‹ Histoire de la Guerre d'OrientChapitre 223 sur 235 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Ouragan du 1 " dcccnibrc. — Agrandissement de Kamicsch. — Principaux hi'itcls el cafés. — Prix des denrées au 30 novembre 1855. — Police. — Balaklava.

— Menu d'ua dîner à Balaklava. — Correspondance. — Bivouac de l'armée anglaise. — Détails sur les campements. — Deux mille puddings. — Effets du débordement de la Tchernaïa. — Batteries de Gringalet el Bilboquet. — Tir des Russes. — Triste état des roules. — Un omnibus en Crimée. — Inauguration de l'église de Kamicsch. — Projet d'éclairage au gaz. — Sûeple-chaics.

— Etal sanitaire.

ÎJn nouveau sinistre dévasta les campements dans la nuit du l'"'' au 2 décembre.

De terribles courants atmosphériques, parlant de la mer des Indes,* suivirent la vallée naturelle formée par les côtes de la mer llouge,

et vinrent décrire un cercle dans la mer JNoire et la partie orientale de la ^léditerranée. Un d'eux .s'abattit sur la Crimée ; le vend du sudest souflla avec violence; la pluie tomba pendant plusieurs htures, grossit la Tchernaia et convertit en torrents les ravins de ce sol accidenté. La division Chasseloup-Laubat , récemment arrivée et campée entre Traktir cl Balaklava, eut particulièrement à souffrir. Les lentes furent arrachées, déchirées, emportées par la rafale. Plu^. sieurs cantines mal établies s'écroulèrent, et un grand nombre de gens subitement privés d'asile furent forcés de chercher un refuge à Kamicsch.

Celte ville était à la fois une place forte el une place de commerce. Ses retranchements, ceints d'un fossé profond, avaient près de vingt kilomètres d'étendue. Les bords de la baie étaient garnis de solides quais en bois, les maisons proprement conslruites, les rues larges et régulières. Presque toutes couraient parallèlement à la côte. Elles avaient toutes des numéros et des noms, dont nous avons mentionné quelques-uns dans l'ouvrage intitulé MalaLnjf {page 11). Il y avait encore la rue Inkermann, la rue de France, la rue de la iMarine, que fréquentaient les matelots, la rue des Turcs, oii les musulmans venaient chercher des distractions conformes à leurs habitudes. .Vux voyageurs européens s'ouvraier.l l'hôtel des Alliés, l'hôtel du Luxembourg, le restaurant des Colonies et des cafés aux comptoirs desquels trônaient d'élégantes Parisiennes ou de piquantes Marseillaises. La concurrence avait amené une baisse sensible dans le prix d'abord exorbitant des denrées, comme on en peut juger par cette mercuriale authentique du 30 novembre 1855 :

Vins rouges en bordelaises, de 115 à 135 fr. la bordelaise suivant l'estampe; abondants.

Cognac en baril, l fr. 50 c. à t fr. 00 c. le litre.

Talia en baril, I fr. 25 c. à I fr. 50 c. le litre.

Uhum en baril , 1 fr. 60 c. à 1 fr. 75 c. le litre.

Absinthe eu caisse, de Î8 à 32 fr. , suivant l'estampe.

A ermout en caisse, de 16 à 18 fr., très-abondant.

Champagne, de 35 à 40 fr., suivant la marque.

Liqueurs assorties, de 24 à 36 fr., suivant la marque.

Huile plagnol de 18 à 19 fr., suivant la marque.

Bière de .Marseille, de 7 à S fr. le panier, très-abondante et oQV'rlc.

Savon de Marseille, I fr. 10 c. le kilogr., peu demandé.

Morue de Marseille, 1 fr. le kilogr., peu recherchée.

Sucre raffiné de Marseille, I fr. le kilogr. : papier 7 p. cent.

Bougies stéariqucs, I fr. 75 c. le paquet de 500 grammes.

Chandelles de suif, 20 fr. la caisse.

Saucissons de France, 5 fr. le kilogr.

Chocolat de France, 2 fr. le kilogr., très-abondant.

Café Rio, marchand, I fr. 35 c. le kilogr.

Salaisons assorties, 8 fr. le caisson.

Bordeaux en caisse de 12 bouteilles, de 15 à 20 fr. la caisse, selon la qualité.

Farine minot luzelle, 125 à 130 fr. la bal. de 122 kilogr. et demi.

Fromage de Gruyère, '.; fr. le kilog., olYert abondamment.

Fromage de Hollande, 3 fr. 50 c. la tête, peu demandé.

Graisse blanche en vessie, 2 fr. 55 c. le kilogr.

La police de Kamiesch était parfaitement organisée; le commandement du port avait été confié à M. >Iaussion dcCandé, capitaine du vaisseau le Trident.

