‹ Histoire de la Guerre d'OrientChapitre 218 sur 235 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Eipédition de Taman et de Fanagoria. — Inconvénient du costume russe. — Diversion de Temriouk. — Importants résultats obtenus h Gheisk. — Troupes de terre. — Contingent anglo-ottoman.

Ce n'était pas setilement du côté de la Crimée que les garnisons de Kertch, d'Yénikalé et du fort Saint-Paul pouvaient être menacées. .■V l'est du détroit s'élevaient les villes de Taman et de Fanagoria. que l'ennemi semblait vouloir choisir comme base d'opérations pour une campagne d'hiver. De vastes b.iliinfnts pouvaient servir d'hùpilauT, de casernes et de magasins, et dès que le détroit aurait été gelé, il serait devenu facile de conduire de ces deux points un corps d'armée. La dislance qui sépare les deux rives est d'environ 9 milles; le passage des plus lourds chariots sur les glaces est parfaitejurnl praticable*^ et c'était par celte voie que l'armée de Sébastopol avait reçu de la côte d'Asie, à la fin de 1 SS4, la plupart de ses approvisionnements.

Uéjà Taman était un vaste dépôt de grains, de baraques, de vivres, de chantiers de bois et d'objets d'habillement.

Le 24 septembre, à dix heures du matin, une flottille de quinze canonnières h vapeur, dont cinq anglaises, se dirigeait vers cette place, sous les ordres de M. Bouet, commandant la station navale française dans le détroit de Kertch. 300 hommes de l'infanterie légère des highianders avaient été préalablement embarqués à bord de la Sulinn, et GOO hommes d'infanterie de marins française sur les canonnières.

En arrivant devant la place, le commandant Bouet et le capitaine Robert Hall , de la Miranda, y firent jeter quelques obus, qui dispersèrent le détachement abrité derrière des fortificalions en terre. De nombreux (Cosaques rôdaient aux environs; mais ils ne s'opposèrent point au débarquement , qui fut effectué à quatre heures et demie du soir. Dès le lendemain les troupes travaillaient sans obstacle à démolir les maisons de Taman et de Fanagoria, et à évacuer sur le cap Sainl-Paul tous les matériaux qui pouvaient être utilisés. Dans cette expédition résolument conduite, il n'y eut que deux hommes blessés. Un matelot de la Miranla, placé en sfntinelle, fut atteint d'un coup de feu pendant la nuit, et un soldat d'infanterie de marine française fut victime d'une fatale erreur.

Il La capture d'clTels d'habillement, écrit un correspondant du Ciinslitutitm''el, n'est pas pour nous le moins précieux. Enfin, disait un d'eux, nous allons avoir des robes de chambre ! Le joyeux gaillard se promenait en vainqueur dans les rues encore intactes de T^iuan et furetait en loustic les magasins d'habillement. Sur le soir, trouvant a sa convenance une de ces belles capotes, il s'en drapa, se couvrit également d'un casque russe, enfin se donna l'air du Moscovite le plus renforcé; il s'endormit et fit les plus beaux rêves. Le matin, aperiu par un de ses camarades qui ne le reconnut pas ( le jour ne faisait q{ie poindre), il reçut un coup de sabre sur la tète; le cri jioussé par cet infortuné fut, il paraît, tellement français, que la méprise fut reconnue. Il était un peu tard; la blessure assez profonde élaii faite : on espère cependant le sauver. Je crois qu'il a promis de ne plus so costumer en Russe qu'au bal masqué. >>

Trois highianders et trois hommes de l'infanterie de marine française, qui avaient eu l'imprudence de s'écarter, furent surpris et enlevés par les Cosaques.

Dans la prévision d'une trop grande concentration de troupes à T^iuian, ordre avait été donné à plusieurs bâtiments de quitter la lleclie d'Arabat pour venir, au jour et a l'heure indiqués, opérer une diversion dans le golfe de Temriouk, situé à l'entrée orientale de la mer d'\zof. Les bateaux à vapeur le Milan, le Calon et le Fulton, les bâtiments anglais le Vesuvius, l'Ardanl , \e Curlew, le Wrariyler, le beayle, le Fancy, le Grinder cl le Cracker, en paraissant devant Temriouk, y arrêtèrent la marche d'une forte colonne qui marchait au secours de Taman. L'eau n'était pas assez profonde pour permettre même aux embarcations d'approcher de la ville; mais elle put in-

cendier un pont de bois établi sur le canal qui relie la mer d'Azof aux lacs intérieurs, et détruire les postes de Cosaques installés sur la côte pour surveiller la garnison d'Yénikalé.

