CHAPITRE XIV
Election de Wladislas IV au trône de Pologne. — Expédition de Moskou. — Victoires des Polonais. — Paix de la Polanowka de 163i. — Ambassade de Trzebinski à Constanlinople. — Mariage du roi W.adislas IV avec Marie- Louise de Gonzague. — Ambassade polonaise à Paris en 1645. — Mort do roi Wladislas IV.
Quoique Sigismond III fût certain que la ]dupart des suffrages de la noblesse polonaise apparliendraienl il sou lils Wladislas, néanmoins cette noblesse voulut que l'clcclion se lit dans toutes les formes usitées.
Le primat indiqua donc pour le 22 juin iUM la dicte de convocation ", celle-ci destina le 27 septembre pour la diète d'élection. Dans cette dernière, les niésintelligences commencèrent ii éclater, mais comme survinrent les nouvelles fâcheuses de l'invasion des Moskovites, du siège de Smolcnsk, et d'autre part de la mort de Gustave-Aciolplie tué ii Lutzeu ; la diète s'en alarma et proclama Wladislas dans la journée du .3 novembre. Le nouveau roi jura les pacla convenla , et le G février l(i33 il fut couronné à Krakovie.
Afin de presser les préparatifs do la guerre contre le Izar, violateur des traités qu'il avait cependant jurés si solennellement, le roi \\ ladislas IV, accompagné de son frère Jeiin Rasimir, qujtta Krakovie le 9 mai et arriva à \\ iino, oii il reçut hommage de fidélité de la part du duc de kourlande.
L'armée polono-litvanienne, avide de gloire et de juste vengeance pour les éternels méfaits des Izars, se pressa autour du roi. Christophe Radzixvill , grand général de Litvanie, se mit en avant-garde. 11 marcha direclèinent sur Smolcnsk, attaqua les Aloskoviles avec tant d'impétuosité, qu'il les enfonça pai-tout et prépara au roi de nouveaux triomphes. En effet, Wladislas arriva ;i Smolonsk le 2 septembre ; il confib le çoiumandement de cette ville au palatin Qosiewski et se mil il la poursuite de l'ennemi. Sehin ou Scheiii, coinniandait eu cfief les
troupes composées de .Moskovites, de Kosaks et d'Allemands, car Iç tzar ramassait partout des mercenaires. Ces troupes étaient fortes de 4(i, 000 hommes, tandis que les Polono-Lilvanicns n'en avaient que 20,000 j néanmoins Scliin se retrancha dans son camp , certain que la disette et l'inlensilé du fniid empêcheraient \\lai|islas de soutenir cette guerre. Mais le .Moskovile se trompa fuit : les Polonais, malgré les neiges et le froid le plus rigo4rcux, se battirent pendant cinq moi; consécutifs octobre 1033 - février iG3i), avec un courage admirahle. Sur ces entrefaites, le roi apprit (|uc Koniecpolski avait remporté le 22 oclolire ii Pauiowcé, sur le Dniester, une nouvelle victoire sur les Turcs et sur les Tatars. Ainsi de tous côtés le sabre polonais vengeait les oulragcs des envahisseurs.
L'armée de \\ ladislas diminuait, mais lu persévérance de ses soldats était telle, que Schiu, malgré les secours cl les ressources qui lui arrivaient toujours, fut obligé de se rendre i» discrétion le l"' mars lG3i. Lue quantité de munitions, de canons, d'armes furent les trophées de cette journée. Sehin s'agenouilla devant le roi, cl demeura dans cette atlitudc jusqu'à ce (|ue Uadzivill lui dminàl l'ordre de monter à cheval et de se mettre en roule.