A Balaklava, le capitaine Haines, magistrat militaire, surveillait les gens sans aveu cl exigeait de tous les habitants des passe-ports en règle. Par les soins de l'amiral Freemanllc, le port, dont l'encombrement était à craindre, avait été partagé en trois divisions, ceKe des hélices, celle des aubes et celle des voiles, chacune formant un département placé sous l'inspection directe d'un chef naval. La ville était moins bien approvisionnée que Kamiesch, si tous les diners ressemblaient à celui dont un soldat de l'armée sarde a donné le menu dans une lettre à un de ses camarades à Chambéry :

« Le dernier courrier qui est arrivé du Piémont nous a apporté la nouvelle d'un tas de promotions. M... et B... sont passés officiers et ont arrosé leurs épauleltes; nous avons fait un dîner magnifique au restaurant anglo-franco-italicn, rue d'Afrique, au bazar de Balaklava, à côté de la guinguette des zouaves. Veux-tu que je te fasse venir l'eau .1 la bouche en l'énumérant les plais orientaux que nous avons dévorés à ce festin de Balthazar •'

11 Eniréi. — Nous nous sommes contentés à'enirer par la |iortc et de nous installer sur des escabeaux ad hoc autour d'une futaille sur laquelle j'ai vu écrit ton nom avec la date 4 juillet 1855 et celui du sous-lieutenant B..., qui est mort d'une fièvre chaude il y a bientôt quinze jours, ,1'ai pensé que tu avais gravé ton nom sur ce tonneau le jour où tu étais allé avec \\... arroser son épée.

" Hom-d' œuvre. — Un appétit, un véritable appétit de véritable Icaricn.

Il Pota<}e. — Nous n'en avons pas mangé; il n'y en avait plus.

11 Premier nervice. — Salade de pommes de terre vinaigrée en diable; quatre bouteilles de vin de Champagne.

1" Coup du jnilicu. — Omelette aux oignons; une bouteille de vin de Malaga fabriqué en France.

» DfU.vieme service. — Salade de pois secs liuilée affreusement; quatre bouteilles de champaijue.

• Di'ssert. — Deux bouteilles de rliutn en punch et une chanson i^i ralli'ijro délia tua iiroiiwzinne sur le divin air des Latniiions.

u Tu vois qu'à balaklava on ne diiie pas tant mal et on boit sec; il est vrai de dire que plusieurs zouaves nous avaient aidés à boire et à chanter le fameux air des Laiiiiiiùtis. u

(^>uelques lettres achèvent de donner une idée exacte de la situalion des armées anp.laise et française en Crimée à la fin de 1855. On écrivait au Daily-. \t us, le 4 décembre, du camp devant Sébastopol :

i( INous avons un très-mauvais temps; la pluie, la nei(;e, la grêle viennent tour ii tour nous assaillir. Le vent ou la tempête, dans la nuit de vendredi, a renversé plusieurs des cabanes nouvelles et anciennes, enlevé la toiture de plusieurs autres, particulièrement à Raiakiava, et plus haut, à Sanatorium. Plus d'une tente d'ambulance, plus d'une tente de soldats ont été couchées au niveau du sol. La première brigade de la division des highlanders a eu toutes ses ambulances renversées, et les malades ont été transportés dans les cabanes des soldats.

■) Bien que tous les militaires appartenant à cette division aient été logés dans des cabanes depuis la dernière quinzaine, les malades et les officiers ne sont pas encore ain^i logés , ])ar la raison qu'il n'y a pas assez de cabanes montées pour les ambulances et les olliciers, ou parce qu'il n'en a pas été sulfisamnient expédié en Crimée.

11 Je connais plusieurs régiments cl plusieurs batteries d'artillerie dont quelques malades sont encore sous la toile. On aurait pu penser que l'officier ayant la surveillance de chaque cabane, bien qu'elles soient assez mal disposées pour en faire des ambulances, aurait fait placer temporaiiemenl les malades avant l'époque où nous sommes (4 décembre) dans les cabanes destinées aux soldats, ou que les principaux officiers (le santé de cette division, et le docteur Hall luimême , auraient apporté plus d'attention a veiller au bien-être des malades et des blessés. Quant aux cabanes d'olficiers, outre qu'elles sont mal disposées et n'abritent qu'imparfaitement de la pluie, elles sont extrêmement froides, beaucoup plus ([ue les tentes doubles. (Jes cabanes sont divisées en huit coniparliiucnls , et sans doute on s'était proposé de placer un poêle dans chacun de ces compartiments. Les mêmes observations s'appliquent aux nouvelles grandes cabanes destinées aux soldats. Le quartier-maître général, loin de pouvoir donner deux ou trois grands poêles pour chaque cabane, n'en peut fournir qu'un seul. Le seul moyen d'y remédier serait de construire un foyer régulier et une cheminée dans chaque cabane, car ou ne peut se procurer ici ni vieux poêles ni tuyaux de jioêlc. Sébastopol a été tellement épuisé, qu'on ne pourrait même pas y trouver de briques, en supposant qu'on eût le moyen de les transporter, et la pierre n'est pas abondante, .le sais que plusieurs cabanes ont été abandonnées par des officiers, qui ont préféré se retirer sous leurs tentes pour y rester jusqu'à l'arrivée des poêles, qu'on dit être attendus par l'élat-major. La division des highlanders ne reçoit pas de chaullage , parce qu'elle se trouve dans le voisinage d'arbres et de broussailles. Il arrive souvent qu'auprès de Kamara tt de Baidar ou fait éclater de gros arbres avec de la poudre.

