CHAPITRE III
Rapport du général Niel. — Etat des cheminements. — Opérations du génie; ses perles.
Le général Niel, commandant en chef le génie, dans son rapport au ministre de la guerre, s'occupe spécialement de ce qui concerne son arme et de l'action de l'artillerie :
Sébastopol, le 11 septembre 1855.
» MoMSlEUK LB MAIÉCHAL ,
u L'assaut a été donné à la place de Sébastopol le 8 septembre. 11 nous a rendus maîtres de l'ouvrage de Malakort", dont l'occupation rend la défense du faubourg à peu près impossible , et permet de couper les communications de la ville avec le nord de la rade. L'en-
iicmi a reconnu que celte conquête était dccisive. Après avoir fait plusieurs retours inoftensils avec un couiapc auquel nous devons rendre lioninirfge, voyant que ces derniers efforts restaient sans résultat, il a commencé, dans la soirée, à évacuer la ville; dans la nuit, il l'a incendiée, et il a employé ses poudres à détruire lui-même les travaux de défense et les grands établissemcnls que depuis tant d'années la Russie accumulait dans cette forteresse. Il a coulé tous ses vaisseaux, trégatcs et autres bâtiments à voiles, ne conservant que les bateaux à vapeur ; enfin, il a replié le pont de radeaux par lequel il communiquait avec le fort du nord , nous abandonnant ainsi la ville, le faiibourij et tout ce qui se trouve au sud de la rade.
)i La défense a été énergique : sur plusieurs points, nos attaques ont été repoussées, mais la principale, celle qui nous assurait le succès, n'est jamais restée douteuse. La r= division du l" corps, commandée aujourd'bui par le général de iMac-Mahon, a enlevé de prime abord l'ouv mge de Malakolî et s'y est maintenue liéroïquement , comprenant qu'elle avait dans les mains les clefs de la place.
" Je vais vous rendre compte des dispositions qui avaient été prises pour diminuer le plus possible les nombreuses difficultés que présentait ce terrible assaut donné, non k une place investie, à une garnison limitée, mais à une vaste forteresse défendue par une armée aussi nombreuse peut-être que celle qui l'attaquail.
» Aux attaques de la ville , nos cheminements étaient arrivés à quarante mètres du bastion central (bastion n" 5 des Russes) et à trente mètres du bastion du Mât (bastion n» 4 ).
» Aux attaques du faubourg de Karabelnaïa , les Anglais, arrêtés par les difficultés du terrain et par le feu de l'artillerie ennemie, n'avaient pu arriver qu'à environ deux cents mètres du saillant du grand redan (bastion n° 3} , sur lequel se dirigeaient leurs cheminements.
» Devant le front de IMalakolf, nous étions arrivés jusqu'à vingtcinq mètres de l'enceinte qui entoure la tour .Malakoiï, et nos cheminements nous portaient à la même distance du petit redan du Carénage (bastion n° ïj. Ce beau résultat était dû à l'incontestable supériorité que notre artillerie avait prise sur celle de l'ennemi.
» Les généraux en chef des armées alliées avaient arrêté les dispositions suivantes :
* L'attaque générale de la place était fixée au 8 septembre à midi. Le 5 au matin l'artillerie des attaques de la ville et celle des attaques anglaises, qui jusque-la avaient ménagé leur feu, devaient le reprendre avec une grande vivacité. .lamais canonnade semblable n'a été entendue : nous avions en batterie , dans les deux attaques , plus de cinq cents bouches à feu, les Anglais en avaient environ deux cents, et les Russes plus que nous.
>> Le feu de l'ennemi endommageait nos tranchées, mais il nous faisait peti de mal. Le nôtre , malgré la grande étendue de la place, convergeait sur elle, et il a dû faire éprouver de très-grandes pertes à l'armée russe. Pendant les derniers jours qui ont précédé l'assaut , les travailleurs d'infanterie étaient principalement employés à agrandir les places les plus avancées, à élargir les délilés et à transporter sur place les moyens de passer les fossés.