Le 3 octobre, l'amiral annonça ce nouveau succès à la flotte par un ordre général ainsi conçu :

Il Les bàlimenls réunis dans le détroit de Kertch ont débarqué le 2i septembre, sous la protection de leur artillerie, un détachement de garnison française et anglaise de Yénikalé. 800 Cosaques environ se sont rassemblés à l'approche de nos bâtiments; mais, tenus en respect par les obus des canonnières alliées, ils n'ont point inquiété le débarquement dos troupes. Fanagoria et Taman ont été occupés militairement pendant plusieurs jours. Ces deux établissements, qui offraient une excellente base d'opérations aux troupes que l'ennemi pouvait rassembler en face de Y énikalé et du cap Saint-Paul , ont été complètement détruits; les matériaux qui pouvaient être utilisés ont été transportés au cap Saint-Paul , oii , grâce à l'activité de nos marins, la garnison française qui doit occuper ce point important trouvera de bons baraquements pour l'hiver.

il M. le maréchal Pélissier et le général Simpson, en nous accordant le concours des troupes que nous leur avions demandées, ont voulu laisser à la marine la direction supérieure de cette expédition, le commandant Bouet, secondé par le capitaine IIoll, de la marine britannique, en a pris, du consentement de M. l'amiral Lyous, le commandement en chef.

» Il a dirigé cette expédition avec toute la vigueur et l'activilé désirables. L'amiral commandant en chef lui en exprime toute sa satisfaction. Le commandant Bouet se loue beaucoup du zèle apporté par les capitaines, les officiers et les équipages, dans les travaux pénibl' s qui ont suivi relie opération. Il cite particulièrement M. le lieutenant de vaisseau Alorier, capitaine de la Flèche, qui a dirigé l'embarquement du matériel enlevé à Taman; M. Guyon, lieutenant ti« vaisseau, de la l'unioue, qui a été chargé du commandement de la place, et qui a établi avec beaucoup d'inlelligcnce et d'activité un pout de chevalets et des radeaux pour l'embarquement; M. Orsel, lieutenant de vaisseau, de la même frégate, qui a commandé le détachement des marins de la Pomone mis à terre avec les quatre obusiers de montagne de la frégate.

Il L'amiral commandant en chef est très-satisfait du compte qui lui a été rendu des services de ces officiers pendant toute la durée de l'expédition.

11 II sera dressé à bord de chacun des bâtiments qui ont concouru à l'expédition un procès-verbal d'avancement extraordinaire calculé sur services de campagne.

11 Vaisseau le Monubello.

11 L'amiral commandant en clief, Brlat. u

Malgré la rigueur de la saison , l'activité des croiseurs anglais et français ne se ralentit point pendant le mois d'octobre, et la campagne fut terminée de la manière la plus brillante par la destruction de grains et de fourrages provenant de la récolte de l'année. On les avait amoncelés dans les environs de Gheisk, pour les transporter dans les mois d'hiver, en partie à l'armée ennemie en Crimée, par le golfe gelé d'Azof , et en partie à l'armée du Caucase par la route militaire.

Aussitôt après la prise de Kinburn, dès que les petites canonnières y avaient été inutiles , le contre-amiral Ednnnid Lyons s'était empressé de les envoyer dans la mer d'Azof, afin de renforcer l'escadrille et de la mettre en état de porter aux Russes quelques derniers coups.

Le 3, neuf vapeurs anglais mouillaient en vue de Marianopol, sous le commandeuicnt du capitaine Sherard Osborne. Un parleinenlaire y vint inviter l'agent consulaire autrichien à se rendre a bord du l'esuyius pour donner des explications sur les grains qui pouvaient se trouver dans les magasins de la ville. L'agent consulaire répondit qu'il ne devait pas se rendre a borJ d'un bâtiment ennemi -ans la permission du commandant militaire, qui se trouvait à Taganrog.

Le parlementaire demanda alors un certificat authentique proux'ant qu'il n'y avait pas de grains appartenant aux Russes dans la ville, et que tous les approvisionnements existants apparlcnai<nt aux Autrichiens ou à d'autres étrangers. Au refus de certificat, on devait bombarder la ville. L'agent consulaire, sachant que tout le blé russe avait été soit consommé, soit transporté ailleurs, et qu'il ne se trouvait que la propriété étrangère dans les magasins, n'hésita pas à délivrer ce certificat, qui fut confirmé par les fonctionnaires russes. Le capitaine Sherard Osborne s'en déclara satisfait, et l'escadre reprit la mer puur se diriger vers Gheisk, oii l'on savait que les Russes avaient réuni des blés cl des fourrages.