» La nouvelle route de Balaklava à la division légère, quoique non complètement terminée sur plusieurs points, peut cependant être suivie dans tout son parcours; mais, si elle n'était continuellement réparée, elle ne tarderait pas à être impraticable.

• D'après les dernières nouvelles de Wooixvich, les vingt-deux compagnies de siège et le train d'artillerie actuellement sous les ordres du colonel Saint-George sont à la veille de relourner en Angleterre. Si cette nouvelle est exacte, celte mesure serait très-avantageuse pc:ur cette arme; car, maintenant que le siège est terminé, elle ne peut être utile comme troupe. En elVct , parmi les 1,800 hommes de ce corps, qui ont beaucoup souffert et occupent les hauteurs de Balaklava, 380 seuleuient ont encore leurs carabines; ils ont néanmoins conservé leurs sabres courts. Le corps le plus mal armé de ceux qui se trouvent ici sont les sapeurs; les neuf compagnies qu'ils comptent, et qui devraient présenter un efl'ectif de 1,000 hommes, sont réduiles à 540 hommes, n'ayant d'autre armementque l'ancienne carabine à canon uni.

• Le feu a été très-peu actif, pendant ces derniers trois jours, entre le côté nord et les alliés. Avec l'autorisation de la commission mixte, nos troupes ont pu prendre dans le redan une petite quantité de cordages pour calfater leurs cabane". Les Français se rendent à Sébastopol le jour et la nuit, par régiments entiers", avec plusieurs chariots d'artillerie attelés de six chevaux , et reviennent avec tout ce qui peut leur tomber sous la main.

» Les tentes sont meublées d'une foule d'ustensiles recueillis à Sébastopol. On a construit de petites maisons en pierre de taille. Toile, bois, morceaux de verre, poix, goudron , tout a été utilisé, et l'on à fait des cheminées et des calorifères avec des débris de machines à vapeur. Les outils sont tres-recherchés', et à la vente du général Simpson, jiuur cause Je départ, un marteau , une scie et une hachette ont été vendus 7o fr. ; un sac de clous, et il n'en contenait que cent trente, 50 fr. Les chats de Sébastopol allluent dans le camp, et sont tre»-utiles pour faire la chasse aux rats, qui n'affluent pas moins. Les

c'aiens abondent aussi, et tout récemment la tente d'un officier a été envahie par un chameau en état de vagabondage.

1' Les vols sont assez nombreux, surtout les vols de couvertures. Quelques assassinats ont été commis , entre autres un sur un matelot anglais, que l'on a trouvé percé de dix-huit coups de couteau.

• l,e mois de décembre a été inauguré par un grand atfcpte-chase, et l'on organise pour .Noèl une rcprésfntation dramatique à grand spectacle. On nous annonce que deux mille plum-puddings , destinés à l'armée d'Orient et préparés par ;\1. Robert t'eart, ont été embarqués à bord de l'Asprije et autres navires. Ces gâteaux arriveront avant IS'oèl ; ils sont de deux qualités : la première pour les officiers, la seconde pour les soldats. Us sont renfermés dans des boites d'étain hermétiquement closes, à deux compartiments, dont l'un peut servir au I)esoin d'assiette. »

Le grand steeple-chase dont parle le Daity-Neii'S eut lieu le 3 décembre entre le monastère de Saint-Georges et Kamiesch , à quatre kilomètres de la cité. A dix heures, officiers et généraux se dirigeaient de toutes parts vers le théâtre de la course. La matinée était froide et brumeuse, sans cependant être défavorable. Le maréchal Pélissier, en voiture à quatre chevaux, escorté de tout sou état-major, arriva des le commencement des courses et resta jusqu'à la fin, ainsi que le général de la .Marniora et beaucoup d'officiers sardes, qui étaient venus des environs de Tchorgoun malgré la grande distance, l n grand nombre de généraux de division , de brigade, de colonels, d'officier» d'élat-major, étaient présents. Une seule dame, madame ■Scacale, assistait aux courses dans une lente très-richement ornée. Tous CCS brillants uniformes rendaient le coup d'teil admirable. Une bande de musiciens éthiopiens, que les gardes avaient amenés, jouèrent pendant les courses. La distance à parcourir était de deux milles et trois quarts, avec haies , fossés et murs de pierre de quatre pieds de hauteur. Le programme était ainsi dressé :

Le (jrund steeple-chase international. — Poule de 4 liv. stcrl., avec 60 liv. en plus pour chevaux de tout âge appartenant aux officiers des armées alliées et montés par eux. Le second cheval reçoit 10 liv. sterl. Dislance, 2 milles.

