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CHAPITRE VII

Coup d'œil historique et politique sur les duchés russiens ou rutbéniens; différence qui existe entre ces duchés et le grand-duché de Souzdal, transformé en tzarat de .Moskovie, et en dernier heu en un empire de toutes les Russies. — Principes de politique russe et moyens de sou agrandissement depuis H 54 jusqu'en 1533, année de la mort du tzar Vassili IV Yvanovitscli. — Lettre remarquable de Hélène à son père le tzar Yvan.

Les peuples slavo-polonais, dispersés dans les vastes régions entre la mer Baltique cl la mer Noire , avaient différentes dénominations. Les Varégo-Normands, établis en Skandinavie, en franchissant la mer Ballique, envahissaient volontiers les côtes opposées; peu a peu ils s'avancèrent dans le )iays et inquiétèrent la ville de Novogrod, sur le lac d'Ilmcn. Les richesses de cette ville puissante par son commerce cvcilaicnt l'envie de ses voisins d'outre-mer, en entretenaient la jalousie cl semaient la discorde entre ses propres habitants. Cel étal de choses favorisait les projets des \ arèi;ucs barbares el audacieux, qui parvinrent à se faire inviter comme médialeurs el pruli.t.ti;ur.> ! Ils établirent rapidement leur puissance et se

mirent à rançonner les INovogrodiens el leurs voisins immédiats. C'est ce qui arrive presque toujours a deux ennemis , qui en appellent un troisième à leur aide ; celui-ci bat d'abord l'un par l'autre, et plus tard les opprime tous deux.

Hurik, l'un des chefs varégo-skandinavo-russes, sorti des environs d'ipsala, entra à INovogrod en 8U2, et s'y établit en maître. Ses lieutenants, nommés Oskold el Dir, cherchant aventure, suivirent le courant du Dnieper, et s'établirent parmi les Polaniens, à Kiiow, ville riche, populeuse et célèbre par son commerce avec Byzance. iNiais peu de temps après, en 87'J, Oleg, autre lieutenant et favori de Rurik, après avoir égorgé son maitre el bienfaiteur, se partagea d'abord avec son fils Igor le gouvernement de l'Etat, se rendit ensuite à Kiioxv. Là, il attira Oskold et Dir dans un guet-apens, les fit massacrer, et s'imposa aux Polaniens ou Polonais. Ce système d'assassinat et de rapt des biens d'autrui servit de modèle à tous les successeurs d'Oleg , comme plus tard aux futurs créateurs du tzarat de Moskovie et à tous leurs descendants jusqu'à nos jours.

Après Oleg le trône ducal fut livré aux convoitises des frères et cousins, qui se détruisaient mutuellement, lorsqu'on 980 surgit Vladimir, qui tua son frère Yaropolk, ses deux fils, et força ensuite la femme de Yaropolk à recevoir sa main. Mais cette épouse ne lui sutfisait pas ; il axait cinq autres femmes soi-disant légitimes ; il entretenait huit cents concubines, établies dans trois villes principales, et en outre s'emparait de toutes les jeunes filles qui lui plaisaient. Avide de biens d'autrui, il enxahit du côté de l'ouest les terres poloiio-slaves de AVolynie et de Podolie ; pendant que du côté du midi il s'emparait de la krimée, de la menaçait Conslautinople, el y forçait l'empereur Bazile de lui donner sa sœur Anna en mariage. — Ce mariage s'accomplit en 988, à Khersonèse , ville florissante alors, dont on retrouve quelques vestiges près de Sébastopol , et oit en IS5i fut établi le quartier général français de l'armée d'Orient. A l'occasion de ce mariage, Vladimir se fit chrétien, mais sans renoncer ni a SCS débauches ni à ses rapines. Cel homme, qui termina ses jours en 1015, obtint chez les Russes non-seulement le titre de Grand, mais de plus il figure dans le calendrier gréco-russe comme un saint et orthodoxe par excellence!...

Les douze fils et successeurs de Vladimir, dignes de leur prédécesseur, s'eutr'égorgeant , amenèrent l'intervention de Boleslas le Grand et de Boleslas le Hardi, rois de Pologne. Entre les années 1018 et 1070, ces deux souverains vinrent donc à Kiiow, d'abord comme dans le pays dépendant de la suprématie polonaise, et ensuite pour y rétablir l'ordre ébranlé par les Yarego-Russiens. Enfin, à la suite de guerres civiles et de massacres perpétuels entre ces ducs russiens, il s'en trouva un, nommé George Dolgorouky, qui, entre les années 1154 et 1157, se rendit si atroce, et son fils, André Bogoloiibsky, déploya, en outre, dès cette dernière année 1157, un système d'oppression telle, que la patience des kiioxvicns et des Novogrodiens fut poussée à bout. Alors André réunit des bandes nombreuses d'hommes les plus vils presque tous étrangers aux véritables Slaves, marcha, en 1 U9, contre K.iiow, la pilla et la détruisit. Puis il se tourna contre JNovogrod-la-Grande, qui heureusement résista.' C'est alors qu'André s'enfonça dans les déserts septentrionaux, établit d'abord son siège à Souzdal, puis à Vludimir-sur-la- Klazma, puis enfin à Moskou.

