‹ Histoire de la Guerre d'OrientChapitre 137 sur 235 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Impressions fâcheuses parmi les Polonais sur la fuite de Henri. — Il gagne heureusement la Franre, mais l'un de ses confidents, M. de Pibrac, séirare. — Aventure» et malheurs de Pibrac en Pologne; son arrivée en France; son nouveau départ pour la Pologne; ses nouvelles aventures près Montbeillard ; son arrivée en Pologne , et ses insuccès pour conserver le trône à Henri. — Mort de Henri assassiné par Jacques Clément.

Le règne court et éphémère de Henri en Pologne ne pouvait rien laisser de remarquable, mais nous ne devons pas priver nos lecteurs des aventures étranges qui accompagnèrent la fuite du roi et les malheurs par lesquels passa un de ses confidents intimes, le sieur de i'ibrac, lors de sa fuite et quand il revint de nouveau en Pologne pour supplier les Polonais de ne pas déposer Henri du tronc de' ce p3ys. D'ailleurs, dans cette histoire populaire notre but est d'instruire et d'amuser, il il nous a semblé que nous atteindrions ce but en donnant des extraits vrais et naïfs d'un auteur contemporain.

IVous avons déjà dit que Henri , lors de sa sortie secrète du château de Krakovie, dans la nuit du 18 juin 1574, fut accompagné par

aille maintenant chanter ses éloges ampoulés en l'honneur de son Orphée, de son Nestor ou de son Ulysse, lesquels ont été si hautement loués par les Grecs, que leur vanité en est ennuyeuse à tout le monde. Pour moi, je ne ferai cas que d'un Pybrac, non pas pour avoir amolli par son chant les rochers et attiré a soi les forêts, mai»

Pour avoir surpassé par son esprit divin Tous les autres mortels , ainsi que le matin , Quand Phœbus est levé , nous voyons les étoiles Sans lueur se cacher dessous leurs sombres voiles.

» Par telles vertus il s'acquit le crédit et aulorilé dans le royaume qu'il avait mérité. Il n'en fut pas pour cela plus glorieux; on ne le vit jamais abuser de la faveur ni s'attacher <t son intérêt particulier. Au contraire, recherchant les occasions de bien faire ii un chacun, il s'étudiait toujours d'avancer les gens de mérite qui avaient bien servi le roi , prenait grande compassion du pauvre peuple, rendait universellement il ccii\ qui l'en requéraient tous les bous offices qu'il pou- \ ail, avec un merveilleux soin et avec une certaine grâce et douceur qui le faisaient aimer et bien vouloir de tout le monde.

u Pour s'être comporté de la façon, et s'être rendu officieux au

HISTOIRE DE POLOGNE

uns cl auUes , il en remporta au moins cet avantage que, n'étant auparavant connu que de quelques principaux seigneurs par réputation , il le fut par après de tous par ses dcportenients. Celte douceur et abord gracieux qui lui ctaicnt propres laissa dans les affeclions d'un chacun un amour et une bienveillance universelle en son endroit , de façon qu'il n'j eut si petit, quand il eût le cceur d'acier, qui n'aimât comme à l'envi celui qui les avait tous aimés.

» Celte rare et insigne vertu expérimentée en tant d'occasions signalées s'exerçait parmi cette diversité d'affaires, lorsque les destins rappelant le roi de France, il en fallut parler et délibérer secrètement; car comme la nouvelle fut venue en Pologne de la mort du

aussi bien avait-il couru un bruit en France que le roi était arrêté en Pologne , et qu'on ne pouvait donner de raisons assez fortes aux Polonais pour leur faire trouver bon le retour du roi en France, et que, quand même ils y conscntiraicnl, les formes du pays et l'ordre du royaume de Pologne voulaient plus d'un an devant qu'on pût terminer cette affaire ; que, comme ce retardement pouvait être profitable aux Polonais, il no serait pas moins agréable à ceu\ qui ne demandaient des nouveautés en France, Irès-dommagcable au roi etpréjudiciable au nom français ; que si une fois les enueniis du roi se voyaient déchus de cette espérance, toutes choses se rendraient faciles à Sa Majesté ; car la paix étant assurée en France, qui serait celui si mal

Ktienne de Somlio Batory, roi de Pologne (<533-il580).

roi Charles IX, on ne savait que trop combien les afiaires de France étaient en mauvais état, ii cause des factions et divisions des grands, des différentes volontés et inclinations des peuples, et de la guerre civile nourrie et fomentée dans ses entrailles, allumée depuis tant de temps en un si beau et si grand royaume, et dont le remède ne se pouvait attendre d'autre part que de la présence du roi.

