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CHAPITRE XVII

Expédition de Kinburn. — Détails géographiques. — Le Dnieper. — Kherson. — Nicolaïeff. — Ses monuments. — Ses chantiers. — Le Bug. — Le liman du Dnieper. — Olchakoff. — Kinburn.

Pénétré de la nécessité d'entraver le ravitaillement des troupes russes, le maréchal Pélissier n'avait pas porté seulement ses regards sur Pérécop. Il voulait atteindre les points où se concentraient leurs approvisionnements et par où passaient les renforts tirés de la Bessarabie. Avec les expéditions du haut Belbeck et d'Eupaloria coïncide une troisième expédition, dirigée vers le golfe qui sert d'estuaire au Dnieper et au Bug.

Avant de la suivre dans ses opérations , il importe de donner une description succincte des localités qu'elle menaçait.

Le Borysthène antique, le Dnieper, qu'on nomme Dnepr en russe, a près de 1 ,200 kilomètres du nord au sud. C'est, après le N olga, le plus puissant fleuve de l'Europe; et pourtant il ne baigne que quatre villes importantes: Smoleusk, K.ic\v, Ecatherinoslaw et Cherson.

De sa source , voisine de celle du Volga et de la Dvina , le Dnieper traverse jusqu'à Smolcnsk des marécages qui le grossissent de leurs eaux. Ce n'est qu'au-dessous de cette ville qu'il commence à devenir navigable; mais il est pris par les glaces, dans tout son cours supérieur, de novembre en avril. A Kiew sa largeur est déjà de 1,000 pas. Vers le milieu de son parcours, il est tout à coup obstrué par 12 ou 15 rapides qui le rendent, l'espace de 70 verstes (7 2 kilomètres), impropre à la navigation.

Dans les hautes eaux, des barques à fond plat tirant peu d'eau peuvent descendre à travers les rochers de ces cataractes, bien que cène soit pas sans danger. Le gouvernement russe n'oserait pas compromettre ses approvisionnements en les y faisant passer. A Samara, les bateaux déchargent leurs marchandises, qui sont expédiées en chariots sur Alexandrovvsk, où elles sont rcmbatquées pour continuer le voyage jusqu'à Cherson. Le gouvernement moscovite a essayé de faire sauter les rochers ; mais c'est un travail herculéen auquel il a, dit-on, déjà renoncé pour reprendre un projet de canalisation entre la Samara et la Moskovva, qui avait été depuis longtemps abandonné. Le fleuve reçoit dans son parcours un nombre prodigieux de rivières dont le volume d'eau, pour la plupart, dépasse de beaucoup celui de la Seine, delà Loire, et même du Rhône. Au-dessous de ces chutes, le Uniéper se couvre d'iles et d îlots, et se répand sur la rive droite, où il forme d'immenses marais et des pâturages spongieux qui ne sont accessibles que pour les bestiaux.

A son entrée dans le gouvernement de Cherson, il creuse la l)?rge à droite et à gauche , forme des canaux en imp.isses, et commence à se couvrir de nombreuses pêcheries où l'on prend des saumons et principalement des esturgeons , dont les œufs, convertis en caviar, sont très-recherchés i)ar nos modernes Luciillus. On y voit aussi beaucoup de moulins et de fabriques construits surpilolis.

Chaque année, au printemps , lors de la fonte des neiges qui ont couvert le pays pendant l'hiver, le Dnieper inonde toutes les plaines qu'il borde; et ces inondalions , jointes à celles du Bug, sont si considérables qu'elles se font sentir jusqu'à kinburn ; la longue lagune sur laquelle cette forteresse est assise estquelquefois en partie envahie par leurs eaux bourbeuses. Au-dessous même de Cherson, le Dnieper arrive à son liman à travers un labyrinthe d'iles et d'îlots couverts de roseaux, la plupart inhabités, en se partageant en sept ou huit branches, dont la plus considérable et celle qui sert de passe porte le nom de IlielogrouJow. La branche de Kizim, au nord, n'est plus fréquentée que par les barques. Devant Cherson, le fleuve a un uiillc et

demi de larceur et cinquante pieds de profondeur. La navigation du liuian est fort difficile; de nonilireui lianes de sable, autrefois signalt's par des bouées , encombrent c'a et là les passes, où néanmoins la moyenne de protondeur est de trois mètres.