De cette époque date l'origine de cette Moskovie, étrangère, comme on le voit , aux Slaves et par conséquent au système européen. C'est cette même Moskovie, qui, depuis Pierre I^'^, prend arbitrairement et mcnsongèrement le titre de l'Empire de toutes les Russies!

Comme dans l'histoire de cet empire tout est étrange, fatal et barbare, la fondation et l'agrandissement de la ville de Moskou ellemême ne dut son origine qu'à un crime. En effet lorsqu'on 1157 George Dolgorouky, eu parcourant les contrées arrosées par la Moskva, s'arrêta à une ferme située dans une belle position, et qui lui plut infiniment, il voulut en connaître le propriétaire, qui s'appelait Etienne Koutschko. George voulut s'emparer de cette propriété, Etienne s'y refusa à juste titre , et George, sans autre procédé, le fit mourir atrocement el jeter son corps dans un étang voisin. Il fit ensuite entourer de palissades un monticule sur lequel fut bâti, depuis, le Kremlin, et la ville prit le nom de la rivière, la Moskva, qui coulait auprès. Depuis l'année 1328, Yvan !"■ Kalita y établit définitivement la capitale. Alors tout cet empire n'embrassait dans son enceinte que les villes de Moskou, Vladimir, l'éréiaslavl-sur-le-Lac, Kolomna, Zvenigorod, Mojaïsk, Serpoukhov et Pérémyschl. Les agrandisseluenls ultérieurs ne furent donc que le résultat de conquêtes violentes el d'usurpations incessantes.

Cette nouvelle horde moskovite, plus asiatique qu'européenne, et son chef André, au lieu de vivre tranquille chez elle, n'aspirait cependanl qu'à subjuguer ses voisins ; or, parmi ces voisins , qui n'étaient même pas immédiats, il y avait des Litvaniens, qui vivaient tranquillement dans leurs forêts impénétrables, mais qui, lorsque l'oppression étrangère vint à les menacer, se présentèrent fiers et valeureux sur la scène politique de l'Europe. IJès l'année 1183, ils s'engagèrent non-seulement dans une lutte contre les .Moskoviles, mais aussi cunlre d'autres ducs russiens, el plus lard contre les Tatars et 1rs Titrlf;. Partout les ojiprimcs trouvaient aide et protcc'.ioii

HISTOIRE DE POLOGNE

chez les ducs tie Lilvanie, aussi d'un jour u l'autre la puissance lilvanieiiiie s'implantait au point que le sceptre de Gédymin commandait aii\ ri'puliliques de ISovojjrod et de Pskow, et au\ duchés de Pololsk, de Witcb^k et de Sninlensk, Dans une campajjne victorieuse il soumit les ducs russieus qui gjouvernuieut encore les pays situés entre le liiiiï *"' 'i' l^uieper, puis Kiiow, qui, s'élaut relevée de sa destruction de llliO, ouvrit ses portes à Gédyniiu eu 1321. Eutin les villes de Brausk et de Péréiasiaw l'appelèrent à leur secours, et Gédyniin marqua les limites de ses Ktats h la rivière du Putywl. Tout cela se fit beaucoup plus par la loi de protection que par droit de conquête. C'est ainsi (|uc linit à jamais, dans ces contrées, la puistaucc barbare et envahissante des Varcjjo-Skandinaves; cependant elles conservèrent désormais le non\ de Terrts lîussiennes ou liullicnienne~f . nom que plus lard les Polonais De lui éilèreni pas. Aussi ce pays, p;ir l'esprit qui le dominait, par sa laiiijue, par la source de sa civilisation polono-lUvaniennc, est toujours resté attaché à la Polop,nc, à la mère patrie jusqu'à l'époque où les envahissements des tzars de Moskovie déchirèrent ce pays par la force et par la perlidie) Ce sont ces tnv-ahissements que les écrivains officiels ou officieux, régnicoles ou étrangers, payés par les tzars, décorent du nom de reprises !

Gédymin, en mourant, laissa sept l'tls, parmi lesquels on remarqua Olgerd et kieystul. Dans l'espace de trente-six ans, les deux f'ères combïllireiit les Teutoniques, les Russieus, les Moskovitcs et les Tatars. Ces derniers dominaient déjii en maîtres sur les Aloskovites, depuis l'année I2'i4, après avoir !>ai;nc la bataille de la Kalka. Les républiques de ^ovoi;rod et de Pskow, depuis 1346, furent gouvernées par les lieutenants litvauiens. Les ducs de Smolensk etdcTvcr, heureux de pouvoir se soustraire à la rapacité des Moskovites, servaient sous les ordres d'Oljjcrd , qui avait parcouru triomphant la Krimée en i:)(i3. Enfin, pour se venger des invasions des graudsducs de -Moskovie, Olgerd marcha à li-ois reprises dilVérentes contre eux, et trois fois, en I3(i8, l:i7 0 et I3T2, il assiégea Moskuu ou s'en empara! Sous le règne d'Olgerd , la puissance litvano-russienne devint immense ; au nord-est elle avait pour frontières la Neva, le lac de Ladoga, Bialozertk, Tver, i\lojaïsk, Uransk, Koursk, le Doniélz, et les bords de la mer d'Azof et de la mer Noire. Les possessions d'OIgerd étaient assez x'asies pour satisfaire l'ambition de ses douze fils. C'est dans cet élat de choses que l'un de ses fils, \\ ladislas-Jagellon, accomplit en 13$C l'union entre la Litvanic et la Pologne, union à jamais indissoluble !

