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CHAPITRE XVI

Election de Jean Kasimir. — Guerre contre les Kosaks et les Tatars. — Emploi du liberum vélo pour rompre les diètes. — Invasion des Suédois sous Cbailes-ijustave. — Invasion des Moskovites. — Invasion des Traisy ivains. — Victoires deCîarnieçki, en Pologne et en Danemaïk. — Discours du roi Jean Kasimir sur les futurs partages de la Pologne.

'. Aussitôt que le primat apprit la nouvelle du décès de Wladislas IV,

j il fixa au 16 juillet 1G48 la diète de convocation, et celle-ci indiqua le G octobre pour l'ouverture de la diète d'élection. Cette fois il n'y j avait que trois candidats, mais la majorité porta Sfs voix sur Jean I Kasimir, f.ère de Wladislas, qui fut proclamé le ?2 novembre. Après I cela , le nouveau roi quitta Warsovie, se lendit à Krakovie oii il fut couronné le 17 janvier iGiO. Enfin, au mois de juin, il épousa Marie- Louise, veuve de son frère.

Diï ans avant celte époque, Jean Kasimir avait été persécuté en France. Au mois de janvier IG3S, il quitta Warsovie, alla à Gènes, avec l'intention d'aller en Espagne pour rendre visite ii Philippe IV et revendiquer les sommes nupolttaines , que INaples devait par droit de succession à Catherine Jagf lionne, aïeule de Kasimir.

Eu passant par Marseille, il examinait son port, par un motif de simple curiosité, lorsqu'il fut arrêté (le 9 mai 1G181, emprisonné au château de Sisteron, et puis transporté à Vincenncs. Sa captivité dura deux ans. Le roi Louis XIII avait voulu se venger sur le prince polonais de l'a liance intime de Wladislas IV avec l'Autriche; à ce giicf se joignirent d'injustes accusations d'espionnage pour le compte de l'Espaguc, qui était alors en guerre avec la France.

Après de longues négociations, Jean Kasimir fut rendu à la liberté en 1640. En 1613 il partit pour l'Italie, où il entra dans la compagnie des jésuites ; puis il quitta cette compagnie et fut fait cardinal. Enfin il abandonna cette dernière dignité pour prendre la couronne de Pologne.

Les révoltes des Kosaks agitèrent les premières années du règne de Jean Kasimir. .Malgré les concessions que Wladislas IV leur avait faites, dans l'intérêt de la paix publique, elles déplurent à l'aristocratie polonaise. Bogdan Chmielniçki , chef des Kosaks, ne pouvant pas trouver justice auprès de quelques seigneurs polonais, el profitant de l'interrègne, conduisit, dès le mois d'août i648, les Kosaks au cœur de la Pologne ; il y fit main basse sur la noblesse, mais épargna les paysans. Le 23 septembre il battit les Polonais il Pilawcé, non loin d'Olesko. Puis il assiégea Léopol et Zamosç, qui se rachetèrent à prix d'or, et enfin il rentra dans l'Ukraine.

An mois de février IG49, la Pologne ouvrit des négociations avec Bogdan, qui se trouvait alors a Peréaslaw, au del.idu Dnieper; mais on ne pui rien conclure, car le tzar de Moskovic intriguait déjà, et poussait Bogdan à une nouvelle révolte contre les Polonais.

La noblesse sollicitait Jean Kasimir rie se meitri-. à la tète d'une armée; ce rci voulait ramener par la douceur-lcs Kosaks, jadis si dévoués et si utiles a la Pologne; mais la noblesse voulut se servir de la force; elle prit les armes, et se fil battre dans la basse Wolynie et sur les bords du lioh. Après ces défaites, Bogdan cerna les Polonais à Zbaraz, au nord de Tarnopol : il les tint assiégés durant tout le mois de juillet. Les Kosaks tentèrent vingt assauts, et les Polonais brent soixante-quinze sorties heureuses.

Il était temps que le roi s'emparât du commandement de l'armée. Bogdan apprenant la marche du roi va au-devant de lui, !e trouve ii Zboroxs- (entre Zloczow et Tarnopol). Le combat dura plusieurs jours: mais la victoire abandonna Bogdan, qui s'humilia devant le roi , et signa le 19 août iG49 un traité favorable ;i la Pologne. D'un autre côté , Janus RaJziwiU biiliit les Kosaks à Loïoxv, sur le Uuiéper.

Le traité de paix de Zhorow fit murmurer la noblesse , parce qu'il contenait quelques conditions équitables aux Kosaks; mais le roi voulait les ménager, et leur prouver que tôt ou tard ils deviendrairnt victimes de la perfidie des tzars de Moskovie, s'ils ax'aicnt le malheur de s'attacher a eux.

Bogdan crut enfin ii la sincérité de Jean Kasimir, mais le clergé uUramonain et l'aristocratie, qui avaient de vastes terres en Ukraine, s'opposèrent à l'exécution du traiié de Zboroxv , en disant que ce traité était contraire à leurs intérêts et privilèges particuliers, el «l'ailleurs que les Kosaks cachaient des intentions perfides contre la République.

