CHAPITRE XXIII
Expédition dans le Doiéper et le Bug. — Forces françaises et anglaises. — Reconnaissance faite par M. de Kersauson dans le Dnieper. — Capture d'un radeau. — Excursion du contre-amiral Stewart dans le Bug. — Enjjagement avec la baiterie de la pointe Volosclikala. — Nouveau combat. — Situation des troupei à Kinburn. — Nouvelles des blessés et prisonniers russes. — Monomanie incendiaire des Russes. — Un tres-baut personnage. — Le czar à NicoldiefT. — Grands préparatifs de défense. — Retour de l'expédition. — Station navale devant Kinbuin. — Garnison qu'on y laisse. - — Projets de di-tractions. — Ordre général relatif au contre-amiral Pellion. — Nouvelle panique d'Odessa. — Arrivée des escadres à Kamiesch.
La prise de Kinburn assurait aux alliés la possession du golfe de Chcrson et leur permettait de remonter le Dnieper et le Dug.
Ce fut ce qu'ils tentèrent immédiatement.
Douze canonnières françaises appareillèrent le 19 sous les ordres du contre amiral Pellion. Il s'y joignit une flottille anglaise commandée par le contre-amiral Stexvart et composée des sloops à vapeur le Stromboli, le Spileful, le Spit/ire et le Triton; des canonnières à hélice le Wrangler, le Lynx, la Vipère, le Snake, le Beagle, le Clinker, le Cracker, le Grinder, le Boxer et le Fannj.
L'escadrille française se divisa en deux colonnes : l'une d'elles croisa k l'embouchure du Bu;;; l'autre, sous la direction de M. de Kersauson, premier aide de camp du contre-amiral Pellion, explora les bouches du Dnieper et sonda les canaux que forment à la hauteur de Stanislofl' des ilôts boisés, coupés dans tous les sens par les branches du fleuve. Elle réussit à capturer et à conduire devant Kinburn un immense radeau destiné à l'arsenal de JNicola'îeff. « Ce radciu, dit l'amiral Bruat dans un rapport du 27 octobre, se compose de bois de chêne et de bois d'orme. Il a 854 pieds de long, 00 de large et 6 de profondeur. C'est une excellente acquisition pour les marines alliées et un très-sérieux dommage causé à l'ennemi. »
La flottille anglaise vint mouiller auprès du détachement dont le contre-amiral Pelliou s'était réservé le commandement. Le 20 octobre, à trois heures de l'après-midi, sir Houston Stewart remonta le Bug avec le Stromboti, le Spilfire, le Cracker et le Grinder. Il avait fait environ cinq milles, lorsqu'une batterie de campagne établie sur la pointe Volûschkaïa ouvrit le feu de six pièces contre les bâtiments anglais. Le Cracker, lieutenant Ilamilton, riposta avec son canon Lancastre; le Grinder et le Stromboli se mirent de la partie, et une escarmouche s'engagea. Le lieutenant Paget, du Spileful, qui coraniaiiJait par droit d ancienneté les bâtiments laissés à l'embouchure du Bug, demanda par un signal l'autorisation d'avancer. Sir Houston Stewart la lui refusa, et, ne sachant quel nombre de batteries du même genre il était exposé ii rencontrer, il retourna h son premier mouillage.
Le contre-amiral Pellion avait quitté la flottille pour revenir diriger les mouvemenlsqui avaient lieu sur la rade de Kinburn, et il avait laissé ses bâtiments ii la disposition du contre-amiral anglais. Le dimanche 20, un vapeur, trois chaloupes canonnières et trois bombardes françaises allèrent canonner la batterie de la pointe Voluschka'îa ; mais une froide brise qui soulevait l'eau du Bug les faisait rouler et rendait leur tir trop incertain pour qu'il leur fût possible de soutenir loD^jtcmps le combat.
Le même jour, sir Edniund Lyons arriva de Kinburn à bord du Danube, et eut avec iir Houston Stewart une conférence à la suite de laquelle !a flottille revint mouiller devant la citadelle conquise.