(^)uant aux ducs moskovites, qui se succédaient par l'assassinat, il s'en trouva un, nommé ^ van III Vassiliévitsch, monté au trône de Moskou eu I IGi, qui parvint en )4(i8 à se délivrer de la soumission desTalars, qui avaient régné en maitres absolus sur les Moskovites durant deux cent quarante-quatre ans ( 1J2-4-I iG8 '. C'est de cette époque seulement que date la véritable puissance du zarat ; mais e:tte puissance n'a pas cessé un seul jour d'employer des moyens iniques pour s'agrandir. Envahissement des Etals voisins, assassinats des chefs, massacres des populations, corruption des agents, intimidation, dénationalisation, transplantation des familles, telles fcirent constamment les conditions d'existence, de progrès et d'afrandissement continuel de l'empire russe !

^ ainqueur des Talars, Yvan 111 pensait subjuguer Novogrod-Ia- Grande, et à la détacher de la Litvanie. La noblesse se laissa corrompre; mais la résistance du peuple apporta à l'exécution des projets moskovites un obstacle invincible, et le conseil de Moskou se décida ii courir aux armes avant l'arrivée des troupes polono-litvaniennes. En effet, Novogrod et ses libertés républicaines succombèrent en I 47 t . Kasimir IV, roi de Pologne et grand-duc de Litvanie, occupé de graves démêlés avec la Hongrie, ne put venir au secours des Novogrodiens.

Veuf depuis quelques années, Yvan III pensa à se remarier. Il savait que Sophie, petite-fille de (.'onstaiilin Paléologiie, dernier empereur de (loiistantinople, mort en 1453 au siège de cette ville par les Turks, vivait à lionie des bi'iifaits du pape Paul II. Yvan entama des négociations dans lesquelles toutes les parties se livrèrent à *in combat d'habileté, ofi le plus fourbe devait rester vainqueur. Yvau se Uatlait que ce mariage doniteiait aux tzars de Moskovie les droits des empereurs grecs; il adopta même, sans larder, leurs armes, l'aigle noire ii deux lèles, et, pour tirer la princesse des mains du pape, il fit croire à ce pontife qu'il adhérerait au décret d'union des deux Eglises orientale et occidentale, éuiaiié du concile de Florence du B juillet 1439. Le r»P«> de son côté, avait pour but avoué d'armer les Moskovites et les Tatars contre tes Turks, et pour but secret d'amener insensiblement les Moskovites ii une entière soumission au saint-siége Se croyant sûr de Sophie, il comptait exploiter son influence d'épouse sur Yvan pour amener ce dernier à ses fins; et, quoiqu'il crût Sophie sincèrement convertie au catholicisme, il protestait hautement au tzar qu'elle était restée grecque. Mais le pontife avait aff.iire a forte partie, car Sophie, pour conserver sa pension et la protection du \ atican, alïectait la plus grande ferveur pour la foi catholique; et pour devenir Izarine elle se laissa, sans opposition, donner pour grecque au grec Yvan, qui lui-même se donnait pour catholique. Le pape Paul II ouvrit, en 1469, cette négociation, qui ne

lut terminée qu'en juin 147 2, par Sixte IV, dans une assemblée de cardinaux. La princesse entra processionnellemcnt sur le territoire moskovile, conduite par uu légat du pape, devant lequel on portait la croix latine. Mais cette croix latine soulevait les scrupules des schismatiques; et Sophie, qui n'avait plus ii feindre, ordonna au légat de la cacher, et un message d'Yvan vint confirmer cet ordre. Sophie entra à Moskou le 12 novembre 1472. Le mariage fut célébré par le métropolitain, suivant le rit grec, en présence du légal du pajie. El lorsque ensuite celui-ci réclama l'exécution convenue du décret d'union, Yvan lui ferma la bouche, en déclarant qu'il ne voulait pas en entendre parler. Voilà comment depuis trois cent quatre-vingtdeux ans (I 472-18.'i4) les tzars ont dupé les papes, les rois et les diplomîlies de l'Europe!