" Le but de tous nos efforts, c'était la prise de l'ouvrage construit en arrière de la tour Malakolî'. Cet ouvrage (redoute Korniloft' des Russes), qui est une immense redoute, une sorte de citadelle en terre, occupe un mamelon qui domine tout l'intérieur du faubourg Karabelnaïa. Il prend de revers le redan, attaqué par les Anglais, et n'est qu'à mille deux cents mètres du port du sud, sur lequel les Russes avaient construit un pont de radeaux devenu leur unique communication entre le faubourg et la ville. Le fort de llalakoff a trois cents cinquante mètres de longueur et cent cinquante mètres de largeur ; ses parapets ont plus de six mètres de relief au-dessus du sol , et en avant d'eux se trouve un fossé qui devant nos attaques a six mètres de profondeur et sept de largeur. Il est armé de soiiautedeux pièces de divers calibres.
" Dans la partie antérieure se trouve, enveloppée par le parapet, la tour Malakoff, dont les Russes n'ont conservé que le rez-de-chaussée, qui est crénelé. A l'intérieur de l'ouvrage, les Russes ont élevé une multitude de traverses sous lesquelles sont d'excellents blindages, où la garnison trouvait des abris et des couchettes disposées de chaque côté sur deux rangs de hauteur. Ln officier du génie russe, qui a été fait prisonnier, porte à deux mille cinq cents hommes la garnison du fort de MalakolT, dont j'ai cru devoir vous donner la description pour vous faire juger des difficultés que nos soldats avaient à surmonter.
Il Le front de .Malakoff, qui a mille mètres de longueur, est limité à notre gauche par le fort Malakoff, ii notre droite par le redan du Carén:ige. Ce dernier ouvrage, qui n'était au commencement du siège qu'un simple redan, s'était transformé peu a peu en redoute fermée à la gorge et fortement armée. Les fronts extérieurs des deux redoutes de Malakoff et du Carénage étaient reliés par une courtine armée de seize pièces, et, en arrière de cette enceinte, les Russes en élevaient une seconde qui réunissait les fronts de gorge de» deux redoutes. Cette seconde enceinte, déjii en partie armée , n'avait pas encore de fossé présentant un obstacle sérieux. Quant au fossé de la première courtine et du redan du Carénage, la nature rocheuse du sol avait empêché l'ciiunui de le creuser partout ég.ilcmtnt; et sur
plusieurs points on pouvait le passer sans trop de difficulté. Pont franchir les fossés, qui avaient une grande profondeur, nous avions imaginé un système de ponts se jetant en moins d'une minute par une manœuvre ingénieuse à laquelle nos sapeurs et des soldats d'élit! avaient été exercés ; ces ponts nous ont été fort utiles.
X L'artillerie française avait pris sur celle des Russes une si grande supériorité qu'elle avait éteint presque tous les feux qui voyaient directement nos attaques; les embrasures comblées ne laissaient phn la crainte que nos colonnes fussent assaillies par la mitraille à !a sortie des tranchées ; les parapets étaient déformés, et une purtie des terres avait roulé dans les fossés; enfin, le fort de Malakolî avait reçu une si grande quantité de bombes envoyées par nos batteries et par celles des Anglais, que les pièces qui n'étaient pas vues directement avaient aussi leurs embrasures comblées, et que partout les terrassements avaient perdu leur forme primitive. Mais, en arrière des défenses situées en première ligne, les Russes avaient conservé beaucoup de pièces qu'on ne pouvait contre-battre qu'imparfaitement, et les colonnes de l'attaque .Malakolî étaient exposées au feu des nombreuses batteries que les Russes avaient élevées au nord de la rade et dont les coups, quoique tirés à grande distance, ne laissaient pas que d'être dangereux.
» Vous savez, monsieur le maréchal, que dès mon arrivée devant Sébastopol je n'ai pas hésité à penser que le véritable point d'attaque était la tour et le mamelon de Malakofl', et que, cette opinion ayant été adoptée par le général Caurobcrt, on entreprit les attaques de droite qui ont été exécutées par le 2'' corps.