Voici la lettre dans laquelle le capitaine Sherard Osborne rend compte à sir Edmund Lyons de l'importante expédition de Gheisk :

Il A bord du sloop à vapeur te Vttuviut, en vue de Gheisk, 7 novembre. • Monsieur , » Vers le soir du 3 courant, l'escadre que je commande se rassembla et mouilla dans IC pieds d'eau en vue de Gheisk-Liman ; je

pris des mesures pour le lendemain, à l'effet d'opérer contre l'iininensp amas de grains, de fourrages et de bois de chauffage qui appartenait à l'ennemi et ëtail entassé le long de ses rivages, de faron à détourner l'attention des troupes nombreuses qu'après l'avoir préalablement observé je savais être dans les environs. Sous les ordres du lieutenant Ross , du ffeser, je plaçai temporairement le Curh'W sous les soins du lieutenant Miall, ainsi que l'Ardenl, sous ceux de !M. Tilly, capitaine en second; chacun de ces bâtiments avait assez d'honmïes à son bord pour lever l'ancre, ou servir une pièce de canon et po\ir monter quelques chaloupes, et je donnai ordre au lieutenant Koss de serrer de près la face nord de Gheisk et de se tenir prêt à coopérer avec moi en dedans du liman. Je laissai le Vesiivius au large, lui enlevant tous cens qui pouvaient servir; puis embarquant"', ainsi que le montre la liste ci-annexée, les officiers et les hommes pris dans le Vesuvin$, le Curiew, le IFfser et l'Ardent, avec leurs chaloupes , nous parlîuics au point du jour, remorqués par les canonnières de Sa Majesté. Yoici cette liste : /iccru/? , lieutenaut G. Day ; Boxer, lieutenant S. -P. Tevonscnd; Cracker, lieutenant J.-H. Blarryat; Clinker, lieutenant J. S. Hudson.

)iA six heures et demie du matin, la flottille se trouvait devant Vodina, ii 3 milles au nord de Glofira ; de longues rangées de meules de l)lé et des quantités considérables de combustible étaient emmagasinées le long de la côte et protégées par une garde de Cosaques. J'envoyai aussitôt le commandant Kennedy avec des embarcations que je fis proléger par des canonnières, et peu de temps après tout était en flammes, et le détachement se rembarqua lestement au moment où un corps considérable de Cosaques accourait de Lazalnite.

>i La ville de Glofira fut ensuite le point que nous attaquâmes; elle avait considérablement changé d'aspect depuis qu'elle avait été visitée par le capitaine Rowley Lambert au mois de juillet dernier. On voyait, sur une étendue de quelques milles, des meules de blé, le long de ses côtes est et sud, rangées sur le bord de l'eau, prêtes à être transportées; et entre les lignes formées par les maisons on voyait, rangée sur rangée, des meules de blé.

)■ Une tranchée avait été creusée le long du bord de l'escarpement qui commandait la pointe, des corps considérables de cavalerie démontée la garnissaient, et on apercevait des hommes armés en arrière de chaque maison.

i> l'our tâcher de prendre en flanc ces moyens de défense et pour détruire les meules de blé qui étaient emmagasinées sur la colline élevée qui est à l'est de Glofira .j'envoyai le commandant Kennedy avec les embarcations du navire de Sa Hlajssté le Curtetr, une ciubarcalion ii aubes et le cotre le IVsurïus, remorqués par le Clinker, soua les ordres du lieulenaut Ihidson , à qui il était ordonné de tourner la pointe et d'attaquer ensuite dans celte direction, après avoir attendu un certain temps pour permettre que l'altention de l'ennemi fiu attirée par l'autrealtaquc. Les canonnières Rccruit, Grindn, Boxer et Cracker ouvrirent le feu contre la tranchée avec des bombes Shrapiiell et tirèrent sur le blé avec des bombes.

» Comme on ne pouvait déloger l'ennemi tout à fait que du côte de l'ouest, que les bombes ne produisaient pas tout leur effet et qu'elles uieiiaçaieiit néanmoins de meltri: le feu à toute la ville, j'envoyai les lieutenanls Day et Campion avec toute la peiilc troupe de soldats de marine disponibles, une einhsreation armée d'un olmsicr H deux embarcations à fusées pour aider à obtenir plus coipplétement le résultat que je me proposais.

«Pendant la nuit, les approvisionnements ont continué de brûler très-activement; la nappe de flammes s'étendait à deux milles; toutefois la ville de Glofira n'a pas été atteinte, si ce n'est dans la partie dont les maisons avaient été occupées par les troupes qui faisaient feu contre nous.

ji Le 6 novembre, nous avons appareillé de bonne heure, et nous sommes entrés dans le port en gouvernant sur Gheisk. Les services importants accomplis par M. George Perry, second du lVsi(t"/i(S , et ] ar M. Parker, second en sous-ordre du Ileiri.il, nous ont encore été laili's en cette circonstance, et j'ai eu la satisfaction de voir toutes les embarcations mouillées de bonne heure, aussi presque pouvait le p ruiettre le tirant d'eau, à portée de canon de l'extrémité est de (.liriïk et de la steppe voisine, sur la limite de laquelle, dans une étendue de quatre milles, se trouvaient entassés du blé et du foin en quantité tellement considérable qu'on ne pouvaity croire ; dans la partie bassede la steppe, ainsi que sur la partie de la pointe commandée par la ville, étaient accumulés également par masses énormes des approvisionir nients de diverses sortes, du poisson surtout , des bais de construction, des canots, etc.