Les tuoiipes travaillaient avec ardeur à s'y installer, à relever les fortifications, à établir des travaux d'approche. La situation de la petite colonie militaire est exprimée en ces termes dans une lettre de M. d'ilortier, au rédacteur en chef du Moniteur de la (lotte :
n Devant Kinburn , 22 octobre.
1) Mon cher rédacteur, nous sommes toujours devant Kinburn , explorant les environs, étudiant cette longue ligne de sable sur laquelle flottent maintenant les drapeaux de la France et de l'Angleterre, et poussant des reconnaissances tantôt du côté de l'embouchure du Dnieper, tantôt du côté du Bug.
)) L'autre matin, nous avons vu un canot déborder du bâtiment qui commande la rade et se diriger vers Otchakoff avec un large pavillon parleuieiitairc. C'était une réponse à une missive des Moscovites, qui avaient désiré savoir des nouvelles de nos prisonniers faiis ii Kinburn. La réponse était que " le major général qui commandait cette place )i se portait à merveille ; que 45 blessés russes étaient soignés dans 1) nos ambulances, et que notre général regrettait de ne pouvoir en- » voyer les noms des officiers russes qui faisaient partie de nos hôtes. » — Vous savez que c'est pendant comme après l'action une chose trèsdifficile que de trier des officiers moscovites de leurs soldats.
» Lorsque l'embarcation chargée de ce message a été près de son but, un officier russe suivi de deux soldats est sorti de la place pour venir à leur rencontre; l'un d'eux portait un énorme pavillon parlementaire. On a échangé les civilités d'usage, et la lettre a été remise.
» Les Russes brûlent toujours quelque chose dans les environs d'OlchakofT. Aussi , ce ne serait pas, comme le disait un de nos marins, un métier de fainéant que d'être pompier a la suite des armées du czar. Le bois, les fourrages, même la pierre, il faut qu'ils cherchent à incendier tout.
>i Ils semblent se préparer à abandonner complètement les environs d'Otchakoll'.
• Autant qu'on peut voir dans les rapides opérations auxquelles nous nous livrons, le pays entre Otchakotï et Nicolaïeff, le long des deux rives du Bug, est très-fertile; on distingue çà et lit des troupeaux, de belles plaines et quelques villages ayant un aspect de prospérité véritable.
• Puis çà et là les inévitables Cosaques, qui cumulent leur métier de sentinelles sémaphoriques avec celui de bergers, car ils veillent à ce que les troupeaux ne s'approchent pas des bords de la rivière et de la mer et les font rallier vers l'intérieur.
1) Hier matin, à Kinburn, et venant de la direction de l'etnbouchure du Dnieper, la brise nous a apporté de longues colonnes de fumée qui révélaient de nouveaux incendies. C'est ainsi que les Cosaques, ces champions de la guerre rc/((yù'i(.se, pratiquent le dimanche. Quant à nous, nous leur donnons l'exemple eu respectant le jour du sabbat. Le pavillon de la messe était hissé partout à bord de nos bâtiments.
)) Dans la journée, cependant, quelques-unes de nos canonnières ont échangé une légère canonnade avec les Russes.
« Et, à ce moment-là même, nous avons eu la visite à dislance, bien entendu, d'un très-haut personnage. Etait-ce le czir lui-même? était-ce un membre de sa famille? Je serais fort en peine de vous le dire.
» Toujours est-il que ce personnage, d'une très -haute stature, a fait son apparition sur la rive orientale du Bug, monté sur un cheval noir et suivi par dix ou douze officiers. Il marchait, puis il s'arrêtait et paraissait examiner notre petite flottille alliée ; puis il se retournait pour parler à son état-major.
B A un moment nous avons distinctement vu un Cosaque arriver au galop , se jeter à bas de son cheval , en approchant de notre personnage, puis se mettre à genoux , lui baiser les piids et tendre une dépêche.
)) Le personnage a lu la missive et a repris sa route avec sa suite, visitant les postes de Cosaques sur sa route et reprenant la route de . IN'icola'ielT.
