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CHAPITRE XV

La Pologne, la France et la Russie en 1654. — Ambassade russe à Paris. — Parallèle des deux civilisations polonaise et moskovite.

Les deux ambassades polonaises en France, relie de Ià73, que nous avons décrite préccdemmeut, et celle de 1645, donnent une

bien lents ii venir en Russie, car au commencement du dix-huitièmc siècle l'inimitable fabuliste la Fontaine n'a pu dire autre chose tic ce pays que ces mots :

Quiconque est loup agit en loup.

Ou. comme l'a dit Napoléon I" au dix-neuvième siècle :-- G ram^ . l'épiderme russe, et c'est toujours Tours ou le latar qu on y

" (^Diïïmura mettre en doute l'impartialité de '•';|;'^-f P^*- r nous donnons ici , car ces détails sont rapportes P" ' ["';^^»^^,: témoin oculaire, maitre .les cérémonies et mtroducteui des ambas

'Tz::: Sî^;:; le ..ar A.exis Miuhaïiovit... <};•• ^;^;,--; ■«=

point d'envahir la Pologne, demanda à Lou.s XIV ^'"lerven.r auprès de sa parente Marie-Louise de Gon7.ar,uc mariée en secondes noces : Jean Kasimir, roi de Pologne et frère -le N '«J'^' ^ '\' ^fj" que cette princesse ne s'opposât pas aux vues du Izai, et le laissât agir en Pologme au gré de sa iiolitiquc. rnnstan-

"La mission diploniatique fut confiée au fc».a.. ou P"" Constantin MeschlschersMo-. La Russie, comme nous l'avons dit, ava t eho.s, le plus illustre de'ses hommes d'Etat, et Pp"^ "«^-^'-'P" ="" "gf/d". diplomate, elle avait nommé secréUure d'ambass.ul. Andrc Uogaa

Hisroii'vE iJE im)I,(»(;ne,

noff , autre illtislratioii de la cour de Aloskou. Outre ccIk , il y avait un intrrpri'tc et quelques serfs faisant le service de laquiiis.

L'.iinbassadP, ainsi «njanisre, se rendit d'aliord en Hollande. Clianut, ministre plénipotentiaire de France auprès des Ulals-Gënéraux, informa sa cour de l'arrivée des Moskovites et de l'olijet de leur mission.

Pour un Izar, une ambassade était cliosc peu coûteuse; la Dussle suivait en cela la coutume orientale, qui s'en remettait à la munificence des cours élrangcTi's jiour défrayer ses envoyés. Au lieu de deniers comptants, le tzar .\h>iis donna à son ambassadeur une lelire pour le roi de France, et un inèmorandutn oii étaient expliqués longjucment les motifs qui lui faisaient déclarer la jjuerrc a la Pologne, et oii il se phriijnit de l'abandon des Kosaks, qui, après s'èlre d'abord révoltés contre le roi de Pologne, passèrent à la Bussie, et ensuite avaient tralii cette dernière puissance pour se remettre' de nouveau sous la suzeraineté polonaise.

Quelque temps après avoir reçu la communic.ition de son envoyé en Hollande Chanut, le comte de Biienne, ministre des affaires étrangères, reçut la visite d'un inconnu, accompaijné d'un liomme que la ville de Koucn avait mis auprès de lui pour lui servir de guide et de truchement. L'un de ces deux personnages était lean Wi'iner, l'inlerpri te de l'ambassade moskovile ; l'autre était l'interprète de l'intcrprèlc; cl quand on pense que cela ne suffisait pas encore! VN ilner, nés de parents flamands établis en iNloskovie, savait le russe et le flamand ; mais personne à Paris ne comprenant les deux langues, on finit par découvrir le banquier Prisse, qui parlait flamand "et français. A l'aide de ces deux trucliemcnts mis bout ii bout, on s'entendit tant bien que mal.

^ Le comte de Brienne arriva à comprendre ce dont il s'agissait; il s'agissait d'envoyer au Havre-dc-Gràce des fonds à l'ambassadeur russe pour qu'il put venir à Paris remplir sa mission diplomatique. On tu cnltndre au trueliement qu'on ne donnerait rien quant ii présent, mais qu'à l'arrivée de l'ambassadeur on aviserait.