» Le lieuienaiit Campion et M. Yercy, canonnicr, chargeant à la tête des soldats de marine, soutenus |iar le lieutenant Day et les matelots , réussirent, malgré un feu violent de moiisqueteric , à repousser l'ennemi hors de sa tranchée, après lui avoir fait perdre lieancoup de monde, et ii s'ein|>arer d'un petit canon en bronze ; ils chassèrent ensuite l'cnnenii, en le faisant reculer de magasin en magasin, jusqu'il ce que lou;c ci ttc immense quantité de blé entassé et prél il être liatiii et transporté fut complètement la proie des flammes. Lu hardiesse avec laquelle le lieutenant Campion a conduit les soldats de mai lue mérite de \uus être signalée.

u M'apercevant que l'ennemi rassemblait un grand nombre d'hommes prêts à charger les nôtres s'ils s'avançaient au delà d'un ravin sur la côte est de la ville, je raiipclai mes troupes et j'eus la satisfaction de les voir toutes remharquées après n'avoir eu qu'un seul homme blessé. On voyait alors que les navires qui étaient devant Gheisk étaient engagés, le lieutenant Ross, du IFfScr, les ayant placés dans des positions avancées; et comme l'ennemi faisait descendre des corps considérables de troupes et surtout de la cavalerie pour résister à un débarqnemcnt, et qu'il avait déjà commencé à faire feu contre ces troupes, il était obligé, malgré lui, de faire feu sur la ville pour les en chasser.

>> L'opération confiée au lieutenant Ross a été exécutée avec habileté, et il a complètement réussi à tenir en échec un corps considérable de caxalerie qui aurait beaucoup incommodé la petite troupe sous les ordres du commandant Kennedy, qui en agissant vigoureusement était parvenu à s'emparer de la position qu'il occupait, et trouvant l'escarpcnient trop roidc pourqu'il pût être escaladé eu face d'un grand nombre de troupes qui faisaient feu sur lui de la crête de l'escarpement, accomplit la mission que je lui avais confi e, au moyen du canon et des fusées à bombes des embarcations du navire, en mettant le feu à tous les approvisionnements , excepté à un grand édifice du gouvernement qui se trouvait considérablement en arrière. Le commandant Kennedy fait le jilus grand éloge du détachement qu'il commandait , le peu de profondeur de l'eau ayant obligé les équipages des embarcations de ramer et d'aller à gué au milieu de l'eau depuis le matin jusqu'à minuit , la température étant alors trèsfroide.

i> Attaquer sur autant de points que possible était , à mon avis, I.t seule manière d'en ftnii avec des troupes qui avaient eu trente-six heures pour se préparer à nous recevoir. Les canonnières Grinder, Boxer, Craker et Clinker furent laissées pour couvrir les forces de débarquement. Je fis le signal au lieutenant Ross, du nVer, de se préparer à débarquer, et je partageai la force de débarquement dans le liman en trois corps. Le corps de gauche, sous les ordres des lieutenants Day et Toxvnsend, se composait des hommes et embarcations du Recruit et du Boxer: je confiai le centre au commandant Ktnnedy, assisté des lieutenanls llamilton, Marryat et Jlayne, avec toutes les embarcations du Curletr , de l'Ardent, du Grinder et,du Cracker, et les canonnières à fusées du IVsuivus; la division do ilroite, so.is les ordres du lieutenant Rlesham .Strode et du lieutenant Hudson, se composait des canonnières du Vesuvius et de celles du Clink r et de quelques troupes de marine. M. R. Forquharson, aspirant, commandait ces dernières. Le lieutenant Ross, du côté occidental de la pointe de Gheisk, avait les embarcations et les hommes du ]]'eser, avec un petit détachement du Curtexv et de l'Ardent, sous les ordres du lieutenant Sliall et de M. Tilly, deuxième maître, tout prêts a coopérer.

» Les divers détachements partirent et ils opérèrent leur débarquement aux endroits désignés, et séparément, à une distance d'un mille. Les troupes russes, défendues par de légers épaulemenls de terre , s'efforcèrent de les arrêter, mais en vain ; quelques moments après, un torrent de flamme et de fumée, allumé par nos boiuiiics dans la direction de l'ennemi, empêchait ce dernier de diriger sa manoeuvre de manière à couper quelques-uns de nos petits dilacliement-.

