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CHAPITRE XIX

Election du prince Michel Wisni.iwieçki au trône de Pologne. — Les Tatars et les Kosaks envahissent la t>olj»ne. — Victoires de Jean Sobieski à Kaluza et à Chocim. — Mort du roi Michel en 1673.

Pendant son règne, Jean Kasimir fut blâmé ; les seigneurs l'appelaient despote, parce que ce roi, honnête homme, disait la vérité ; on l'accusait de despotisme, car il ne savait pas ménager les mauvaises passions : mais quand il eut abdiqué, on devint juste ; l'abdication a cela de commun avec la mort I Aussi la noblesse, sentant la perle qu'elle avait faite, décida le 2 mai 1069, dans la diète d'élection, qu'un roi de Pologne n'aurait plus le droit d'abdiquer ni de nommer un successeur.

Trois candidats se présentèrent aux suffrages des Polonais : le prince de Clondé, père du duc d'Enghien ; Philippe Guillaume, prince de Neubonrg, et Charles de Lorraine.

Le prince de Condé échoua dans ses prétentions malgré l'appui du

HISTOIHE DE POLOGNE.

primat Nicolas PiazinoMski , et de Jean Sulneski, qui avait quitté l'Ukraine pour venir grossir le parti île ce prince. Les sufinges se trouvèrent donc partagés entre le prince de «Neubourg et le duc de Lorniine ; mais ie 19 juin, dans les plaines de VVola, le nom de MicUel prince \\ isniowieçki retentit jiour la première fois et l'ut répété presque unanimement.

.Michel , étonné de cet lionneur inattendu , se sauva du champ d'é- Icc-ion ; on le poursuivit f t on le fit roi malgré lui. 11 n'avait pour toute fortune que trois mille francs de rente que lui avait légués la reine Marie-Louise ; le père de Michel avait sacrifié toute sa fortune dans les guerres contre les Ko.-aks, les Tiitars et les Moskovites. La gloire du père et la pauvreté du tils furent donc un titre de plus pour la petite et pauvre nol)lesse qui voyait en Michel un égal dans un roi. Le chàicau royal de \Var,-.ovie, où devait régner ie nouveau souverain , était tellement dégarni par les rapines des Suédois et des Brandcbourgeois, que plusieurs seigneurs se réunirent pour le meubler convenablement.

.Michel fut couronné à Krakovie le 20 septembre 1C69 ; la diète qui suivit le couronnement fut très-orageuse. LesKosaks et lesTurks profilant de l'étal précaire où se trouvait la Pologne l'envahirent en juillet 1G"J. Sobieski rallie s-es amis et arme ses payiians, forme une troupe de su mille hommes ; mais dès Je 29 août les Turks s'cmp.iièrenl de l'importante place de Kainieiiieç-Podolski , et le 27 septembre ils assiégèrent Léopol et Buczaç. Daiis ces circonstances critiques Sobieski déploie les ressources de son génie militaire et lient en échec les hordes tatares et musulmanes. Le l.S octobre Sobieski surprend l'ennem. près de Raluza (entre Stryi et Ilalicz), le poursuit, tue ou fait prisonniers quinze mille hommes; il arrive devant UD groupe nombreux de ses concitoyens, pères de famille , jeunes femmes, prèlrcs, nobles, que 1rs .Maliométans emmenaient en esclavage. Cis infortunés étaient au nombre de vingt mille. Leurs chaînes tombent, et ils bénissent leur libérateur.

.Mais Sobieski ne se repose pas après ses triomphes. Le gros de l'armée turke était sous Léopol, et le sultan campait à Bucz.ar, au-dessus de J..zlowieç. Le héros polonais dérobe sa marche, se glisse à travers les rivières, fond à l'improviste sur ce camp enivré de plaisirs et de pillages, y sème la terreur, pénètre jusqu'aux tentes impériales, et s'empare du quartier même de ses femmes.

Le roi Michel, âme faible, esprit indécis, ne sut pas profiter dei victoires de Sobieski, et prenant conseil de sa faiblesse et des hommes qui envient la gloire de Sobieski, il signa le 18 octobre, à Buczac même, une paix honteuse pour la Pologne. Sobieski, plus navré des malheurs de la patrie que des injustices dont il était l'objet, se retira daiis ses terres pour y attendre des jours meilleurs, c'est-à-dire l'occasion de se dévouer, de donner son sang pour la Pologne. Louis XIV lui avait offert une retraite dans ses Etats, une duché-pairie et le bâton de maréchal de France; mais Sobieski semblait pressentir les destinées qui l'attendaient, et il refusa.