Le comte de Brienne cliargca un maître des cérémonies, introducteur des ambassadeurs, d'arranger la réception de ces Moskovites, et c'est d'après ce maître des cérémonies que nos lecteurs verront, par eitr.iit, comment se )iassn cette ambassade :

« Sur l'avis reçu de Paris, l'ambassadeur s'était mis avec sa suite et était arrivé a Saint-Denis, à l'auberge de VKpée royale. Là il fit une nouvelle halte, atlcndant toujours qu'on voulût liien payer sa dépense. On le fit attendre huit jours, pendant lesquels on tint conseil chez le cardinal Mazarin, chez la reine régente et le jeune roi enhu chez M. Servien, qui en sa qualité de surintendant des finances serrait bien les cordons de la bourse. A force de délibéiations ou tomba d'accord, et on décida qu'ur.e somme de deux mille quatre cents livres serait dépensée pour le séjour de l'ambassade moskovite a Pans, mais qu'on n'entrerait pour rien dans les comptes de frais antérieurs. C'est-à-diiequ il fut résolu avec M. Servien qu'on dépenserait cent livres tant pour leur logement et nourriture que pour toute autre chose par jour, et que pour la dépense que celte ambassade aurait faite au Havre et depuis jusqu'au jour oit elle entrait dans le carrosse du roi, elle n'aurait rien. «

» Le maître des cérémonies se rendit donc à .Saint-Denis avec le carrosse du roi et avec celui de la reine mère. Etant arrivé à l'auberge de 1 Lpee royale, il prit l'envoyé moskovile et se mit avec lui et ses deux Iruchemrnts dans le premier carrosse, laissant le second a un 'ommis des aflaires étrangères, aif secrétaire de l'ambassade et a deux ilollandais qui étaient venus d'Amsterdam avec elle. Huit laquais en costume moskovite de couleur verte montèrent derrière les carrosses, mais à l'entrée de la ville ils descendirent pour marcher aux por leres. Les Parisiens furent ébahis à la vue de ces étrangers à longue l'arbe et a longs cheveux, revêtus de caftans et de bonnets de velours bordés de martre.

.. Le maître des cérémonies les déposa dans un hôtel rarni de la rue IJauphine, et leur envoya son cuisinier et un maître d'holel Vualrc jours après, les deux carrosses revinrent devant celte maison pour conduire le kniaz a l'audience du roi. Cette fois le secrétaire se mitaycL- son maure, avec l'introducteuret avec les deux truchements dans le principal carrosse, tenant en l'air, comme un ciboire, la lettre du tzar, enveloppée de tallelas rouge. 1\ conserva cette altitude pendant tout le trajet, et jusqu'à la remise de la lettre

. S.1 Majesté, ayant auprès de lui le comte de Brienne et les officiers de sa maison, attendait dans le grand salon du palais, l'ambassade du tzar de Moskovie. L'envoyé prit des mains de son secrétaire la lettre de son maître et la présenta au roi, en récitant tous les titres 'lu tzar. 11 n était pas permis d'en retrancher la moindre chose, et

rotôt, ,,1'r? 1 '^''\""'"" '""Jo'-rs d'un papier coMtenant le nu'il étaft eh :"'• ^^?'' r""' **'* '"■""' '■«"•bassadeur ajouta France demander dt» nouvelles de la santé du roi de

" Les deux truchements répétèrent successivement tous ces titres et la harangtie tres-courte de l'ambassadeur; après quoi "e roi à son ZZ'1""'a'"^'' i" nouvelles de la santé du grand-duc de Moskovie Sa demande, a 1 inverse de celle de l'ambassadeur, fut tradui e suc

cessivement eu flamand et eu russe. Mais au lieu de répondre, le kniaz manifesta un grand malaise, et on lui demanda ce qu'il avait. II déclara être douloureusement aff^clé de voir que Sa Majesté le roi de France ne s'était levée ni en entendant les noms et litres du tzar ni en pnuionçant elle-même ces noms , attendu que c'étiiit une étiquette invariable des cour^ de se lever au nom de son maître, et que ni le sultan ottoman, ni l'empereur d'Allemagne, ni le schah de Perse, ni le grand khan des Tatars n'y manquaient jamais. (,)iiaiKl ce sujet de mécontentement futparvenii jusqu'aux oreilles du roi par la double traduction flamande et fiançaisc, le roi ht répondre par le comte de Brienne que ce n'était point la coutume en France, mais que jjour témoigner sa haute estime envers le grand-duc de Moskovie, il allait se découvrir la tète. En elïet, il ôta gravement son chapeau, puis il le remit. L'ambassadeur déclara être satisfait.

» On le conduisit de là chez la reine-mère; comme il n'avait pas de lettre pour elle, le maître des cérémonies lui dit en chemin qu'il fallait faire une révérence et adresser un compliment à la princesse. L'ambassadeur fil bien la révérence ; mais, pour tout compliment, il demanda à la reine, de la part de son maître, comment elle se portait. Il fil faire lecture, comme chez le roi, de tous les titres du tzar; son lecteur, ne voyant plus tliir, ne put s'en tirer; l'ambassadeur se fâcha tout rouge. Mais la reine dit qu'elle le dispensait de la peine de lire les titres.

