CHAPITRE VI
Rapport du prince Gortschakoff. — Observations.
Il ne nous reste plus qu'à enregistrer la relation de la défense de Sébastopol par le prince (jortscliakoff. Le général vaincu déploie toute son habileté pour colorer sa défaite et en atténuer l'étendue; dans de précédents rapports, il se vantait de répondre au feu de l'assiégeant par un feu non moins actif, qui renversait les sapes et interrompait les travaux ennemis. Si les remparts étaient endommagés, on les réparait pendant la nuit, et les canons démontés étaient remplacés dans les batteries. Les mineurs russes soutenaient avantajjeuseraent la guerre souterraine ; l'artillerie russe avait fait sauter dans les tranchées quatre magasins à poudre ou dépôts de bombes. Dans son récit du 20 septembre, le général Gortschakoff' change de langage. Il débute par annoncer des pertes énormes causées par un feu infernal.
"Le 17 août l'ennemi ouvrit contre le faubourg de Karabelnaïa un feu redoublé d'artillerie, vertical et horizontal, qui fut continué ])endant vingt jours entiers. Notre perte pendant cette période s'éleva , le premier jour, à quinze cents hommes, dans les journées suivantes à mille hommes par jour, et du 22 août au 5 septembre , à cinq ou six cents hommes dans les vingt-quatre heures. Celle canonnade, partant des batteries éloignées comme de celles établies à une distance très-rapprochéc de la ligne de défense, exécutée en partie avec des projectiles creux lancés de plein fouet, ne cessait d'agir de la manière la plus désastreuse contre nos ouvrages ; les merlons et les traverses, renouvelés chaque nuit sous un feu des plus violents, s'écroulaient au bout de quelques coups ; les parapets s'affaissaient par masses dans les fossés, et des travaux qui avaient coûté des efforts et des sacrifices inouïs étaient anéantis de nouveau ; les remblais, formés de terre desséchée et friable, n'avaient plus aucune consistance. A la gauche de la Karabelnaïa, qui était plus particulièrement battue par l'ennemi, le bastion n° 2 offrait chaque soir un monceau de ruines, et aucune de ses pièces ne pouvait tirer librement ; on fut obligé de transférer à la seconde ligne de défense , qui était encore en construction, la batterie de douze pièces établie sur le versant gauche du mamelon Malakoff"; et même cette seconde ligne ne souffrit pas moins que la face gauche du bastion Korniloff , contre laquelle l'assaillant dirigeait le feu le plus violent.
1) La proximité des approches de l'ennemi, qui touchaient presque aux fossés de nos ouvrages , les dégâts irréparables de la ligne de défense, et par-dessus tout les pertes occasionnées à la garnison par le feu de l'ennemi, pertes qu'augmentait encore la nécessité d'employer un nombre toujours de plus en plus grand de travailleurs, toutes ces circonstances réunies convainquirent le commandant en chef de la nécessité indispensable de mettre un terme à l'effusion du sang désormais inutile en abandonnant à l'ennemi Sébastopol réduite à des monceaux de pierres et de cendres ; mais cette évacuation, en vue d'une armée ennemie de cent mille hommes, dont les approches touchaient déjà, pour ainsi dire, à nos fortifications, offrait les plus grandes difficultés, et imposait l'obligation de choisir à cet effet un instant particulièrement favorable.
X Sur ces entrefaites, à partir du 5 septembre, l'assaillant renforça d'une manière incroyable la canonnade et le bombardement, ébranlant et détruisant nos ouvrages sur toute la ligne de défense, tantôt par des salves de toutes ses batteries, tantôt par uu feu roulant d'artillerie.
Ta
"Ce feu infernal, dirigé contre les embrasures et les merlons, indiquait clairement l'intention de l'ennemi de démonter nos pièces, de détruire nos ouvrages et de donner ensuite l'assaut à la place.
>' 11 n'y avait plus aucune possibilité de réparer les fortifications, et l'on se borna en conséquence à remblayer les magasins à poudre et les blindages.