)i Partant, l'affaire ayant été mise sur le tapis , agitée de part et d'autre entre les principaux et plus confidents serviteurs de Sa Majesté, chacun trouva bon l'avis qu'il avait le premier proposé, qui était tel :

» Que, sans avoir égard à tout ce qu'on pourrait dire, tout de même que les amitiés et affections particulières et la nature enseignent de préférer toujours les personnes qui touchent de plus près, aussi que la France , comme plus proche , le devrait emporter sur la Pologne, et qu'il fallait courir ii celle qui lui tcnilait les bras.

u Qu'en ce point seul consistait le salut de l'Etat et l'autorité du roi , si une fois les Français apprenaient que le roi fût hors de la Pologne ; que cette nouvelle était de telle importance qu'elle serait suffisante pour divertir et dissiper toutes les pratiques et menées en quelque part que ce fiU (si d'aventure il s'en faisait quelqu'une) ; car

avisé qui osât ou pût troubler la Pologne? ou, d'autre part, la France une fois travaillée et perdue, qui ne voyait que la Pologne serait en grand branle? que, par ce conseil, l'autorité du roi s'affermirait et "se conserverait en l'un et l'autre royaume ; que les Polonais n'auraient aucune ocxasion de se plaindre avec raison, s'ils connaissaient une fois ce qui était de leur bien, desquels l'intérêt était principalement de ne pas changer si souvent de rois ; qu'il les (allait rendre capables de ces raisons-là, et travailler sfulement i> faire

blâmer) serait un sujet pour l'inciter de prendre un soin plus (larliculicr du royaume; finalement, qu'il donnerait ordre, par l'avis même des Polonais, que l'Etal de Pologne ne recevrait aucun dommage; que sitôt (pi'on serait arrivé en France, voire même en Italie, le roi enverrait des ambassadeurs en Pologne pour excuser la nécessité de son départ si subit et offrir aux Polonais les bonnes et honnêtes conditions pour l'administration et gouvernement du royaume ; partant, qu'il n'y avait plus de moyen de retarder; que tmit consistait

IIISTOIUE DE l'OLOCxNE,

à tenir l'aftaire secrète et y aiipoilcr ilc la dilijjencc; qu'il n'était plus temps de dilibcrcr lorsiju'il t'Iait (|iicslioii il'ext'cuter, parce que ce qui s'eiiliii>ri'ijait l'iait île telle conilition (m'il ne pouvait être approuvi' ni trouvé bon s'il n'était eiilii'icnieut paraclievé.

i; tiliaïuii lut lie cet avis; aussi ne larda-t-ou pas davantage : car, le jour pris pour le voyage, le roi sortit de Krakovie la nuit, lorsque tout est plus coi et lran(|uille , avec bien peu des siens; le jour ensuivant arriva aux conliiis de Moravie.

j) >I. de Pyltrac, qui était pnrli quelques heures auparavant, attendait le roi près d'une certaine chapelle ruinée assez proche du chemin. Ce lieu avait été donne pour reudei-vous par ceux que Sa Majesté avait euiployés en cette «flaire, et auxquels elle avait conlié la conduite de 1 entreprise.

» Etant lii eu telle obscurité qu'on ne voyait i;outtc quelconque (pour ce qu'il ne faisait point de iune), mettant l'oreille contre terre, il ouït un bruit de chevaux venant au (jrand trot à travers champs, qui lui lit croire que ce serait le roi (comme en efl'ct ce l'était) qui s'en allait droit son chemin. 11 remonte i< l'heure même à cheval , et en toute diligence se met, lui troisième, ii suivre le roi de loin. Ils avaient déjii fait beaucoup de cheuiin lorsqu'il ouït le bruit de quelque houiine à cheval qui les suivait; celui-ci était Polonais, et ))arcc que M. de Pybrac craignait qu'élaul suivi d'une troupe d'autres gens il n'entreprit de faire quelque méchant lourfcomuic en un tel temps, en un tel lieu ou l'eût estimé une brave action!, il commanda ii l'un des deux qui l'accompagnaient, lequel élait armé et monté sur un bon et vite cheval, de se tenir derrière pour empêcher que celui-ci ne pût s'avancer |iendant qu'il gagnerait pays avec celui qui lui restait pour compagnon; ainsi il continue son chemin.

)> il pouvait être environ le point du jour, lorsque par malheur, se fourvoyant de son chemin, il prit à main gauche au lieu de tourner à main droite, et se trouva dans des landes et marécages, oii (comme d'une vitesse incroyable la nouvelle du parlement du roi fût déjà parvenue) quelques paysans, ayant aperçu M. de Pybrac, firent une huée, et grands cris et voix couiniencèrent ii appeler le voisinage; ceux-ci aussitôt , prenant les premières armes qu'ils rencontrèrent , accourent pêle-mêle de toutes parts, et se rendent au lieu d'oii venait la voix, sans savoir pourquoi ils y vont, et encore tout hors d'haleine s'inquiètent de ce que c'est; les uns répondent qu'ils ont vu des Français se cacher en ces lieux-l.i ; quelques autres, à tout hasard, assuraient avoir vu le roi, les autres s'en imaginaient quelque autre. Bref, en moins de rien s'élant ramassée une troupe de i;;ens rudes et barbares, ils se ruent avec impétuosité sur lui et sur son compagnon , lequel d'abord ils assomment.