En Russie, où les routes sont en jjénéral fort mauvaises et deviennent impraticables pendant la saison des pluies et des neiges, les lleuvcs sont un des principaux moyens de communication. Cet empire est admirablement doté sous ce rapport; il est couvert d'un réseau de voies fluviales qui pénètrent dans toutes les parties du territoire et y entretiennent des relations que la grande étendue du pays el la difbculté des chemins rendraient autrement très-rares et très-difficiles. I.c Dnieper est une des routes mobiles dont l'utilité est incalculable pour l'approvisionnement des forces russes. On y cliargc, dans l'intérieur de l'emiiire , des bois, du goudron , du clianvre el toute espèce de matériel, qui descendent le cours du fleuve jusqu'à BerislalT et Cherson, et sont de là transportés en Crimée par Pérécop.

tion des bâtiments de guerre et des navires marchands. Les Juifs et les (Irecs, qui sont très-nombreux dans cette ville, ont aussi leur quartier, où l'on trouve des maisons élégantes et plusieurs monuments consacrés à l'oicrcice des dilïérents cultes.

Quand ce pays était occupé en grande partie par les Turcs, le» Cosaques Zaporogues en parcouraient les steppes. C'était, comme on sait, une population amphibie, prati(]uant la piraterie sur mer connue sur terre. Catherine 11, dans la iioursuite de ses projets ambiticnv contre Constantinople, ayant décidé d'établir à Cherson et INicolaïelï des ports de réserve pour Sébastopol et des équipages réguliers de marins provenant du recrutement, transporta les Zaporogues au delà du Kouban , où elle les établit forcément sous le nom de Cosaques de la mer Noire. Leurs services se trouvèrent ainsi utilisés sur une autre frontière de l'empire.

De même que Cherson, NicolaïefT dut son élévation à Catherine II. Cette ville, dont la splendeur ne commença qu'en 1791, est située

Cherson, capitale du gouvernement de la Tauride , est à vingt kilomètres de rcmbouchure. Le fleuve est large, mais parsemé de bancs de sable qui rendent l'approche de Cherson impossil)le pour les navires d'un fort tonnage, excepté à l'époque des grandes crues, qui ont lieu ordinairement au printemps.

Cherson était autrefois le centre du commandement de la flotte russe de la mer >oire. C'est encore une grande et belle ville, malgré le voisinage de ses deux heureuses rivales, iSicolaïcfl' et Odessa, qui se sont partagé ses dépouilles. L'une lui a pris la marine militaire, l'autre U marine commerciale. Sa situation sur le Dnieper empêchera que sa décadence soit jamais complète. C'est un centre où viennent aboutir tous les produits transportés sur le Ijniéper, et destinés, les uns aux chantiers de construction de Wicolaïefl", les autres aux magasins des négociants d'Odessa. Son existence actuelle, comme ville de commerce , se révèle par d'immenses amas de bois de construction qu'on voit déposés sur les quais et par les nombreux magasins qui y sont (gaiement alignes. Sa grandeur passée, comme port militaire de construction, a laissé des traces dans de nombreux et vastes édifices.

D.ins le quartier qu'on nomme la Forteresse, et qui est entouré de fossés et de remparts, se trouvent les hùtels des gouverneurs militaire et civil, la prison, les tribunaux, les casernes et une église où reposent les restes du prince Potemkin. Un autre quartier, qu'on appelle l'Amirauté, contient principalement les docks pour la construc-