Capitaine Smilh, Muster-lioll, !"■; capitaine Prentis, the Marquis, 2°; capitaine Slade , l'ianet, 3"; M. Priée, Old Tom, 4*; brigadier général Lawrenson, Signal, 0; M. ^^ ilkin, Charlie, 0; M. King's, Prince Rupert , 0; M. William, the Half Pinl, O; sir Col. Campbell, sir James Mason, O; major Doxibiggin, 0.

La coupe de l'Alliance. — Poule de 3 liv. stcrl., 40 liv. en plus pour tous chevaux (à l'exception du gagnant de la première course). Le second cheval reçoit 10 liv. — Distance, 2 milles.

ftlajor Biddulph , U'ilktng, l"; M. \\ iiikin , Dinah f autrefois Perfecliun], 2°; M. Baker, Kath'een, 0; major Manley, Valentine, 0; major Garra, Meeanee, 0; M. Dixon, Little haie (autrefois Miss h'iekmojj), 0.

Handicap de Sébastopol. — Poule de 2 liv. sterl., 25 liv. ajoutées pour poneys. — Distance, 1 mille.

Capitaine Canipbell , Purtia , l" ; major Garratt , Brass liât, 2', major Lexvis, Groii-ler, 0; M. Peacock, Cliyiker, 0; M. Vansittart, Shumla, O; M. Winglicld, Ihe Turk , 0; capitaine Lamb, Jully Marine, 0; capitaine Cornai, lliipiet , 0; M. Winne, Kickemojf, 0.

La cuupe de Tractir. — 20 liv. pour chevaux appartenant et montés par les officiera français et sardes (course plate). — Distance, 1 mille.

Pri.r de consolation. — 2 liv., 25 d'ajoutées, course spéciale pour les chevaux battus; steeple-chase.

M. Baker, halhlecn, i"; M. ^Vilkin, Charlie, 2« ; lord Ennismore, the Rohber, 0; M. Cockburn, Zigzag, 0; M. Barlec, Sultan, 0.

Cent dix officiers furent engagés dans les courses, qui ne furent troublées par aucun accident; cependant plus de quatre mille cavaliers se pressaient dans un étroit espace, et le sol devait olfrir aux sportmen de graves obstacles, car toutes les correspondances s'appesantissent à l'envi sur les ravages qu'avaient causés les averses. Le correspondant du Daily-.\ews reprend la plume pour ajouter à ses premières observations:

« La pluie, qui n'a cessé de tomber depuis le départ du dernier courrier, a grandement endommagé les roules; elles sont maintenant eOondrécs et presque impraticables. Cela vient surtout des propriétés f arliculièrcs de la pierre à chaux avec laquelle elles ont été construites et de la nature du terrain sur le(|uel elles ont été ouvertes. Une grande partie de la pierre à chaux trouvée près du plateau occupé par nos troupes est très-poreuse, friable et se réduit facilement en terre i;ravelcuse, presque en poussière sous l'influence de l'humidité. La manipulation avec une quantité suffisante d'eau donne facilement à cette pierre l'apparence du mortier, mais elle n'a pas la propriété de se durcir et de se solidifier comme lui. Dans quelques autres endroits, la pierre à chaux est compacte et dure.

11 On comprendra sans peine cornaient une pluie constante, les files interminables de chariots, les nombreux transports de bestiaux, ont pu dès lors enlever à nos roules cette surface unie et égale qu'on leur voyait pendant les temps secs ; les morceaux les plus petits se sont changés en flaques bourbeuses, tandis que les plus gros, par suite de la dépression du sol, ont été déchaussés et déplacés.

» Luc autre cause du bouleversement des chemins est sans cou-

tredit la nature dilTérente des terrains sur lesquels ils sont construits. Dans quelques endroits le sol est formé de terres d'alluvion, molles et grasses: aussi la route s'est-elle elïondrée ; dans d'autres, au contraire, il a fallu creuser un roc assez solide, et le niveau dans ces parties est resté le même.

)) La pluie ne ;;lisse pas sur la surface de la terre dans ces régions; elle l'imbibe et la détrempe, et le sol devient visqueux comme dans certains territoires argileux de l'Angleterre. Les fossés profonds creusés de chaque côté des routes pour l'écoulement des eaux n'ont pu en conséquence donner tout le résultat qu'on en attendait. Ce sont là des difficultés et des accidents qu'il était impossible d'éviter ; les roules, en effet (peut-être ne leur a-t-on pas donné une assez grande convexiléj, ont été construites avec le plus grand soin, avec les matériaux les meilleurs possible et selon toutes les règles de l'art.