1) Les parapets en s'efl'ondrant comblaient les fossés ; les merlons s'écroulaient; il fallait à chaque instant déblayer les embrasures ; les servants des pièces d'artillerie périssaient en grand nombre, et l'on parvenait à peine ii les remplacer.
» Dans cette période la perte fut énorme : du 5 au 8 septembre, quatre ofliciers supérieurs, quarante-sept otliciers subalternes et trois mille neuf cent dix-sept hommes furent mis hors de combat.
» Sans interrompre son feu d'une intensité redoublée dans la nuit du 7 au 8 septembre, l'ennemi donna le feu à huit heures du matin il trois fougasses-pjerriers de ses approches les plus voisines du bastion Kornilolï, ce qui encombra encore davantage la partie des parapets et des merlons ii l'angle saillant du bastion.
» En même temps les colonnes ennemies, se dirigeant de la batterie anglaise de vingt-deux pièces et des tranchées en arrière de la ci-devant lunette Kamtschalka, commencèrent à se masser dans la deuxième parallèle, et bientôt ces troupes remplirent les approches les plus voisines de la place.
» D'après sa configuration topographique , toute noire ligne de défense était divisée en deux parties.
» La ville, située à l'ouest de la baie du sud, et confiée au conimandement du lieutenant-général Sémiakine , et la Karabelnaïa, dont le commandement en chef était dévolu au lieutenant-général krouleff.
u La ville , ou partie droite, se composait des 1''" et 2" sections.
" La Karabelnaïa , ou partie gauche , formait les Z" , i" et 6" sections de la ligne de défense.
» A la réception de l'avis que les troupes ennemies se rassemblaient dans les tranchées avancées faisant face au mamelon Malakolï, le lieutenant-général Krouleff porta vers la seconde ligne de défense la neuvième division d'infanterie, qui formait la réserve du bastion Kornilolï. Le régiment de Sevsk s'établit derrière la muraille entre le mamelon et l'église de Bélostock; celui de Yélcts occupa la ligne sur la seconde muraille de défense, en arrière de la batterie Gervais ; les régiments de chasseurs de cette division, à l'exception d'une partie de celui du prince de Varsovie , qui avait été de corvée pendant la nuit aux travaux du bastion Korniloff, restèrent dans le faubourg. »
Venant au récit de l'action , le général russe transforme en un corps de trente mille hommes les deux divisions, dont une de réserve, qui furent dirigées sur Malakoff; il n'attribue la victoire des alliés sur ce point qu'à la chute de plusieurs généraux et à Vimmense infériorité du numbre ; etglissant rapidement sur la lutte principale dont Sébastopol fut le prix, il décrit longuement les retours olïensifs des assiégeants.
" Le 8 septembre, à onze heures et demie du matin, l'ennemi se précipita siniiiltanément et avec impétuosité de ses sapes sur les angles saillants des bastions n° 2 et Korniloff.
11 Les fossés comblés et les parapets écroulés n'offrirent pas de grands obstacles;) l'assaillant; il s'élança dans le bastion n" 2, en repoussa les bataillons dii régiment d'Olonets , et après avoir encloué une partie des pièces, il atteignait déjà le ravin' Outschakoff et la seconde ligne de défense; mais là , le major Yaroschévitcb , avec un bataillon du régiment de Bélozersk , le repoussa à la baïonnette jusqu'au delà du parapet.
11 Ensuite le général-major Sabaschinski , avec trois régiments de la huitième division d'infanterie, qui formaient la réserve de la cinquième section, arriva sur le bastion n° 2, repoussa successivement trois nouvelles attaques de l'ennemi sur ce même point. Nos vapeurs le i'tailiiiiir, le Chersoncse et l'Odessa arrivèrent à l'entrée de la baie du (Carénage, et de concert avec les batteries de la partie nord, foudroyèrent tout le temps avec vigueur les colonnes des assaillants.
11 A la première nouvelle de l'assaut, le lieutenant général Krouleff avait envoyé le régiment de chasseurs de Schliisselbourg pour soutenir le bastion n"" 2; mais, comme l'ennemi en avait déjà été repoussé par le général Sabaschinski, ce régiment s'établit sur la seconde ligne de défense , entre le mamelon Malakoff et le bastion n" 2, et sur ce point le lieutenant-colonel de Maler, avec le 3" batail Ion du régiment qu'il commande, repoussa les Français, qui étaient déjà parvenus à cnclouer les deux pièces de l'extrémité.