)) Tout va bien ici ; les équipages et la garnison jouissent de la meilleure santé. »
Que le personnage en question ait été le czar, cette hypothèse n'a rien d'invraisemblable. Al('\andrc II était resté à Kicolaïcflr, d'oii il faisait de fréquentes excursions pour inspecter les dél'cn.':c.s du lif.oral. Il revenait ensuite à son quartier général et passait en revue, à mesure qu'elles arrivaient , Icsdruschines, les troupes d'infanterie, d'artillerie ou de génie qui accouraient de toutes parts renforcer la garnison. Le grand duc Constantin avait pris la résolution de défiUdre lui-même jN'icolaïeff avec le général Tottlcben, cl le général Luders avait pris le commandement de Chcrson; la reconnaissance des amiraux Pellion et Stewart avait démontré la difficulté de conduire jusqu'à ces villes des forces suffisantes, en renionlant des fleuves héris.sés d'obstacles naturels ou artificiels et bordés de travaux considérables. Le retour à Kamiesch fut donc décidé. Uu arrête de l'amiral Bruat composa la statiou uavalc devaat Kinbura ;
Des trois batteries llottaiites Dévastation, Lave et Tonnante ;
Des quatre jjranilcs canonnières de I" classe Flèche, Alarme, Grenaile, I-'lainnu' :
J)i'silfaj chaloupes canonnières Bourrasque, Rafale,
De la bombarde le Vautour;
De la corvette de charge la Prorençale ;
De la corvette à vapeur le Milan et de l'aviso à vapeur le Lucifer.
M. Paris, capitaine du vaisseau le Fteurus, fut appelé au comiiiandcnicnt de la division navale et arbora sur le Vautour le guidon de chif de division,
La flotte anglaise laissait à peu près des forces «égales. C'était un arnicnient formidable avec lequel on pouvait résister aux entreprises de l'ennemi. Chaque batterie flottante portait seize pièces de Jn et les canonnières quatre. Les bombardes étaient armées chacune de deux mortiers de trente-deux centimètres. Le golfe de (^herson gèle chaque hiver; mais dans le cas où les Russes auraient l'idée de renouveler aux bouches du Dnieper le fait d'armes de Pichcgru en Hollande, deux cents bouches ii feu tirant sur quelques centimètres d'épaisseur de glace pouvaient donner un pendant à la fameuse catastrophe d'Austerlilz.
Le général lîazaine devait occuper Kinburn avec le 95" de ligne et cin(|uanle canons mis en batterie. Les militaires désignés pour garder cette langue de sable isolée acceptaient leur sort avec résignation. « On se fortifie à Kinburn, écrivait un d'eux à la Presse d'Orient, de manière à n'avoir aucune crainte des attaques de l'ennemi; et comme ce poste, pendant la mauvaise saison, ne doit pas être un séjour très-agréable, on songe à s'y créer des distractions. Un cercle va cire fondé, dans lequel on recevra les principales feuilles politiques, les livres d'actualité, les revues, etc. D'autre part, un oflicier de la nouvelle garnison est parti pour Constantinople avec mission de ses camarades d'acheter des munitions de chasse, des chaussures et des vêtements analogues à la température du pays. Le gibier, dit-on, abonde dans la contrée, et la chasse sera pour les otiiciers un des princiiKiux divertissemenls de l'hiver. »
Le 27 octobre, le contre-amiral Pellion s'embarqua sur la frégate à vapeur VAsnuidéi: pour aller reprendre ladireclion du service général à Kamiesch. Son départ fut annoncé à l'armée navale par cet ordre général :
« Monlebello, au mouillage de Kinburn, 27 octobre 1855.
•> M. le contre-amiral Pellion retourne à Kamiesch, oii les besoins du service exigeiit sa présence et où il doit arborer son pavillon sur le vaisseau à vapeur le Xapulèoit.
» L'amiral commandant en chef ne veut pas laisser s'éloigner cet nihcier général sans lui témoigner sa satisfaction de la part si honorable qu'il vient de prendre ii l'expédition de Kirburn.