Eu conséquence, Bogdan reprit les hostilités ; le roi lui-même fut obligé de se ia°ttre ii la tète d'une armée. On se rencontra à Beresteczko, sur le Siyr (entre Olesko cl Luçk); on se batlil pendant trois jours , les 28 , 20 et 30 juin 1 65 1 . Les Kosaks cl leurs alliés les Talars

furent complètement défaits. Le roi Jean Kasimir, ainsi que ses lieutenants principaux Etienne Czarnierki et Jean SobieslU s'y couvrirent de gloire. BogJan se sauva tout honteux.

Il ne restait plus qu'à poursuivre l'ennemi, mais les mésintelligences de quelques seigneurs empêchèrent le roi de profiler ultérieureinentdc ses succès.

Sur d'autres points .lanus Radzixvill remporta de noux'eaux avantages sur les Kosaks, et les expulsa de Kiiow; puis, à la tête de ses braves cohortes litvano-russiennes, il s'unit à Aicolas Poloçki , qui conduisait les légions victorieuses de la Pologne. Bogdan assiégé a Bialacerkiexv dut capituler el signa le 28 septembre iG.'il, une paix désavantageuse. Malbeureusemenl cette paix ne pouvait être de longue durée, car la iMoskovie , la Turquie cl jusqu'.i la Suède, s'uuirent pour exciter incessamment les Kosaks contre la Pologne.

Ce fut sous de tels auspices que commença l'année 1G.')2, fatale à jamais dans les destinées de la Pologne. Avec cette année arriva l'époque désastreuse de la décadence qui amena nécessairement la cbuie de ce pays. Alors les moyens gouvernementaux, l'autorité royale, l'exécution des lois devinrent impuissants à réprimer les abus de la haute noblesse. Le liberum veto (nie pozxi'alam) fut mis en vigueur. Celte initiative audacieuse avait été employée a la diète de V\arso\'ie, eu 1C5.' , parSicinski, nonce d'Upita, qui par sa seule voix empêcha la dicte de voter les impôts pour continuer la guerre. Le libi-rum vélo c'est-ii-dire la faculté de braver la majorité et d'annihiler le bon vouloir de tous par la volonté d'un seul, ouvrit la porte à toutes les calamités, aux malheurs particuliers et généraux, aux guerres civiles , aux confédérations turbulentes et liberticides. Comme dans tant d'autres choses, dans celle-ci c'est encore la Russie qui suscita, sous main d'abord, l'usage <le ce fatal privilège de la prétendue liberté polonaise, et plus tard elle le maintint tout haut, en s'opposant constamment à son abolition. Lorsque après cent quarante ans de malheurs, la Pologne parvint h abolir à jamais ce liberum veto par la constiiution du 3 mai i79l , c'est encore la Russie, furieuse de cette abolition, qui déchaîna ses hordes et anéantit la Pologne!...

Profitant de l'anarchie de 1G52, Thimotliée (Jhmielnirki, fils de Bogdan , envahit la Pologne, et remporta, les l^' et 2 juin 1652, une sanglante victoire sur le Bah, à Batog, non loin de Hubuik Dans le c lurant de l'année 1 653, le roi lui-même marcha contre les Kosaks et les Tatars; mais en 1654, Bogdan s'allie imprudemment avec le tzar Alexis Mikhaïlovitsch , qui envahit avec sa soldatesque barbare le grand-duché de Litvanie, et il s'empara de Smolensk, de Witebsk, de Polotsk et de Mobilew sur le Dnieper.

En attendant, le roi convoquait des diètes qui succédaient à d'autres diètes sans obtenir de résultat. Voyant que tout lui échappe, il se rend à Giodno; mais tandis qu'il se trouve privé des moyens de repousser les cnvahissem'.'iits des Moskovites, il x'oit surgir un nouvel orage qui arrivait du côté de la Baltique !

Le roi de Suède Charles Gustave, en succédant à la reine Christine, et brûlant d'envie d'exécuter les plans que la mort de Gustave- Adolphe avait ajournés, conçut le proj.-'t d'envaliir la Pologne. Il débarqua au mois de juillet IG55 ; le 30 août il entra à Warsovie, et le n octobre, malgré la glorieuse défense d'Etienne Czarnieçki, Krakovie dut capituler.

Simolianénient les Moskovites s'emparent de W'ilno et de Grodno. A Wilno, ils dressent sous leurs baïonnettes et leur knout l'acte d'élection du tzar au royaume de Pologne et au grand-duché de Litvanie, qu'ils font signer par quelques nobles de cette dernière province. El cet acte fut placé dans les archives de Aloskou , comme titre valable, authentique et légitime des droits des tzars à la glorieuse couronne de Pologne !...

De son côté, Charles Gustave, après avoir quitté Krakovie, alla dans la Prusse polonaise; étant àKoenigsbcrg, il conclut le |7 janx'ier 1656 , avec le duc de Prusse vassal de la Pologne, un traité contre cet Etal. Puis il s'entend avec licorge Rakoczy , duc de Transylvanie, lui promet la possession d'une partie de la Pologne el des terres rii.ssiennHg, et ce nouvel ennemi pénètre dans le pays ii la tête de 50,000 ciixahisseurs.