« Du côté de la ville on s'est contenté d'étendre vers leur gauche les cheminements exécutés par le 1"' corps. Prenant les choses au point où elles se trouvaient lorsque l'assaut a été résolu, il n'était pas douteux que la possession du fort !\lalakoff amènerait un résultat décisif ; et, d'un autre côté, il était ii présumer que, si l'on échouait sur ce point , le succès obtenu ailleurs serait sans grandes conséquences. Cependant on ne pouvait pas attaquer une place si étendue par un seul point ; il fallait nécessairement maintenir dans les forces de l'ennemi la division qui résultait du grand développement de l'enceinte qu'il avait à défendre, et surtout lui donner de l'inquiétude sur la ville, où aboutit le pont par lequel il pouvait faire sa retraite.
» C'est pour satisfaire à ces diverses considérations, c'est pour assurer le succès, tout en économisant le plus possible le sang de nos soldats dans la terrible lutte qui se préparait, que le général en chef décida qu'on donnerait d'abord l'assaut au front de !\IalakolT; que si cette attaque, qui se ferait sous ses yeui, réussissait, à son signal les Anglais attaqueraient le redan et le \" corps la ville, afin d'empêcher l'ennemi de venir concentrer tous ses efforts sur les troupes qui auraient pris possession du fort de Malakoff.
11 Le front de Malakoff' devait être attaqué par trois colonnes : celle de gauche, commandée par le général de Mac-Mahon , se portant directement sur le fort Jlalakoff' par le front qui nous faisait face et en le tournant un peu par la droite, avait pour mission de s'en emparer et d'y tenir a tout prix ; celle de droite, division Dulac, devait marcher sur le redan du Carénage, l'occuper et détacher une brigade sur sa gauche pour tourner la seconde enceinte ; enliu celle du centre, division la !\Iotterouge, partant de la sixième parallèle, ayant plus de chemin a parcourir et arrivant un peu plus tard, devait enlever la courtine, se porter ensuite sur la seconde enceinte, et envoyer une de ses brigades à l'aide de la première colonne ii celle-ci ne s'était pas encore emparée du fort Malakolî.
ji L'importance de ces positions était telle qu'on ne pouvait pas mettre en doute que l'ennemi, s'il les perdait, ferait de grands efforts pour les reprendre. En conséquence , les troupes de la garde impériale étaient données pour réserve au 2" corps.
>i Le chef de bataillon du génie Ragon, ayant sous ses ordres plusieurs brigades de sapeurs, marchant avec la première colonne, devait faire jeter des ponts sur les fossés, rechercher les mines, ouvrir partout le passage aux colonnes, dès qu'on serait niaitre du fort, le fermer k la gorge, et, pour s'opposer aux retours offensifs, ouvrir en arrière de grands passages pour l'arrivée des troupes et de l'artillerie.
" Le chef de bataillon du génie Renoux, attaché à la colonne de droite, et le capitaine Scbœnnagel, attaché à celle du centre, ayant aussi des brigades de sapeurs sous leurs ordres, avaient à remplir une mission analogue.
•I Toutes les dispositions concernant le service du génie aux attaques de Malakoff avaient été prises par Icj soins dn général de brigade Frossard, commandant le génie du 2" corps.
)> ,\ l'attaque de la ville, afin d'éviter les obstacles accumulés par l'ennemi au caillant du bastion du Mât, il avait été décidé que l'assaut principal serait donné au bastion central , entre son saillant et la lunette de gauche ; que la colonne d'assaut , dès qu'elle se serait établie dans le bastion central , porterait une partie de ses forces vers la i;orgc du bastion du Mât , dont la face droite serait alors assaillie par une brigade sarde qui était venue prendre part aux opérations du !"■ corps.
» Le général de division Dalcsme, commandant le génie au )" corps, avait pris pour les attaques de la ville des dispositions analogues k
ULSTOIIIE DE LA G U i: T. U E D'ORIENT.
celles que je viens d'indiquer pour les attaques du faubourg de Karabeloai'a.
1 Le 8 st'|)tembre, à huit heures du matin, on lança sur le bastion central deux mines de projection chargées chacune de cent kilojjrainmes de poudre. L'explosion se fil vers le milieu du bastion , et parut y causer un grand désordre. A la même heure, nous finies jouer en avant de nos cheminements sur le fort de Malakotï trois fourneaux chargés ensemble de quinze cents kilogrammes de poudre, alin de rompre les galeries inférieures des mineurs russes et de rassurer nos soldats, qui venaient se masser dans les tranchées sous lesquelles lesdéserteursannonçaicnt que le sol était miné.