11 Aux chevaux de frise près de la batterie de douze pièces, l'cnnerai pénétra également et culbuta le régiment de Mouron» ; mais il fut à son tour repoussé à la baïonnette par le régiment de Sevsk.
11 L'angle saillant du bastion Korniloff fut attaqué par une masse énorme, par cinq divisions françaises au nombre d'environ trente mille hommes. La colonne avancée pénétra dans le bastion par l'angle d'épaule gauche du bastion, et rejioussa le régiment de l'raga. Le commandant de ce régiment, colonel de Freund , avec quelques compagnies, chargea les Français à la baïonnette et les culbuta.
mais il fut blessé, et les colonnes d'assaut qui survinrent repoussèrent par >ine charge vigoureuse les régiments qui je trouvaient sur le mamelon et en occupèrent toute la sommité. Le lieutenant-général Krouleff, avec le régiment de chasseurs de Ladoga, se porta sur la gorge du bastion Korniloff, mais fut blessé au même instant. Le général major Lyssenko , qui prit après lui le commandement , fut grièvement blessé ; puis le général-major Youférol fut tué , et enfin le lieutenant-général de Martineau , qui avait pris ensuite le commandement des troupes , fut grièvement blessé.
11 La plupart des commandants des régiments et des bataillons, ainsi que des of&ciers avaient été tués ou blessés; nos troupes se maintinrent opiniâtrement près des magasins à poudre les plus voisins de la tour et près de la batterie qui commandait le bastion n° 3; enfin, vers deux heures de l'après-midi , elles furent obligées de céder à la supériorité en nombre des masses ennemies , qui ne cessaient d'arriver sur le mamelon, et elles se retirèrent derrière la gorge du bastion Korniloff. Le combat sur ce point, oii les adversaires étaient séparés par le fossé profond et le rempart de la gorge, se maintint longtemps avec fureur et opiniâtreté; les nombreuses colonnes de l'ennemi tentèrent à plusieurs reprises de culbuter nos troupes , mais furent repoussées chaque fois à la baïonnette.
11 Simultanément avec l'assaut des bastions n" 2 et Korniloff, l'ennemi attaqua aussi la batterie Gervais, et repoussa le régiment de chasseurs de Son Altesse Impériale le grand-duc Michel Nicolaïéwitch qui s'y trouvait, et qui se replia sur la batterie de quatre pièces qui commandait le bastion n° 3.
., 11 Afin de soutenir la batterie Gervais , le régiment de chasseurs de Koslroma y fut expédié par ordre du lieutenant-général Krouleff, et se rangea en bataille derrière la seconde ligne de défense, en arrière de la batterie attaquée.
11 L'ennemi, qui avait occupé le fossé comblé de la batterie Gervais, tirait par les embrasures, mais sans se porter en avant.
11 A| midi , les Anglais , s'avançant en tirailleurs soutenus par de fortes réserves, se précipitèrent sur l'angle saillant du bastion n° 3. Le régiment de Vladimir, refoulé dans le premier moment, mais soutenu à temps par des compagnies de ceux de Kamtscliatka et de Yakoutsk, chargea l'ennemi à la baïonnette, et culbuta ceux des Anglais qui étaient déjà sur le parapet et mettaient le feu aux fascines des joues des embrasures. Le lieutenant-général Pawloff, qui s'attendait à une seconde attaque de l'ennemi contre le bastion n" 3, en renforça la défense par le régiment de Sélenghinsk, qui se trouvait à la réserve. ,
11 L'ennemi renouvela l'attaque à l'angle saillant du bastion, mais il fut de nouveau repoussé par le régiment de Sélenghinsk, sous le commandement de son chef, le colonel Mézenstoff, qui fut tué à cet assaut.
11 Une troisième attaque de l'ennemi fut repoussée avec le même succès que les deux premières. Une partie des assaillants s'établit dans le fossé, d'oii elle dirigea un feu violent de mousquelerie ; quarante-huit volontaires du régiment de Vladimir, sous le commandement de l'enseigne Doubrovine, descendirent dans le fossé et en expulsèrent les Anglais.