» M, de Pybrac, ayant vu devant ses yeux un tel spectacle, abandonne son cheval (duquel aussi bien il ne se pouvait aider en ces lieux fangeux et pleins de broussailles); il se cache du commencement dans le plus épais du bois pour se sauver de la fureur de ceux qui le poursuivaient; puis aussitôt, pendant qu'ils courent et broussent par la forêt, ne laissant ni l)uisson ni endroit, pour peu couvert qu'il fi'it de feuillages, qu'avec leurs |iiques el gaules ils ne battent et ne revisitent, ni plus ni moins (]ue s'ils eussent poursuivi quelque bête sauvage, il se jette dans une mare toute proche de là, et se caclie dans l'eau jusqu'aux épaules. Etant là , environné et couvert de roseaux it de joncs, il se tenait coi, quand ces rustimls, soupçonnant qui) était (l.ins cette mare , après avoir bouché tous les passages par oii il se pouvait sauver, cl s'être emparés de la chaussée et garni son avenue de force gens, en même temps à grands traits d'arbalètes, d'arcs et de frondes tirent leurs flèches, leurs javelots et leurs pierres (sans regarder ii quoi ils visent), tous ensemble pour en oDenser un seul.

u M. de Pybrac n'oyait pas seulement la furie et 1 arbarie de ces gens-là , mais la voyait , et plusieurs fois se plongea dans cette eau sale et limoneuse pour n'être en butte aux coups qu'on lui tirait II demeura bien quinze heures en ces angoisses et dans le fort du péril, quand , la nuit venue, ces paysans, harassés d'avoir été si longtemps s.ir pied, et las de tant crier et tirer après lui, se retirèrent petit à petit dans leurs chaumières.

ji Comme M. de Pybrac vit toutes ces choses en silence et en assurance, enhn il se retire de ce paluz si bourbeux qu'il y laissa ses hottes et SCS bas de chausses (vous eussiez dil que ce lieu voulait cela comme pour gage et pour récompense de la vie qu'il lui avait conservée;. Ainsi la tête découverte, les pieds et jambes nus, il se remet à travers des bois, des é)>ines cl des roni-fs, passant par des lieux affreux et horribles, niarclic tout seul durant le silence de la nuit, qui lui redoublait jiarfois faussement et parfois trop véritablement ses craintes et frayeurs, n'ayant que le ciel seul pour témoin d'une solitude si épouvantable où il se fourvoyait. A peine sorti des mains des hommes et presque tombé dans la gueule îles bêtes sauvages, ne connaissant et discernant IfS régions de la terre que par la seule lueur des étoiles, il s'achemine comme il peut par des lieux écartés el raboteux vers l'occident, où il savait qu'était la France.

« l,r jour commençant à poindre, il arrive à une rivière (la Skaxva) fort rapide ilont il ne peut pour tout reconnaître le gué. Ce fut là, où, élevant les yeux au ciel, les mains jointes, les yeux baignés de larmes, il commença à implorer le secours d'en haut, et quant à

quant s'appuyant sur une branche qu'il avait arrachée d'un arbre, il se mit à la merci du courant; mais comme il ne ])ou\'ait assurer ses pas au travers des cailloux Ions moussus et glissants, étant par deux fois renversé de l'impétuosité du torrent, et pour la troisième fois quasi abîmé dans les goulVrcs et tourneboulé dans les ondes, s'en allait à vau l'eau, lor.s(]ue prenant courage et se bandant ferme sur celle branche, et même se relevant avec elïort , il se trouva, par la seule assistance et grâce de Dieu, échappé de ce fleuve qui n'était pas guéahie et passé heureusement à l'autre bord.

» De là , comme le soleil fut levé, cl qu'il eut séché ses habits tout mouillés, ayant mesuré de ses pieds l'étendue d'une longue campagne, il aperçoit enfin une petite cabane, à laquelle il va droit. Là étaient quelques bouviers, et telle sorte de gens rudes cl grossiers, qui, voyant cet homme à demi nu, jugèrent facileiucnt à sa façon (parce que aussi il ne parlait point la langue polonaise) qu'il devait être Français. Du coinmenceincnl ils ne firent que rire de son malheur et de s'être ainsi fourvoyé ; puis, ne pouvant contenir leurs mains, lui firent assez mauvais traitement; enfin, comme sa patience et son silence les eussent échaiilïés et irrités, peu s'en fallut qu'ils ne lui défigurassent le visage, quand par le moyen d'une pauvre vieille qui survint, il fut délivré de la barbarie de ces pâtres et renfermé au plus haut étage de la cabane. Cette bonne vieille, émue de compassion, présenta à cet homme las et recru du travail (pour la peine qu'il avait eue à échapper à tant de dangers) ce qu'elle avait de meilleur el de plus délicieux, comme vous pourriez dire du pain de seigle et de la bière , de laquelle il rafraîchit et arrosa sa gorge si sèche et brûlante de soif, et comme collée de l'anlcur du chaud, qu'à peine pouvait-il desserrer les lèvres.

11 Comme après cela i\I. de Pybrac eut un peu reposé (et non pas beaucoup toutefois pour une telle lassitude), et qu'il sentit ces gens' endormis, il sort de cette loijclte sur le minuit sans soiinpr mot, et, à la faveur de la nuit se voyant échappé, commence son chemin à toute aventure. Par bonne fortune, sortant le malin de la forêt, il s'égarait et allait à travers champs, quand, apercevant un carrosse, il y accourt en diligence.

Il Le maître de carrosse, voyant de loin un homme venir droit îi lui, cominande au carrossier d'arrêter. Aussitôt ayant reconnu que c'était M. de Pybrac, plaignant le misérable état où il voyait un tel personnage, el détestant la mauvaise fortune de son ami, le met en son carrosse.

11 Ce seigneur avait nom Stanislas Sendïixvoy deCzarnkow, référendaire du royaume de Pologne (personnage de qualité, plein de courtoisie et intime ami du sieur de Pybrac, qui lui fut toujours hdèlc nu besoin), lequel s'en allait en diligence sur la frontière du royaume, où s'étaient pareillement rendus quelques sénateurs pour la nouveauté du cas, el pour l'étonnemcnt et diverses volontés et alïections des uns el des autres.