Après celte capitulation, le roi prit Durogoboiijc, Viazina , Kalouga, .Mujaïsk, et menaça même Moskou. EiVrajé et abattu par la rapidité des succès des l'olonais , le Uar Michel Ecdoroviisch demanda avec instance la pais, cl le roi la lui accorda. Elle l'ut conclue le .1-15 juin IGS'i , sur les bords de la Polanowka, près de Viazma. Ep vertu de ce traite, le roi des Polonais renonça « au droit et au titre » de tzar que les Moskovites lui avaient décerné le 27 août iClO. Il « reconnaît Michel pour tzar de Moskovic cl autocrate des Russie*, Il sans que ce titre puisse lui donner un droit (|uelcQnque à ces Rus- » sics qui appartiennent ab anlu/un à la l'olo)(ne. De son côté, le tzar » Michel, avec l'assentiment de son conseil, des boïars cl d'autres » personnes de tout état, cède et rend ;i la Pologne les villes avec » leurs districts qui lui ont déjà été cédées par la Irève de 10 17, sa- » voir . Smolcnsk, Hiclaïa , Dorogoboiije, Roslavl, Morovsk, Czer- » niechow, Slarodub, Poczcp, Troubczewsk, IXcwel, Siebiez, Krasne <i cl le district de V\ ieliz. il recounait l'Eslhonic, la Livonie, la " Kourlande pour possessions légitimes de la Pologne , et s'enlace i » interdire le passage par ces territoires à quiconque voudrait les eii- » vahir. Il reconnait au roi le titre de duc de Russie. Les captif-i des » deux côtés seront mis eu liberté. Les frais de guerre seront sup- » portés par le tzar. Les Polonais recevront beaucoup de fourrures de » martres-zibelines, h Ce traité perpétuel fut ratifié à Moskou le lU mars, et à \Varsovie le 3 mai lU3â.
Si la bonne foi , si la hdélité aux engagements, si l'esprit et la lettre de l'Evangile étaient possibles chez les tzars et dans la politique de leur cabinet, la tranquillité cl le repos de l'Europe pourraient se perpétuer; mais rien n'est sacre pour la Russie; dans le malheur, elle s'humilie, elle signe les trailés, elle promet tout; mais au moindre succès, elle oublie tout, elle renie tout, elle envahit et dénaliona lise !...
A l'époque des négociations delà paix avec Moskou, Wladislas I\ étant certain de sa conclusion, tourna ses yeux sur la Turquie. Sans égard pour le traité conclu à (^hociin le 0 octobre 1621, les Turcs iullucnccs sons main par le tzar cherchèrent à rompre ce traité. En conséquence André Trzebinski, chambellau de Léopol, fut envoyé de la part de \\ ladislas vers Amourad IV.
Après bien des obstacles, l'ambassadeur polonais fut présenté au sultan le 20 mars 1634. Le Grand Turc lui demanda d'un ton impérieux :
(c Dans quel dessein es-tu venu à Stamboul?
— Je suis Venu assurer Votre Haulcsse , suivant l'ancienne coutume, de l'amitié de mon auguste maitro le roi Wadislas IV, et ciuieuter l'alliance conclue avec Soliman.
— Il n'est plus question ni de paix ni d'alliance, mais d'une guerre sanglante. Il n'y aura pas de vraie ainilié ni de voisinage entre moi et le roi du Lehistan, s'il n'embrasse, de concert avec toute la nation, la foi du grand Mahomet, s'il ne paye un tribut annuel , s'il ne l'ail démolir les forteresses sur les frontières, et s'il ne sujipriinc pas entièrement les Kosaks.
— Apprenez, seigneur, que pour des Polonais, pour une nation libre, l'idée seule de changerde religion, dépaver le tribut et dedémolir les forteresses est outrageante, surtout quand leurs liras peuvent encore porter les armes. El, quoique seul devant vous, souffrez, seigneur, que je vous dise que mon cieur répugne à ces conditions, et que je regarde la guerre eoniine le meilleur argument pour Irancher la question.
— Vous oubliez que je suis un mouarqiie qui fait trembler toulfs les nations du monde!
— Je n'oublie pas que vous êtes un grand potentat; mais je sais aussi que je vous parle, seigneur, de la part d'un roi qui est l'égal de tous les souverains du monde.
— En ce cas j'inonderai la Pologne de mes troupes, je tirerai mon cimeterre, et je détruirai votre pays par le fer et par le feu !