La république de Pskow eut le sort de celle de Novogrod. Quant à la ville elle-même de Novogrod, elle cherchait à conserver au moins quelques restes de ses anciennes franchises; mais ses tentatives ne servirent qu'à irriter Yvan, et à lui donner uu prétexte pour asservir en 1 47 U plus complètement la malheureuse république, qui périt après plus de six siècles d'une existence glorieuse. Une partie de la Sévérie et de la Russie ou Ruthénic-Hlanclie fut aussi la même année détachée de la Litvanie.

Malgré sa volonté bien connue d'envahir tous les apanages, Yvan, par respect pour sa mère, n'osa encore se iléclarer contre ses trois irères, Roris, André et Youri ou Georges. Mais à la mort de cette princesse, ses fils, se voyant menacés, s'entourèrent de tous les méconlents du système autocratique. Yvan les rassura par un traité qui, en garantissant leurs domaines, leur interdisait toutes relations avec les ennemis intérieurs et extérieurs. Peu de temps après, André, le plus remuant, fut dupe d'un piège que le tzar lui tendit; il l'attira au Kremlin en 1493, l'emprisonna, et son apanage fut réuni au tzarat. (^uant à Boris, il mourut bientôt après.

Cependant les relations diplomatiques embrassaient tous les Etats voisins. Les ambassades se succédaient entre la Moskovie, la Krimée, le Danemark et l'Autriche. L'empereur Frédéric III, offrant une ligue contre le roi de Pologne Kasimir IV, demanda une duchesse moskovile pour .son fils iMaximilien, roi des Romains. Yvan, de son côté, jiria ce monarque de lui envoyer des artistes et des mineurs pour exploiter les mines de son pays. iMais les négociations traînèrent; la duplicité autrichienne, redoutant la fourberie kremlinoise, traita avec le roi de Pologne; Maxiniilien se fiança à Anne de Bretajïiic; le Danemark se lia avec Moskou. Rebutés par d'intolérables avanies, et peiit-êire retenus par le tzar, les marchands du pars avaient cessé de fréquenter Azof et Kaffa, soumises aux Turks. Le pacha en accusa la mauvaise iniluence du tzar sur Mcngli-Ghiiay ; Meiigli pria Yvan de le justifier devant le sultan. A cette occasion, Yvan écrivit à Bayazid II, rejeta toute la faute sur les rapines et le despotisme du pacha, et ouvrit entre les deux Etals les voies aux négociations. Le sultan voulut répoiidre par une ambassade; mais les Litvanicns ne lui permirent point de dépasser Kiiow.

Les relHlions diplomatiques n'étaient pas tout à fait interrompues entre Yvan et le roi de Pologne Kasimir: leurs négociations allaient souvent de l'un à l'autre; mais les hostilités, réduites à des couric? de brigands, continuaient toujours, et le tzar se gardait bien d'élouffer les intrigues qui suffisaient pour inquiéter Kasimir. La désuniou qui existait entre .lean-Albert, successeur de Kasimir, et son frère Alexandre, grand-duc de Litvanic, servait malheureusement les intérêts du tzar. Yvan dirigea à la fois contre la Litvanie ses troupes et celles de ses alliés, Etienne de Moldavie et Mengli-Ghiiay. Le grand-duc Alexandre se senlail faible, et le roi .lean-Albert trop circonspect pour pousser cette guerre. Après de longues négociations, on fit, en 1493, un trailc qui confirma la possession du duché de Novogrod-Siewierski, envahi par le tzar. Ainsi se démembrait le grandduché litvano-russien. Comme pour consoler Alexandre, Yvan iiromit de lui donner en mariage sa fille Hélène, espérant par là exercer directement son innucuce dans les affaires de Pologne. Il l'envoya, en ciTet, à Wiluo en 1495. Yvan entendait qu'elle resiàt fidèle à la religion schismalique, qu'elle eût un temple dans son palais, et aussi qu'elle lui servit d'espion et d'instrument auprès de son mari, rôle odieux qu'elle sut décliner avec une noble adresse.

Mais rien ne rebutait Yvan. Comme s'il n'avait pas assez d'air pour respirer dans ses Etals, d'une étendue déjà bien respectable, il convoitait toujours les possessions lîtvaniennes. Eu s'appuyant sur des motifs frivoles, il accusait le grand-duc Alexandre d'avoir négligé de bâtir une chapelle dans son palais pour Hélène ; il se plaignait aussi qu'Alexandre, en lui écrivant, avait omis quelquefois de lui donner les titres qui lui était dus. Ensuite, disant que la rivière de l'Ougra était la véritable frontière de ses Etats , il s'en empara ; plus tanl, il soutenait que le Dnieper devait servir de frontières pour mettre un terme à toutes les incertitudes ; une autre fois, il disait que la Bérêzyna lui était indispensable, et, prenant par avance le litre de monan|ue de tautcf: len Rusaiex, il alïirmait qu'ayant complété ses Etats, ni lui ni ses licsccndants ne pourraient jamais rien exiger de plus. Kh bien, plus lard les tzars diront que le Niémen et le Bug sont des fleuves moskovites ; ils déclareront que la Wistulc, la Prosna et la ■VVarta leur appartiennent très-légitimement. Ils soutiennent que puis-