11 Comme ils furent arrivés, et que M. de Pybrac eut ouï dire que le roi était parvenu sain et sauf en ^loravie, oubliant tous les travaux passés, il se mil à pleurer de joie. Mais comme venant à descendre de carrosse, il fut jiar malheur reconnu de (|ucl(|ues-nns qui se trouvèrent là présents, voilà à l'heure même un bruit qui se soulève parmi tout ce qui élait là de peuple, qn: hii lït jiigu' (ju'il n'y avait point d'autre remède à tant de maux que le présent péril oii il se trouvait , et qu'il n'avait échappé à la barbarie de ces iiàtres que ])Our être exposé à l'incléinencc cl nouvelle haine de quelques sénateurs ; car, tous furieux, l'ayant fait ajipeler, commeiiccnt à lui user de menaces, pensant l'intimider, lui disent qu'il n'avait pas Irailé avec eux de bonne foi ni en homme de bien , qu'il avait été l'auteur de ce conseil (|ue le roi avait écouté et reçu avec tant d'ardeur.

11 Une Sa Majesté, sans dire adieu au sénat, ayant méprisé les seigneurs cl tous les ordres du royaume (desquels elle avait été chérie et honorée par-dessus tous les hommes du monde), elle aurait mis en grand danger sa personne, le royaume de Pologne en de grands troubles, et en toute façon fait grand préjudice ii sa réputation; et pourtant qu'il avisât aux moyens de défendre sa cause à Krakovie, où l'on s'allait remencr, et où il recevrait (comme l'auteur d'une telle faille) la peine enduc à ces démérites.

11 A cela M. de Pybrac (qui ne se sentait en aucune façon coupable) répondit, non ])oint un visage élonné ni avec une voix tremblante, mais assurée d'une conscience nette, et comme s'il eût été le juge liar-devant qui ces messieurs eussent plaidé leur cause, purgeant la réputation de son roi de la calomnie, et sauvant sa vie de la fureur, leur prononça un discours superbe.

11 La grande assurance cl résolution de ce discours détourna le péril (où sans doute il était, s'il eût témoigné quelque limidilé); car CCS sénateurs, tous étonnés, et tout ce peuple (lui de fortune s'était là rencontré un peu auparavant, étaient devenus tout autres, de façon que ceux qu'on avait vus transportés de fureur et de rage furent adoucis par le repentir, el, se levant de leurs sièges, supplient M. de l'yhrac et le conjurent de ne se pas souvenir de ce que l'ennui de l'absence de leur prince cl l'amour de la patrie leur a fait dire; mais que, de même qu'il a toujours été reconnu pour fort affectionné à l'Etat, il veuille ci-après leur rendre auprès du roi tous les bons offices qu'il pourra, en entreprenant la protection et défense de tout

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le royaume près de Sa Majesté, et de ce pas le font retirer en caclictte.

)( AI. de Pybrac continua son voyage dans le même carrosse dans lequel il était venu avec le seigneur Czarnkowski , et atteignit le roi il Vienne en Autrielie chez l'empereur Maximilien. Du depuis en tout ce long voyage d'Allemsgne et d'Italie, et jusqu'à ce que le roi fût nrrivé en France (oii il était tant souhaité et ;aicndu), il n'y en eut point (le plus assidu ni qui lût plus volontiers vu ni admis au cabinet el au.\ allaires, ou qui lût plus souvent appric aux plus étroits et plus ini portants conseils que lui. Les princes d'Allemagne et d'Italie n'admiraient rien tant en toute la cour du roi que i\l. de Pylirac, à qui les danp,ers et les périls tout récents, et dont il venait d'échapper, n'apportèrent pas peu de gloire et de réputation.

)) Au surplus, bleu qu'en tout ce voyage de Pologne il ne manquât pas d'occ upation, et que les affaires allaient de jour en jour croissant p;ir une entresuile et liaison des unes aux autres, comme cliainons qui s'entretiennent (et que difticilemcnt arrivc-t-il qu'un homme qui i-sl beaucoup employé puisse bien taire quelque autre chose), toutefois il avait cela de propre que, trouvant toujours (je ne sais comment) quelque lieu retiré au beau milieu de la foule, il caressait les Muses tout ainsi que s'il eût été dans les bois ii l'écart.

)j (/est là qu'il commença à composer ces qualrins, qui contiennent une sorte de doctrine utile et nécessaire (voire (|ue l'on peut dire être seule nécessaire à toutes sortes de personnes), en quoi il n'y a rien d'écrit obscurément, rien de couvert ou de caché sous le voile de quelques vieilles fables, mais tous préceptes de piété el de justice enseignés en termes propres et significatifs; \in vers plus abondant en substance qu'en paroles, tout parsemé de l'or et pureté de sagesse, admirable pour plusieurs respects, ou parce qu'il enseigne ou qu'il encourage, ou parce qu'il reprend le vice et qu'il loue la vertu; un ]iocme à la vérité rare et excellent, et sur lequel la rouille ni le temps ne trouveront que mordre, et que l'âge ne consommera jamais, (luvre qu'il a laissée au monde comme un témoignage irréprochable de ses moeurs et de son esprit ; car il n'a pas dit d'un et pensé d'autre, ni fait le contraire de ce qu'il a écrit; son âme conduisait sa main, son esprit commandait à sa langue, et sa conscience s'est toujours accordée avec sa vie.