— Vous êtes maitre, seigneur, de déclarer la guerre; mais c'est à Dieu à disposer de la victoire. Le roi Wladi>las aussi tirera son cimeterre; le monarque agira contre le monarque, la force se mesurera avec la force, et la Pologne est sûre de la victoire : les champs de
HISTOIRE DE LA POLOGNE
Chociin, de Sasowy-Rog, de Paniowce, les dcftiés de la Moldavie, sont des preuves vivaiilcs qui parlent en notre faveur. »
Le sultan et ses ministres tressaillirent de colère à ces sanjjianls souvenirs. Le sultan, étonné des reparties de l'ambassadeur polonais, se tourna vers les siens et dit : « Je voudrais que vous suivissiez » l'evemple d'un tel ministre! " Il salua l'ambassadeur, et ordonna de le faire escorter avec honneur.
Depuis, les Turcs firent de grands préparatifs de guerre ; mais cet orage se dissipa devant l'étoile de Wlailislas. Le sultan ayant appris que les Moskovites étaient contraints de conclure la paix de la Polanowka, envoya une ambassade pour traiter avec le roi. La diète de AVarsovie s'occupa , en juillet, de cette affaire. LesTurks, traînant en longueur les négociations, forcèrent ANIadislas à faire les préparatifs : il cet effet il se mit en route pour Léopol , lorsque le sultan, effrayé, finit par signer la pai\ , en' septembre 1634, avec des conditions avantageuses h la Pologne.
Après ces événements, Wladislas arrangea les affaires avec la Suède, en vertu du traité de Sztumdorf du l2 septembre )G35, et accorda sa protection au\ Kosaks, envers lesquels l'aristocratie polonaise abusait de ses prérogatives.
Le 24 mars 1644, l'archiduchesse d'Autriche Cécile-Reuata, épouse du roi, étant morte, et le gouvernement français désirant étendre son influence sur la Pologne, envoya un ambassadeur, le sieur de Fiecelles, vicomte de Brégy, pour otïrir au roi iMarie-Louise, fille de Charles de Gonzague, duc de .Alantoue. Le contrat de mariage fut signé à Fontainebleau, le 3(i septembre I64ô. Une magnifique ambassade polonaise vint chercher la nouvelle reine à Paris; le 5 novembre, les fiançailles par procuration eurent lieu en présence de Louis XIV, âgé alors de huit ans, et le 10 mars 1646, Wladislas épousa la reine à Warsovie, et le 15 juillet suivant elle fut couronnée à Krakovie.
]Notre but principal, dans cette publication populaire, étant de rappeler les événements qui ont uni les doux nations de France et de Pologne à différentes époques, nous donnons lanarratio|i contemporaine de l'arrivée des ambassadeurs polonais à Paris, et le départ de .Aiarie-Louise de Gonzague pour la Pologne.
" Le dimanche 29 octobre 1645, M. deBerlize, l'un des introLluctcurs, se rendit à onze heures du matin, avec les carrosses du roi, à l'hùtcl d'Elbeuf, parce que le duc de ce nom et le prince d'iiarcourt, sou fils, avaient ordre de recevoir les ambassadeurs polonais qui avaient diné ii PieuUy, à la maison appartenant au sieur de Rambouillet. Un différend survint entre les ambassadeurs et le duc d'Elbeuf; celui-ci prétendait les rencontrer en chemin , et les ambassadeurs ne voulurent point partir ni monter à cheval avant que le duc les eût salués à Rcully. Quoique la prétention du duc fût nouvelle, il fallut la régler, et le jour était sur son déclin lorsque les ambia^sadeuçs ^ntrèreni à Paris par la porte Saint-Antoine.
" Girault, adjoint des introducteurs, fit ranger la troupe, qui était il cheval, se plaça k la tète, et la fit marcher dans l'ordre suivant :
• Le capitaine des heïduques (ou gardes du palatin de Poznanie) était aussi ambassadeur ; il se présenta le premier, et ouvrit le cortège.