Pendant cet intervalle le désordre intérieur augmentait et les confédérations se formaient pour se combattre. Dn jour, un pauvre gentilhomme, dans une diète convoquée ad hoc à VVarsovie en janvier 16:3, prit la parole et déclara qu'il avait d'imporlantes révélations à faire ; que la patrie avait été vendue aux infidèles, qu'un homme avait livré Kamiénieç-Podolski moyennant douze millions de florins et que cet homme était Jean Sobieski ! '

A ce nom, l'assemblée se lève indignée. Elle demande que le calomniateur soit jugé. Sobieski accourt à Warsovie La convocation se change en une diète régulière. Le calomniateur confessa sa calomnie, et dit qu'une somme de deux mille florins ( 1,300 francs), et la promesse de n'être pas abandonné l'avaient porlé à cet attentat. Les seigneurs qui avaient conspiré rampèrent aux pieds de Sobieski. La dicte fut close le 13 avril. On déclara la rupture du traité de Buczaç, et on se prépara à une nouvelle campagne.

Le grand vizir, Akhmet Kinp^rli, fut donc de nouveau oblioé de porter en avant les troupes qu'il avait rappelées sur le Danulîé, et le sulcan lui-même s'avança aussitôt vers ce fleuve. Sept ponts furent jetés sur le Dniester.

Après bien des difficultés, trente mille Polono-Litvanicns se trouvèrent réunis. Sobieski commanda en chef; .'Martin Kontski avait sous ses ordres l'artillerie. Les Turks, retranchés derrière Chocim, éUient prèis a soutenir l'attaque désespérée des chrétiens. Ce jouilà (lO novembre 1673), veille de la Saint-Mariin de Tours, le temps était alïreux : la neige tombait à Ilots. A pied et le sabre à la main , couvert de frimas, Sobic-ki guidait ses bii.v.-s, et en peu d'insianis l'étendard de la croix, l'aigle blanc de Pologne et le cavalier blanc de Litvanie flottaient sur les hauteurs du camp escaladé. Vingt mille Musulmans tombent soit sur la grève, soil dans les flots rapides et a demi-glacéi du Dniester. .Sobieski s'était saisi de l'étendard vert de Huiseiu, présent du sullan, que le vainqueur envoya comme un Uommage au chef de l'tglue, et qui orne aujourd'hui encore les voûtes de Saint-Pierre U Rome.

Sobieski, inaiire de la Moldo-W alaquie, était en pleine marche pour planter sur les bords du Danube les drapeaux de la Pologne, lorsque survint tout à coupla nouvelle delà mort du roi Mit^hel arrivée a Léopol la veille même de la bataille de Chocim '

Voici comme parle de cette ^némorablc bataille l'éloquent historien de noire héros, l'ami et le défenseur généreux de la Pologne, le coiulc de N. A. deSalvandy : « Parmi les combattants s'était signalé, aux côtés du grand hetman, son jeune beau-fn re le comte .Malignyla Grange d'Arquien : il ne peut se tirer un coup de canon dans aucun coin du monde sans qu'un Français ne s'y rencontre pour eu jouir. Les Polonais entouraient le frère de madame Sobieska , en le félicitant de la gloire que saint Martin de Tours el Jean Sobieski s'étaient acquise. Modestes dans la victoire, lous en rapportaient l'honneur à l'apôtre de France et au grand hetman.

» De cette immense armée oilomane qui tenait la Moskovie, la Pologne, la Hongrie, l'Allemagne en alarme, rien ne restait que le château de (Chocim el des monceaux de ruines. Le vainqueur emplova ie jour saint ( 12 novembre) à ensevelir ces débris sanglants sous des tertres, sorte de montagnes et de sépulture triomphale, que les Polonais imitaient des races du Nord, dont ils étaient les derniers représentant!. Le grand Zolkiexvski, du fond de son tombeau, put se sentir vengé....

» A la nouvelle de ce désastre, Kaplan-Pacha, qui venait grossir l'année de Chocim, mit le feu à son camp de Céçora, sur le Pruth, et s'enfuit au delà du Dunube. Toutes les garnisons turques se replièrent, en laissant pour monuments de leur passage la dévastation et l'incendie. Vassy fut saccagé en même temps qu'affranchi ; les .Moldo-Valar|ues offrirent au vainqueur le protectorat de leurs provinces, et l'Europe, instruite de ces merveilles, rendit grâce dans tous les temples de la plus mémorable bataille qui se fût gagnée, comme disait la Gazelle de France de td'.i, sur les infidèles, depuis trois cents ans. La chrétienté s'émut de joie et d'admiration, comme si elle échappait lout entière h l'ignominie du tribut et a des chances de servitude. »

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