» A midi précis, nos soldats s'élancèrent des places d'armes avancées du front de Malakoff. Ils franchirent les fossés avec une agilité surprenante, et, montant sur l<s parapets, ils abordèrent l'ennemi au iri de 1 iri' l'ci.jnTeur ! Au fort de MalakolV, les talus intérieurs ayant nne grande hauteur, les premiers arrivés s'arrècrcîit un iiis!;;nt i)our
qu'après avoir soutenu pendant près de deux heures ce combat inégal que les Anglais se décidèrent ii évacuer le rcdan.
- L'attaque du bastion central présenta le même résultat. Nos soldats du f'' corps franchirent tous les obstacles et abordèrent bravement l'ennemi, auquel ils firent éprouver de grandes pertes dans le premier moment ; mais bientôt , criblés de feux et ne trouvant pas d'abri contre les coups qui les frappaient dans plusieurs directions, ils renoncèrent à une attaque dans laquelle le général en chef avait prescrit de ne pas s'obstiner.
» Au front de MalakolT, les Russes firent de grands efforts pour reconquérir les ouvrages qui leur avaient été enlevés. Revenant sur le redan avec des colonnes nombreuses soutenues par de l'artillerie de campagne, ils parvinrent h le reprendre et à nous faire abandonner la seconde enceinte ; mais les premières col)iines d'attaque, soutenues par la garde impériale , restèrent inébranlables derrière le talus extérieur de la première enceinte.
Attaque du grand Redan par les Anglais (8 septembre 1855).
se former, puis ils montèrent sur le parapet et sautèrent dans l'ouvrage.
« La lutte, qui avait commencé iiar des coups de feu, se continuait à la baïonnette, à coups de pierres et à coups de crosses, l'écouvillon était devenu une arme entre les mains des canonnicrs russes; mais partout les Russes étaient tués, pris ou chassés , et il n'y avait pas un quart d'heure que l'attaque avait eu lieu, que déjà le drapeau franiais flottait sur la redoute conquise.
" Le redan du (Carénage avait aussi été enlevé après une lutte très-vive ; la colonne du centre était arrivée jusqu'à la seconde enceinte, l'arlout nous avions pris possession des ouvrages attaqués. Le général en chef fit le signal convenu j)our l'atlaquc du grand redan, et un peu ]ilus tard pour l'atlacjue de la ville.
K Les Anglais avaient deux cents mètres à franchir sous un terrible feu de mitraille. Cet espace lut bicnlôt jonché de morts; mais ces pertes n'arrêtaient pas la marche de la colonne d'attaque , qui arrivait en se dirigeant sur la ca|)ilale de l'ouvrage; elle descendit dans le fossé, qui a environ cinq mètres de profondeur, et, malgré tous les efforts des Russes , elle escalada l'escarpe et leur enleva le saillant du redan. .^lais après une première lutte qui coula cher aux Ruïscs , les soldats anglais ne trouvaient devant eux qu'un vaste espace entièrement découvert , criblé par les balles de ennemi , qui se tenait abrité derrière des traverses éloignées. (Jeux (|ui arrivaient remplaraieul à peine ceux qui étaient mis hors de combat. Ce n'est
» Plusieurs retours offensifs furent aussi tentés, mais inutilement, contre l'ouvrage de Malakoff; les cadavres de l'ennemi s'entassaient devant le front de gorge, mais la première division restait inébranlable , et à la chute du jour nous étions maîtres de cette citadelle, sans laquelle les Russes ne pouvaient plus continuer leur défense que pendant peu de jours , et encore en sacrifiant une partie de leur armée, qui, après la rupture du grand pont de radeaux, serait restée sans communication'avec le nord de la rade. Aussi ont-ils pris uu grand parti. Us avaient tout préparé pour détruire la place de leurs propres mains , dans le cas oii ils seraient forcés de l'abandonner. Rendant la nuit du 8 au U, de fortes explosions nous ont annoncé que cette grande lutte était arrivée à son terme. L'ennemi abandonnait Sébastopol, mais il ne voulut nous laisser que des ruines.
j) j\os pertes sont grandes, mais l'armée, dont l'emiiereur peut être fier, a bien mérité du pays. Les travaux si longs et si pénibles du siège n'ont jamais lassé sa patience. Toutes les fois qu'ils ont abordé l'ennemi, nos soldats ont fait i>reuve d'une grande bravoure, et l'assaut du 8 septembre est uu fait d'armes dont la France peut s'enorgueillir.