' Il était revêtu d'un dolman ou justaucorps de satin jaune, recouvert d'un long manteau doublé de martre zibeline ; le bonnet qu'il portait sur la tète était de drap d'or, fourré ainsi que le manteau, et orné de plumes de héron, soutenues et attachées avec une agrafe de pierres fines. Il tenail à la main un busdigan, ejpèpe de massue dont chaque extrémité était garnie d'argent iloré. Un cimeterre magnifique, chargé de grosses tuniuoises, pendait à son côté. Sou cheval était sellé et housse de drap semé de broderies d'or; les deux étriers a la polonaise étaient larges et d'argent massif; la bride, le poitrail et la croupière, enlacés de chaînons d'argent admirablement travaillés. Une longue épée tombait d'un côlé de la selle. Sa compagnie, composée de trente hommes, marchait à pied. Ils étaient vêtus d'un zupan de drap ronge. Les manches de rhabillemcnt, ouvertes sur l'épaule, lloltaient gracieusement ; le manteau, de la même couleur et de la même étoffe, était retroussé sur l'épaule et retenu par huit houcles d'argent; ils avaient le bonnet en tête, garni de fourrure, an-dessus de laquelle on voyait une lame d'argent au lieu de plumes. Pour aruies ils portaient une carabine sur l'épaule droite, et une lourde hache sur la gauche. Leur tête était rasée; une longue mèche de cheveux était conservée au sommet pour ornement du chef; leurs iiiiiuslaches étaient très-longues.
(Quatre hommes marchaient dans le même costume, portant cha- ' un une enseigne de deux couleurs également partagées, jauue et ' i';e. Six fifres suivaient ceux-ci, puis marchait l'évêque de Warmie riceslas Leszczyiiski ). Un autre ambassadeur suivait, couvert H zupun de satin cramoisi et d'un manteau en velours de la même ' liour, fourré de martre zibeline; son bonnet, aussi richement (iini- que celui du premier capitaine, son cheval, le reste de l'équi- |ii;;e, ainsi que sa compagnie, ressemblaient parfaitement a ceux du pi<'i:rdenl. L'habillement différait seulement par la couleur, et au lii 11 de huit boucles d'argent, ils en portaient seize de chaque côté.
" Ilel Campo les suivait avec les gentilshommes de son académie. Immédiatement après venait le capitaine des carabiniers de l'ambassadeur palatin, vêtu d'un jusliiucorps d'étoffe en soie incarnat; le
manteau, en velours vert, était mag«iti(iuement brodé d'or, le bonnet vert garni d'une aigrelle assez touffue. U montait un cheval admirablement harnaché; un riche cimeterre pendait d'un côté, et un autre aussi beau était attaché à la selle. Sa compagnie, coaiposéc de vingt-six hommes habillés de drap rouge galonné, le suivait à une certaine distance ; ils étaient armés de carabines, l'épép à )a ceiiiture et le grand cimeterre attaché ii la selle.
I. L'écuyer de Vaux marchait avec les gentilshommes de son académie ; leurs chevaux superbes étaient parés de glands d'or.
o Trzeciecki , premier gentilhomme de la chambre du même ambassadeur, s'avançait vêtu d'un zujian de satin violet ; son manteau sans collet était eii tabis de la même couleur, doublé de martre. 11 tenait ii la main un marteau d'acier, dont le manche était doré. Sou épée et sou cimeterre couverts de pierres fines ajoutaient ii l'éclat qui l'entourait; la selle, en drap de soie violet, couverte de broderies d'argent, ainsi que la housse qui tombait jusqu'à terre, ne laissait pas moins voir l'élégance du cheval. Il conduisait vingt-quatre hommes de la chambre de l'ambassadeur, et cette marche si brillante paraissait devenir, de plus eu plus magnifique à mesure que le cortège axancait.
» La compagnie de Trzeciecki était habillée de dolmans de satin jaune très-amples , allant à merveille à ceux qui les portaient ; le manteau fait en velours cramoisi , doublé ainsi que le dolman ; il était carni de boutons d'or à queues d'un fil du même métal ; tous montes sur des chevaux choisis, superbement harnaches. Ils étaient porteurs d'uu arc et d'un carquois de velours garni de flèches dorées. .,..,,.
» Hornolfini et son académie suivaient Trzeciecki ; ils étaient devancés par le premier gcntilhommt; de l'évêque de Warmie. Celui-ci vêtu d'un zupan de salin blanc bordé d'une large bande de fourrure, surmontée d'une lame fl'argent. Son manteau de velours amarante doublé de toile d'argent. A la main il tenait une massue d'or élégamment ciselée. Seize gentilshommes formaient la suilc ; leur zupan était de satin gris de lin parsemé de broderies argentées ; le bonntt de velours vert avec un bouquet de plumes d'autruche : leur mouturc ne différait pas de celle des autres ; leurs armes étaient ctincelantcs d'or et de pierreries , et l'aduiiratiou croissait à chaque pas des nouvelles compagnies. .