)> A droite et au centre, l'ennemi avait concentré le plus de forces ; voyant un instant qu'une colonne de 1,500 Cosaques se portait rapidement à la gauche, je donnai ordre au commandant Kennedy (qui venait de relier ses feux à ceux du lieutenant Day) de rembarquer tout le monde, à 1 cxceiition des troupes de marine, et de se porter rapidement à droite , et je le renforçai avec les marins du Becruit et du llVscr, sous les ordres du lieutenant ("ampion. Ce mouvement fut couronné d'un plein succès. L'ennemi arriva trop tard pour sauver quelque chose à sa gauche, pendant que nos hommes avançaient rapidement sut la division de droite, sous les ordres des lieutenants Strode et Ross, qui (nonobstant un feu très-vif, mais mal dirigé, des maisons sur les hauteurs) maintenaient leur terrain et détruisaient une grande quantité de matériel destiné pour les constructions maritimes, des approvisionnements de poisson, des équipements de cavak rie et des greniers remplis.

» Lorsque tout, à l'exception de la ville de Gheisk, fut détruit, j'ordonnai de rembarquer, et je détachai quelques embarcations pour couvrir le lieutenant Ross, l'ennemi ayant jeté entre lui et sa chaloupe une masse d'hommes qu'à leur uniforme j'ai cru être de l'infanterie légère.

>) A deux heures de l'après-midi tout était fini, et tous les détachements s'étaient rembarques sur leurs canonnières respective» ; nous n'avions eu que six blessés en tout : l'un d'eux dangereusement l'auire très-grièvement.

>i Rien n'étant plus à notre portée dans le liman de (îheisk, si ce n'estl'approvisioiinemcnl de blé ipii avait échappé la veille a Glolira : j'ordonnai au commandant Kennedy, avec lu moitié des embarcations, de retourner aupris des navires respectifs, et je restai avec les chaloupes du /{eiiui/, de l'Ardeiit, du Boxer et du Cracker, pour en finir avec ce qui avait échappé ii l'est de Glofira.

>> Le 6, le temps, qui nous avait favorisés trcs-providentiellciiient, changea; des brouillards cl de fortes brises arrivèrent, mais je pus

enrorc luc servir des enibarcalions aniii'es «le fust'es contre Glohra ; le IVu l'ieint la veille lui ralliinié, cl une nouvelle quantité considérable de l>lé fut réduite en cendres. Je retournai au Vesuvius dans raprès-midi.

i> Je désespère de pouvoir vous donner une idée de la quantité extraordinaire de blé , riz, fourrage, bois et autres matériels si nécessaires pour l'existence désarmées russes dans le Caucase et en Crimée, que nous avons eu le bonheur de d 'truire.

M Comment ces immenses munitions avaient-elles pu être accumulées si près de la mer , pendant que nous étions dans le voisinage ? C'est là une chose qui ne peut s'expliquer que parce que l'on s'imaj;inait que nous ne pourrions pas les atteindre , et parce que , d'après la position prise par l'escadre sous les ordres de feu le capitaine Edmund Lyons, en mai dernier, les Russes avaient établi un camp cl forlilié la ville uniquement pour repousser une pareille attaque.

u Cendant ces opérations, nous n'avons jamais eu plus de deux

En communiquant cette lettre à l'amirauté, sir Edmund Lyons y ajoutait ce commentaire ; « Les utiles dispositions qu'a prises le capitaine Oaborne, la manière admirable dont elles ont été exécutées par lui-même, par le commandant Kennedy, du Curteiv, ainsi que par les officiers et les hommes sous leurs ordres, ont complètement fait échouer les eflbrts des troupes nombreuses envoyées contre eux pour défendre les magasins que l'ennemi, à ce qu'il parait, avait crus être à l'abri de toute attaque navale par suite du peu de profondeur de l'eau.

u Les effets de celte brillante entreprise, qui sont la destruction de tant de grains et de fourrages au commencement de l'hiver, ne peuvent manquer de se faire rudement sentir aui armées russes de Crimée et du Caucase.

u Comme la glace se forme maintenant sur les bords de la mer d'.\zof et que l'escadre se retire , je crois devoir, pour être juste envers le capitaine Osborne, rappeler qu'en des circonstance; excès-

RoJ'lilion de KiDburn.

cents hommes engagés; l'ennemi, selon les témoignages concordants des lieutenants Hoss et Sirode, et d'après mon observation personnelle, avait de trois à quatre mille hommes dans Gheisk seulement.