Il L'ambassadeur ne fut pas capable de dire de quelle famille étaient issues la mère et la fenune de son maître. Hs ne font cas, en ce payslà, ni des mères ni de toutes les femmes, et ne s'enquêtent jamais d'elles; et quand le grand-duc a eu deux filles consécutives d'une femme, si elle fait encore la troisième fois une fille, il la répudie et fait bàiir un couvent oii il la met et ses filles avec elles, et se remarie à une autre.

Il Le lendemain, l'ambassadeur voulut retourner à la cour pour présenter au roi le livre des raisons qu'avait son maître pour faire la guerre à la Pologne. L'introducteur lui fit observer qu'on n'obtenait ]ias d'audience du roi tous les jours, et qu'il suffisait de rcmetire le livre au comte de Brienne, chargé de prendre connaissance des affaires étrangères. L'ambassadeur répondit qu'il avait ordre exprès de son maître de ne communiquer qu'avec le roi, et qu'il n'avait aucunement alïaire au comte de Brienne. Ou disputa toute la journée , sans que le maître des cérémonies pût faire comprendre au Moskovite qu'en France, c'est à un secrétaire d'Etat qu'on parle de diplomatie; le kniaz objecta sans cesse les ordres de son maître. H était tellement esclave de ses ordres, qu'il n'avait pas voulu faire une visileau secrétaire d'Etat avant l'audience royale, ni même envoyer chez lui sou secrétaire avec ses lettres de créance. Le lendemain nouvelle dispute aussi infructueuse que celle de la veille; et le livre ne fut pas présenté au roi.

Il Quinze jours se passèrent sans que l'ambassadeur moskovile quittât son hôtel garni de la rue Dauphine. Le maître des cérémonies lui avait poliment oDcrt son carrosse pour qu'il pût se promener dans Paris, voir le Louvre et les autres grands édihcfs de la capitale. L'ambassadeur, en le remerciant, l'avait assuré qu'il ne voulait rien voir du tout. En elïet, il préférait passer toutes les après-midi à s'enivrer avec son secrétaire et an autre attaché; à eux trois ils consommaient huit pintes d'eau-de-vic par jour, et dans leur ivresse, ils se querellaient et même se baliaieiit à coups de poing. Plus d'une fois l'ambassadeur ivre avait maltraité ses gens. Lorsqu'il était à Amsterdam, l'un d'eux tomba même victime de sa brutalité. Dans ces rixes, le secrétaire lui rendait coup pour coup. Une fois, s'étant pris aux cheveux , ils firent un vacarme tel, que les Suisses, qu'on avait placés dans l'hôlel pour écarler la foule des curieux et des importuns, se crurent obligés d'accourir pour les séparer. L'ambassadeur et son secrétaire s'apaisèrent enfin , et se remirent à boire jusqu'à minuit, en gardant avec eux ces bons Suisses, qui s'acquittèrent très-bien de leur nouvelle tâche. Comme l'ambassadeur ne fit pas la moindre disposition pour un départ prochain, on craignil qu'il n'eût envie de s'enivrer longt>-mps encore aux dépens du trésor royal. En conséquence, le maître des cérémonies alla lui dire, qu'il était libre de partir quand il lui plairait. Loin de s'en fâcher, l'ambassadeur répliqua qu'il ne le pouvait , parce qu'il n'avait pas reçu des mains du roi la réponse à la lettre de son maître. On lui dit qu'il recevrait celle réponse par le secrétaire d'Etat; mais l'ambassadeur s'écria : « O •I ciel ! mon maître me ferait couper la tête, si j'osais recevoir la Il lettre du roi d'autres mains (pie des siennes propres. »

" Ayant une grande envie de se débarrasser de lui le plus promptemeiit possible, on le mena dès le lendemain à l'audience du roi. .Sa Majesté remit entre ses mains la lettre pour le tzar écrite sur parchemin , et le secrétaire d'ambassade porta ce document, les bras levés, jusqu'au logis de la lé|;ation.

1) On ne pouvait se dispenser de faire un présent à l'ambassadeur partant. On choisit donc une chaîne en or de la valeur de ;i,CO() livres; le secrétaire devait avoir cent écus, l'inlerprète flamand autant et l'autre interprèle ïOO livres. On pensa qu'on ne se débarrasscriit de l'ambassade moskovite qu'en la défrayant jusqu'au Havre ; on fixa la dépense à 600 livres, ce qui avec le prix de la chaîne ferait une somme de 4,500 livres, sans compter les cadeaux à distribuer au se-

HISTOIRE DE POLOGNE

crétaire et aus interprètes. Cependant M. Servien déclara ne pouvoir donner que 3,GO0 livres pour le cadeau et pour les frais de route. Ou poila la cbaiiie chez le sieur Lescot, orfèvre de la cour, avec ordre d'en enlever un bout de lu valeur de 600 livres. L'orlevre raccourcit la chaîne, el retenant le bout avec sou droit de commission, il donna 544 livres; c'est avi^c celte somme que les Moskovites durent faire ie voyage du Havre. »

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