>i Le roi, qui le connaissait très-bien, ne s'arrèlant pas tant à la réputation comme à la vérité, ni tant à ce que les autres estimaient comme à la créance qu'il en avait conçue de longtemps (pesant à la balance de son royal jugement les mœurs et actions des hommes), faisait telle estime de M. de Pybrac, comme de celui dont l'Etat recevait journellement de grands et signalés services, et le tenait en ce rang auquel un chacun tient celui à qui il ouvre son coeur el découvre ses plus secrètes pensées : qui me fait moins étonner si Sa Majesté eut de la peine à consentir qu'un tel homme s'éloignât d'elle, combien que les affaires el la nécessité du temps le requissent de la sorte; car, presque aussitôt que le roi fut parti de la Pologne, les seigneurs du royaume dépèchèreul une ambassade en France, par laquelle ils protestaient que comme sans le chef les membres désunis ne peuvent subsister, de même ils ne savaient que trop à leurs dépens, cl par les maux qu'ils avaient souûerls, combien la longue absence de Sa majesté était préjudiciable à l'Etal; parlant, lui faisaient leurs supplications comme ils s'y sentaient obligés selon la nécessité des affaires, qui contenaient à peu près ce qui s'ensuit :

ji Qu'il ])liil à Sa Majesté se rendre dans le l2 de mai en un bouip de la l'ologne appelé Stenzyça, afin que là, par son autorité el par un commun consentement des Etals, on pût remédier aux maux publics qui allaient de jour en jour croissant, et éviter ceux qui les semblaient menacer; que si cela ne se faisait, ils ap|ielaient Dieu cl leshonimesà témoin que, de cette heure-là, ils rentraient en la même liberté qu'ils étaient lorsqu'ils 1 élurent pour leur roi (c'est-à-dire personnes libres, au pouvoir de qui serait de faire élection d'un autre).

>i Pour toute réponse le roi ne leur dit autre chose, sinon qu'il était engagé et attaché aux guerres de la l-'rance; qu'il ne pouvait parler encore assurément du temps de son retour en Pologne, mais qu'il y enverrait ses ambassadeurs, personnes de qualité et de mérite, qui se trouveraient à l'assemblée à jour nommé pour y donner le même ordre aux affaires du pays, et pareil contentement aux seigneurs et ordres du royaume (ou peu s'en faudrait) qu'il eût pu donner luimême s'il y était en personne.

» Cette ambassade fut donnée, quelque temps après, ;i messire Hoger de Rellegarde, maréchal de France, cl à notre Pybrac. M. de Bellfgarde prend son chemin par l'Italie, pour traiter et négocier en passant quelques affaires importantes et concernant sa légation.

» Pour M. de Pybrac, il eut commandement de s'en aller par l'Allemagne et tirer droit en Pologne. 11 avait déjà fait du chemin cl était arrivé aux confins de l'Allciiuigiie, comme il lui survint un accident fâcheux et inopiné. (Vous diriez qu'exprès ce personnage avait eu alTaire tant de fois avec la mauvaise fortune, pour faire voir comme il savait rabattre ses coups par son courage.) Li" péril ne l'élonuail point; il ne se laissait point abattre par les adversités, mais demeurait immobile el invincible; et bien que toutes ces choses lui fussent, en les expérimentant, grandement difficiles ;i supporter, fâcheuses et

déplaisantes à ses amis, toutes et quantes fois qu'ils viennent à y penser, et à moi, qui vous raconte les aventures étianges qu'a couru un tant excellent homme, si sensibles que quasi d'horreur les cheveux m'en dressent à la tète, toulelViis, pour ne rien laisser de ce qui pourrait servir de lustre à sa gloire (parce qu'en nulles occasions les hommes ne peuvent faire preuve de leur courage ni se signaler davantage que dans les rencontres hasardeuses et douteuses), écoutez, je vous supplie, encore celle-ci.

» ÎNotre Pybrac était arrivé à Montbeillard, dernière ville de la Bourgogne, limitrophe de l'Allemagne; il y avait là tnule sorte de gens ramassés; même s'y étaient retirés force voleurs, à cause des troubles qui étaient en France, el à cause des édits nouvellement publiés contre ceux de la religion prétendue réformée. Une troupe de ces larrons firent complot de voler le sieur de Pybrac, qui avait le bruit de porter quant et soi deux cent mttle écus, que le roi envoyait en Pologne, pour payer la gendarmerie de la Lilvanie de leurs appointements, el pour quelques autres afl'aires de la Pologne. Ces brigands, béant après la proie, séparèrent leurs troupes de çà de là par les lieui oii il fallait de nécessité qu'il passât (comme ils avaient appris des espions envoyés pour découvrir quelle roule il prenait). Ils se disposent de telle façon et d'un tel ordre, que, de quelque côté qu'il voulût prendre son chemin, il ne leur pouvait échapper. C'est un grand fait de dire que même les idus méchants desseins ne peuvent pas succéder heureusement, si l'on n'y observe quelque ordre et discipline.

