‹ Histoire de la Guerre d'OrientChapitre 203 sur 235 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Sébastopol après l'évacuation. — Premières excursions des alliés. — Installation d une garnison française. — Biographie du général Bjzaino. — Lettre d'un officier français à la Presse d Orient. — La batterie des **". — Les blessés russes. — Ce pauvre vieux t — Le cheval attelé. — La maison Verte.

Il y avait dans l'armée alliée un sentiment aussi puissant peut-être que la joie du triomphe et que la douleur causée par la gravité des perles, c'était celui de la curiosité. Dès que la ville leur lui ouverte. Français, Anglais, Piémontais, s'y introduisirent saiu être arrêtés par l'incendie ou par la difficulté d'avancer au milieu d'un chaos de décombres. Les rues étaient littéralement pavées d'éclats d'obus, de bombes el de grenades; des boites de mitraille, des boulets, du fer et du plomb couvraient au loin le sol ; des débris de murailles el des terres soulevées indiquaient les lignes oii tonnaient les bouches à feu. La passerelle jelée sur le port militaire pour relier Karabeinaïa ii la ville était en partie détruite , cl le pont p.ir lequel les Russes avaient opéré leur retraite avait entièrement disparu. Les églises, les hôpipitaux, la bibliothèque, le Ihéàtre , les beaux hôtels situés dans le haut de la ville , portaient sur leurs lianes lézardés les stigmates de la guerre.

Le tohu-bohu de ces premières excursions est peint d'une manière vive et originale par le corresponJanl de la PreifSC d'Orient. « Vous parlerai-je, dit-il, de la foule qui se croisait dans les rues le 9 et le 10. C'ùlaiV uuç iuct;;>;>atitc pctivci^iuu d'uuil'oi'iuvs de toutes les ar-

rifSTAlRE DE LA GUERRE D'ORIENT.

mëes ; la colonie de Kamiesch entière furetait dans tous les coins ; plusieurs canliniers s'étaient drjii installés en vaimiueurs, choisissant habilement les coins de rue. Il y avait un mouvement d'allants et de venants incroyable. Des opérations de commerce assez hasardées se iiialiquaicnt sous prétexte de tléinénagemenl , les meubles surtout circulaient en assez grande quantité. Tout cela se faisait coraiii populo: et cependant avec une certaine sournoiserie. On conçoit qu'à la suite d'un assaut, quand le sanij écliaiilTé par la lutte ne laisse plus î.u soldat la libre dis]iosition de sa raison, il y ait du désordre, des heures de destruction, disons le mot, du pillage. IMais ce n'était pas le cas, et chacun le sentait bien.

X A part des exceptions qui n'appartiennent qu'en petit nombre h l'armée, le soldat français n'a pas jiillé. Ce sera un l'ait à noter dans l'histoire de cette campagne, pour l'honneur du nom fiançais. Il y a eu des scènes de carnaval, des scènes comiques dont j'ai ri le pre- 'niier, entre autres une vingtaine de troupiers un peu Irempés, revenant au c.nmp costumés en femmes en exécutant les danses les plus caractérisées. Mais ce sont lii de légers détails, hisUiirc de rire, et voilà tout. A ce sujet j'ai fait une remarque dont je vous dois compte à raison de sa bizarrerie : j'ai vu bien des chapeaux de femme, je n'ai vu que des chapeaux roses. Pourquoi cette couleur':' Nos soldats, pour la plupart, enlevaient un objet quelconque par imitation, pour faire comme les autres. Au coin d'un sentier escarpé, je rencontre deux soldats qui, au moyen d'une perche et d'une corde, portaient une cloche énorme.

» Les malheureux étaient couvertsde sueur, exténués ; ils l'avaient trouvée dans la cour d'une belle maison richement meublée, sise au las de la rue. Je visitai la maison ; elle renfermait des meubles, des tableaux, des glaces, des pendules. Rien ne les avait tentés hors la cloche, et ils transportaient ce poids énorme au camp, sans savoir qu'en faire. Heureusement la ligne des sentinelles leur a épargné une partie du chemin. (Je qui réjouissait le plus nos soldats, c'était Ja pensée de ne plus avoir de service de tranchée. Plus de tranchées ! plus de traticliées ! cela se chante sur l'air des Lampions.

