tous lesdils ambassadeurs se sont assis pour diner, et après lequel ledit sieur roi s'est retiré en la chambre pour traiter et parachever avec eux. Et les quinze articles accordés oui élé au commencement lus ; cl après s'est résolu le fait du serment avec le consentement de l'évèque Konarski, lequel s'est accordé qu'il ferait une proteslatiou en l'Eglise qui lui pût servir de décharge, tant en sa conscience qu'envers le pape. Et après, ledit évêque a demandé réponse sur le fait du mariage. Le roi a répondu qu'il avait entendu beaucoup de grandes vertus et louanges de la princesse de Pologne, Anna , et qu'il élail si proche de s'acheminer au pays qu'il espérait bientôt la voir et connaitre, et après faire tout ce qui serait avisé et résolu |>ar les élats du pays, sans lesquels il n'entend contracter aucun mariage. El après, a été avisé le lendemain d'aller à Notre-Dame de Paris ouïr la messe et là faire le serment, tant par le roi de France que par le roi de Pologne son frère, des ariicles accordés par les ambassadeurs et de l'interprétation faite sur iccux.

)< Le jeudi, 10" septembre, sur les onze heures du malin, le roi elle roi de Pologne, accompagnés du roi de JNavarre et autres princes du sang et seigneurs, sont allés à la grande église de INolre-Uame, et aussi les reines, princesses et daines, cl tous les ambassadeurs, assis en un siège couvert de drap d'or au-dessus de l'oratoire du roi, tout près du grand-aulel , et à côté de l'autel messieurs les cardinaux ; et derrière eux les évêques; et de l'autre part à main gauche, vis-à-vis des ambassadeurs, les chanceliers de France et de Pologne ; et après eux, ceux du conseil du roi ; et à côté de l'autel, à l'endroit gauche, vis-à-vis les cardinaux, les ambassadeurs du pape, d'Espagne , d'Ecosse et de Venise. Et après que la messe a été dite, les rois de France et de Pologne se sont approchés du grand-autel où était Pierre de Gondi, évèque de Paris, qui avait dit la messe, comme se sont aussi approchés les ambassadeurs pour faire le serment convenu et accordé. Et avant que commencer à faire ledit serment, l'évèque Konarski a fait sa protestation audit roi de Pologne, et l'a baillée par écrit au sieur de Cheverny, son chancelier, jtar laquelle il proteste de la nouvelle forme de serment touchant le fait de la religion dont a é.é ordonné par ledit sieur roi qu'il aurait acte. Et après, les rois de France et de Pologne se sont mis à genoux , et le ea.slellan Herburt a pris la forme de serment que le roi de Pologne devait faire, la(iuclle il a lue de mot à mot comme ledit sieur roi en a autant fait de sa part, et l'a ainsi juré sur les Evangiles. Et aju-ès, le roi a lu son autre serment comme faisait aussi le chancelier, lequel roi a fait aussi serment sur lesdils Evangiles d'entretenir de bonne foi ce qui a été accordé par ses ambassadeurs et dc|)uis avec le roi de Pologne, son frère. Et après lesdils sieurs rois, ambassadeurs et tous autres, se sont

HISTOIRE DE POLOGNE

iciiids , le hérault criant en signe de joie et d'allégresse comme on a accoutumé. Et le roi s'en est allédiiierà l'évêché, oii il a mené lesdits :iMil).issadeurs diuer avec lui.

" Le dimanche , l 3" septembre , le tout a été préparé en la grande ^,lll(•(depas perdus) de parle ment du pahiis de justice, pour y présenter PI recevoir le décret de l'élection, ou chacun s'est trouvé sur le midi cjii une heure après. Et parce que c'est un acte qui est si solennel, i|u'il n'est mémoire qu'il s'en soit fait un tel en France , il sera bon lie le décrire.

. La grande salle du palais qui est divisée en deux a cause des piliers : l'un des côtés d'icelle vers la chambre dorée, a été mis tout (Il échafauds par degrés, en façon de théâtre ; l'autre côté a été ressené de sièges des deu\ côtés, et eu haut d'une galerie de bois ; et, :i|i;irochant près de la table de marbre, un échafaud, étant de sept on huit degrés, tout couvert de tapis richement ornés, et trois grands liais, et au-dessus de celui du milieu était le roi assis dans une i!i.iisc; à la main droite, sous un autre dais, près de lui, était la lime sa mère, et au-dessous de la reine, le roi de Pologne, assis I liieun en une chaise. A main gauche, joignant ledit roi de France, éiiit la reine sa femme ; après elle, monsieur le duc, assis seulement dessus une escabelle couverte de toile d'or. Après lui, le roi et la reine de ÎVavarre, dedans deu\ chaises; et au-dessous, uue petite eslabelle plus basse, madame la princesse de Navarre. A côté gauche, traversant jusqu'à un pilier , y avait deux chaises en façon de forme, l'iiii pour les princes du sang, savoir : ^LM. les princes deCondc, de Moiitpciisicr , princesse de la Roche-sur-Yon, de ISemours et de ( iiiise ; et en des échafauds, faits par degrés au-dessus, les dames de l.i eour. Du côté droit du roi, y avait aussi une forme sur laquelle ri lient assis messieurs les cardinaux de Lorraine, Bourbon, de Guise, ei d'Esté. Derrière eux un autre siège, sur lequel étaient assis ceux du conseil du roi, à savoir : MM. de Morvilliers, de Valence, Limoi;es, de Foix, de Roissy et Bellièvre, et derrière ledit siège, étaient assis les archevêques etévêques, et au-dessus, aux échafauds, étaient 1rs ambassadeurs du pape, d'Espagne, d'Ecosse et de Venise. Un autre long siège élevé, où étaient les ambassadeurs polonais, et devant le premier ambassadeur, qui est l'cvèque Konarski, y avait un petit siège à part pour le sieur de Cheverny, et auprès, une petite table couverte de velours cramoisi en broderie avec un oreiller pour y recevoir et asseoir le coffre dedans lequel était le décret de l'élection.