HISTOIRE DE POLOGiNE.

i|iie l'Elbe et la Saaia, où Boleslas le Graud élevait des colonnes de (or, arrosent les anciens pays slaves, ces rivières leur appartiennent aussi. En 1799, les hordes de SouvorofV, du haut des Aipes, convoitaient même la France ; en 1814 et en 1815 elles envahirent ce beau )ia}s, et campèrent au Louvre et au\ Champs-Elysées! Le sénateur -Mcoias Aovossiltzoflf , mort comme président du conseil de l'empire ii^se, répétait sans cesse sous Alexandre 1"'' et sous Nicolas !"■, i(ue l'orrfre, là paix et le bonheur ne pourront régner en Europe que lorsque les oukases partis de Pétersbourg seront exécutés à Stockliolin , à Constanlinople , à Vienne, à Berlin et à Paris ! Déjà depuis longtemps Constanlinople s'appelle en langue russe Tzarogvud { la \i\\e des tzars) et le désir evprimé publiquement par les purs ^loskovites est de donner à 1» ville de Paris l'un de ces noms : ISicolaïijrad, Alexandrogrod on Constantinogrod, selon que la conquête de Paris devra se faire sous le règne d'un de ses noms !...

Comme avant-goùt, les tzars n'ont-ils pas, en Pologne, russifié pluweurs noms de villes; celles de Demblin, Pulaxvy . Modlin, en vertu (les oukases s'appellent maintenant Yvanrjorod, >iovaïa-Alexandria, et ^ovo-Georghiclsk !... Tous les projets engendrés par les -Aloskoviles pour la conquête et le bouleversement du monde, dépassent les imal;inations les plus exaltées et les rêves des cerveaux en délire. Et tout cela, selon les tzars , est simple, juste et logique ' Les Polonais, en tout temps et à toules les époques, ont cherché a éclairer l'Europe sur les tendances russes, ils le prouvaient par les laits historiques et par leur martyre ; deptiis cent cinquante ans ils se présentent devant l'Europe cumme victimes immolées à la politique moskovite ; et cependant ne les a-t-on pas taxés d'exagération? 11 a fallu que l'Europe attendit jusqu'en 1853 pour que le tzarisme lui-même découvrit dans toute SI nudité et dans toute l'horreur de son cynisme ce qu'il réservait ii l'iiiiprévoyancc de l'Europe !...

Alais revenons à l'année 1499. Alors Alexandre de Litvanie mit \.iiiiement en usage tous les moyens propres à apaiser Yvan ; mais celui-ci xoulait la discorde à tout prix, et il envahit le reste de la Sévérie,Starodub et Czerniechow. La guerre dura deux ans, et elle se termina par un armistice. Toutefois les intrigues et les exigences du tzar ne s'arrêtaient pas ; les choses arrivèrent à ce point , que la propre fille d'Yvan fut obligée de lui écrire de ^Nilno, en 1502, la lettre suivante : « xVlexandre, roi de Pologne, grand-duc » de Litvaniï, mon époux et seigneur, a enx'oyé ses ambassadeurs à M Votre Sérénité, pour se plaindre des tribulations que ses domaines, » ainsi que ses nombreuses villes et campagnes, ont à souffrir de vos » sujets. Par la permission de Dieu et l'audace des méchants, beau- » coup de sang a été versé déjà et est versé encore, des femmes el » des enfants sont eiiimcDés en esclavage, la sainte foi dépérit et les «églises deviennent désertes, et tout cela de par vos traités, ser- » ments et alliances, monarques chrétiens! Rappelle-toi, seigneur el )> père, que je suis la servante et ta fille, et que tu m'as donnée en » mariage à un roi qui est ton frère et ton égal. Tu sais, seigneur et ".père, ce que je lui ai apporte en dot, et malgré cela il m'a prise de » bonne grâce de chez toi, il m'a tenue durant toutes ces années en « abondance, respect et amour ; il m'accorde la liberté de professer » ma religion selon le rit grec, d'avoir à ma cour des popes, des » diaks et des chantres, de fréquenter les églises de ma communion, » de suivre enfin notre liturgie aussi bien en Litvanie qu'en Pologne, » à Krakovie, comme dans toutes les autres villes polonaises, el en » cela, comme en chaque autre chose , je ne puis découvrir qu'il ait » contrevenu aux traités. Le seigneur mon roi, sa mère, el tous ici, » croyaient que je leur amenais de Jloskou de4 biens de toute sorte : » la paix, l'affection, l'alliance , ■des secours contre les païens, mais » on s'aprrcoit aujourd'hui, seigneur et père, que mon unique cor- >' tége a été le meurtre, la rapine, la violence, l'effusion du sang » chrétien ; les femmes sont devenues xcuves, les enfants sont de- « venus orphelins ; l'esclavage , l'oppression, les pleurs, les gémisse- « ments éclatent de tous les côtés. Este;; là ton amour pour moi, "seigneur et père? Moi, ta servante et la fille, j'aurais préféré » mourir dans Ion pays , à tes pieds, que d'entendre dire ici : Il n'a » envoyé sa fille en Liioanie que pour mieux sonder et asservir celte » contrée '... Rentre en toi, seigneur et père, cesse de nourrir un in- » juste courroux contre ton frère et gendre, reviens à l'ancien amour u el à la fraternité que tu lui as jurés par des traités, afin que les » païens et les traîtres , dont les pères ont jadis trahi les aïeux » comme les fils nous trahissent en ce moment, n'aient plus de sujet » de joie. Ce sont eux qui ont tout brouillé parmi vous, témoin ce » Sémène Bielsky, second Judas qui, lors de son séjour en Litvanie, » a attiré son frère Théodore dans le parti de l'étranger. Considère » seulement, seigneur, s'il est permis de se fier à ces nouveaux Caïus, >» qui ont massacré leurs propres frères cl qui se sont plongés dans » le sani; jusqu'au cou. Vous apprendrez, seigneur el père, par les » ambassadeurs qui vous sont envoyés, que le roi de Pologne, grand- » duc de Litvanie, n'a en rien enfreint les traités. Hendez-lui donc » votre ancien amour comme à un frère el à un gendre , el que mes " larmes ameres se chaiigenl en joie ! »