)) Un grand nombre de mineurs et de terrassiers pris dans les compagnies d'ouvriers de l'armée sont constamment à l'œuvre, et, dans deux ou trois semaines, si le temps devient meilleur, le dommage causé par les dernières pluies sera tout à fait réparc.

» On a été étonné que la partie de la roule de WoronzofT qui traverse le plateau se soit si longtemps maintenue en bon état. Mais cette route , une des plus anciennes , a toujours été entretenue avec le plus grand soin depuis l'occupation des alliés, son drainage a été parfaitement fait, et des tas de pierres brisées ont été placés de distance en distance sur ses bords pour pouvoir exécuter les réparations aussitôt qu'elles étaient jugées nécessaires.

u Cette route, qui n'a pas été non plus fatiguée par un incessant passage d'animaux et de voitures, comme les autres routes de communication oii les besoins de l'armée entretiennent une circulation perpétuelle, a, du reste, grandement besoin d'être réparée depuis les dernières pluies.

» L'érection des huttes de bois avance malgré la mauvaise saison. Si nos alliés les Français ont été mieux logés et mieux vêtus que nous l'hiver dernier , ils ne le seront certainement pas mieux cette année : jamais soldat n'aura été mieux vêtu, mieux logé , mieux nourri que les nôtres.

)) Chacun reçoit cliaque jour la ration suivante : une livre de pain, une livre de viande, un demi-selier de rhum, une once de riz, un quart d'once pour huit hommes, un quart de livre de légumes conservés ou une demi-livre de ])omines de terre, deux onces de sucre, une once de café ou un quart d'once de thé, une demi-once de sel, quatre livres et demie de bois ou deux livres tt demie de charbon et deux onces de chandelles pour huit hommes. Nous avons de la viande et du pain frais tous les jours, excepté le dimanche et le lundi.

)) A Kadikoi, on a établi une magnifique boutique de charcuterie, et à Cambridge on vend des saucisses. Le porter, qui coulait horriblement cher autrefois et ne venait qu'en bouteilles, a beaucoup diminué de prix maintenant, et chaque homme peut en boire une pinte d'excellente qualité pour deux deniers et demi. L'ivrognerie est plus rare, et je l'attribue à ce que l'on paye moins les soldats. C'est une faute de donner une solde extraordinaire au soldat pour les travaux qu'il fait dans les tranchées ou sur les routes ; cela fait partie de ses obligations militaires, et pour n'être pas payé l'ouvrage n'en sera que mieux et plus vite fait.

u La malle de jeudi n'est arrivée qu'hier, mais elle n'apporte pas les journaux du 24 novembre. On se plaint beaucoup dans l'armée de l'irrégularité du courrier et de la lenteur de la malle française.

" La cavalerie s'est embarquée hier pour Scutari ; il ne restera de cette arme ici que le 1 1<^ hussards, qui fera le service ordinaire. Quand le Sarah-Sands sera de retour, et on l'attend dans une dizaine de jours, les vingt compagnies d'artillerie de siège s'embarqueront pour l'Angleterre. •>

Les deux lettres suivantes sont empruntées à la correspondance parliciUière de la l'iesie :

« Kamiesch , 5 décembre.

» Les pluies ont commencé à tomber, et depuis sis jours le plateau de Chersonèse est inondé d'eau, de grêle ou de neige, accompagnées quili|uefois d'un vent très-violent. Dans la nuit de vendredi à samedi, une rafale furieuse du sud-est a passé sur les camps. Ceux de Balaklava et de Traklir surtout, qui couronnent les hauteurs , ont été fort maltraités, et plus d'une tente a été emportée par le vent. Ue neuf chevaux qui étaient au piquet près de la tente qui me donnait une douteuse hospitalité, trois sont morts au souille glacé de cet ouragan.

" Au point de vue militaire, le principal effet de ces pluies a été de jeter une barrière entre les Russes et nous. La Tchernaia , que j'avais franchie en sautant de pierre en pierre huit jours auparavant, a débordé et inonde une partie de la plaine ; de i^randes flaques d'eau interceptent çà et là les communications. Nos troupes, les Anglais et les Sardes, campés sur les monts Fédouchine , sur les hauteurs d'inkcrmann, de Traktir, de li.ilakiava, et sur les versants de la plaine de lijidar jusqu'à Orkoiiska , souffrent aussi peu qu'il est possible de cet étal de choses. La division (^hasseloup-Laubal, la dernière arrivée, plante ses grandes tentes qu'elle vient de recevoir.