1) De l'autre côté, auprès d'un pilier, un autre petit siège à part, sur lequel était assis le chancelier René de Birague , et plus bas de deux degrés , de grands sièges, depuis ladite table de marbre jusqu'au bas de la salle, sur lesquels six présidents de la cour de parlement, et les conseillers dudit parlement étaient assis ; derrière eux, MM. les recteurs de l'Université de la chambre des comptes, et les autres compagnies en suivant : AL de Guise, comme grand maître, donna ordre à ce qui était nécessaire. Aux pieds du roi était couché le duc du Maine, comme grand chambellan; cl dedans la salle, de dix à douze mille personnes; ladite salle, richement parée de tapisseries, et un fond de lierres et armoiries des rois, reines, et de leurs alliances.

» A l'arrivée des rois et reines susdits , qui a été environ une heure, les trompettes ont commencé à sonner, et depuis les hautbois. Et après que le roi a été Va plus d'une grande demi-heure, les ambassadeurs de Pologne sont arrivés. L'évéque Konarski a commencé à adresser la parole au roi de France, lui faisant entendre que, k sa prière et requête , ils avaient élu un frère pour leur roi , et qu'ils suppliaient trouver bon qu'ils lui présentassent le décret de l'élection; à quoi a été répondu par le chancelier, au nom du roi ; c! après, ledit évêque a adressé la parole au roi de Pologne, lui faisant entendre : « Les Polonais vous ont élu par vos mérites, et ils vous supplient » d'accepter cette élection et de vouloir s'acheminer, pour le bien •I du royaume, le plus tôt que vous pourrez. iNous sommes sûrs que » vous conserverez les deux nations de la Pologne et de la Lilvanie, M et ne violerez jamais leurs anciennes libertés comme vous l'avez )) promis, que vous garderez et défendrez vos peuples envers et » contre tous; et pour ce, que le Moskovite est notre ])roche voisin u et perpétuel ennemi, qui, voyant la Pologne sans chef , pourrait en- » vahir notre pays ; d'autant que c'est le temps auquel il commence u il nous faire la guerre. « Et après, ont présenté ledit décret, qui a été lu par le castellan Hcrburt, accompagnés des caslcllans Tomiçki et Gorka,qui tenaient ks deux bouts du décret, scellé de vingt-six sceaux. Et après la lecture faite, Konarski et Radziwill parlèrent. Après les réponses des chanceliers on a commencé à chanter le Te Deum en musique, et après, le décret qui était dedans un coffre d'argent doré, mis dedans un>; gaine de velours vert et couvert d'un drap d'orfrisé, a été repris sur ladite table et porté par les caslcllans Tomiçki cl Gorka , qui le portèrent sur leurs épaules jusque dedans la Sainte- Chapelle, où l'on a dit vêpres. A la fin, l'artillerie a tiré de toutes parts, tant ii l'arsenal qu'à l'Iiôlel de ville, et la cloche du palais sonna. Le roi a mené souper au Louvre tous Icsdils sieurs ambassadeurs polonais.

" Le lendemain, 14 septembre, le roi de France voulut que son frère fit son entrée dans l'aris. Le nouveau roi de Pologne étant sorti

de Paris , y rentra par le faubourg Saint-Antoine précédé de deux mille hommes de pied et deux cent cinquante maîtres. A la porte de la ville, tout le magistrat en corps lui présenta les clefs, et remontant à cheval, se hâta de marcher avant les membres du parlement, qui étaient tous en robe rouge, et que suix'aieut les gentilshommes de la famille des ambassadeurs polonais. Tous les domestiques des deux rois, les premiers officiers de la couronne, le chancelier luimême portant les sceaux, tous les ministres étrangers venaient ensuite. Le duc de Guise portait le sceptre devant le roi Henri, qui, armé de toutes pièces, marchait sous uu dais, ayant à ses côtés le duc d'Alencou et le roi de Navarre, et après lui les princes du sang et les ambassadeurs de la république de Pologne, accompagnés chacun d'un des premiers seigneurs de l'Etal.

« Cette pompeuse cavalcade se rendit au palais parmi les acclamations d'une foule de citoyens, qui, entraînés les uns par les autres, ne cessaient de faire des vœux pour la prospérité du roi de Pologne. D'espace en espace, on voyait dans les rues des arcs de triomphe ornés de statues , d'emblèmes cl d'inscriptions. Quelques-uns étaient à la gloire de la Pologne, et la plupart représentaient l'union de deux rois. »

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