» M. de Pybrac n'était pas presque hors des faubourgs, et à peine avait-il fait demi-lieue française (sans se douter en façon du monde de ce qui lui devait arriver) , que voici qu'on commence à découvrir premièrement quelque trente hommes de cheval courant à toute bride après lui, et quasi bien autant de gens de pied qu'un chacun d'eux portail en croupe; puis en même temps on voit sortir de la forêt une autre troupe encore plus grande. Une partie environne le carrosse dans lequel il était , une autre partie attaque ses gens , el se rue sur ceux qui l'accomp.ignaient en son voyage, fort peu préparés au combat, el (comme vous pouvez penser) fort peu prêts à soutenir cet assaut. Tous les lieux d'alentour retentissent de voix eflroyables et de menaces cruelles. Il n'y a celui d'entre eux qui ne se voie à deux doigts de sa mort. Les capitaines de ces bandoliers crient principalement à Pybrac, le menacent, lui portent la dague à la gorge et le pistolet à la tête.

11 Pour dire vrai, il fut d'abord un peu effrayé; mais ayant repris ses esprits (qui reviennent même aux plus épouvantés, lorsqu'il y va de la vie), commença à dire qu'il s'émerveillait de la façon de laquelle ils étaient veiius à une personne qui ne leur avait jamais fait de tort. Après cela, comme la rage el la fureur s'allaient augmentant, el qu'il eut reconnu que ce n'étaient pas tant soldats huguenots (dout il avait eu quelque soupçon du commencement) que d'insignes voleurs, il leur parla avec plus de douceur, el les pria de lui laisser la vie (ayant offert le prix de sa rançon , le plus présent remède à la fureur), laquelle il obtint de la sorte qu'eux, qui ne pouvaient bonnement s'accorder en leurs opinions, consentirent, non qu'on lui donnât la vie, mais qu'on différât sa mort jusqu'à ce qu'on eut appris de lui ce qu'on en voulait savoir. Ils lui commandent de descendre de carrosse, de monter à cheval et de les suivre.

)) Cependant les uns lui demandaient qu'il eût à montrer ce paquet qu'il portail en Allemagne pour y faire des levées de gens de guerre (quoique en apparence on voulût faire croire qu'il les portait en Pologne); les autres fouillent dans les carrosses, brisent, pillent, dérobent, emportent l'argent qu'ils trouvent (comme vous pourrez dire ce qu'il fallait pour là dépense du voyage, le service de vaisselle d'argent, el tout ce qu'il y avait de meilleurs meubles), ouvrent à grands coups de couleaux et de dagues les valises et les malles, jettent ce qui ne valait pas la peine de s'cm]iorter, el ce qu'ils trouvent de bon en chargent en partie sur le dos de huit chevaux de carrosse qu'il y avait, et'unc partie sur les épaules de leurs gens de pied.

» Ceux qui avaient eu la commission de faire le carnage tuèrent d'.ibord deux des gens du sieur de Pybrac, et se préparaient à n'en faire pas moins aux autres, quand, enviant la condition de ceux qui faisaient le vol (de peur aussi que tout le profit de la peine qu'ils prenaient ne fût pour d'autres), quiltenl la prise, et vont prendre leur part du pillage, f^omme ils se virent les mains pleines du butin, après que cette première impétuosité et fureur fui un peu rassise, laissèrent (avec regret néanmoins) la vie à tous ceux de la suite du sieur de Pybrac.

» Pour sa personne , ils l'emmenèrent dans la forêt, afin qu'il ne fût pas tué à la chaude, mais pour lui faire endurer devant la mort des ignominies et opprobres plus sensibles mille fois que la mort même. Ainsi, après avoir bien tourné et promené ce personnage d'honneur par des sentiers délournés, lanlôl de çà, tantôt de là, depuis le midi jusqu'à la minuit , toujours assailli d'extrêmes frayeurs, ils l'emmènent enfin en un certain village. Arrivés qu'ils y sont (comme les pnysans étaient déjà avertis, par le gouverneur du château du Montbeillard, de la prise de l'ambassadeur de France et du malheur qui lui était survenu, car il avait passé par là avec quelques gens de cheval sans les avoir pu rencontrer), on court de tous côtés

mSTOlHE DE POLOGNE.

aiii armts. et se met-on aii\ avenues. Sitôt que l'on sut qu'ils étaient la, on ne les laissa pas lonfitemps en repos; car comme ils commençaient a Illettré ordre pour le logement et d'eux et de leurs cUevaui, iivant oui le hruil. et soupçonnant qu'on leur en voulait (comme c'était la vtriicl. et que de toutes parts on venait à eux, recommencent de nouveau a menacer M. de Pybrac, et lui dire résolument que si le moindre d'entre eux reçoit aucun déplaisir, sans plus tarder ils le feront mourir, et qu'il s'en assure. Ainsi, ceux qui accouraient pour le sauver l'engagent davantage dans le péril.

.- Cependant ces brigands ne s'eiulornient pas; c'est à qui sortira le premier sou cheval de l'élable; les uns courent aux armes, les autres s'en vont aux avenues du village pour prévenir le danger, oit ils assommèrent nn pauvre liomme sorti à la mal'lieure de sa maison ; ils emmènent M. de Pybrac quand et eux par des lieux égarés et couverts, lui donnant à chaque bout de champ de nouvelles frayeurs et appréhensions de la mort.