Il Tandis que nous faisions échouer l'attaque du bastion n" 3, l'ennemi assaillait les batteries Boudistchelï et Yanovsky. Les régiments d'infanterie de Souzdal et de Yakoutsk, et la cohorte n" 47 de milice repoussèrent l'assaut et culbutèrent l'ennemi , qui renonça à toute nouvelle tentative contre ces deux points.
11 Simultanément avec l'angle saillant du bastion n' 3, les batteries d'assaut furent attaquées ; mais l'assaillant, accueilli par un feu de file , n'osa exécuter la descente du fossé , et se contenta d'un feu de mousquelerie des plus vifs qui fit éprouver de très-fortes pertes au bataillon combiné des régiments de Volhynie et de Minsk.
, >i Les attaques sur ce point, renouvelées à trois reprises, furent chaque fois repoussées.
» Sur les dispositions du lieutenant-général Pavloff, lorsque les attaques contre la 3" section eurent été repoussées, le feu des batteries du bastion n" 2 fut dirigé contre le mamelon Malakoff.
11 Contre la partie droite de la ligne de défense, l'ennemi se borna d'abord à une canonnade renforcée.
» A deux heures et demie de l'après-midi, une chaîne épaisse de volontaires se précipita de la tranchée avancée sur la lunette Beikine. En arrière de la chaîne , des colonnes serrées , formant environ dix mille hommes, sorties des tranchées ennemies par la berge gauche du ravin, descendirent avec rapidité vers le fond de celui-ci; mais, accueillies par la mitraille de la lunette Beikine, de la batterie Boulakolï, du bastion n" G et de la batterie Schémiakine, ces colonnes furent culbutées, et se dirigèrent vers les troupes qui se porlaient eu ce moment sur l'angle saillant du bastion n» 6.
11 Malgré la grêle de mitraille et de mousquelerie, les colonnes qui s'étaient élancées contre le bastion n" 5 atteignirent le fossé, et déjà commençaient à escalader les parapets; mais le colonel Alennikolï, commandant du régiment de chasseurs de Podolie, porta sa réserve à la rencontre de l'assaillant, et sans lui permettre d'atteindre la crête du parapet, le rejeta à la baïonnette dans le fossé.
11 Tandis que l'ennemi, repoussé du bastion n" 5 , se relirait dans
ses Iranchéfs, de iioiivcllcs Iroupes, soiiics de ses approches en avant de la ifdouie Siliwariï , s'i'lanccrenl avec impéluosilé dans le fossé et sur le |ura|iet de la redoute, dont les pièces, qui roimaient la dctVnse lie fl.nic de sa Tace droitf, a\ aient été préalahlemcnt démon li'es. I.'attaquc de IVoul et de la face i;anclie fut rcfioussie par la mitraille et la uiuuiquetei'ie ; mais à la face droite, l'eiinenii parvint à escalader le parapet et pénétra dans l'intérieur de la redoute.
» I.e 2' bataillon du réuiuient de Jiloinir fut repoussé vers la face gauche, où s'enijaijca un combat teriilile à l'nrme blaiiclic. I.e général oiajor Klirouslchclf, qui cuuiniandail le flanc |;aucUe de la l"^" section, voyant le siiccis de l'ennemi sur ce point, envoya deux bataillons du ré|;imenl de >linsk pour soutenir celi.i de Jitomir. En même temps, le commandant du régiment de llatlierinebourp, , lieutenant-colonel Yére\kiue, (|ui occupait le ravin entre les bastions n° 4 et â, s'élança dans la redoute même avec les deux compagnies les plus rapprochées.
f II ne resta dans la redoute que les cadavres des Français qui y avaient pénétré.
u L'aide de camp général comte Osten-Sacken , qui était arrivé à la 1"^ section de la ligne de défense au moment oti l'ennemi donnait l'assaut aui redoutes Uelkine et Scbwartz, fut témoin occulaire de l'insucccs de ces tentatives.