)) Dans cette dernière épreuve, le corps du génie a encore éprouvé des pertes, mais moins nombreuses que je ne pouvais le craindre. Le capitaine Jean-Alfred .Schniiuagcl, excellent officier, a été tué; le chef de bataillon l'ournier, le capitaine Ansous, aide de camp du gé-
nëral Dalesme, le capitaine Lamelle et les lieutenants Joyeux et Pradclle ont été blessés. Parmi les sous-officiers et soldats, il y a eu 24 tués et U'2 blessés.
). Les chefs de bataillon Renoux et Ragon , qui ont donné l'exemple d'une grande bravoure , ont été parfaitement secondés par les officiers et les sapeurs placés sous leurs ordres. Dans ce dernier assaut, comme pendant toute la durée du siéije , chacun a fait noblement son devoir. Je ne puis vous citer ici les noms de tous ceux qui ont mérite de vous cire signalés et pour lesquels j'aurai à demander des récompenses : ce sera l'objet d'un travail particulier dont je vais ra'occuper.
>) Ainsi s'est termine ce siège mémorable, dans lequel les moyens de la défense et ceux de l'attaque ont atteint des proportions colossales. Les Russes avaient plus de 800 bouches à feu en batterie et une garnison dont ils faisaient varier à volonté la force et la composition. Après l'immense quantité de projectiles qu'ils nous ont envoyés, on
lerie et le génie. Chaque fois qu'un des deux services pouvait venir en aide à l'autre, il le faisait avec empressement, et cette communauté de vues et d'action nous a donné le moyen de vaincre bien des difliciillés.
» J'ai eu aussi a me louer en toute circonstance de mes rapports avec le général llarry Jones, commandant le génie de l'armée anglaise. Notre but était le même, et nous n'avons jamais ditïéré d'opinion sur les moyens à employer pour l'atteindre. Déjà, au siège de Lomarsund, j'avais pu apprécier la loyauté et le noble caractère de cet officier général. J'ai été heureux de me retrouver avec lui au siège de Sébastopol.
» Agréez, monsieur le maréchal, l'hommage de mon respectueux dévouement.
• Le général de division, aide de camp de l'empereur, commandant le génie de l'armée d'Orient,
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Pri«e dL Mahkifr (ruiioute Koiiiilull) f u Ij Jivis
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est surpris de voir qu'ils en étaient largement approvisionnés, et j'ai lieu de croire qu'ils ont laissé plus de 1,500 ])ièces dans la place.
" L'armée assiégeante avait en batterie, dans les diverses attaques, environ 700 bouches à feu qui ont tiré plus de 1 million 600,000 coups. Nos cheminements, exécutés en grande partie dans le roc au moyen de la poudre, présentent un développement de plus de 80 kilomètres (20 lieues). On a employé 80,000 gabions, 60,000 fascines et près de 1 million de sacs à terre.
>' Jamais le corps du génie n'avait eu à exécuter des travaux aussi difficiles et aussi nuillipliés et dans aucun siège il n'avait éprouvé d'aussi grandes perles. 31 officiers ont été tués , 33 ont été blessés. Parmi les tués on compte le général Dizot , dont le nom ne saurait être passé sous silence au jour du triomphe ; le digne lieutenantcolonel Guérin, G chefs de bataillon , 20 capitaines et 3 lieutenants. Celte rude épreuve n'a jamais ébranlé la constance de nos officiers, et les troupes du génie ont suivi ce noble exemple. Deux compagnies de sapeurs en sont ii leur quatrième capitaine, les trois premiers ayant été tués ii leur tète, et elles n'en ont pas moins d'ardeur. Dans les travaux de sape et de mine les sous-officiers et les soldats sont toujours restés inéhranlables, et dans les actions de vigueur ils ont fait preuve de la |iliis grande inlrépidilc.
» En terminant ce rapport je dois vous dire, monsieur le maréchal, que la plu3 grande harmonie n'a jamais cessé d'exister entre l'artil-