au milieu d'une steppe, sur la rive gauche de l'Ingoul, près du confluent de cette rivière avec le Bug, l'Ilypanis des anciens. Elle prospéra si vite que Daniel Clarkc, qui la visita peu de temps après sa fondation, la met au-dessus de toutes les cités dç la Russie méridionale et même de l'empire, à l'exception de Pétcrsbourg et de ^Moscou. F.llc compte aujourd'hui 38,0(J7 habitants et 4,998 maisons. Ses rues sont larges, régulières, généralement plantées d'arbres. Ses principaux édifices sont les casernes, à trois étages et disposées pour vingt-six mille hommes, le dépôt des cartes hydrographiques, l'observatoire d'astronomie, le musée d'antiquités, le club de la noblesse, trois bibliothèques publiques, six églises grecques, une église catholique , un temple luthérien , une synagogue juive et une synagogue karaïtique. .Mais JNicolaïeff a surtout de l'importance comme port militaire. Les docks, où sont mouillés un grand nombre de bâtiments de toute grandeur et de chaloupes canonnières, ont une grande étendue; son arsenal renferme d'immenses approvisionnements de fer, de toiles à voiles, de cordages, de bois ou de goudron. Ses chantiers sont au nombre de douze, six pour les vaisseaux de ligne et six pour les bâtiments inférieurs. Six mille ouvriers y sont employés en temps ordinaire et douze mille dans les cas d'urgence.

La majeure partie des boulets , bombes el balles envoyés à l'armée russe de Crimée pendant le siège de Sébastopol avaient été confec-

tionnés à Kicolaïeff. On conduisait ces munitions sur des bateaux jilals jusqu'à Cherson , où elles étaient débarquées, pour être voiliirëes à Pérécop par la route d'Alescki.

■( Le gouvernement russe , disait M. P. Dubois dans le Constitulionud du 14 octobre, a fait preuve d'une remarquable prévoyance en réléguant à plus de vinijt lieues dans l'inlérieur un de ses grands jiorts militaires. On dirait qu'il a eu le pressentiment de la prise de Kébaslopol et qu'il a voulu ménager à sa marine , en cas de revers, nn abri qui fût inaccessible aux vaisseaux ennemis. Le fait est que le Bug n'a pas assez de profondeur pour porter des bâtiments d'un certain tonnage jusqu'à Micolaïelï; il n'est navigable pour les grands bàlimcnts de guerre qu'à partir d'un point situé bien au-dessous de IVicolaïelï et nommé Glubokoé. Mais si ISicolaïeff n'est pas abordable pour des vaisseaux ennemis venant de la mer , il n'en est pas moins en communication directe avec l'Euxin pour l'envoi des bâtiments du jaugeage le plus considérable qui puissent être construits

» Ce qui est également positif, c'est qu'on ne peut, avec des vaisseaux , aller attaquer IVicolaïelï. Celte ville i;e pourrait être emportée qu'au moyen de troupes de débarquement. «

C'est à IVicolaïelï qu'a été transporté le siège de l'amirauté , autrefois placé à Cberson. L'amiral commandant habile un palais qui a appartenu jadis au prince Poteuikin , et qui est situé à l'angle que forme l'Ingoul en se jetant dans le Bug. En outre, une partie de la noblesse russe a construit à IVicolaïelï et aux environs des maisons de plaisance , car le climat est sain , l'air pur , la vie matérielle facile et à bon marché dans ce gouvernement.

Derrière la ville , sur la rive du Bug , auprès d'un lieu de plaisance apjiclé Spassk , jaillit une source qui fournit à la ville une eau saine et limpide.

Nicolaïelï est à 427 kilomètres de Sébastopol , et à 70 kilomètres de l'embouchure du Liniéper.

Le Bug (en russe Bog), qui baigne un des cotés de Nicolaïeff, a,

Trait d'inlrépidilc d'Eugène B.. ., niarcchal-des-logis au 4» hussards.

dans ses chantiers. En effet , le Bug est assez profond , même à partir de IVicolaïeff , pour porter les bâtiments de cette espèce avant qu'ils aient reçu leur armement. On sait que le poids des canons, par exemple , augmente beaucoup le tirant d'eau d'un navire.