Et l'historiographe izarien lui-même, le )Ioskovile Karamzine, est forcé de dire naïvement, quoique sans fournir la moindre preuve des persécutions exccrcées contre le Irailre Bielsky : •< Vvaii violait, à la

» vérité , les clauses du trailé de paix en recevant l'hommage des » princes lilvaniens, mais il y x'oyait une excuse assez xalable dans « la nécessité de protéger ses frères en religion. » Ainsi, au dire des historiens russes, les tzars sont purs de toute ambition, dédaigneux des grandeurs de ce monde, ne pensant qu'aux intérêts spirituels orthodoxes !...

Lorsqu'après le décès d'Alexandre, Sigismond I'^ monta sur le trône de Pologne, en ISOG, les ^loskovites, toujours insatiables dans leurs conquêtes, cherchèrent à envahir les provinces dépendantes de la Litvanie. Vassili IV Y'vanox'itsch , qui x'enait de succéder nouvellement à Y' van 111, visait même plus loin. Aussitôt qu'il eut appris le décès d'Alexandre, il envoya à Wilno un confident avec une lettre de condoléance à la reine Hélène, veuve du roi, et proposa à la noblesse litvanienne son élection et la réunion de la Litvanie à la Moskovie ; mais ces démarches furent inutiles, el Sigismond I", en lui signifiant son avènement au trône de Pologne, lui demanda la restitution des pays envahis sur la Litvanie et le retour des prisonniers litvaniens ; ^nais le tzar refusa tout, cl recommença même la guerre. Le roi des Polonais marcha donc contre lui, le battit en 1508, près d'Orsza, el le tzar efi'rayé s'empressa de conclure la paix.

Mais la politique envahissante des tzars méditait de nouxeaux forfaits contre la Pologne. Voulant l'afiaiblir de tous les côtés à la fois, Vassili IV^ se ligua, en avril 1509, avec la Livonie et prépara ainsi l'asservissement et le renversement des dernières libertés de la république de Pskoxv. Pskow avait le tort d'être attachée à la Litvanie. Quoique soumise dès 11*9 aux grands -ducs de Moskovie, Pskow ax'ail dû, à force de prudence et de sacrifices, conserver sou conseil national, investi du pouvoir législatif, ses magistrats élus par le peuple , enfin toute son organisation intérieure, et former une véritable république calquée sur celle de ÎVovogrod, dout elle avait été la sujette d'abord et ensuite l'alïranchie et la sœur cadette. La ruine de l'skow, ajournée sous Yvan 111, fut exécutée sous son fils Vassili IV ; l'intrigue prépara l'œuvre qu'achevèrent la trahison el la terreur.

Yvan Oholenskoï, gouverneur de Pskoxv, fomenta la discorde entre les diverses classes de citoyens, cl se plaignit ensuite de leur turbulence et des abus de pouvoir des magistrats; c'était le prétexte demandé pour justifier rinlervenlion meurtrière des Moskovites.

Dans l'automne de 1509, pendant que la Pologne était occupée de la guerre contre les Moldo-\\ alaques, V^assili lY se rendit à Aovogrod avec un cortège imposant el des forces considérables; là, il reçut avec bonté une nombreuse députation de Pskoviens, chargée de le féliciter el de lui offrir un présent en argent, puis il envoya dans la cite prendre des informations sur les plaintes d'Obolenskoï. Ou lui rapporta que ce fonctionnaire et les citoyens s'accusaient réciproquemeuf; et, en effet, une nouvelle députation vint demander la desiitution d'Obolenskoï. Vassili le fit appeler à ÎVovogrod, avec tous les Pskoviens qui avaient à s'en jilaindre. Ils arrivèrent en grand nombre, mais une foule de boïars el de fonctionnaires vinrent au»si s'accuser les uns les autres. Vassili exigea de plus que les neuf possadniks (juges et maires) et les prévôts des marchands de tous les quartiers comparussent avec Oholenskoï, sinon le pays serait déclaré en étal de révolte. Les dociles Pskoviens se présentèrent, en janvier 1510, devant le tzar. Les fonctionnaires et les marchands, introduits dans la salle d'audience, se préparaient à plaider leur cause, lorsqu'on les iirévint en les déclarant prisonniers.