• Tous le» corps , après de nombreux déplacements, s'occupent

activement de leur installation pour l'hiver, sauf des mouvemenls imprévus. Une partie de la cavalerie seulement se mobilise tour à tour. Ainsi, le l" régiment des chasseurs d'Afrique vient de partir pour la plaine de li.iular, où il remplacera pour un mois le i' dans le service des avant- postes. Nos troupes s'abritent de leur mieux contre les vents qui soufflent sur les hauteurs : rien de plus ingénieux que ces campements , surtout dans les positions en pente, oii le soldat peut se creuser une retraite sure et presque chaude. Le camp des Sardes est, sous ce rapport, un véritable modèle de confortable.

M Comme événements militaires, rien d'important à signiler. Le débonlement de la Tchernaia rend plus improbable que jamais une attaque des Russes. IVailleurs, on n'aperçoit plus sur les hauteurs de Mackenzie que des avant- postes , et tout porte à croire que le gros de l'armée du prince de GortschakolV s'est rapproché de Batchi Serai et de ses approvisionnements. Les batteries appelées Gringalet, B.lboquet, celle du Télégraphe, mais la première surtout, donnent toujours signe de vie. Gringalet a beaucoup tiré dans ces derniers jours sur les chevaux qu'on mène à l'abreuvoir et les hommes qui y travaillent ; nos soldats lavent leur linge sans trop s'inquiéter des projectiles, qui arrivent rarement jusqu'à eux.

» Sur la rive gauche de la rade, il en est de même jusqu'à JMackensie. Toutes les troupes qui étaient massées sur les versants se sont retirées sur les hauts plateaux. Probablement elles y sont mal abritées, car on voit très-nettement de Sébaslopol de longs convois qui viennent démolir les maisons et emportent les matériaux. D'autres convois ont amené ces jours-ci des provisions et des munitions dans les forts Constantin, Catherine et Sivernaïa.

)■ Les Russes continuent à tirer et sur la ville, et sur nos batteries, et sur le fort Saint-Nicolas, et sur les docks , et sur Malakoff. Leur tir sur les batteries qu'on élève au bord de la rade et sur le fort Saint-Nicolas n'est pour ainsi dire qu'accidentel : dans les premiers jours, on leur répondait, et l'essai leur a prouvé que nous leur faisions plus de mal que nous n'en recevions ; depuis ce moment, par une sorte de convention tacite, ils ne tirent plus sur ces deux points. Dans la journée, ils tirent assez fréquemment sur la ville , oii nous avons de nombreux travailleurs qui viennent chaque jour achever la démolition des maisons et enlever les matériaux ; mais ils nous lont peu de mal : à peine compte-t on deux ou trois blessés par jour.

1) Depuis quelques jours, leurs bombes avaient l'air de chercher la demeure du général ÏSazaine, iiu'un journal anglais avait eu l'indiscrétion de désigner. L'une d'elles est tombée dans la chambre de son officier d'ordonnance; le général a déménagé et voit tout aussi bien les Russes sans courir les mêmes dangers. Les travailleurs des docks s'inquiètent aussi fort peu des projectiles ennemis. A Malakoff, nous n'avons qu'un poste télégraphique et une garde, et cependant les Russes tirent avec insistance sur ce point. On suppose qu'ils ont oublié là quelque magasin à poudre qu'on n'a pu découvrir.

" En résumé, on les laisse faire et on pousse la construction des batteries sjiis se servir de celles qui sont terminées. D'une part, on sait par le tir d'essai des premiers jours que les forts du Nord, Constantin, Catherine et Sivernaïa ne pourront pas résister à un bombardement sérieux, quand on voudra l'entreprendre ; d'autre part, on sait de bonne source que les Russes souffrent énormément dans les positions qu'ils s'obstinent à conserver. »

« Kamiesch, 6 décembre 1855.

• J'ai parcouru ces jours derniers la plus grande partie de nos camps, et j'essayerai de vous donner un aperçu général de la situation actuelle, en commençant par Kamiesch.

u L'ensemble, au point de vue du climat, est peu satisfaisant en ce moment. Depuis huit jours, les pluies, la neige , la grêle ont fait leur apparition , et le plateau n'est plus qu'un vaste océan de boue , surtout dans les parties fréquentées. Les grandes routes qui de Kamiesch desservent le quartier général, Sébastopol, Inkermann et Balaklava, sont couvertes d'une boue liquide sous laquelle disparaissent les pieds jusqu'au-dessus de la cheville, et cela malgré les soins qu'on a pris pour leur entretien et les cuvettes creusées pour l'écoulement des eaux. Mais quelle route résisterait à ce mouvement incessant de chariots de toute espèce: des lourds canons, des lourds caissons d'artillerie qui arrivent par longs convois pour l'armement de Kamiesch ?