■ Ceux qu'on lance à Nicolaïclï ne reçoivent donc leurs canons et les autres pièces importantes de leur armement qu'à Glubokoë. A partir de ce point , la rivière est prolondc ; mais comme il existe à l'embouchure des sables (jui élèvent le fond , l'usage est de transporter les bâtiments tout équipés et tout armés de Glubokoë à la mer sur des chameaux. (Jn nomme ainsi des cadres composés d'épais madriers qui IloUent comme un radeau , h la surface , et sur lesquels on pose les bâtiments. Les Russes emploient le même procédé sur la Newa pour conduire à Cronstadt les vaisseaux construits à Saint-Pétersbourg.

M II résulte de ces dispositions que , si les flottes alliées quittaient demain la mer IVoire , le jour suivant, des bâtiments de guerre russes , tout armés et prêts à la lutte contre les marines plus faibles, paraitraient dans l'Euxin , au grand élonnemcnt de ceux qui croiraient avoir anéanti la marine russe dans le port de Sébastopol. Ce qui est certain, c'est qu'à l'époque de la paix future , le gouvernement russe aura à sa disposition une flotte tout aussi formidable que celle qu'il a perdue et non moins menaçante pour l'empire turc, si les puissances victorieuses n'y mettent pas ordre.

comme le Dnieper oii il verse ses eaux , un cours long, capricieux, semé de roches et de cataractes infranchissables qui le rendent impropre à la navigation ; c'est, en un mot, un torrent continuel jusqu'à jV'ovo-Petrovoskaia et même un peu au-dessous, oii il prend tout à coup une ampleur majestueuse.

A Matwiewska, à quelques kilomètres au-dessus de IVicolaïelï', il forme un coude et commence à prendre des proportions énormes. Le Dnieper, même à Cherson, ne peut lui être comparé comme volume. 11 sort des forêts et des marais de la Gallicie, traverse en diagonale la Yolhynie, et entre dans les steppes à Olviopol , oii commence le gouvernement de't'atiridf . Pendant plus des trois quarts de son cours, il se répand à droite et à gauche et se forme comme deux lisières de vastes marécages, qui de prime abord lui donnent une apparente grandeur. .Sa marche devient plus régulière à Vinilza.

De cette petite ville à Sokoli , dans la saison des eaux courantes, il porte des barques ne tirant que deux pieds d'eau , et de celle ci à IVOvo-Petrovoskaïa , sa profondeur ne permet pas aux bâtiments, c'est-à-dire aux grandes loues qui le descendent, d'en tirer plus de quatre. La crue de ses eaux, de son origine à Vinilza , est de 12 à S pieds; et de Soloki à Matwiewska, elle est de 14, quelquefois de IC, et il IVicolaïelï, de 8 et même 10.

Bien qu'il arrose d'un bout à l'autre de son cours des rivages très- 'crliles, lu navigation ii'y est pas active. De tout temps il n'a jamais

porti! plus (le cent vingt à cent soiTanle tonnes par an. Comme le Uiiii'per, de la fin de juin a la mi-septembro il manque d'eau ; et de l'ri (II- (It-cenilire, quelquefois nii-janvier, il gèle et reste pris par les [;lacos jusqu'en mars. La lonijufur de son cours est l'valuc'c il trois ecnls et quelques lieues. Les Cosaques colonisés sur ses bords, au nniiilire de sept à liiiit mille mâles , sont appeli's Cosaques du Bog , et jiossèdert environ deux cent iiiillc mesures de terre ( environ cinq cent mille hectares) , y compris les pâturages. On y voit aussi quelques colonies allemandes.

Les bonis du Dniester, du Biig et du Dnieper furent jadis fréquentés par les (iéiiois et les \ éniiiens. Ces derniers surtout remontaient ces fleuves avec des l)ar(|ues, et achetaient ou échangeaient les produits des habitants conlie argent comptant ou coiilie des produits dont ^ cnise avait ii celle époque la plus grande renommée. C'est principalemeul des bords du Bug que les Vénitiens tiraient ces fourrures si estimées en Italie (sousiiki), tri!s-légères et sans odeur, puis ces cires blanches si remarquables dites ciVps de Venise.

Le Dnieper est grossi par le Bug, et tous deux viennent aboutir, au nord-ouest de la Crimée, dans une espèce de golfe ou de lac maritime qu'on nomme le liinaii du Dnieper, et qui serait entouré de terre de tous cotés, sans un chenal étroit, d'une profondeur variable, resserré entre les pointes d'Otchakoff au nord et de Kinburn au sud.