» Lui qui, le jour précédent, par la douceur de son parler et par cette grâce et majesté qu'il avait naturellement dans le xisage, axait commencé à gagner Brisach (ainsi se nommait le capitaine de ces voleurs), continua, toutes choses étant presque désespérées, encore ce jour-lii , et lui succéda heureusement; car la fureur de ce brigand commença à se refroidir tellement, que celui qui avait été le plus porté à la mort du sieur de Pybrac, ce fut celui qu'il trouva le plus disposé à lui sauver la vie.

» Sitôt que le soleil fut levé, ces xoleurs, voyant bien qu'on les envelopperait facilement s'ils allaient toujours en troupe, s'avisent (ayant fait auparavant demeurer le sieur de Pybrac Un peu derrière) de descendre en un pç tit vallon renfermé, sans toutefois s'éloigner beaucoup, pour part:ii;er entre eux le butin, et consultent par même moyen et mettent en délibération ce qu'ils feront du sieur de Pybrac. Plusieurs étaient d'avis de le poignarder. Brisach (qui avait bien plus de crédit pour en commander l'exécution que pour en empêcher la résolution], ayant été présenta la délibération, s'approche en diligence de M. de Pybrac, et, lui donnant un petit coup d'une houssine qu'il tenait ii la main, lui dit : •< Sauve-toi oii tu voudras, et te souviens <> que tu tiens aujourd'hui la vie de moi 1 u

" Ainsi délivré contre toute espérance d'un péril si présent , s'en retourna à Moulbeillard .sans être ni en furie ou colère, ni aucunement changé de vis:>ge, pour tant de maux qu'il venait de souffrir, mais avec cette même grâce et contenance qu'il voulait avoir, si bien qu'il n'avait besoin d'aucune consolation, mais laissait dans les esprits de tous ceux qui le considéraient une admiration de sa grande cousLiiice, tant il supportait patiemment et doucement les afflictions dont il se servait et aidait pour exercer sa vertu.

>' De là il va à Bàle et à Soleure, d'où lyant axant toute chose dépêché en diligence vers les principaux seigneurs de la Pologne qui tenaient les Etats, il continue son voyage à grandes journées; et, après avoir passé la Bohème et vu l'empereur .Maxirailien à Prague, qui l'y reçut avec beaucoup d'honneur , il arrive finalement en Pologne.

» Étant il Poznan, ville de la Grande-Pologne, il fit une autre dépêche aux mêmes seigneurs , par laquelle il les suppliait trèsaffectueusement de ne vouloir pas rompre la diète , puisqu'il était si proche d'eux, jusqu'à ce qu'il leur eût exposé en une si honorable compagnie de tant de seigneurs la charge qu'il avait de son maitrc , se promettant que, quand il aurait été oui, ils ne songeraient à rien moins qu'à faire élection d'un autre roi. Ces lettres (pour n'avoir été présentées au sénat que sur la rupture de l'assemblée), furent bien lues publiquement, mais pour tout cela mal reçues. On ne lui voulut rien accorder de ce qu'il désirait, et vous en toucherai les raisons en peu de mots.

" L'empereur Maximilien , ayant été refusé en la diète de \Varsovie, nonobstant la grande brigue qu'il y avait faite, aussitôt qu'il vit le roi parti de Pologne , jugea que ce départ , ainsi fait à l'insu et contre le gré des Polonais, serait un grand acheminement pour se faire élire en son lieu , commença d'essayer par tous les moyens dont il se put aviser de venir à bout de ce qu'il désirait.

>i Aussitôt que les Etats de Pologne se réunirent à Stcnzyça, dès l'ouverture il se fait un décret, par lequel on cesse et rend nulle l'élection ci-devant faite de Henri HT pour roi de Pologne; aussi les impérialistes, pensant être au-dessus de leurs prétentions, n'ayant plus de bride qui les retint, et se trouvant en entreprenant quasi plus puissants que les autres , s'en vont tout de suite de ce pas donner leurs voix en faveur de l'empereur Maximilien ou de l'archiduc Ernest.

" Les Polonais, dont les conseils n'étaient pas encore bien dirigés, se jettent au beau milieu de l'assemblée, représentent les anciennes haines et encore toutes récentes de leur nation avec les Allemands, et résistent opiniâtrement aux impérialistes.

" Le nombre cependant n'était point à mépriser de ceux qui dciiieuraieni. pendant l'incertitude des affaires, au parti de la Fiance; mais d'un côté les impérialistes, et de l'autre côté les Polonais qui voulaient élire l'un d'entre eux, commencèrent premièrement à dire tout haut que le roi Henri les avait méprisés jusque-là, qu'il n'avait pas seulement envoyé ses ambassadeurs en Pologne f car pour ceux

que l'on disait être en chemin, il n'y en avait point; c'étaient noms supposés et forgés à plaisir !, et comme on apporta la nouvelle de l'accident survenu à M. de Pybrac , ils se moquèrent des courriers. " ^ raiment, disaient-ils, voilà un étrange cas, que de tant d'ain- » bassadeurs du roi de France qui sont venus en ce royaume, il n'y )i en a jamais eu que le sieur de Pybrac qui soit tombé entre les )> mains des voleurs, chose merveilleuse que ce seul argent que le )) roi envoyait en Pologne, comme on veut faire croire . n'ait pu être » conduit sinon par un chemin dangereux et plein de brigands , vu » que le roi de France envoie tous les jours de grandes sommes de " deniers en .Mlemagne, pour y faire des levées de reisires. Eh ! qui » ne connaît les linesscs et artilices de ces Français? Premièrement « on nous assurait assez hardiment que le roi reviendrait , puis après )i qu'il ne pouvait venir, mais qu'il nous enverrait des ambassadeurs, 1) mais qui ont été arrêtés et pris par des voleurs. Tous contes que " cela, et qui ne sont bons qu'à amuser les petits enfants. Quant à » eux, qu'ils étaient résolus de parachever ce qu'ils avaient cora- )) mencé, et qu'ils voulaient faire élection d'un roi qui n'eût pas u tant d'occupation et d'affaires sur les bras, mais qui pût prendre u la conduite et gouvernement du royaume de Pologne et s'y donner » entièrement. »