» Quand tous les ofi&ciers se sont distingués de leur mieux et ont fait plus même que je n'attendais d'eux, il serait mal à moi d'en citer un de préférence aux autres. Leur sang-froid, leur zèle et leur exemple ont donné de la fermeté à leurs plus jeunes soldats qui pour la première fois allaient au feu, et sans leur intelligence générale et leur zèle, l'ennemi aurait aisément déjoué nos opérations. Le zèle , la boune conduite et la bravoure des soldats méritent tous les éloges.

u Le commandant Kennedy ( mon commandant en second ) m'a donné la plus précieuse coopération , et tant d'après son rapport que d'après ceux d'autres ofliciers, je dois mettre sous vos yeux les noms des officiers et soldats qui sous le feu se sont conduits remarquablement bien. Ce sont : M. Richard Very , canonnier du navire de Sa Majesté l'Ardent; Thomas Kerr , canonnier de l'artillerie de la marine royale du vaisseau de Sa Majesté Osuiius: Peter Hanlan, du navire de Sa iMajesté Curleic ; David Barry, du navire de Sa Majesté Cracker. — Le plan inclus descriptif de nos opérations, tracé [lar M. Georye Ferry, maitre du Vesuvius, sera utile, je pense; et je vous prie de me permettre d'appeler votre attention sur le zèle infatigable de cet officier,

> J'ai l'honneur, etc. Siiehabd Osiiob.ne. •

sivement difficiles, dues à un temps extraordinairement orageux, il a continué avec une rare habileté, pendant tout l'été, et terminé avec succès en automne, des opérations excellentes par leur nature et très-préjudiciables k l'ennemi; elles ont commencé d'une manière favorable, au printemps, sous la direction du capitaine Lyons delà Miranta, et ce n'est pas trop dire que les chefs ont été également secondés jusqu'au bout par une phalange aussi hardie, aussi intelligente de jeunes officiers , de marins et de soldats de marine , qu'on en ait jamais vu briller dans la marine anglaise. »

Voici le rapport que l'Invalide russe publia sur la même aflaire dans son numéro du 8 décembre :

« Le 4 novembre, à la pointe du jour, neuf vapeurs ennemis se montrèrent devant la ville de Gheisk. Cinq d'entre eux, se rangeant dans le liman de Gheisk en face du village Glafiroffka (dans le gouvernement d'Ekatherinoslaffi, le réduisaient en cendres, après un bombardement qui se prolongea pendant toute la journée; les quatre autres bâtiments, qui étaient plus grands, canonnèrent la ville du côté de la mer depuis neuf heures du malin jusqu'au coucher du soleil.

u Le 5 au matin, les cinq vapeurs qui avaient détruit Giafiroffka entrèrent dans le liman, vis-à-vis de Gheisk. Dix chaloupes à rames, armées de canons et de mortiers et de petit calibre, se joignirent à eux, el à huit heures du matin toute l'escadre ennemie, s'approchant

du rivage à une très-petite distance, ouvrit contre la ville, du côté de la mer et du liman, un l'eu croisé des plus violents. Les projectiles lancés de préférence étaient des bombes, des grenades et des fusées à la Congrève.

)) Un incendie éclata dans la ville. Profitant de celte circonstance, les alliés débarquèrent, à une heure et demie de l'après-midi, environ 600 hommes; mais cette manœuvre ayant été accueillie par le feu des Cosaques fantassins, et une compagnie d'infanterie se mettant eu mouvement pour couper la retraite à l'ennemi, celui-ci fut obligé de retourner en toute hâte à ses navires, non sans avoir éprouvé quelques pertes. Les troupes qui avaient débarqué au sud-est de Gheisk furent également repoussées avec perte.

» A cinq heures du soir la canonnade de la ville cessa; dans le cours des opérations, un grand vapeur, ayant remarqué sur le rivage vingt bateaux pêcheurs environ, envoya quelques chaloupes à rames pour s'en emparer; mais celte entreprise ne lui réussit pas mieux

trait à même de braver l'hiver. « Les Cosaques, dit une lettre du G novembre au Moniteur de la flotte, brûlent tous les villages avoisinants; mais ces mesures incendiaires, bonnes il y a trois ou quatre mois, sont aujourd'hui dérisoires, attendu que nous avons fait une assez jolie provision de planches et de madriers, qui nous a permis de construire les baraques d'hiver de la troupe. Les chasseurs d'Afrique ont fait, en outre, un grand approvisionnement de fourrages.

ji Nos troupes sont baraquées assez confortablement; l'administration possède des vivres pour longtemps, et il faut cela, car le froid est ici d'une intensité telle, que le détroit est presque constamment glacé, au point que l'on assure qu'on y pourrait faire passer de l'artillerie. Vous comprendrez alors la prévoyante sollicitude de l'administration, puisque les communications deviendront pour ainsi dire' impossibles.

11 En somme, l'hiver s'annonce à Saint-Paul d'une façon qui nous présage un froid sérieux. 11 y fait déjà un vent assez violent, il souille

Front sud-e»t dts fortifications de Kinburn, oprcb le bombnr Iimmt.

que les précédentes : les chaloupes, accueillies par le feu de nos tirailleurs, retournèrent au bâtiment qui les avait détachées, pour;uivies par nos balles, qui atteignirent jusqu'au pyroscaphe lui-même. Le pavillon noir, arboré pendant vingt-quatre heures sur le mât de ce navire, fut alors descendu.