» Les troupes ennemies, concentrées pour l'attaque de la C* section, foudroyées par la mitraille et la mousquetit'ie, se retirèrent en désordre dans leurs tranchées, et ne renouvelèrent plus l'atlaque.
s Le commandant en chef se porta ii la deuxième ligue de nos retranchements devant le mamelon Mulakofl', et voyant la hauteur occupée par de grandes masses de Français , en arrière desquelles se tenaient de puissantes réserves, se convainquit que la réoccupation du bastion kurnilufT exigerait encore d'immenses sucriliccs ; comme il était déjà décidé i» évacuer la ville, il prit la résolution de pruliter de ce (|ue l'assaut avajt été repoussé sur tous les autres points et l'assaillant accablé de fatigue, pour exécuter sans obstacle cette opération de la plus grande dithculté. D.ins ce but, il donna ordre au lieutenant-général îjchépélef de ne point attaquer le bastion Korniloff, mais d'empêcher absolument l'ennemi d'en déboucher dans la direction de la ville ; il devait garder en sa possession jusqu'à la nuit les édifices en ruines situés sur le versant nord du mamelon. Ces ordres furent poncluellement exécutés, malgré tous les efforts des Français pour se porter en avant de la gorge du ba-tion.
> (i'est ainsi que, grâce au courage et à la fermeté de la garnison, nouob>tant la destruction de nos rt tranchements opérée par un bombardement prolongé, toutes les attaques d'un ennemi supérieur en nombre furent repoussées sur cinq points de la ligne de défense. L'occupation même du mamelon Malakolï, seul point oii l'assaillant eût réussi, n'a été due qu'à l'immense supériorité du nombre, l'ennemi y ayant lancé environ trente mille hommes, et au désavantage de position qu'oflrait la partie citérieure du mauielon Malakoff, laquelle opposait des difiicultcs extrêmes aux communications du côté de la ville.
>' Mais la défense de Sébastopol nous a coûté bien cher ; les lieutenants-généraux Khrouleff et de i\larlineau et le géuéral-inajur Lyssenko ' ont été blessés , les deux derniers grièvement.
u Ont été tués : les généraux-majors de Bussau, coiiiiuaudant de la 1" brigade de la 8' ûivisiiui d'infanterie , et VouférolT, commaudaiit delà 1" brigade de la d*^ division d'infanterie; les colonels Mézentsolï, commandant du régiment d'infanleric de .Séltnghinsk, ArschéneVhky, commandant du régiment de.>:0(lliii et de Neidhn^dl, qui était chargé du commandement du régiment d'infaiilerie Dicbitch-Zabalkansky ; le capitaine de frégate de Koizelùie tl le yessaoul (capitaine) d'artillerie du Don Stcherbateheff. qui était attaihé au corps d'état-majur. Ont été blessés : le général-major Zouroff, chargé du commaudeui( lit de la i' brigade de la i" division d'infanterie ; le lieutenantcolonel Kyczek, chargé du commaudemeiit du légiinenl de Mourom; le colonel 'Jchéréiiiissinoff , chef de la iO'- coliorte de la milice du gouvernement de Koursk ; le lieulenant-eoloucl Alennikoff, chargé du commandement du régiment de Podolic; le colonel de Freund, coiiiniandant du régiment de l'raga ; le capitaine de cavalerie de la garde ^ oiéikofl', aide de camp de l'empereur ; le capitaine en second baron de Miyendorfï, du corps d'état-major, officier qui donnait les plus grandes espérances, mortellement atteint d'un coup de feu à quelques pas du commandant en chef (ces deux derniers ont succombé a leurs blessures). Ont été atteints de contusions : le général-major IVossofT, commandant de la '2' brigade de la 9" division d'infanterie, et le colonel Zvérelï, chargé du commandement du régiment de chasseurs de Galitch. Dans la journée du 8 septembre la perte totale de la garnison s'est élevée, en morts, à 4 officiers supérieurs, 55 officiers subalternes et ifiii hommes; en blessés, à '^0 oflieiers subalternes et 5,.S-'G hommes; 9 officiers supérieurs, 38 officiers subalternes et 1,138 hommes ont été atteints de contusions, cl enfin 2 4 officiers subalternes et 1,73a hommes ont disparu 2.