» Le to, le général en chef avait donné des ordres sévères pour mettre un terme à ces promenades intéressées. La ville allait être occupée ; un vaste cordon de sentinelles fut placé, et tous les visiteurs qui revenaient de la ville chargés de meubles, literies, etc., étaient poliment invités à déposer le tout ; le soir il y avait comme une ligne de défenses formée par ces dépôts obligés. Les animaux seuls ont pu librement passer, chiens, chats et volailles; ces dernières étaient très-norabreuses : chaque ordinaire a dû mettre la poule au pot ce jour-là.

« Du côté de la Quarantaine, la ville est bien conservée. L'église, autant que j'ai pu le voir de loin, n'a pas souffert. J'ai remarqué quelques belles constructions, le casino des officiers, le casino des écoles, et d'autres en parfaite conservation.

» On avait jiarlé d'abord de plusieurs centaines de blessés russes, brûlés dans un hôpital. Tout se borne à cent soixante hommes environ morts du 8 au 10, faute de soins. L'évacuation a sauvé les autres. Le vapeur qui les a pris portait, outre le pavillon parlementaire, un immense pavillon russe blanc croisé de bleu. C'est le dernier drapeau ennemi qui ait flotté sur la rade. Sa mission remplie, il a été aussitôt brûlé. »

Le correspondant de la Presse (de Paris) ajoute :

" Des hommes d'un bataillon de chasseurs ont eu la bonne fortune de mettre la main sur un porc, et, comme par une sorte d'enchantement, l'un des ravisseurs était charcutier. On se réjouissait fort dans la compagnie; c'était une série de festins à perdre l'appétit. Mais la majorité, calculant habilement sur la hausse , a voté pour la vente à Kamiesch , et le pauvre animal a été troqué contre des vivres et surtout des liquides très-variés.

)) L'appel du soir a dû donner quelques absents dans la compagnie. On a donc beaucoup chapardé, pour parler zouave ; mais il faut le dire à l'honneur de nos troupiers, ils n'ont i;uèrc enlevé que des objets sans valeur pour eux. Malheureusement, le commerce de Kamiesch s'est mis de la partie; il y a eu des rominandes de meubles, de linge, etc., et bientôt une avalanche de chaises, de tables, quittait Sébastopol ; mais tout cela a été bientôt arrêté par les ordres du maréchal.

>i II est même question de faire rendre gorge aux spéculateurs de Kamiesch. Pour eux-mêmes, les soldats enlevaient ces petits tableaux, ces petites images qui se trouvent dans toutes les maisons russes,

)> Quant à Sébastopol , j'ai visité deux fois ses ruines, et j'ai peine à me retrouver dans ce dédale. Sur la limite extérieure de la ville, il n'y a pas de maison qui n'ait souffert; mais dans l'intérieur, au sommet de la ville et sur le versant qui regarde la Quarantaine, on voit des maisons intactes.

>> Ce qui est elïrayanl à voir comme ruines , c'est le faubourg de la Karabclna'ia, Le temps me manque pour vous en faire une description complète ; jamais la puissance de notre artillerie ne s'est exercée avec plus de succès que sur ces magnifiques établissements qui faisaient l'orgueil et la puissance de la Russie. »

Pour établir l'ordre dans la ville, le maréchal Pélissiery installa une garnison, formée du 42'^ régiment de ligne (1'"^ brigade, 2'' divi-

