CHAPITRE IX
Ouverture de la première campagne contre le tzar de Moskovie. — Manifeste dii roi Etienne Batory du 12 juillet IS'ÏB;
jVous avons fait suffisamment connaître le liai- de MaskoVie, et on a pu juger quel était l'adversaire d'Etienne Datôl-y. Nous avoiis laissé ce dernier au moment qu'il faisait ses préparatifs de guerre poiir coml)attre les invasions et les empiétements du tzar sur les possessions polonaises. Maintenant nous allons le voir marchant à la tête d'une belle armée. Après avoir quitté Kiakovie, il passa par AV^rsoxie, Grodno et \Vilno. En arrivant à Swir, où était indiquée la réunion de l'armée, le roi y publia le 12 juillet l.i79, le mémorable manifeste suivant , qui doit être précieusement conservé dans les annales de l'Europe civilisée :
« 11 n'est assurément personne qui ne connaisse toute l'étendue des dommages que le grand-duc de Moskovie a fait éprouver de nouveau à notre royaume de Pologne et ii notre grand-duché de Litvanie, et qui ne soit persuadé que nous prenons aujourd'hui les armes non |ias trop tôt, mais peut-être même trop tard , et par les plus justes motifs. Cependant, comme nous ne saurions trop satisfaire notre désir Uc prouver que nos entreprises et nos actions sont appuyées sur l'équité et la justice, nous tenons ii en convaincre ceux que cette guerre intéresse. iVous avons donc pensé qu'il était de notre devoir d'informer nos armées composées de soldats de notre royaume de l'ologne , du grand-duché de Litvanie, de Hongrie, de Germanie et d'autres nations étrangères, de tous les démêlés même les jdus récents, qui se sont élevés depuis notre avènement au trône, entre nous et le grandduc de Moskovie. Ils verront clairement que nous n'avons rien néglii;é, suivant notre devoir de prince catholique, pour éviter l'elVusion du sang chrétien, et rétablir sur les bases de l'équité la bonne intelligence entre nous et notre ennemi , mais ipie toutes ses entreprises el tous ses acte», accompagnés d'injures contre inius , ont eu pour but la conquête et la ruine de nos forteresses, de nos villes , des pays soumis il notre domination et notre propfc déshonneur.
» Aussitôt que iious fûmes monté sur ce irdne , nous en Inrettiiâtnes
les autres princes chrétiens, au nom des ordres de l'Etaf. Nous envoyâmes au grand-duc de ^Moskovie nos ambassadeurs, pour lui apprendre l'accroissement de notre dignité cl de notre puissance , et lui témoigner notre vif désir de rétablir la paix entre les deus royaumes et de la conserver. Il les assura verbalement de ses bonnes dispositions, de sa bienveillance pour le nom et le sang chrétien, et leur remit un sauf-conduit pour une ambassade plus considérable. Il nous informa en outre par une lettre particulière, qui est encore en ce moment entre nos mains , qu'il avait donné ordre à ses Sujets de s'abstenir de toute injure et méfait à notre égard tant que dureraient les néf'ociations, en nous priant d'en agir de même dans nos Etats. Bien qu'il ne put si adroitement dissimuler, qu'il ne se trahît par des expressions blessantes pour notre dignité, nous pensâmes que là se bornerait son orgueil, qu'il reviendrait dans la suite à de meilleur» sentiments et songerait a la paix publique et au salut de ses sujets. Nous ajoutâmes foi à ses affirmations. En conséquence, ordre fut donné à nos sujets de suspendre toute hostilité avec les Moskovites , et nous envovâmes au duc de Aloskovie lui-même une ambassade composée des plus hauts dignitaires de notre couronne . l'illustre Stanislas kryski, palatin de .Alazovie; Nicolas Sapieha , palatin de Minsk, et Théodore Skumin, trésorier de notre cour de Litvanie.