Cette fatale nouvelle arrive à Pskoxv, le conseil national s'assemble, on ne comprend rien à celte perfidie, on gémit, et on envoie une députation à Vassili pour éclaircir l'affaire. Alors le drspolc tataroraoskovile déclare a ses prisonniers qu'ayant méconnu l'autorité de son lieutenant el opprimé le peuple, ils méritcnl une punition rigoureuse ; mais qu'ils peuvent recouvrer ses lionnes (jrdcfS, el conserver leurs propriétés, en abolissant, pour jamais, le conseil national, et en recevant ses juges à Pskow et aulres villes el bourgs de la province.

Attirés dans cet épouvantable guct-apens, les députés envoyèrent l'un d'eux avec DolmatolV, secrétaire de Vassili, porter aux Pskoviens celle terrible nouvelle. Le député pskovien dit alors au peuple assemblé : • >ous avons juré pour nous cl pour vous d'obéir aux vo- « lontés du monarque; n'allez pas nous parjurer, autrement nous « péririons Ions! x

l,e délai fatal expirant le 28 janvier, Dolmaloff transmet les ordres et les menaces de Vassili, cl va s'asseoir sur un gradin de la place publique, pour attendre la réponse. La consternation était profonde, on le supplie d'attendre jusqu'au lendemain. Le lendemain redouté arriva, cl les cris de désespoir retentirent dans toute la ville; pour la d<>rnièrefois la cloche convoqua le peuple et annonça lugubrement la hn de la liberté pskovicnne. Après cela on descendit de la tour de la Sainte-Trinité la cloche du consfil national, que DolmutolYalla porter à sou mailri! la nuit suivante. Vassili tnUH triomphant à Pskow, et s'empara des bâtiments des faubourgs pour y loger une garnison; il relégua dans le fond de la iMosknvie les fonctionnaires et les notables; il distribua leurs propriétés, qu'il avait promis de leur conserver, à ses boïars cl à trois cents familles moskovites qui les remplacèrent à Pskow.

HISTOIUE 1)K POLOGNE.

Ainsi finit cette rcpubliq'ie', qui reconnaissait Ju suprématie polonaise depuis plus lie cent ans! Karanisiiie lui-même, en décrivant ces événements, ne puls'empècber de flétrir cette invasion, et il cite ce passade remarqtialile tiré d'une chronique russicnnc du lem|>s : « Ainsi périt la jjloire de Pskou, envahie non pas par des hérétiques, » mais par des croyants, par ses propres frères en Jésus-(^hrisl! O ville

• jadis grande, lu t'attristes de ton abaissement. Un aijjle aux larges ;. ailes s'éleva au-dessus de toi armé des yrifies du lion, jl a airacbéde « Ion sein les trois cèdres du Liban : il t'a ravi ta beauté, tes richesses » et tes citoyens ; il a bouleversé tes marchés et n'a laissé que des dé-

• combrcs. 11 a transporté nos frères et nos sœurs dans des contrées u éloignées oii n'étaient jamais allés ni vos aïeux ni vos pères ! :>

.Aos lecteurs savent déjà de quelle manière ont élé détruites les trois plus célèbres et les plus populeuses villes de Kiiow , de Aovogrod et de l'skow, par les ducs sortis de l'antre moskovite, et cependant les écrivains stipendiés régnicoles ou étrangers ne cessent de tromper l'Lurope et de mentir a l'histoire, en soutenant que ce ne

» SkBÉmSSIMH princesse, TRÈs-CJlkRE SOtlB et I

" Dans la guerre tres-onéreuse et pleine de périls que nous soute- " lions présentement contre le roi de Suède et surtout contre le duc « de Woskovie , hoinme barbare et schismalique, nous avions dès les » premiers ten.ps dclendu par un édit de faire passer par nos do- :, ma, nés sur les terres de l'ennemi quoi que ce soit qui put servir : contre nous la férocité de ce barbare et ennemi de la foi. Ce dé- .. cret, nous l'avons porté et sanctionné sous les peines les plus .. graves, car nous sentions fort bien que, plus s'accroîtrait la nuis- ; sance moskovite, plus elle deviendrait formidable non-seulement » a nous-mêmes, mais bientôt ii toute la chrétienté. Cependant des .1 marchands de plusieurs nations voisines, par l'appât du cain ont » osé, malgré nos défenses, se livrer témérairement à cette navi.'a- » tion, préférant leurs profits particuliers ii la sécurité et aux inlë- » rets de notre royaume et de toute la république chrétienne. Des " vaisseaux placés en observation par nos ordres dans le but d'em-

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Aventures de Pibrac en Pologne et en France en IS74.

sont que des reconquêtes, des rej.rises et des retours ii la sainte et orthodoxe Moskou !...