sion du premier corps) , du 80" (2« brigade, 2» division) , et d'une compagnie du génie. Ces forces furent placées sous le commandement supérieur du général Bazaine, militaire distingué, dont la carrière olïrait l'exemple d'une brillante fortune militaire. Engagé volontaire de 1831 , à l'âge de dix-huit ans, il débutait eu 1832 dans l'armée d'Afrique et obtenait en 18:),';, après la bataille de la Macta, la croix de la Légion d'honneur et le grade de lieutenant. Il alla ensuite en Espagne faire, avec la division auxiliaire française, ces rudes campagnes de la Catalogne qui agrandirent le renom de la légion étrangère. Rentré en Algérie comme capitaine en 1839, il prit part successivement aux expéditions de Milianah, de Tlemcen, du Maroc, du Sahara. Plus tard, il dirigea les affaires arabes de la subdivision de Tlemcen, et le rapport du général de Lamoricière, en 1847, mentionne la part que sa direction lui lit prendre à la soumission de l'émir Ab 1-el-Kadcr, et par suite à la ]>acification de l'Algérie.

Chef de bataillon en 18 i4, lieutenant-colonel en 1848, colonel en 1850, M. liazaine était en 18.M à la tète du l" régiment de la légion étrangère dont, vingt ans auparavant, il était l'un des sous-officiers, et il administrait la subdivision de Sidi-bcl-Abbès, où il fut désigné pour l'expédition d'Orient. Les deux régiments de la légion étrangère formèrent une brigade dont le commandement lui fut confié, et le général Bazaine arrivait avec sa brigade sous les murs de Sébastopol, en octobre 1854, le jour même oii s'ouvrit le feu.

La présence d'une garnison et les entraves que des ordres supérieurs apportèrent à la circulation diminuèrent le nombre des visiteurs. Ils devinrent promptement assez rares ; et c'est pour nous une bonne fortune que quelques-uns aient fait part à leurs amis des impressions qu'ils éprouvèrent, des observations qu'ils recueillirent durant cette promenade exceptionnelle.

Un ofHcier français qui avait pris part à l'assaut du bastion central écrivait, le 11 septembre, à la Presse d'Orient :

K Dès le 9, vous le savez , et même dans la nuit du 8 au 9, nos soldats ont pénétré en ville. Les plus hardis avaient pris pour chemin le grand ravin qui débouche au fond du port de l'Artillerie, et, par la rampe de la route Woronzoff, s'étaient introduits dans la ville même, dont une grande partie était dévorée par l'incendie. Au matin, le nombre de ces visiteurs allait grossissant ; beaucoup arrivaient par le bastion central, et bientôt une bonne partie de la population de Kamiesch afflua par cette voie. Ce jour-lk plus d'un de ces visiteurs paya sa curiosité de sa vie. Dans le quartier envahi par l'incendie, des bombes avaient été semées dans les maisons , et elles éclataient au fur et à mesure que le feu les gagnait.

1) Derrière le bastion du Mât, on traverse un large vallon, planté de quelques arbres, à l'extrémité desquels se trouve le théâtre; les maisons sont rares sur ce point: c'est la partie de Sébastopol la moins habitée. Ce vallon court de l'est à l'ouest, parallèlement à nos tranchées du centre, par conséquent. Sa largeur, des maisons de la ville au bastion, était assez considérable ; elle a longtemps trompé nos artilleurs des batteries de marine devant les ir* 10 et II , qui ne comprenaient pas que leurs boulets ne portassent point sur les maisons qu'ils apercevaient au delà du bastion. Ce ne fut que plus tard, quand on avança sur la droite et quand on put voir le profil des ouvrages du centre, qu'on s'expliqua le mystère de ce tir, inexplicable jusque-là. Le théâtre se trouve dans la partie orientale de ce vallon ; c'est un monument (|ui a quelque chose d'imposant, sans avoir de caractère. A la droite du théâtre, sur une croupe couverte de belle végétation, s'élève la batterie des Jardins qui a rendu de grands services aux Russes. Tout près de là une autre batterie porte un nom que je n'oserais transcrire ici : elle portait celui de ces femmes dont le métier infâme n'exclut pas un noble sentiment. A un certain jour, elles avaient demandé à travailler à une batterie que le génie venait de tracer aux abords de leur quartier ; leur demande avait été accueillie, et elles avaient fait preuve d'un zèle infatigable. L'armée avait appelé cet ouvrage de leur nom , et il l'a gardé en dépit de la désignation ofticielle.