" .\ en juger par la marche de la journée, les perles de l'eDueini en tués et en blessés doivent être énormes.
' Le général-major Lyssenko a «uccombé à ses blessures le 13 septembre. • On ne connut pu encora les f tutc» pariai les bommcs Je l'artillerie,
u Dans leurs attaques repoussées par les nôtres, les alliés ont laissé entre nos mains, dans le bastion n° 3, I officier supérieur, 8 officiers subalternes et 128 hommes, dont 8U blessés légèrement; dans la redoute Schwartz , nous avons fait prisonniers le commandant du 46" régiment de ligne français, 4 officiers subalternes et 148 hommes.
» Parmi ceux qui se sont particulièrement fait remarquer dans ces sanglantes journées, on doit citer l'aide de camp général comte Osleii- Sacken, qui, par ses sages mesures dans les derniers jours de la défense, a ilignement couronné toutes les fatigues (ju'il avait supportée» pendant les neuf mois (ju'il avait commandé la garnison de Sébastopol ; ses plus proches compagnons d'armes, le chef d'état-major de la garnison, général-major de la suite de Sa Majesté l'empereur, prince Vassilchikoff, qui a signale la carrière de ses services par sou infatigable activité comme par son courage ; l'adjoint du chef d'étatniajor de la garnison, colonel koslianinolT U ; le chef de l'artillerie de la garnison , général- major de Scheidemann ; le commandant du 4" bataillon de sapeurs, colonel de (jardner, et le colonel du génie de Gennerich , qui dirigeaient les travaux du génie, le premier à la partie droite, le second a la partie gauche de la ligne de défense ; le lieutenant-colonel de Zimmi"rmann, du corps d'état-major, quartierniaitre en chef du i" corps d'infanterie ; le vice-amiral JNovossilsky, commandant du port de Sébaslopol, et le vice-amiral PanhlolT; le lieutenant-général Khrouleff, chef de la partie gauche de la ligne de défense, et le lieutenant-général Sémiakine, chef de la partie droite ;
i> Le lieutenant-général de Martineau, les géuéraux-majors Lyssenko, prince Ouroussotï, aide de camp général; Youféroff ( tué à l'attaque du mamelon MalakolT); Sahaschinsky , qui a repoussé trois fois l'assaut du basiion n" 2; le lieutenant-général Pavvrioff, qui a repoussé d'une manière brillante les assauts dirigés contre la 3" section de la ligne de défense confiée à sou commaudemeut ; le lieutenantgénéral Schépélcff. qui, après le lieutenant-général de Martineau, prit le couiinandeiueiit des troupes qui se trouvaient dans le faubourg de Karabelnaïa ; le général-major de Pichelstein, chef des garnisons d'artillerie de l'arrondissement du sud qui commandait les batteries du rivage ; le général-major INossofi", commandant de la 2" brigade de la O*-' division d'infanterie ; le colonel de INeidliardl, commandant du régiment du maréchal comte Diebitch-Zabalkansky ; le colonel prince Ouroussotï et le lieutenant-colonel Grousclika, du régiment de Pultawa ; le major de Wackhausen , du régiment de Krémeutchoug, qui commandait le régiment d'infanterie de Pultawa au commeiiceiiient de l'alïaire, et le major iNikiforolï, du régiment de Bélozcrsk ; le major MantourolT, commandant du 2' bataillon de ce régiment ; le major Yaroscliévitch, du même régiment, qui se trouvait comme adjoint auprès du général Sahaschinsky ; le major Navastky, chargé du commandement du régiment d'infanterie de Sevsk ; le colonel K.itaïeil', du régiment de Son Altesse Impériale le grand-duc Michel Nicolaiévitch; le capitaine de cavalerie de la garde Woiéikolf, aide de camp de l'empereur, qui, sur l'ordre du lieutenant-général Khrouleff, conduisit les troupes de la réserve au bastion Kornilolf occupé par l'ennemi, et tomba victime de son intrépidité ; le colonel Daragaiic, commandant