» Dans la nuit du 6 au G, les cinq vapeurs qui avaient été dans le liman de Gheisk continuèrent de battre la ville; mais le 9 toute l'escadre s'éloigna. Wotre perte, pendant toute la durée du bombardement, n'a pas été considérable : trois boiiimcs ont été grièvement blessés, trois autres l'ont été moins dangereusement.

» Le précepteur Sbinkarenko, qui a pris paît à la défense de la ville, et cinq hommes ont été contusionnés. Les flauimcsont dévoré dans la ville quatre vingt-un bâtiments divers, et derrière la ville soixante meules de foin; soixante-deux maisons ont été plus ou moins endommagées. «

Après cette expédition, une des plus fruttueuses de la campagne, la jiluparl des bâtiments alliés quittèrent la mer d'Azof. On ne s'occupa plus (|iie d'organiser fortement rariuée qui en gardait les côtts.

INinis avons vu une garnison française s'installer au fort Saint-Paul, appelé par les Russes l'auvlofkaïa, et situé au-dessus du cap Akbouroun. Aux forlitications naturelles de cette position elle ajouta des rcdans et autres lignes de défense; clic acquit ainsi la certitude de pouvoir braver les Russes, tandis que le butin l'ail à Taïuan la mct-

mènie parfois avec une telle véhémence, que les piétons éprouvent beaucoup de peine à conserver l'équilibre; mais ou fait du feu partout, et l'on porte déjà (ilusicnrs vêtements.

j) Le moral est excellent et la santé aussi. Nos braves troupiers de l'infanterie de marine, habitués cependant aux températures coloniales, supportent merveilleusement bieu ce climat si x'érilablement moscovite. "

(^)uant aux villes de Kerlch et de d'Yénikalé , leur garde fut abandon.iée au contingent anglootloman, qu'on cherchait à placer depuis^ plusieurs mois itaurpiel ou n'avait pu trouver un emploi satisfaisant.

Ce corps avait été créé en vertu d'une convention conclue entre la reine d'Angleterre et le sultan, le :i février t8.'>i), et ratifié le 12 mars suivant. Nous avons eu quelque peine à nous procurer le texte officiel de cet acte, dont l'application lit tant de bruit cl qui est resté presque inconnu. 11 est conçu eu ces termes :

« Sa Jlajesté la reine du royaume-uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, désirant pousser plus utilement la i;uerre dans laquelle elle est engagée de concert avec rcmiiereur des l'rançais et Sa Majesté Impériale le sultan, a proposé ii Sa Majesté Impériale le sultan il'cngager pour un teuips au service de rÀiigleterrc et d'entretenir tel nouibre de soldats lurcs qui serait convenu entre Sa Majesté et le sult'iu. Sa Majesté Impériale le sultan ayant accepté celte proposition

(le son allii'O, Leurs MajesH'-s ont jtir;é bon de conclure une convention dt'tcniiinant les conditions au:îiiuelU"S les troupes turques seront cmpliiyces et ont noninii' comme plénipotentiaires, etc., lesquels, après s'être communiqué leurs pouvoirs, ont arrêté les articles suivants :

u Art. 1". Sa Majesté Britannique s'engage à prendre à son scrvirc un corps de 20,000 Turcs de toutes armes. Sur ce nombre, l.'i.ooo hommes seront pris dans l'armée régulière du sultan, et 5,0 0 hommes parmi les rédifs qui seront dans les armées de Sa Majesté le sultan , soit parmi ceux de la réserve. Les troupes ainsi cnjjagées au service de Sa Majesté pourront. être employées dans la guerre actuelle de telle manière que jugera le plus utile Son Excellence le commandant en chef des armées anglaises eu Orient.

11 Art. 2. Les troupes turques dont il est question dans l'article précédent, soit régulières, soit rédifs, seront placées sous le commandement d'un ou plusieurs officiers supérieurs de Sa Majesté lirilauuiqup, et auxquels la Porte accordera le rang et les prérogatives d'ofliciers turcs, et Sa Majesté Britannique nommera on outre tel nombre d'officiers supérieurs qu'elle jugera convenable pour maintenir ces troupes dans un bon état de discipline. Sa Majesté Impériale le sultan s'engage à donner dans l'armée turque aux officiers ainsi choisis par Sa Majesté Britannique le grade qu'il plaira à Sa Majesté Britannique de désigner et qui sera nécessaire pour assurer la subordination des officiers et soldats ottomans employés au service de Sa Majesté. Les troupes turques seront assujetties aux règlements et a la discipline de l'armée anglaise. Le commandant en chef de l'armée anglaise déterminera la couleur de leur uniforme, dont le caractère général ressemblera à celui de l'armée turque régulière.