)) De ce point on descendait, à droite, encore par des terrains ravinés, comblés de boulets, d'éclats de bombes et d'obus, dans le fond du port de l'Arlilleric. Dans l'axe central du port, au-dessous de ces fameuses grottes qui servirent si bien nos postes avancés, de ces batteries de mortiers de 32 qui commencèrent la ruine des établissements de Karabelnaïa, on a successivement une série de points de vue vraiment grandioses. A droite, rien de plus imposant que cette suite de constructions gigantesques, élevées sur les rives du port et échelonnées, d'étage en étage, jusqu'au haut du faubourg couronné par le grand redan cl Malakotf. Arsenaux sans nombre de la marine pour la réparation et le radoubagc seulement, magasins de cordages, de • voiles, de provisions de toute espèce ; vastes ateliers, machines, forges pour les agrès, magasins immenses de toiles à voile, toiles d'uniforme, d'uniformes confectionnés, de casques, d'armes; casernes magnifiques, pouvant contenir une armée tout entière; des docks, qui sont à eux seuls un chef-d'œuvre unique, à raison du génie dont l'ingénieur IJpton a fait preuve pour les créer, des difticullés qu'il a dû surmonter pour exécuter ses plans, des sommes fabuleuses qu'ont dû engloutir et les constructions elles-mêmes et le beau canal d'alimentation qui dérivait l'eau de la Tchcrnaïa ; manutentions militaires,

]<ii;emenls de milliers d'ouvriers qu'occupaient sans cesse ces vastes :nsenaux , tel est à peu près, avec un large quai qui court jusqu'au fort Saint-Paul, l'ensemble des embellissements prodigieux qui forjiKiitnt le faubourg de la Karabelnaïa.

" Aujourd'hui tout cela n'existe plus pour ainsi dire. Tout, à peu pri^s , est debout; mais quand on pénètre dans l'intérieur du fauiMimij par le ravin des Carrières, en passant près de la batterie des < Msornes, pour traverser le quartier et redescendre h gauche vers le liiit Saint-Paul, on n'a sous les yeux que des ruine?. Toutes ces consinictions sont criblées par les boulets, les bombes et les obus ; les murs sont crevassés, troues et ne tiennent pied que par un miracle d'iquilibre ; plusieurs des murailles sont découpées comme une dentelle ; c'est merveille de voir les ravages causés par notre artillerie. Çii et là on aperçoit des traces d'incendies que l'ennemi a pu éteindre.

» Dans les magasins qui étaient vides, comme dans plusieurs maisons de la ville, les planchers ont clé sciés le long des murs ; les bois ont été employés, sans doute après l'épuisement du bois de la marine, .nu réduits de Malakoff et des autres redoutes, ainsi qu'aux vastes blindages qui couvraient, au fort Saint-Paul, la plus grande partie de Il garnison. Rien n'est plus désolé que l'intérieur de ces vastes bâtiments à quatre ou cinq étages, ne renfermant plus qu'une salle unique, fermée de quatre murs, percés de mille déchirures, et ririiplis de débris et de projectiles anglais et français. Sur le quai, li'iiiimenses lignes de canons de fonte et surtout de caronades, de projectiles de tout calibre, attestent que Sébastopol n'est pas tombée épuisée, et que la place n'a cédé que devant la supériorité de l'artillerie, la science, la valeur des assiégeants.

" A l'extrémité du port, en allant au fort Saint-Paul, au fond d'une petite anse qui remonte dans la direction des docks , se trouvaient des hôpitaux. C'est là que les Russes avaient laissé , dans la précipitation de leur évacuation, un peu plus de cinq cents blessés qui leur ont été remis le lundi matin , au milieu d'un grand nombre de curieux. IVos soldats, que l'arrivée du bateau russe avait attirés en foule surles quais du port, se sont spontanément offerts pour aider au transport des blessés russes à bord, qu'ils opérèrent avec les précautions les plus délicates. « Pas si vite, mon vieux, disait un chasseur à un soldat russe à moustaches blanches auquel il servait de béquille; pas si vite, et appuie-toi bien. Avec des cheveux de c'te couleur-là, est-ce qu'on ne pouvait pas le laisser tranquille au coin de son feu , ce pauvre vieux! » La plupart semblaient tout étonnés de voiries Français et les Anglais les entourant , et ne semblaient pas comprendre leur présence dans la ville.