)) Nos pauvres soldats du train circulent au milieu de ces cloaques avec une patience et une énergie au delà de toute épreuve. On vante l'élan et le bouillant courage de nos soldats, et c'est justice ; mais ne faut-il pas dire aussi quelques mots de ces hommes infatigables, chaque jour trempés jusqu'aux os, couverts de houe, envasés souvent jusqu'aux genoux , qu'on rencontre avant le jour et qu'on retrouve encore à div heures, onze heures, minuit , achevant leur pénible tâche ; que la troiiipctte éveille dès trois heures pour le pansage des chevaux et des miilels, et qui recommencent la journée sans avoir pu sécher la boue de la veille? Aussi les voit-on marcher, en longues files, dormant au p.is de leurs pauvres bètes, enveloppés dans les grands manteaux qui ne les garantissent guère contre les intempéries. Les soldats du train ont rendu d'immenses et modestes services, et ce n'est pas trop de ces quelques lignes pour rendre hommage à leur courageuse abnégation.

llTSTOrnE UE LA GUERRE D'ORIENT.

» Ces iTandcs routes sont chaque jour auf;iueiilécs , soit dans leur loiipucur, soit par îles lii;nes accessoires qui vont desservir des villares et des camps récemuicut (itablis. Rien de plus animé que ces i;rjndes li[;nes. Après avoir passé par l'Orient, qui s'en lient , pour les personnes, à ses lourds arabas dans les villajjes , à ses ridicules taillais dans les villes ; qui, pour les niarcliandises , fait tout passer sur le dos des hammals ou des ânes, depuis les plus minces et les plus lourds colis jusqu'aux maisons elles-niènics , on est tout étonné de revoir en Grimée une variété inlinic d'attelaijes et de véhicules.

I) Les charretiers du nord, du centre et du midi de la France se retrouvent là avec leurs caractères différents et leurs voitures , les liarnachenients particuliers de leurs chevaux. Du côté de Ralaklava , la giopulatiou anglaise se trahit jiar plus de propreté, plus de confort, une certaine éléijauce même dans les équipements des véhicules et des animaux.

u Puis, à coté des transports militaires , circulent les chariots des marchands qui conduisent leurs marchandises dans le camp ou dans les villa;;es récemment crées sur certains points, et dont je vous parlerai plus tard ; puis, quelques voilures d'ofliciers généraux, quelques caliriolets de marchands enrichis, et enfin un omnibus.

n Oui, un omnibus, qui chaque jour part deux fois de Kamiesch pour le quartier général, H vice rersâ; une sorte de voiture à veaux de trois banquettes, aux côtés de laquelle on a cloué, dans le sens de sa hauteur, des planches à peine dégrossies , dépeintes, recouvertes d'une toile , le tout traîné par trois haridelles qu'excite à grands coups de fouet uu .Marseillais pur sang, qui referait à lui seul le vocabulaire des jurons du Midi , si jamais le souvenir s'en perdait. Le succès du Marseillais a ouvert l'teil ii d'autres, et je voyais hier un omnibus, tout neuf arrivé, bien clos et bien peint, se prélassant dans la rue de la (iloire.

» Pour celle fois, je m'en tiendrai, si vous voulez bien, à ce premier aspect général et à un coup d'teil sur kamiesch et ses annexes. 1. (Juicnnqiie a vu Kamiesch l'an dernier et revoit aujourd'hui celle ville ne saurait que s'étonner d'un pareil développement. C'est prodii^ieux ! Dimanche dernier Kamiesch inaugurait son église, l'églis'e de la ville de Kamiesch! Le mot n'est pas trop ambitieux. D'un recensement récent, complété par les notes de la place, il résulte que Kamiesch compte aujourd'hui 5,000 habitants. Français pour la plupart.

u Eu face d'une pareille agglomération , il a fallu songer à une organisation sérieuse. Le grand prévôt de l'armée, le colonel de Vernon, a tiré to;it le parti possible de la population locale et a créé une sorte d'administration, moitié militaire et moitié civile, qui répond suffisamment aux besoins de la colonie. Un conseil de prud'hommes a été appelé il résoudre toutes les difficultés commerciales qui devaient nécessairement s'élever -parmi cette allluence de marchands; cette institution a rendu de véritables services. Aussi a-t-on étendu peu a peu ses prérogatives, et aujourd'hui elle peut passer pour le conseil municipal.

„ Le développement de Kamiesch a créé de nouveaux besoins, des embarras ; on s'est mis à l'étude. Les innombrables voitures qui circulent dans les rues de Kamiesch détériorent la voie publique : il faut la réparer. A dix heures, on éteint tous les feux ; mais la circulation ne cesse pas; il y a des accidents dans les rues sombres : il faut les éclairer.

» On a trouvé un moyen tout naturel de parer à ces dépenses, celui d'imposer la population. Je connaîtrai plus tard , je le pense, le chiffre de l'impôt prélevé; ce sera une base intéressante pour apprécier la richesse du commerce de Kamiesch. On suppose que le total iittcindra 40,000 francs. La plus grande partie de cette somme sera alïcctéc il la voie publique, à l'éclairage des rues.