« Un peu plus loin ou aperçut Memon avec son académie ; puis six trompettes, dont trois du pa'lalin, vêtus de zupans de satin jaune; bonnets et manteaux de drap rouge accompagnés de broderies. Les trois autres trompettes avaient des :ii;hi/is de satin blanc, bonnets et manteaux en drap vert. Les banderoles des trompettes, parsemées d'or et de soie, portaient les armes de leur niaitre.
.. Bilinski, écuycr du palatin, faisaii mener devant lui un cheval turk blanc de toute beauté. Il marchait lentement eu balançant sa tête chargée 4'un bouquet de plumes de héron. Une énorme rose de rubis entourée d'autres pierres fines couronnait son front, et éblouissait les veux des spectateurs. Bilinski portail un costume d'une magnificence extrême , quoique les couleurs en fussent plus serieu-ses. Sou zupun, eu satin d'uu rouge pourpre, élajt bordé de martre brune k reflets argentés ; le manteau jeté sur ses épaules était d'un velours .•ris de 1er fourré de la même martre, et reienii par des ganses d'or; de gros glands pendaient auï extrémités de ces mêmes torsades, et son bonnet était d'or mat. . , ,,
» La selle de son cheval turk, de brocart d'or, clait parsemée d une grande quantité de turquoises et de diamants ; la housse en broderies d'or Pracieusement dispersées ça et Ik sur le fond ; la bride, la croupière'et le poitrail étaient couverts de chaînons e' de lames dorées si infénieusemeut travaillés, qu'ils étaient aussi souples et aussi flexibles que s'ils eussent été de cuir. Ce modèle des coursiers ctait fourré d'ar,.ent et portait k sa selle une épée de grande dimension, dont le fourneau d'argent massif était iiicrusté d'émeraudes et de rubis.
> V quelque distance, trois musiciens, habillés de satin de diverses, couleurs, ouvraient la marche de plusieurs genlilshommes polonais, se trouvant k Paris comme voyageurs ; ceux-ci étaient vêtus a la
"rU^comtc de Aoaillcs , que la princesse Marie-Louise de Gonzague avait envoyé k la rencontre des ambassadeurs, se trouvait a a titlc de la moitié de l'académie du maréchal de Poix, conduite par le baron de Biron eu l'absence de l'écuyer. L'autre moitié marchait sous les ordres du comte de Barrault, envoyé par la même princesse.
„Le colonel polonais Szodrowski , capitaine des gentils hommes d'honneur du palalin de Poznanie (Jean Opalinsk.) se prescn.a après la cour de la princesse. U montait un cheval turk dont la robe était moitié blanche et moitié isabclii.c, selle de broderies couvertes de petits croissants d'argent doré. Le colonel, velu de toile dargc.it rès-brillaute, était coiffé d'un bonnet en même tissu, double de m irtrc zibeline, garni de deux superbes plumes de Ucron ; de riches pierreries eu forme d'étoile, placées au-dessous du bouquet de plumes, paraissaient le soutenir. . , , ,
. Trois hommes marchaient k pied a ses cotes ; leurs casaques dorées k la turque ne formaient également qu'une nappe d'or éblouissante • ils avaient pour armes une longue hache, dont le manche etai» incriisié de turquoises et d'uite infinité de pierres aussi rares.
HISTOIRE DE l'OI.OG.NE.
:> Jamais Paris n'avait vu tant de niagniliccnce : tout le luxe soiiii)tueux d'Orient senililait s'èlre réuni dans cette capitale, et de quelque côté que les rej](ards se tournassent, ils ne découvraient que l'or et les pierreries les plus élincelantes.
u Alors se tirent voir des seiipieurs que le roi, la reine, le duc d'Orléans, le prince de Coudé et le duc d'Iinyliien avaient envoyés au-devant des ambassadeurs. Immédiatement après parurent Opalinski, cousin du palatin j Alexandre Sielski, maître d'hôtel de l'évèquo, et Stanislas kostka, comte de Steinbcri;. Ils étaient habillés de justaucorps verts; par-dessus, une vesie de brocart d'or à tlcurs, garnie, depuis le haut jusqu'à la taille, de boulons enrichis de diamants, d'éuieraudes et de rubis; leurs bonnets étaient chargés de grandes aigrettes. Ils montaient des chevau\ turks harnachés en lames d'or couvertes de diamants, ayant au cou des chaiues d'argent doré, qui les entouraient plusieurs lois.