du régiment de Sou/.dal ; le colonel de Wenlzel, commandant de celui de VVladimir; l'enseigne Doubrovine, du même régiment, qui avec quarante-huit volontaires descendit dans le fossé, d'où il chassa les Anglais; le colonel Welk, du régiment de Yakoutsk; le colonel Malevsky, de celui d'Okhotsk ; le lieutenant-colonel Artéiiiietl, de celui de Kamtschatka , et le major de Tornau, de celui de Sélenghinsk ; le chef de la 47" cohorte de la milice de Koursk voti A m mers ; le major MaslolT, commandant du bataillon combiné des régiments de Minsk et de Volbyuie ; le lieutenant-colonel Sorotchinsky , chargé du commaudemeut du régimeat d'Odessa ;
u Les commandants dis vap^rs qui ont agi dans la baie du Carénage, savoir : le capitaine de vaisseau Boutakofl l"'', du Vladimir; le capitaine de corvette Boudnelï, de la CUersuiiése; le capitaine de corvette Popandopoulo, de l'Odessa; le capitaine de corvette AstanbékofT, de V Ethorous ; les commandants des vapeurs qui , de la baie du sud, tiraient sur le Péressype et le mamelon Malakoff, savoir : le capitaine de frégate Stchégoleft', de la Bessarabie; et le capitaine de frégate Koultchilsky , du Gromo»ios.se/.«; les capitaines de vaisseau Péréicschine 1'', Mikrukolï et iNikouoff; les capitaines de corvette Ilyinsky et Tchébyscheff ; les lieutenants de vaisseau Pérékomsky , Kostyreft", Scliischkine, Fetsoff et de VVulfcrt; le colonel Trifouott', commandant de la cohorte n° 40 de la milice.
» A la partie droite de la lii;ne de défense se sont plus particulièrement distingués les généraux-majors de Schultz et Khroustclieff; le chef de la 1"^ section, capitaine de vaisseau Zarine; les coiumandaols de régiments, lieutenant-colon hde Gervais, de celui de Jitomir; le lieutenant colonel Verevkinc, de celui de Catherincbourg ; le major Uasdirischine, commandant du i" bataillon de ce régiment; le major Romanovitch, commandant du i'- bataillon du régiment de Jitomir; le lieutenant-colonel Alcnnikolï, du régiment de chasseurs de Podolie, et le sous-lieutenant Bankovsky, du même régiment, qui, avec un parti de volontaires , se jeta dans le l'o ,sé du bastion u" 5 et en expulsa l'eunemi; le sous-oliicier noble Alcnuikoff, du même régiment, Cl reuscijj'ue Slépanoff, de celui de Jilomir (ces deux dernier»
>c sont tenus sur le parapet pendant toute la durée de l'assaut ) ; les lieulenants de vaisseau Zaboudsky, Novikoff, Belkine , Sabline, commandant de la redoute Scliwartz ; Bankoff , commandant du bastion n" 5 ; le capitaine de frégate de Kolzebûe ; le lieutenant de vaisseau de Schmidt ; le sous-lieutenant d'artillerie de campagne de Rosenstandt, les lieutenants de vaisseau Issaïevitch et Stépanolî.
)) L'honneur et la gloire que ces officiers se sont acquis doivent être justement partages par les chefs qui, sans faire partie de la garnison de Sébaslopol, l'ont aidée avec zèle en faisant marcher activement pendant de nombreux mois les branches si compliquées de l'administration de l'armée au milieu des circonstances les plus difficiles , et fourni par là aux défenseurs de la ville les moyens de soutenir énergiquement la défense ; dans les moments les plus décisifs du siège, ils se hâtaient constamment d'accourir pour partager tous les dangers avec la garnison. Les principaux sont l'aide de camp général de Kotzebuc, chef d'élat-major de l'armée du sud et des troupes de terre et de mer disposées en Crimée; le lieutenant-général Serjpoulovsky, chef de l'artillerie ; le lieutenant-général de Buchmeycr, chef des ingénieurs; le lieutenant-général Boutourline , quarliermaitre général ; le lieutenant général OuschakofF, général de service, et le général-major Kryjanovsky, chef d'état-major de l'artillerie.