^ assili n , encouragé par l'anéantissement de Pskow et rompant avec la Pologne le traité de 1508, envahit les possessions litvaniennes, assiégea la ville de Smolensk et s'en empara au mois d'août 151 'i, ii l'aide de trahison ; mais ses armées furent détruites le 8 novembre de la même année entre Orsza et Domhrowna par les Polono-Litvaniens , commandés par Constantin Ostrogski, George Radziwill , Jean SwierczoMski et Albert .Sampolinski.

Après cette grande victoire, les Moskovites mirent trois ans pour se refaire , et entre les années I ;> l 7 et 1 5'20 ils recommencèrent leurs envahissements , que les Polonais repoussaient toujours.

C'était il !a même époque que N assili I\ concluait des traités offensifs et défensifs avec les chevaliers teutons et le roi de Danemark contre la Suède et contre la Pologne, pour subjuguer plus facilement ces deux Etals. Il entretenait des relations suivies avec l'Angleterre, qui lui fournissait les moyens de se fortifier. Aussi n'était-ce pas sans raison que le roi Sigismond-Auguste, successeur de Sij'isniond 1" , en écrivant à la reine Elisabeth, disait ces paroles prophétiques, qui se vérifient si fatalement jusqu'il nos jours.

^ oici la lettre du roi de Pologne à ia reine d'Angleterre, en date de Knyszyn, 13 juillet 1S67 :

l'aris. Typograjjhie Heuri

" pêcher ce transit les ont repoussés, et ont retenu à titre dégages >.' un certain nombre de bâtiments. 11 est probable que cela est ar- )i rivé à plusieurs des sujets de Votre Majesté. Les honorables pro- " consuls et consuls de notre ville de Danzig nous ayant exposé qu'ils » avaient encouru, par cet acte, le mécontentement de Votre .Ma- >> jesté, nous avons été vivement contrariés. Plus nous avons eu à u cœur de nous concilier l'amitié non moins de vos illustres prédé- )> cesseiirs que celle de Notre Majesté elle-même, plus nous désirons u de même que tous nos sujets fassent leur commerce librement et » en bonne intelligence avec les rois et les princes leurs voisins , plus " nous ressentons un grand chagrin d'apprendre que la ville de » Danzig, qui nous est particulièrement ciii're, se soit, bien iiino- " ccmment, attiré le mécontentement de Votre Majesté. C'est pour- « ijiioi nous la prions très-affectueusement de conserver à la ville de » Danzig son ancienne amitié et de ne point se laisser entrainer en- '. vers elle ii aucun sentiment de suspicion. Mais au contraire, après » avoir exaniinë attentivement tous les motifs et toutes les raisons » qui nous ont porté à empêcher ce commerce avec les barbares, nos " mnemis, que Votre îM.ijcsté défende ii ses sujets de fournira ce " pei:j)lc barbare, schismalique et ennemi de toute la chrétienté, des " armes, des munitions, enfin des ingénieurs propres à rendre la !> guerre encore plus destructive ; ce qu'elle aimera mieux sans doute » plutôt que de nous accuser lorsque nous empêchons ce genre de Pion , rue Garancici c , 8.

HISTOIRE UK l'OI.OGNE.

trafic. Quant à nous, nous garantissons toujours, comme cela s'est l'ait jusqu'à ce jour, pour le présent et l'avenir, à tous ceux des sujets de Votre Majesté, qui se livrent a un commerce liiite et lionnête , le droit d'entrée, de séjour, de passage et de départ dans toutes nos possessions. Votre Jlajesté se persuadera facilement que ce ne sont pas seulement nos intérêts privés qui nous l'ont dél'endi-e

I le commerce avec la Moskoïic, mais aussi ceux de la religion et de toute la république chrétienne. En clïet, comme nous l'avons

I dit, on leur fournit des munitions de guerre, on leur fournit des armes dont ils ignoraient l'usage; et, ce qui nous parait le plus dangereux, on leur procure d'habiles ingénieurs. D'oii il suit que, quand même on n'importerait rien de plus chez eux, ces ingénieurs parviendraient sans obstacle , si le passage était libre, à fabriquer et à construire facilement, même dans ce ])ajs barbare, toutes les machines que demande la guerre et qui sont restées jusqu'à présent inconnues à ce peuple. Il est donc à craindre que, plus tôt qu'on ne le pense généralement, ces travaux ne soient exécutés

ancienne intégrité, la Russie se relèvera plus irritée, plus vivace et plus décidée que jamais à faire réaliser ses projets séculaires et son s\ icme tataro-moskovite , qu'aucun événement , aucun revers ne modilie ni ne modifiera jamais?

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