1' Jout cependant n'es'.pasdétruit sur la rive droite du port de l'Artillerie. Les casernes qui bordent le quai, les constructions les plus basses, ont à peu près échappé à nos projectiles; elles sont en bon état et offrent un excellent abri pour nos troupes.

)) A gauche, le spectacle est tout différent. C'est la ville, la cité qui s'élève en amphithéâtre sur un colossal rocher. De belles maisons faisaient face au faubourg de la Karabelnaïa; l'incendie en a dévoré la plus grande partie. Cependant ce côté a encore quelque chose d'imposant, et il emprunte ce caractère moins aux habitations particulières qu'à la rampe gigantesque taillée dans le roc vif qui, par une longue pente , porte la route VVoronzoft' : un beau mur de soutien , chréché çà et là par nos boulets, flanque la rou'.e et se perd plus loin dans la haute falaise. J'ai suivi ce beau chemin pour entrer dans la ville. Après cinq cents mètres de développement environ, il tourne à gauche et pénètre dans la ville par une rue spacieuse. La ville est généralement bien bâtie, mais fort accidentée ; toutefois elle est sur presque toutes les voies carrossable, du moins dans les quartiers que j'ai parcourus. A droite, entre la rue dont je vous parle et la grande rade, il n'y avait pas moyen d'aller bien loin. Ce jour-là (le 10 au matin) l'incendie ravageait ces quartiers , et nos braves soldats avec le génie s'efforçaient de maîtriser le terrible élément.

>i J'ai parcouru ainsi une partie de la ville, entrant dans quelques maisons ouvertes. Partout un certain désordre indiquait que les derniers habitants avaient été surpris par notre attaque. Beaucoup de tables étaient dressées : il y avait du pain frais sur les étagères des cuisines. Dans beaucoup de maisons, on a trouvé de l'argenterie, des cristaux, de petits meubles précieux, des coffrets, ces petits souvenirs de la vie intime, qu'on enlève tout d'abord avant de sauver son lit. Un hennissement m'a appelé au fond d'une cour, et j'ai trouve sous un hangar un pauvre cheval attelé depuis la veille sans doute, à une de ces petites voitures russes appelées drmcski ; ailleurs des chevaux étaient tout sellés.

• En débouchant au sommet de la ville, je me suis trouvé en face de la fameuse maison Verte, qui doit son nom à la couleur de sa toiture. Cette maison a longtemps servi de thème aux causeries du soir; on assurait que c'était la demeure du commandant en chef à Sébas- \ topol , son observatoire. De ce point en effet , du second étage , on [ avait sous les yeux un magnifique ensemble de nos ouvrages. Wos ar- I tilleurs ont bien souvent tenté de l'allcindre, car on la voyait et des j attaques de gauche et des attaques de droite; mais jamais nos pro- I jectiles n'ont pu arriver à celte distance : la maison Verte est restée intacte, tandis que les quartiers riverains de la ville ont souvent souffert , surtout pendant le dernier bombardement. Beaucoup de

visiteurs ont monté jusqu'à la maison Verte, et il s'est trouvé que

c'est un modeste pensionnat de demoiselles ; les pupitres étaient à leurs places ; des caries , des tableaux russes et français décoraient les murs ; dans une grande salle, deux globes, les portraits de l'empereur Nicolas et de l'empereur Alexandre ornaient la place de la maîtresse. Une couche de poussière couvrait tous les objets; depuis longtemps sans doute les pensionnaires avaient été rendues à leurs familles.

w Plus bas, en redescendant vers le bastion du mât, une belle et vaste maison offrait le spectacle de la dévastation; de grosses poutres de bois avaient été enlevées avec les planchers qu'elles portaient. »

Page 1