» La construction du pont flottant à travers la baie, dont la possibilité était mise en doute même par beaucoup d'hommes expérimentés, fait particulièrement honneur à l'habileté et à l'activité du lieutenant général de Buchmeyer, qui a rendu par là un service fort important.
" Le général major deTottleben, de la suite de Sa Majesté l'empereur, souffrant d'une blessure, n'a pu assister aux dernières journées du siège; mais quand on parle de la défense de Sébustopol, il est impossible de passer sous silence les services de ce général, d'autant plus que, malgré ses souffrances, il a continué jusqu'à la fin à diriger les travaux de la défense.
>■ Aux soins et à la sollicitude de l'intendant général de l'armée, général-major de Sattler, la garnison a été redevable de n'avoir souffert aucune privation sous le rapport des approvisionnements en vivres. »
Obligés d'abandonner Karabelnaïa, les Russes sont encore maîtres de la ville. Ils ont pour s'y retrancher un labyrinthe de murailles , de Iraverses, de réduits, de batteries intérieures ; cependant ils vont l'évacuer précipitamment sans se donner le temps de compléter la destruction de toutes les fortifications, et en laissant entre les mains des alliés un matériel considérable. Le prince GorlschakofT, loin de chercher à excuser sa fuite, en expose complaisamment les savantes combinaisons, et se félicite comme d'un succès de ce que la garnison n'a pas été inquiétée en franchissant le pont de radeaux jeté depuis vingt-quatre jours à travers la grande rade.
« A quatre heures de l'après-midi, le commandant en chef donna l'ordre de commencer à la tombée de la nuit l'évucuatiou de la partie sud de Sébastopol et de transporter les troupes sur la partie nord , en partie au moyen des navires et ea partie par le pont jeté sur la rade.
» L'évacuation eut lieu de la manière suivante :
i< Les volontaires et une partie des artilleurs furent laissés sur la ligne de défense et entretinrent un feu rare d'artillerie et de carabines. Les lignes de barricades construites à l'avance dans l'intérieur de la ville furent occupées dans la partie droite parles régiments de Tobolsk, de Yolhyuie et de Minsk, et dans la, partie gauche par ceux d'Azof et d'Odessa.
X A couvert de ces troupes avancées , les diff'érents corps disposés derrière elles commencèrent à se porter successivement sur la place Nicolas, d'oii elles traversèrent la baie par le pont ; celles du faubourg de Karabelnaïa s'embarquèrent à bord des vapeurs et des bàtiuiciits préjiarés par les soins du vice-amiral iNovossilsky.
)) Lorsque toutes les troupes eurent évacué la place iSicolas et le cap Pavlovski, et que les blessés qui se trouvaient dans les batteries de Nicolas et de Paul eurent été transportés au côté nord , il fut donné uu signal, auquel le reste de l'artillerie, les volontaires et les troupes qui garnissaient les barricades commencèrent à se replier vers les points du passage de la baie.
» A mesure que les dernières troupes se retiraient des divers points de la ligue de défense , les pièces de grosse artillerie qui les garnissaient étaient autant que possible mises hors de service , et les magasins à poudre incendiés ainsi que la ville. Après le passage de toutes les troujies au côté nord, le pont fut démonté.
» Le 9 se]itembre, après l'évacuation de la ville, eut lieu l'explosion des batteries n°» 1, 8 et 10. Dans la soirée, la batterie de Paul sauta , et l'on fit sauter é|;alement les minimes a]iprovisioDnemenls de poudre qui se trouvaient dans la batterie iNicolas.
> Ainsi, après trois cent quarante-neuf jours de défense opiniâtre de la ville entourée à la hâte, eu vue de l'ennemi, par des fortifications de campagne, et offrant entre ses diverses parties des obstacles naturels aussi im|iortants (juc la baie du sud et la rade de Sébaslopol , la garnison évacua la ville saus être iuquiétée. L'euiicmi, uucore sous
l'impression de la sanglante opposition qui lui avait été faite la veille, ne pensa même pas à nous poursuivre. Notre passùge au côté nord ne nous coûta que quelques hommes. »