» Adrien Slupecki, neveu de l'évèque, Evaristc Belzki, François Cis?.ewski, Stanislas W atl.i, caméricr du palatinat de Poznanic et lua-
Pologne, vêtu de toile d'or fourrée de lynx, le bonnet en velours gros bleu, et monté sur un cheval arabe supérieurement paré.
>. Le |>rince Uadziwill et Zamojski, fils du grand chancelier de la couronne de l'ologne, suivaient Ciekiinski, et étaient tous deux habillés il la Iraniaise d'une manière fort recherchée.
-. Ce fut alors que parurent les deux ambassadeurs, avant devant eux le sieur de Herlize, et à leurs cotés le duc d'Elbeuf et le prince d'ilarcourt sou lils.
- L'évèque, la main appuyée sur son collègue, était revêtu de ses habits les plus beaux, l ne robe de soie violette, la plus mannitique qu'on puisse voir, tombait jusqu'à ses pieds; il portait un "bonnet gris sur la tète, et avait sur l'épaule une large fourrure d'hermine doublée de satin blanc. Autour de son cou était un collier de diamants, et sur sa poitrine brillait une croix d'or admirablement travaillée.
» Le palatin avait une casaque de brocart d'or, couverte de pierreries si élincelantes, qu'elles paraissaient surpasser l'éclat de celles
Stanislas Zolkiewski présente les tzars de Moskovie u Sigismoud Jll a 'ttarsovie, le -29 octobre 1611.
réchal de l'ambassade, étaient montés et vêtus aussi élégamment (jue les précédents.
>: .Ican Traginski était couvert d'une veste de brocart d'or fourrée de zibeline, ainsi que le bonnet orné d'un bouquet de plumes de héron, dont le bas resplendissait de diamants. Son cheval turk avait une bride d'or toute façonnée ; la selle et la housse de velours cramoisi étaient semées de croissants d'étoiles dorées et argentées. Son front était orné d'une enseigne de diamants et d'une touffe de plumes. Le coursier fut encore plus admiré par son adresse et son agilité, que par sa beauté et ses ornements. Son cavalier le fit mettre à genoux; il baissa la tête jusqu'à terre en passant devant le Palais-Royal; il agita son élégant panache, et parut saluer avec respect le roi et la reine, placés à l'un des balcons pour jouir du brillant spectacle de cette majestueuse cavalcade.
>. On admira aussi plusieurs autres grands seigneurs, parmi lesquels se trouvèrent Alorsztyn, Jcan-Czarny Zawisza, Orzechowski, neveu de l'évèque, et IJienhcim-Choloniski.
» Le secrétaire de l'ambassade, vètii avec magnificence, et fort avantageusement doté par la nature, accompagnait Roncagli, ministre résident de Pologne, dont le cheval, harnaché de velours noir, était conduit par lu marquis de Miossens, lieutenant des gens d'armes du du roi.
• On vit encore Ciekiinski, noble sénateur de la république de I
l'jris. Tj,ioi;rapbic Hcuri
que nous avous déjà tant admirées. Son sabre et ses ctriers, couverts de saphirs d'un bleu céleste, se détachaient de la housse qui couvrait un cheval d'une rare beauté. Ses pieds avaient quatre fers d'or massif, dont l'un se détacha dans la rue, n'ayant été cloué peu solidement que pour faire preuve de Imc. Puis venaient des carrosses , parmi lesquels on eu remarqua six plus extraordinaires que les autres par l'équipage et la richesse des harnais.
.) Les voitures étaient remplies par les personnes de la suite de l'ambassadeur, telles que les confesseurs, les médecins , quelques jésuites et autres ecclésiastiifues tant allemands que polonais, tous élevés aux grandes dignités.
»• Parmi les chevaux, il y en avait <|uatre turks; vingl-lrois étaient ferrés d'argent et tous magnifiquement ornés.