)> Tandis que nous prenions ces mesures, il violait ses promesses. Polir nous, comptant sur sa bonne foi, nous étions bien éloignés de craindre quelque hostilité, lors du départ de nos ambassadeurs, et nous nous regardâmes comme à l'abri de tout danger. Tout à coup , sans déclarer ni la trêve rompue ni la guerre commencée, lui-même, accompagné de son fils aîné , il envahit la Livonie à la tête de ses troupes. 11 soumet nos sujels par la ruse el la trahison ; et le fer et la flamme à' la main, il marche contre les chrétiens, auxquels il ravit leurs femmes , leurs enfants , leur liberté et leur vie. D profite de la nécessité qui nous relient sur les frontières de notre royaume pour surprendre quelques-unes de nos places fortes. Dirai-je les cruautés qui marquent le passage de ses soldats? Raconlerai-je comment ils faisaient mourir leurs prisonniers au milieu des plus affreux supplices, les inf.mies auxquelles ils condamnèrent les femmes les plus nobles et' les plus tertueuses , avec quelle joie féroce ils se baignaient dans le saîig des cht-étiens, et toutes les cruautés auxquelles ils s'abandonnèrent ? Le te.mps ne tne le permet pas, et ceux qui ont survécu à ces tourments ou qui ont échappé de quelque manière à leur barbarie vous les attesteront.
1) Déjà nos envoyés atteignaient les frontières de la Moskovie , lorsqu'ils reçoiventla nouvelle inattendue des hostilités. Us s'arrêtent sur les confins mêmes de la Moskovie, et s'empressent de nous instruire de la rupture de la paix, qi c le grand-duc jurait de respecter dans SCS lettres. Ccpeiidant, bien que nous ayons ressenti vivement celte injure, nous avoiis cédé au désir d'épargner le sang des chrétiens et «le rétablir la paix et la tranquillité, sans que des provinces chrétiennes , de part el d'autre , aient à l'acheter au prix de nouveaux ravages et de plus grands désastres. Nous avons ordonné à nos ambassadeurs de poursuivre leur roule et de parvenir jusqu'au grandduc de Moskovie, pour savoir de lui-même comment il enter.dait Conserver la paix avec nous, pour réclamer les provinces qu'il nous avait enlevées à cette époque , eontrairement aux termes de ses lettres; enfin pour lui demander entière réparation des maux qu'il avait attirés sur nos sujets.
13 Qu'arrive-t-il ? Nos ambassadeurs étaient en sa présence, le Mofkovite avait commencé à conférer avec eux par l'intermédiaire (le quelques-uns de ses favoris, lorsque tout à coup il s'abandonna à l'Orgueil et à la violence de son caractère. 11 ne voulut pas entendre pariel- d'accommodement au sujet de la Livonie, et défendit même de faire mention de cette province. 11 insulta , soit verbalement, soit par écrit, notre personne el notre dignité en termes dont la xiolence ne convient ni à un roi, prince chrétien, ni même à un simple particulier. 11 fit valoir ses prétendus droits sur notre royaume de Pologne et sur le grand-duché de Litvanie, par je ne sais quels titres sans valeur. Ces droits, il les réclamait comme étant le quatorzième descsndant d'un Prussus, dont personne n'a jamais entendu parler et qui n'a même pas existé, qui était, disait-il , le frère d'Octave César cl le foîid.llciir de sa famille ! C'était au nom de cette prétendue descendance qu'il ré<lamâit le royaume de Pologne tout entier et le prand-duché de Litvanie. Il fit cette reVendicatioii de notre couronne, lorsque déjà nos ambassadeurs, après de longues cl nombreuses conférences avec les conseillers moskovites , qu'il avait désignés pour cet objet, avaient réglé les conditions il'iine tlnlivellc trêve , lorsqu'ils avaient rédige l'es lettres dans lesquelles ils recnnnalssaiéftl ée qui avait été stipulé de part et d'aulrc: et enfin, lorsque déjà le grand-duc de Moskovie les avait reçues. Mais, bien loin de leur remettre (me copie exacte des lettres (|U'II avait entre les itlalns etqui renfermaient les vélitables convenlinns reconnues par ses ambassadeurs et les conseillers moskovites, il modifia les clauses du traité à son gré et à sa falilaisie. Il ne voulut pas que là Irève regardât la Livonie; de jdus il exigea que dorénavant nrtus le rernuuussions pour le maître de «elle province, y <nmpri!t le direhé de Kourlande, et de toits les pays sbulnis à tmlrc domination ju<(|i|'aut frontières de la Ptussfe, c'est-à-ait-e d'diie piirtle del« fcllvaiilè Jle-itieiite. Ces lettres
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IIISTOIUE l)i: l'Ol.oC, M..
;iiiiM iiimliruTS. il jura il'i-ii lesprclti- Ifs <lniiscs, cl c(>iili;ii|;iiit par lu for.c nos ainhassaJenis a les premliv.
