CHAPITRE IV
Départ du roi Henri de Paris pour la Pologne. — Préoccnpations du nouveau roi sur les portes secrètes du château de Krakovie; ses arrières-pensées. — Arrivée de Henri à Krakovie, et son couronnement. — Il apprend la mort de son frère Ctiarles IX, et se sauve nuitamment pour gagner la France.
Au mois de décembre de la môme année IS73, le nouveau roi de Pologne, Henri !<"', franchit les frontières delà France en pi-cnant la route de Krakovie. Etant encore en Allemagne , Henri dressa son plan de conduite à l'égard de la Pologne; aussi en écrivant ses dispositions secrètes à son confident le sieur de Rambouillet, il lui mandait de Torgau sur l'Elbe, en date du 13 janvier 1574 : « J'ai )> entendu que le bâtiment de mon château de Krakovie est fort com- >i mode pour logis; mais d'autant que le procureur qui en a la charge » ne sait pas quelle est ma coutume de loger et d'approprier les 1) chambres et les cabinets à la façon de France, je vous prie, regar- )) dez à faire dresser et approprier mon logis comme vous savez que » je le désire et que j'ai accoutumé de l'être, montrant cette lettre ij audit procureur, afin qu'il ne fasse point de difliculté de suivre en 11 cela votre avis et l'instruction que vous lui eu baillerez, comme je 11 lui écris par la lettre que je vous envoie. «
Dans une autre lettre toute confidentielle il écrivit : « Je vous prie » de regarder pour mon logis que je sois accommodé à Krakovie tant )) de chambre qu'autres appartements et principalement de cabinets; >i puflr avoir entendu qu'il est commode ledit logis de ces choses-là >i même pour sortir et entrer, ;i ce que j'ai entendu dans la ville, )i sans que l'on le vil. A ous savez l'envie qu'a en cela la reine ma )) mère; j'en suis de même. Mais faites-le si dexttement, qu'ils ne j) connaissent que ce soit pour cela. Je vous eu écris une lettre que » vous montrerez au procureur, non celle-ci. n
Voilà les préoccupations du nouveau roi élu! Nous allons voir bientôt à quoi les portes secrètes serviront à Henri et à ses confidents français!
En passant par Posen, Henri arriva à Krakovie le 18 février I ttli, cl le 21 du même mois on fit la cérémonie du couronnement. Au lieu d'étudier l'esprit et les habitudes du pays sur lequel il devait régner, au lieu de rester fidèle aux serments qu'il avait prêtés , Henri et ses faxoris français persiflaient les usages et les coutumes des Polonais, et passaient avec leur maître leurs jours en festins, bals et débauches. Au milieu d'un mècouientement mutuel qui augmentait chaque jour, et à peine dans le cinquième mois de son règne, le roi apprit secrètement la mort de son frère Charles IX, arrivée au château de Vincjnnes le 30 mai 1574; dès lors il n'eut d'autre pensée que de rentrer le plus tôt possible en France.
Comme Henri ne pouvait point quitter le royaume sans le consentement de la noblesse polonaise réunie en assemblée, il préféra se sauver nuitamment de Krakovie. « Le dessein de Henri, dit un écri- » vain français, élail de s'enfuir secrèlement et le plus tôt qu'il lui u serait possible. Jamais prince n'avait donné une pareille scène à u l'univers. La nécessité même pouvait ;i peine en effacer le blâme. U » fixa son départ à la nuit du 1 8 juin I 574, et s'occupa il'abord à dis- » poser des relais sur la route qu'il avait résolu de prendre. «
Le jour de son départ, le roi donna un festin suivi d'un grand bal à la sœur du feu roi Sii-ismond -Auguste, et quand tout dormiit après la fatigue et la danse, Souvray et Larchant, capitaines des gardes, emmenèrent Henri, et l'ayant (ait sortir par une porte secrète, le conduisirent à pied jus(|u'à une chapelle oii des domestiques affidés l'attendaient avec des chevaux. Monté sur un cheval bien dressé, le roi gagna au plus vite la frontière autrichienne.
Grande fut l'alarme de la cour et de la ville à la disparition du roi à qui les Polonais avaient offert le sceptre. On alla à sa poursuite, mais il était déjà sur le territoire étranger. En passant par Vienne,
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IIISIOIRE l)F. POLOGNE.
A enis^ et Lyon, il arriva à Paris et succéda h son frère Charles IX sous le nom de Henri Jll.
Le 10 septembre 137 4, la noblesse réunie à \Varsovie décida que si le roi ne revenait pas en Pologne pour le I 2 mai i 675, on procéderait il l'éieclion d'un nouveau roi. Ce décret fut envoyé à Henri , qui promit de se présenter avant même l'expiration duterme assifiié ; mais les troubles qui éclatèrent en France à son arrivée le mirent en défaut ; son ambassadeur arriva aussi trop lard cl sans argent, de manière que le 16 juillet la l'oloijne se délia de ses serments envers Henri; le 3 octobre le trône l'ut déclaré vacant, et le primat convoqua une nouvelle diète d'élection pour le 4 novembre )576,
Souvray et Larcliant. ses capitaines des gardes ; mais du nombre des fuyards étaient aussi René de ViJIequier, Caylus , Bcauvais-Nanris l.iancourt et de Pibrac. Or ceux-là s'égarèrent à cause de l'obscunlé de la nuit; mais ce fut (,uy du Faur, seigneur de Pibrac, qui subit I aventure la plus désagréable du monde. Voici comme en parle Cliarles Pasclial, auteur latin de la l/> de Piihrar, écrite eu l.'.Si et traduite eu français par Cuy du Faur, seigneur d'IIcrmav : nous conservons le style naïf de l'époque.
« Le bien dire que plusieurs affectent tant, cl qu'ils acquièrent par étude et travail, lui était c ne propre et naturel. Que l'anliriuilé
Honn de Valois, roi de Pologne et de Fronce (1551 fi 689).