>' Ce fut dans cet ordre éclatant et nnii|ue que les ambassadeurs polonais traversèrent presque loiitc la ville de Paris; c'est-à-dire depuis la porte Saint-Antoini' jtis(|u'a la rue >cuvc-Saint-llonoré , oii ils descendirent à l'hotcl de \ eudôme. Dès qu'ils turent arrivés, le roi les envoya complimenter par M. de Liancourt , premier gentilhomme de la chambre du roi, et la reine leur adressa le comte d'Orv.il , son premier écuycr.
" Deux jours après cette entrée triomphale, les ambassadeurs obtinrent leur première audience; elle fut accompagnée des mêmes cérémonies qu'à leur entrée ; à l'exception cependant qac les priuci- Plon . rue Garar.cicrc , 8.
HISTOIRE DE POLOGNE
paux seigneurs furent choisis et invités par le duc de Joyeuse à monter dans les carrosses de la cour.
u Tous les princes et tous les grands de la cour de Sa Majesté Louis XIV furent prévenus de se rendre au Louvre , où résidaient Leurs Majestés. Le grand maître des cérémonies de Rhodes accueillit l'ambassade tambour battant. Cent Suisses, commandés par le lieutenant Sainte-Marthe, étaient rangés avec un ordre parfait au pied du grand escalier du Palais-Royal. Les ambassadeurs y rencontrèrent le marquis de Chaudenier, capitaine des gardes écossaises; il se plaça devant le grand maître des cérémonies , et les deux ambassadeurs de Sa .Majesté Polonaise Wladislas, conduits par le duc de Joyeuse, entrèrent dans la galerie. A mesure que les seigneurs polonais pénétraient dans la galerie , le grand maitre des cérémonies royales les faisait placer en haie, al'iu de laisser un libre passage aux envoyés du roi de Pologne.
1) Ceux-ci, après avoir respectueusement salué le roi et la reine, prononcèrent des discours en latin, et présentèrent leurs lettres de
idée exacte et complète du degré de civilisation de la Pologne à une époque où , dans les mêmes circonstances , la Moskovie se montrait toujours barbare.
Les ambassadeurs polonais déploient à la cour de Charles IX et k la cour de Louis XIV un luxe, une magnihcence, une splendeur qui rivalisent avec le goût exquis de l.i cour du grand roi. Les hommes marquants qui représentent la Pologne se montrent instruits dans toutes les sciences; iU parlent plusieurs langues, ils sont élégants, counois, t; obtiennent le titre de français du Xord.
Jetons maintenant les jeux sur une ambassade russe de 1654. U n'y a ni parallèle, ni comparaison, ni panégyrique, ni critique à faire, ll'nous sullit de présenter les faits, parce que la vérité est la suprême éloquence de l'historien.
Les gouvernements choisissent l'élite de leurs hommes d'Elat pour se faire représenter auprès des cours étrangères; le gouvernement russe envoya donc l'expression de sa civilisation et de son progrès. Malheureusement il parait que cette civilisation et ce progrès sont
Héroïsme de madame Chrzanowska à Tiembowla en 1675.
créance. Le comte de Brienne, secrétaire d'Etat, les prit des mains de Leurs Majestés, et fut chargé par elles de les déposer dans les archives du royaume.
w Au sortir du Palais-Royal, les ambassadeurs se rendirent à l'hôtel de Kevers pour présenter leurs hommages à la belle princesse de Mantoue, qui voulut bien les recevoir à l'entrée d'une salle richement décorée. Ils lui parlèrent en latin, et la prièrent humblement d'accepter une croix en diamants de la valeur de cent mille écus.
)i L'évèque d'Orange répondit à la harangue des ambassadeurs, et la princesse leur future reine les conduisit jusqu'au milieu de la salle, où elle les quitta. Le 27 novembre 16-43 , elle était déjà sur la route de Pologne. 1)
Comme on l'a vu, Marie-Louise épousa àWarsovic, le 10 mars 1616, le roi Wladislas IN ; mais cette union ne dura pas longtemps, carie roi mourut le 20 mai l(ii8. Plus tard la veuve épousa Jean-Kasimir, frère de AVIadislas.