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CHAPITRE XVI

Eupatoria. — Reconnaissance du 7 octobre. — Arrivée de renforts. — Mouvement de la garnison d'Eupatoria du 22 au 89 octobre. — Résultat» obtenus. — Brillante razzia du 2 novembre. — Rapports anglais.

Dans une nouvelle reconnaissance, le 7 octobre, la division d'Allonville, six escadrons turcs et cinq batteries à cheval s'avancèrent jusqu'à vingt-huit kilomètres dans la direction d'Aïdar, sans rencontrer un seul uhlan. Ils brûlèrent des fourrages, enlevèrent cinq cents têtes de bétail et une centaine de chevaux ou de chameaux. Ainsi le rayon de sûreté d'Eupatoria était étendu ; mais la garnison était trop faible encore pour menacer sérieusement les Russes. Le général demanda des renforts, afin d'être en mesure de sonder les dispositions prises par l'ennemi sur les deux directions de Pérécop et de Simphéropol, d'inquiéter la grande ligne de communication qui unit ces deux points et d'étendre au besoin son action. On lui envoya la division d'infanterie de Failly (4'' du 2'' corps) et la brigade de cavalerie anglaise de lord Pagct, composée des carabiniers, des 4" et i'J' dragons légers, du 12* lanciers et d'un corps d'artillerie ,1 cheval que commandait le capitaine Thomas. En même temps on lui expédia de Kamicsch des équipages de pompes mobiles et des outres propres à utiliser les rares puits de cette zone pauvre et presque privée d'eau.

Le général d'Allonville redoubla d'activité. Il sortit d'Eupatoria, le 20, avec environ trente raille hommes qui se divisèrent en deux colonnes. La première, dont la division de l'ailly faisait partie, vint bivouaquer à Saki après avoir longé l'isthme. La seconde suivit le bord septentrional du lac Sasik , et vint camper près du village d'Aktatschi sous la pointe orientale de ce lac. Les Russes avaient à leur opposer dix régiments de cavalerie, douze batteries de campagne et environ vingt mille hommes d'infanterie.

Le lendemain, dès la pointe du jour, les bachi-bouzoucks et les Cosaques échangeaient des coups de sabre et de lance aux avant-postes. Vers dix heures les deux colonnes marchèrent sur le village de Tchebolar, dont les hauteurs étaient occupées par la cavalerie eniiciuie. En attendant l'infanterie française, qui s'avançait péniblement dans un terrain sablonneux, le général d'Allonville fit commencer la canonnade; mais il ne crut pas devoir livrer la bataille dans les conditions où les Russes la présentaient, ayant devant eux un ravin profond, et pouvant sans dégarnir leur centre lancer des massrs contre les flancs des alliés. Il se retira vers Saki, qu'il fallut immédiatenient abandonner, car les provisions d'eau étaient épuisées et les chevaux n'avaient pas bu depuis quarante heures.

La journée du 27 octobre reproduisit à peu près les mêmes phases. Le général d'Allonville partit d'Eupatoria avec vingt-quatre liataillons aux ordres du général de Failly et du muchir Ahmed-Pacha, trente-huit escadrons anglais, turcs el français, et cinquante-six pièces de canon.

Arrivé à deux heures de l'après-midi devant Saki, n'ayant devant lui qu'un rideau de Cosaques soutenus par quelques escadrons, le général d'Allonville échelonna les divisions françaises et tur.|ues par la droite en avant de Saki, la droite appuyée au grand ravin bourbeux qui aboutit à ce village, et se dirigea avec toute la cavalerie et l'artillerie il cheval sur Tclicbolar, où il retrouva les Russes solidement établis derrière un retranchement défendu par tre.ite-six pièces de 32. A l'approche de l'armée alliée, ils ouvrirent un feu qui tua quatre hommes et en blessa dix-huit.

Toute la cavalerie du gôn^r:il Scliabclski était concentrée sur les hauteurs, d'où il fut impossible de la déloger. Dix escadrons russes se replièrent devant quatre escadrons turcs qui furent lancés contre eux. L'ennemi n'osait ou ne voulait pas s'engager, et il ne pouvait entrer dans la pensée du général d'Allonville de se laisser attirer, avec sa seule cavalerie, sur des positions défensives fortement garnies. La journée s'avançait. Le général se décida donc à rejoindre l'infanterie, et prit une solide position de bivouac, son front couvert par Saki, et ses ailes par les deux lacs voisins. Quelques bâtiments légers anglais et français, embossés près du rivage, étaient prêls à donner l'appui de leur artillerie, dans le cas où cela eût été nécessaire ; mais l'ennemi ne tenta aucune attaque.

11 était probable qu'en présence de cette démonstration les Russes réuniraient, des points occupés à proximité, leurs forces disponibles pour les faire concourir à la défense de la direction menacée. Pour mieux juger de ces forces et des dispositions adoptées par les Russes, le général d'Allonville résolut de marcher de nouveau vers l'ennemi le 28. La garde de Saki et du ravin inférieur de Tchebolar fut confiée à l'infanterie turque et égyptienne du muchir Ahmed-Pacha ; le général de Failly vint se placer avec sa division a une lieue en avant, et le général d'Allonville, avec la brigade anglaise de cavalerie de lord Pnget , la cavalerie turque d'Ali-Pacha et la cavalerie française, aux ordres du général Walsin-Esterhazy, marcha dans l'est, se dirigeant entre le phare de Temesch et Djaanim-Achaya, village situé au nord de la route d'Eupaloria i» Simphéropol.