" liislruil ili' ce l'ait par nos ambassadeurs avant leur départ de Moskou , nous t\pé<liànies au jjraDd-duc un ciivom' eliciisi parmi ni>s geiitilshomuics : le nubic Pierre Haraburda, qui lui porta l'assiiranee par écrit que nous voulions rester en paiv et en bonne harmonie avec lui dans l'intérêt des chrétiens, ^ious lui prouvions clairement (|ue , s'il voulait que chacun de nous prononçât le ni^me serinent, il fallait comprendre dans une même pai\ et nous et nos provinces, car il n'était conlorme ni à l'honnêteté ni à la raison qu'un serment, d<Mit le Lut était la paix entre dcuv princes, amenât la ijucrrcau sujet de telle ou telle province. Ce qui est le ijajjc le plus respectable de la bonne harmonie de\a;l-il laisser place à des Ciiust.'s d'hostilités ' Il
deurs moskovites. On y vojail, en ce nu)ment, une foule considérable d'hommes appartenant a presque toutes les nations chrétiennes, et les ambassadeurs des rois, des princes et des peujjles étrangers. Mais ni leur présence dans notre sénnt, où nous reçûmes les Moskovites avec tous les honneurs que se doivent les princes entre eux, ni les conseils ne ()urent fléchir leur orijueil et les rappeler au respect qu'ils nous devaient. Ils refusèrent d'exposer l'objet de leur mission , sous prétexteqiie le ijrand-diic leur avait défendu de prendre la parole en notre présence, a moins que nous ne leur eussions reiulti certains honneurs, au\(|acls nous ne pouvions consentir sans déroi;er à noire dignité. Mous les leur refusâmes, et comme on ne put les décider ni à renoncer ii leurs orgueilleuses prétentions ni it prendre la parole , ils sortirent du sénitt çt en même temps de Krakovie sans avoir
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Stanislas de Zolkiew Zolkiew>ki (\r,i~,i 1620).
convenait à des princes chrétiens de ne jamais varier ni dans leurs paroles ni dans leurs actes, surtout lors<iu'ils s'étaient engagés jiar un serment. Il fallait ilonc veiller à ce que rien ne vint troubler notre conviction d'avoir agi avec probité et d'être restés fidèles à nos engagements.
" Ces conseils que nous dictaient l'amour de l'équité et notre bienveillance furent bien loin d'avoir quelque influence sur l'esprit du Moskovile. (;ar, après avoir entendu notre envoyé, il exigea qu'il s'iloignâi de la cour, et le retint contre son désir dans une sorte de captivité; puis, apri's nous avoir expédié ses ambassadeurs (et déjà une première ambassade était auprès de nous en Livonie), il mit le siège devant quelques-unes de nos places fortes, et notamment deu\ fois devant \\ enda. Cette injure ne tarda pas à être punie. Notre armée, renforcée de secours que nous avait envoyés la Suède, battit entièrement avec l'aide de IJieu les troupes moskovites ; les canons et les autre» machines de siège tombèrent entre nos mains.
" Ce fut dans CCS circonstances que nous reçûmes à Krakovie, dans la capitile luênie de notre empire et dans notre palais, les ambassa-
rien fait. Ainsi donc , aucune négociation n'avait été réglée ni même entamée, lorsque nous leur permîmes de retourner en Moskovie.
» Tous ces faits montrent clairement combien nous avons désiré de conserver la paix et la bonne harmonie avec notre ennemi ; combien nous avor"; fait d'cfl'orts pour épargner le sang des chrétiens et assurer leur tran<|uillité. Ils montrent aussi avec la dernière évidence que le grand-duc (le iMoskovie, par ses procédés et iiar ses insultes, s'est uniquement occupé, a mis tous ses soins et toutes ses pensées ii être en dissentiment avec nous, et qu'il a voulu que nous renoncions et il nos provinces et à la dignité de notre nom.
Il II nous expédia ensuite par son envoyé une lettre dans laquelle il nous demande de prêter serment pour la trêve dont les clauses, comme nous l'avons montré , avaient été rédigées contre le gré de nos ambassadeurs; de permettre ii ses ambassadeurs de revenir en Moskovie, et de lui envoyer, s'il nous semblait bon, des ambassadeurs qui régleraient nos débats au sujet de la Livonie.
" Mais qui ne voit combien il serait contraire à l'équité, à notre