A ces détails M. Launoy ajoute les suivants dans le Moniteur :

« Au centre du golfe de Klicrsun et sur la rive droite se trouve reniboiichure du Bug, qui, :i la pointe Boudli , regardée comme sa limite, présente une largeur d'environ 6 milles 1/3. Otte largeur va en diminuant jusqu'à Mcolaïef, et varie entre 3 milles et l mille l'I. A environ 7 milles 1/2 de iOii embouchure, le fleuve l'ait un coude très-marqué et se trouve étrani;lé entre deux pointes qui réduisent sa largeur il trois quarts de mille, et contribuent à augmenter la rapidité de son cours. Ces pointes sont dél'eiiducs par des batteries placées, l'une sur la rive gauche, ii Volojsk, et l'autre, sur la rive droite , près de Sviatoiroitsk. C'est contre la batterie de Volojsk que les canonnières françaises et anglaises envoyées en reconnaissance dans le fleuve ont soutenu une canonnade très-vive et très-bieu d i rigée.

» Le Bug est encaissé : ses bords élevés et escarpés dominent les bâtiments et permettent d'établir contre eux, avec avantage, deux feux plongeants. De nombreux bancs de sable et de gros amas de roches gênent son cours et rendent sa navigation difficile, principa- Irmcnt dans les basses eaux. Les Russes considèrent ces obstacles comme très-avantageux pour leur établissement de Nicolaïefï, qu'ils regardent comme étant de la soile plus ;i l'abri d'une attaque.

" La rive gauche du golfe de Kberson , qui se termine à la pointe de Kinburn, renferme un terrain sablonneux et inégal , couvert en certains endroits de roseaux et de grandes herbes, de petits lacs salés, de quatre grands villages, dont le dernier est cflui de Viazelka, de cabanes de pêcheurs et d'un certain nombre de postes de Cosaques. Le terrain est borné au sud par deux langues de sable qui forment, l'une l'île de Tendra, ayant plus de 20 milles de long sur 2 de large, et séparée de la terre ferme par deux petits canaux d'une étendue de 200 à 250 mètres; et l'autre la presqu'île de Djarilagatcbc. L'ile de 'J'endra, quoique très-basse, abrite la baie de ce nom, oii les navires trouvent un mouillage excellent et d'autant plus précieux que, depuis la pointe de Kinburn jusqu'à cet endroit, sur une longueur d'environ n milles, on est obligé de mouiller par de petits fonds sur une côte peu abritée et oii les moindres brises du larce produisent une houle telle qu'il est très-difficile et souvent impossible d'accoster la terre.

u La rive droite du golfe de Kherson présente une nature toute diflercnlc. Elle est plus haute, jdus avantageuse pour la culture, et renferme, indépendamment d'Otcliakow, quelques points intéressants, entre autres: Adjigiole , Aleksanilrowka , et surtout le gros bourg de Stanislaw, oii commence la baie de Glaubok, qui se termine il la pointe de Kysim. C'est dans cette baie que stationnent les trains de bois de construction destinés aux chantiers de Aicolaïeff, et qui viennent par le Dnieper. y

» Après Tendra et Djiril- Agatclie on trouve, en suivant la même direction et du côté de la mer INoire, le golfe de Karkinit, célèbre jiarce qu'il sépare Id, Crimée du coiitinenl et parce qu'en s'enfoncant dans les terres vers l'est, il conduit les eaux de la mer Noire jusqu'à l'isthme de Pérécop. Il conserve à son extrémité une largeur d'environ 12 milles. Ce golfe aurait, comme position maritime et comme point stratégique, une importance énorme si on y trouvait un fond suffisant. Jusqu'il la pointe Sariboulale on rencontre encore 3 brasses d'eau; mais depuis cet endroit jusqu'à Pérécop, le fond, qui va en diminuant d'une manière sensible pendant une longueur d'environ 25 milles, s'oppose a toute navigation.