» C'est sous sa direction et par les soins de son premier aide de camp, M. le capitaine de frégate de Kersauson , que la passe d'Otchakofl'a été balisée et que nos chaloupes canonnières, conduites par >1. le lieutenant de vaisseau Allemand, se sont mises en communication avec l'aile droite de l'armée, complétant ainsi, de concert avec les canonnières anglaises, l'investissement de la place.
» Le I 7 octobre, les frégates à vapeur V Asmodèe , le Cacique et le Sané ont franchi, sous le feu des torts delà pointe, la passe d'Olchakiiff, et, conduites par le contre-amiral Pellion, dont le pavillon était arboré à bord de V Asmodée , elles ont, avec la division du contreamiral Stewart, pris à revers les ouvrages que les deux escadres combattaient du côté de l'ouest.
» M. le contre-amiral Pellion, après la reddition de la forteresse de Kinburn, a conduit lui-même la première reconnaissance dirigée vers l'entrée du Bug, et c'est d'après ses instructions que nos canonnières ont continué, de concert avec la flottille de nos alliés, l'exploration du l!ug et du Dnieper.
" Cette exploration a fourni à nos canonnières une nouvelle occasion de combattre les batteries ennemies.
u Le 2 1 octobre à midi, la (irenade , la Flèche , la Flamme, V Alarme, précédées par la chaloupe canonnière la Stridente, ont, sous les ordres de M. Jauréguiherry , remonté le Bug jusqu'il la pointe Volofsk. L'ennemi y avait établi une batterie de quatre pièces en vue de commander le passage, que défendait déjà une autre batterie de huit bouches à feu.
>) A l'approche de nos canonnières, il a démasqué cette nouvelle batterie et lancé sur notre flottille quelques obus. Nos canonnières ont immédiatement jeté l'ancre et ne se sont éloignées qu'après avoir échangé avec la batterie russe quelques bordées, dans lesquelles la précision de leur tir leur a donne tout l'avantage.
• (^ette affaire d'avant-posle fait honneur au sang-froid et à l'aplomb des équipages, des capitaines et des officiers de la flottille laissée par le contre-amiral Pellion à l'entrée du Hug. Elle fait aussi particulièrement honneur au capitaine Jauréguiherry , delà Grenade, qui l'a dirigée, et au commandant Caubet, de la Stridente, qui se trouva in tète de la colonne.
» L'amiral commandant en chef a chargé M. le contre-amiral Pellion de lui en témoigner, ainsi qu'aux capitaines, aux ofl'iciers et aux équipages placés sous ses ordres, sa satisfaction.
• L'amiral commandant en chef, Brlat. »
La nouvelle du retour des escadres renouvela les alarmes des habitants d'Odessa. <i Encore une fois, dit une lettre du 30 octobre, notre ville est saisie de terreur. Les nouvelles arrivées d'Olchakolï et de INicdlaïelT mandent que la flotte des alliés revient. Dans le doute où elle s'arrêtera, les autorités militaires et civiles croient devoir prendre des mesures pour toutes les éventualités. Le rivage d'Odessa, entre la (Quarantaine et le Peressip, est couvert depuis avant-hier de promeneurs curieux et inquiets à la fois. La panique saisit tout le monde.
u On reprend la route des maisons de campagne derrière la Moldavanka et des villages. La ville reprend une physionomie guerrière. On dirige des bataillons sur les batteries riveraines; l'artillerie de campagne prend position : uhians, hussards, Cosaques et gens armés sont distribués dans les rues remplies de fuyards. Par la rue Richelieu arrive une file de trains militaires. L'infanterie se prépare à bivouaquer sur la place Alexandre, près de l'église Pokrowski. Par la rue de Tiraspol arrive un autre train de voitures des colons allemands et bulgares, pour emporter, s'il le faut, les archives et la propriété de l'Etat. Une foule de personnes courent aux églises. La place d'armes se change en camp. »
Odessa en fut quitte pour la peur. Les escadres prirent la route directe de Kamiesch, où elles jetèrent l'ancre le .3 novembre.