Les Russes étaient toujours immobiles dans leurs positions. Leur avant-garde, commandée par le lieutenant général prince Radziwill, éluda le combat comme la veille. Après avoir tenté vainement de l'entraîner dans la plaine, le général d'Allonville se replia sur l'infanterie du général de Failly, et regagna le bivouac de Saki.

L'eau manquait complètement; «elle manquait, dit un rapport du commandant anglais Paget, dans un rayon de plusieurs milles. » La colonne dut en conséquence rentrer à Eupatoria. « Elle avait d'ailleurs, a écrit le maréchal Pélissier, atteint le but essentiel de son opération, qui était, non d'engager une affaire à fond, mais de reconnaître les positions prises de ce côte par l'armée ennemie. » Des obstacles matériels s'opposaient à de longues expéditions, à des entreprises considérables à une trop grande distance de la place ; mais du moins le général d'Allonville avait dégagé complètement les alentours d'Eupatoria, en obligeant les Russes à retirer tous leurs postes avancés; il avait reconnu leurs forces et les positions qu'ils conservaient, il avait étudié le terrain ; il avait ainsi assuré, fortifié sa base d'opérations, et s'était rendu compte exactement de la meilleure direction d'un mouvement, soit sur la droite, soit sur les derrières des Russes, quand le moment des entreprises sérieuses serait revenu.

Le général d'Allonville avait été prévenu qu'il existait vers El- Toch, à trente-deux kilomètres au nord d'Eupatoria, de nombreux troupeaux destinés aux approvisionnements de l'armée russe. Dans la journée du 3 novembre, il dirigea sur El-Toch le général Ali- Pacha, commandant la cavalerie ottomane, avec les irréguliers, quelques escadrons turcs, deux escadrons français et deux escadrons anglais. Lui-même sortit de la ville avec le reste des troupes françaises et anglaises pour appuyer l'opération.

La brigade de cavalerie anglaise se porta à Djoltchak , la brigade de cavalerie française à Tioumen ; la division de Failly, formant réserve, prit position entre Orta-Mamaï et Schiban.

Pendant ce temps, le général Ali-Pacha s'avança vers El-Toch, ne rencontrant que quelques Cosaques, qui s'enfuirent à son approche, bien que soutenus par une force de plusieurs escadrons.

A cinq h'ures du soir, Ali-Pacha fit prévenir le général d'Allonville que son opération avait réussi, et ;i neuf heures il rentrait à Eupatoria, ramenant avec lui 270 bœufs, .'5,450 moutons, 50 cbevaux, 10 chameaux et '.'0 voitures enlevés aux Russes.

La part que les troupes anglaises prirent ii celte heureuse razzia est consignée dans les deux rapports suivants :

« A Son excellence le général commandant en chef.

u Monsieur, j'ai l'honneur d'annoncer qu'une partie des troupes alliées stationnées sous les ordres du général de brigade Ali-Pacha ont été envoyées hier au village de Tchotaï ou DjolchEk,à 15 milles au nord d't'upatoria, par suite de ia nouvelle que des approvisionnenu'uls de fourrage, de bétail, etc., avaient été rassemblés sur ce point par l'ennemi,

)> Les deux escadrons du 12* lanciers faisant partie de ce délachenienl étaient sons les ordres du lieutenant-colonel Toltcnham, dont j'ai l'honneur de joindre le rapport. ^ ous verrez avec plaisir que cette opération a été couronnée par le succès le plus complet.

u Le reste des forces alliées ici a fait au même moment une déinonsnalion ii ia droite de ce village pour distraire l'attention de l'ennecni. La brigade de cavalerie anglaise s'est avancée jusqu'il Bultscliiik, ayant les Français il sa droite. Le colonel Pola, du I 2' lanciers. Commandait, un accès de fièvre m'ayant retenu au lit depuis quelques jours ; il dit que l'enucmi n'a pas du tout paru.

» George Paget, briyadier général. »

" Au brigadier général.

» Milord,j'ai l'honneur de vous annoncer que, par suite d'ordre de brigade du l*' de ce mois, je me suis rendu hier ii quatre heures du matin, à la tête de deux escadrons du 12'" royal lanciers, pour faire ma jonction avec les forces sous les ordres d'Ali-Pacha, qui devaient s'assembler devant le camp de la cavalerie turque.

>i X la pointe du jour nous nous sommes rendus par Alchir à Tcho'.aï, village situé à tS milles d'ici. La cavalerie turque était en avant, soutenue par les escadrons français et anglais. Nous sommes arrivés .i Tchotaï vers onze heures et demie , et nous avons pris 1 ofticier du commissariat russe (à ce qu'on suppose), I Cosaque, environ 40 arabas et près de 3,000 chevaux, chameaux, bœufs et moutons.

» ■Nous avons ramené aussi trois voitures russes et un grand nombre d'habitants du village. Nous nous sommes mis en route pour rentrer à une heure et demie, après avoir incendié les villages et détruit trente grosses meules de foin. L'ennemi n'a fait aucune résistance.

» J'ai l'honneur, etc.

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