» Le liman du Dnieper forme la partie limoneuse du golfe de Kherson; c'est un vaste marécage ayant 15 milles de long sur une largeur variant de 5 milles 1/2 a (i milles 1/4 : ce marécage est à sec l'été et couvert de prairies produisant de grands roseaux très-utiles aux habitants du pays, qui les emploient pour couvrir leurs maisons et pour se chauiVer l'iiiver.

u Le Dnieper, en arrivant à Kherson, abandonne son lit et se par-

tage en neuf brandies peu profondes prenant leur cours à travers l'espace marécageuxqu'il rencontre en décrivant de noiiibreuxcircuits.

» Les deux principales de ces branches et les plus fréquentées sont : celle de Kizim et celle de Bielogroiidnw, qui présentent des fonds variant depuis 30 pieds jusqu'à 7 pieds dans les basses eaux. Les autres branches, moins profondes, sont celles de : Zburesk, Solonietska, Volkofka, Podslevnage, Karabelnaïa , Malaj aska'ia et Koshexvaya.

• On comprend, d'a|)rès l'exposé qui précède, l'immense intérêt qu'a la Russie, dont le Dnieper arrose les plus belles contrées, à posséder reuilmurliiirc de ce fleuve. »

OtchakolV est sur la rive droite, au sommet d'une falaise dont la pointe anguleuse porte un vieux fort génois.Unebattericdeneiif pièces d'artillerie de gros calibre, récemment construite sur la falaise en dtliors du chenal , le prenant d'enfilade, mais à grande portée, complétait la défense de ce côté.

La forlerrsse d'Olchakoff,importantepourla domination turque, fut prise, le C décembre 1778, parPotemkin, et la garnison, de 40,000 hommes, fut passée tout entière au fil de l'épée.

Après la conquête , il fut question de faire d'Otchakoff un lieu de quarantaine ; puis on pensa à Kinburn, et ce fut enfin, comme on le sait, il Odessa que l'édifice consacré à cette destination fut construit : c'est aujourd'hui l'un des monuments de cette ville.

Otchakotl' et Kinburn ont été tSutes deux témoins des premières saillies de ce courage brusque et original qui forme le caractère de Souvarow. Ennuyé des lenteurs du siège d'Otchakoîï, que conduisait Potemkiii, il prit soudain la résolution d'escalader les remparts sans l'ordre du général, à la tête de son régiment. Ses soldats, qu'il savait déjà passionnés, ne trahirent pas son attente ; mais le reste de l'armée , qu'il cidjait entraîner , demeura calme, immobile. Souvarow n'abandonna que blessé le poste qu'il avait conquis. Pour le punir de sa témérité, Potemkin l'envoya commander à Kinburn.

Peu de temps après sou arrivée, 3,000 Turcs y débarquent. Il n'avait sous sa main qu'une compagnie de soldats. Quelques autres compagnies, cantonnées à d'assez grandes distances, n'étaient pas arrivées. Pour leur en donner le temps, il se rend à l'église et fait chanter un Te Demii. Puis, quand il a tout son monde, il se précipite sur l'ennemi. Les Russes ne gardèrent qu'un prisonnier ; Souvarow le chargea d'aller porter à Potemkin, qui n'avait pas encore terminé le siège d'Otchakoîï, la nouvelle de sa victoire.

Placée sur une langue de sable que forment les alliivions des deux fleuves, à 3 kilomètres au sud d'Otchakoff, la citadelle de Kinburn complète la véritable défense de l'embouchure du Dnieper. C'est un ouvrage à cornes, en maçonnerie, qui renferme des casernes et plusieurs aulres bàliments. Un fossé environne toutes les parties des remparts ipii ne sont pas baignées par les flots. Armée sur toutes ses faces, la forteresse offrait un champ de feux couverts casemates, surmonté d'une batterie barbelle. Kinburn portait le pavillon de guerre toujours arboré, et avait habituellement quarante bouches à feu, dont la moitié battait en dehors sur la mer, du sud-ouest au nord nordouest. La garnison était d'environ deux mille hommes, sans compter les colons militaires établis au dehors dans un village au sud et à portée du cation de la place.

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