Dans ces fatales circonstances, le palatin Etienne Czarnieçki faisait des prodiges, et tenait en respect tous les ennemis à- la fois. Rakoczy fut vaincu par lui, et les Suédois et les iVIoskoviles ne purent triompher de la constance, des talents el du courage du héros polonais. Sur ces entrefaites, le roi de Danemark déclara la guerre ii Charles- Gustave, qui dut marcher vers ce pays. An nord , les Mo.koviles, prufitù'iit de ses embarras, envahirent la Livonie, l'Iugrie, la Karélie cl la Finlande. Le roi de Suède put comprendre alors la faute immense qu'il avait faite en accordant sa confiance au tzar, en cnx'ahis- !>ant la Pologne, qui ne lui avait jamais été hostile. Ce fut à la même époque (15 août I6'i7) que mourut Bog lan (Chmielniçki, dévoré de remords de s'être soumis aux Moskovites. Celte impolilique foiiiuissiun fut une des causes déterminantes de la chute de la Pologne; mais les Kosaks expièrent chèrement leur faute quand ils se virent asservis, dispersés et décimés sous le joug des izars !

Le roi de Danemark ne poux'ant résister an roi de Suède, demanda secours à la Pologne, s la Prusse et il l'Autriche. Jcnii-Kasiinir fut alors obligé de conclure avec Frédéric-Guillaunie, duc de Prusse

IIISTOIHE DE POLOGNE.

Il l9 si'ploiiilire IlliT, le traité de AA elil.ni , en vertu duquel il l'ut iilVraiichi de vasselage ii l'égard de la UépubI iic, sans cepeudant que celle-ci renonçai au droit de renouveler les liomniagcs de prestation de sernieul ii chaque olecliou d'un roi de Pologne.

L'Autriche et la Prusse se disant ostensiblement ennemies de la Suède, mais secrètement dévouées à Charles-Gustave, mirent tant de lenteur .i secourir le Danemark, que tout le poids de la défense retomba sur la Pologne. C'est encore à Czaruicçki que fut confiée cette expédition qui devait porter si loin la gloire n'iilitaire des Polonais.

Le palatin Czarnierki arriva il Schleswig le H novembre )G68. Les Polonais devaient s'embarquer pour l'Alscn el de là pour la Fionie , afin d'y attaquer les Suédois, qui assiégeaient Kopenhague. Le duc de Prusse, qui fut fn même temps électeur de Brandebourg, agissant mollement, et Czarniecki voyant la nécessite d'appuyer ses opérations , résolut de franchir le golfe maritime; mais il n'y avait pour cela aucune embarcation. Alors Czarnicçki dit aux hommes ((u'il commandait : « Polonais, jusqu'ici nous avons franchi les rivières et " les fleuves sans ponts ni pontons; aujourd'hui nous allons franchir )j la mer sans vaisseaux! Montrons que le courage surmonte tous les » obstacles! » Les Suédois, qui ne s'attendaient pas il cette audace surhumaine , se rallièrent du côté opposé du golfe et se mirent a tirer; mais voyant que malgré leur feu les Polonais sortaient de la mer, ils s'enfuiront. Les prisonniers, tout étourdis de l'attaque et de la dt'faitc , disaient : « Les Polonais ne sont pas des créatures hu- » maincs, ce sont des diables. Jamais on n'a vu une cavalerie traverser » un bras de mer pour aller chercher son ennemi. :>

La terreur que Czarnicçki avait jetée dans l'armée suédoise contribua puissamment au succès de l'expédition qui obtint de bons résultats; m.-ilheureusemenl le cbef polonais et son armée furent rappelés en Pologne pour repousser une nouvelle invasion moskovite.

Sur ces entrefaites, Charles-Gustave mourut. Cette mort bâta la conclusion de la paix entre la Suède et la Pologne , qui fut signée à Oliwa, près de Danzig, le 3 mai ICKO; mais Jean Kasimir futobligé de renoncer k ses droits sur la .Suède, la Livonie et l'Kslhonie.

Avant de suivre (Czarnicçki dans ses expéditions en Pologne, nous nous arrêterons sur les principaux épisodes de sa campagne en I)anemark. Nous les puisons dans les Mémoires écrits en polonais par Jean- Chrysostome P.issek, acteur et témoin oculaire de cet événement. Passek n'avait point la prétention d'être auteur, il raconte ses impressions, il fait de l'histoire intime. Officier supérieur dans l'armée de Czarnicçki, il assiste à tous les combats, et il fait l'amour chemin faisant; amour très-sérieux un jour, et qu'il oublie ou qu'il sacrifie a;)rès un joyeux souper. Les Mémoires de Passek sont une peinture de l'esprit et des mœurs des Polonais, des Allemands et des Danois au dix-septième siècle. Passek n'omet rien : il donne la description d'une bataille, l'attaque d'un fort et l'aspect d'un pays; il parle de tout à propos de tout et a propos de rien.

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