>i Art. 3. Les troupes turques mises au service de l'Angleterre pnrtt roiit avec elles leurs armes et leurs habits ; mais Sa Majesté Britannique s'engage à les pourvoir ii l'avenir d'armes, d'équipements, il'iiabits, H lès solder et ii leur fournir tout ce qui sera nécessaire piiur tenir la campagne et à leur procurer des moyens de transport ] ar nif-r s'il en est besoin. Les officiers et les soldais recevront la même solde que s'ils étaient au service du Sultan.

» Art. 4. Sa Majesté Britannique s'engage en outre à ce que les officiers et soldats turcs employés à son service ne remontrent aucun obstacle à l'observation des rites et cérémonial de leur religion.

11 Art. 5. La date à laquelle Us troupes turques commenceront à être il la sobie de Sa Majesté Britannique et les arrangements de détails relatifs à l'exécution de la présente convention seront arrêtés par des officiers nommés à cet effet par les deux hautes parties contractantes.

11 Art. 6. Lorsque la guerre actuelle sera terminée par la conclusion d'un traité de paix, tous les soldats faisant partie du corps auquel se rapporte la présente convention et tous les officiers turcs employés il les commander seront mis à la disposition du gouvernement turc qui pourra , soit les incorporer dans l'armée turque, soit les congédier et les licencier tous ou en partie.

» Art. 7. Il est entendu entre les baules parties contraclantes, comme explication des articles précédents et spécialement des articles 2 et 3 relatifs au maintien de la discipline parmi les troupes en (|uestion, que les relations leur seront fournies selon la coutume établie et(|ue les peines, lorsqu'elles seront malheureusement nécessaires, seront infligées comme précédemment, selon l'usage et le régime de l'armée turque.

11 Art. 8. Il est entendu, en outre, entre les hautes parties contractantes, que la proportion des diverses armes des troupis régulières mises au service de Sa Majesté Britannique sera déterminée selon les usages de l'armée anglaise ou de l'armée turque, et qu'elle subira les modifications nécessaires pour le commandement des officiers anglais ; que les stipulations de l'article .3, disposant que les troupes tur(|ues emporteront avec elles leurs armes et leurs équi|)eineuts, s'appliqueront aussi aux chevaux de la cavalerie, au train d'artillerie avec loug Iturs accessoires et généralement à tout ce qui est nécessaire ii une division ou corps d'armée prêt à entrer en campagne.

Il AiiT. !•. La présente convention sera ratifiée et les ratifications seront échangées à Constaniinople dans six semaines ou plus tôt, s'il e-t possible. Ln foi de quoi les plénipotentiaires ont signé et ont appose le sceau de leurs armes.

« Fait double ii Constaniinople, le 3 février 1855.

11 Signé : Statfobd de RKDctinE. — Reciiid Aali. u

L'exécution de ce contrat avait rencontré de graves obstacles que n'avaient pu surmonter les efloris du général Vivian, chargé d'organiser le contingent. U avait été difficile d'amener des musulmans à obéir a des chrétiens dilVérents de langage et de mœurs. Deux mille eiiii c:nl3 bachibouzoucks, cédés par la Porte, et que le général liaison avait eu mission de discip'incr, étaient d'intraitables barbare> , cnulumiers de pillages et de violences. Au commencement de juillet , on avait voulu les envoyer en Crimée et réprimer leurs e\cès , €1 s'insurgeant en niasse, ils avaient saccagé le village de Rein-Kani cl traité en pays conquis les environs des Oardanelles. Le général Smitb, nommé à la place de BeatsoD, n'avait guère mieux réussi, cl

le contingent anglo-turc, précédé partout par la plus détestable réputation, errait de Biiyukdéréà Andrinople, d'AmlrinopIc ii (jhoumia, de (^hoiiiula à Kaniiesch, quand, à la fin d'octobre, les généraux Vivian et Simpson décidèrent dans une conférence qu'il serait envoyé à Kertch : on y adjoignit, sous les ordres du général Shirley, deux brigades de cavalerie, dont le noyau fut formé par le 2' régiment du corps qu'on désignait sous le nom de Cosaques ottomans, quoiqu'il se composât exclusivement de Polonais.

Au commencement de novembre, le contingent occupa les retrauchemenls de Kertch et d'Yénikalé, et la garnison ollomanc de cette ville, forte de huit mille hommes et commandée par Iladschi-Pacha, fut mise a sa disposition. Les (Cosaques ottomans avaient suivi l'infanterie; mais la saison rendant leurs services inutiles, on les renvoya à Conslantinople. Restée seule, l'infanterie travailla à garantir d'un coup de main les villes qu'elle gardait, ;i établir des glacis, ii élever les retranchements, ii prévenir toute attaque qu'auraient pu diriger contre elles les troupes russes concentrées à Arabat cl ii Ghénitsclii.

Page 1