>) Ainsi l'une et l'autre faction s'oppose vivement au parti de France, et pendant qu'elle consomme et emploie tout le temps en ces disputes, les impérialistes ont avis de l'empereur, et les polonistes purs d'un autre endroit, que le maréchal de Bcllegarde est passé en Italie et que Al. de Pybrac s'approche. Sur cette nouvelle, les voilà les uns et les autres hors de doute.

11 Les impérialistes pressent l'affaire, afin qu'avant que M. de Pybrac arrivât, on procédât à une nouvelle élection. A l'opprisile, les Polonais purs, ne trouvant bon ni que l'empereur soit élu, ni que le roi de France soit confirmé, ne veulent que tirer l'alïaireen longueur.

Il Messire Jacques Faye, sieur dt-spesses, depuis avocat dn roi et président au parlement de Paris, était pour lors ambassadeur ordinaire en Pologne pour Sa Majesté , personnage de mérite et en réputation de fort homme de h»e» , fort vigilant et éloquent. Il s'employa pour faire que l'on attendit M. de Pybrac, qui n'était éloigné de Stenzyça que de trois journées.

» Le sieur Pybrac, ayant su tout ce qui s'était passe, cherchait à se rendre la fortune favorable pendant qu'elle ne penchait encore de nul côté. Pour y parvenir, il dépèche et écrit de tous les côtés, et se plaint que l'ambassadeur du roi leur apportant la paix et la sûreté ' qui sont les plus grands biens que les hommes peuvent souhaiter au inonde), il n'avait pas été attendu à Stenzyça par ceuv qui reçoivent avec tant d'humanité, voire écoutent avec attention et douceur les ambassadeurs <iei Jliskoviles et des Scythes; qu'il était à craindre que dans peu de temps les affaires de Pologne seraient réduites à tel point, qu'on n'y pourrait plus donner aucun remède, qu'il leur avait rapporté de la part du roi des conditions dont voici un sommaire :

11 Que le roi chérit et affectionne tellement l'Elat de Pologne, que, 11 pour son bien et repos, xoire même pour sa grandeur, il emploiera Il tout ce que Dieu lui a donné, qu'il n'épargnera ni son crédit, ni '1 ses amis et alliés, ni ses sujets, ni ses moyens et richesses, ni ses 11 vaisseaux, ni ses armées: qu'il a songé avant toute autre chose à la 1. sûreté de l'Etat de Pologne, et traité soigneusement avec le Turk, .1 et fait en sorte qu'il gardera inviolablement l'alliance qu'il a avec ■I le royaume de Pologne. Davantage que l'Empereur et le roi de 11 Suède ( qui sont les princes les plus voisins de la Pologne) , n'in- 11 noveront aucune chose au préjudice des anciens traités; qu'il leur 11 en ax'ail écrit et reçu la réponse telle qu'il la pouvait désirer. Pour 11 le regard du Moskoxite, s'il faisait le fol, il lui mettrait en tète de ■> si grandes forces, qu'il lui ferait bien voir qu'il avait entrepris une

I maux'aise querelle contre deux si puissants royaumes; qu'il était

II résolu de soudoyer les Tatars. Par ce moyen , le roi assurait l'Etat 11 au dehors. Quant à mettre la paix au dedans, laquelle pût produire » un solide et assuré repos, unir les royaumes et les rendre floris- 11 sants; finalement , le roi voulait tellement unir et joindre la France » et la Pologne par intérêts mutuels et réciproques, que les commo- II dites des deux royaumes venant à se mêler, les biens fussent com- • muns entre eux sans toutefois que le mal de l'un fut en aucune t façon communicable ni préjudiciable à l'autre, n Voilà à peu près ce que M. de Pybrac leur écrivit . et dont souvent il discourut en particulier avec les sénateurs, chevaliers et seigneurs du pays.

1. Mais tout cela ne put rien auprès des gens qui faisaient la sourde oreille. Al. de Pybrac voyant qu'il n'avançait rien pour quelque remontrance qu'il leur eût faite, qu'au contraire il les animait contre lui ; que ce peuple était si las de l'état présent des affaires qu'à quelque prix que ce fût il voulait une autre forme de gouvernement; il apercevait même déjà que la haine croissait contre lui cl contre le nom français, ayant jugé enfin qu'il serait honteux qu'eu sa présence on nommât en cette assemblée un autre roi que son maître, il s'en retourna en France. »

Telle fut la fin des négociations et des aventures de Pibrac. Quant au roi Henri, il termina ses jours à Saint-Cloud , le 31 juillet 1689, sous le poignard de Jacques Clément !

HISTOIRE DE POLOGAE.

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