Afin de n'avoir plus à revenir à Kinburn pendant l'année 1855, nous terminerons ce chapitre par une lettre où un correspondant de la Presse d'Orient décrit la position de la garnison dont il faisait partie :
« Nous sommes fort occupés ii mettre en bon état nos logements pour l'hiver, car le froid commence à se faire sentir. La mer charrie déjà des morceaux de glace, et les navires de guerre qui mouillent le long d'Otchakolï ont des glaçons attachés à leurs flancs.
» (Juand les cinq ou six corps de bâtiment qui se trouvent dans l'enceinte des forts auront reçu les réparations les plus urgentes, nous serons assez commodément logés; j'entends parler des officiers et des employés de l'administration, car, pour les soldats, un grand nombre d'entre eux sont placés dans les casemates. Un bataillon occupe le village à huit ou dix minutes du fort; le reste couchera sous la tente; mais comme nous sommes fort bien approvisionnés en vêtements chauds et en objets de campement, les plus mal ])artagés pourront braver les rigueurs delà saison. J'oubliais de vous dire que nous attendons de Kamiesch vingt baraques pour trente hommes chacune.
)) Dans les premiers jours de notre arrivée, nous étions fort en peine de savoir quelle distraction nous pourrions trouver sur cette étroite langue de terre ou plutôt sur ce banc de sable; mais nos soucis à cet égard n'ont pas été de longue durée. Le gibier aquatique est si abondant sur cette côte, que l'homme le plus indolent et le plus frileux est forcé en quelque sorte de devenir chasseur. Les goélands, les canards , etc., sont très-nombreux dans cette contrée, et on les tue facilement : par malheur, la plupart de ceux qu'on atteint sont perdus faute de chiens qui aillent les chercher à l'eau. J'ai été bien surpris la première fois qu'on m'a fait manger du goéland. Vous savez que ceux de la Méditerranée ne valent absolument rien : je m'imaginais qu'il en était de même de ceux-ci , et j'avais de la répugnance à en manger. Quelques camarades se sont moqués de moi et m'ont donné l'exemple : ils avaient parbleu raison ; ces goélands sont un mets exquis; j'en mange maintenant plusieurs fois par semaine, et je les trouve très-dignes de recommandation. Un bon chien nous rendrait ici de grands services, et vaudrait son pesant d'or.
)> Le plaisir de la chasse a coûté cher à quelques officiers. Voici comment. Peut-être savez-vous que pour augmenter nos moyens de défense du côté de la terre , nous avons creusé deux fossés qui coupent la petite presqu'île dans le sens de sa largeur : un de ces tossés est tout près du village; l'autre se trouve un peu plus loin. Consigne avait été donnée à tout le monde de pas s'aventurer au delà des fossés. Mais un beau jour, un capitaine et deux lieutenants du 95' de ligne, un officier de marine, un commissaire, un médecin et un ou deux soldats ont franchi les fossés et se sont avancés assez loin dans la campagne. Il faisait un brouillard très-épais. En peu d'instants, et presque sans s'en apercevoir, ils se sont vu cerner par plusieurs cavaliers russes, et ils ont été faits prisonniers. C'est pour eux une très-fâcheuse affaire, car, outre qu'il est peu agréable d'être au pouvoir de l'ennemi, ils se trouvent sous le coup de peines disciplinaires assez graves.
)) Nous ne sommes pas plus nombreux que la garnison russe à laquelle nous avons succédé; mais nous n'avons rien à craindre de l'ennemi. Le fort a été remis sur un pied très-respectable. Du côté de terre, outre les fossés, nous avons une artillerie fort eu état de faire rebrousser chemin à quiconque aurait la fantaisie de vouloir avancer malgré nous: sur la pointe occidentale, nous avons établi quelques pièces qui seraient d'un secours très-efficace s'il y avait quelque chose à craindre de ce côté-là. Il n'est pas probable que les Russes fassent quelque tentative contre Kinburn; toutefois, comme ils ont du goût pour les petites finesses de guerre, il peut se faire, qu'enveloppés de quelque épais brouillard, ils nous mettent plus d'une fois sur le qui-vive. »