« On veut faire déjà du luxe, et le commerce de Kamiesch, qui ne songe guère à l'évacuation, veut du gaz, rien que cela ! Ce gaz serait I>orlatif, il est vrai; mais je me demande si cet éclairage peut être appliqué sans danger ii une ville de bois. On parle aussi d'un théâtre; mais il n'y faut guère songer tant qu'on ne pourra traverser une rue sans une "paire de bottes à l'écuyi're.

u Celte organisation n'est pas à l'état de larve, comme on pourrait le croire ; elle est réalisée en ses points essentiels. Sur la place j\ euve, qui semble appelée à être le centre du gouvernement local, on a groupé la gendarmerie, la police, le poste des s,i])eurs-pompiers , la maison du médecin de la commune, de rarchitcctc voyer , du commissaire-priseur, et on a acheté un vasle hangar dans lequel les |irud'hommes municipaux discuteront bientôt et les intérêts commerciaux et les intérêts moraux de la ville de Kamiesch.

" Le commandant de la gendarmerie et le président du conseil ont une frande part dans cette curieuse transformation. Matériellement, Kamiesch a toujours la même apparence. Toute celle population, toutes ces provisions sont sous la liaraque ou sous la tente, je n'y ai vu que lieux maisons en pierre. Les forliines s'y font rapidement, mais au prix de fatigues inouïes et d'une activité dévorante. On cite des liirluiies nettes, réalisées, de 2, 3, i et .')00,000 fr.

.. On a beaucoup inédit de ces forlunes , et vous savez de quels noms on a baptisé Kamiesch. Les habitants assurent que tout n'est que calomnie, et ils demandent, avec uu certain orgueil, qu'on leur

cite une ville de l'importance de la leur dans laquelle il n'y ait pas eu une faillite depuis un an. Or, Kamiesch est dans ce cas.

u On ne trouve pas seulement à Kamiesch cette population de mercanti qui suit les camps. La population commence à ressentir des besoins (|ui annoncent un certain degré de civilisation, une société qui s'organise. On y voit des pharmacies; il y a un bijoutier, cinq horlogers; des maisons d'équipements militaires de Paris et Lyon y ont des dépôls; de grandes maisons de Marseille ne dédaignent pas d'y avoir des annexes.

)) Les maisons importantes de Kamiesch elles-mêmes ont des succursales. Jusqu'ici , pour faire des provisions , il fallait envoyer du camp à Kamiesch ou à Ralaklava; c'était trois à quatre lieues à parcourir, une journée employée pour les hommes et les bêtes.

u Pour parer en partie à cet inconvénient, l'autorité militaire établit des villages à proximité des grandes agglomérations de troupes. Près du quartier i;énéral s'élève Canonville: près du camp d'Iiikerinaiiii s'élève ll'onmzo//"; près du Moulin s'élevait le village du même nom, détruit il y a quinze jours par l'explosion d'une poudrièie. Ce sont les grosses maisons de Kamiesch qui ont fait bàlir des succursales, ce qui enlèvera au petit commerce de la ville le grand bénéfice de la veille au ilétail pour cet hiver.

>> l.'Euiihriile amenait l'autre jour à Constantiiiople des artistes engagées pour un café chaulant à kamiesch; la Tamise en débarquait d'autres hier à Kamiesch, qui n'avaient pour tout bagage qu'un petit panier au bras et un petit bonnet sur l'oreille, et je les voyais aujourd'hui pimpantes et en robe de soie dans les comptoirs des principaux calés. Ce n'est pas le côté le plus moral de la colonie; n'est-ce pas le commencement de toutes? Après tout, l'œil vigilant et moral de la gendarmerie veille sur ces détails; ue soyons pas plus prude qu'elle.

Il La journée de dimanche a été un vrai jour de fête. Les officiers français et anglais avaient organisé précisément des courses : (Irand miliUirij steeple choses. 11 y a eu quatre courses : 1" ï'/ie Grand Interr.aiionnl sd-eple chose; 2" Tlie Alliance cup: i" The Sehastopol handicap: The Trakiir cup, avec intermèdes comiques. Les courses ont eu lieu sur l'hippodrome habituel, entre (^arani et le monaslère Saint- Georges; elles ont été brillantes; le maréchal y assistait.

)) Enfin, le même soir, grand spectacle au théâtre de Trakiir. »

Citons encore une lettre adressée au Standard, et qui traite principalement de l'influence du climat sur la santé des soldats.

« Devant Sébaslopol , 7 décembre.

)) Je crains que cette lettre ne vous parvienne pas avant une quinzaine de jours, ;i moins qu'il ne survienne une amélioration dans le temps. L'histoire nous apprend que les eaui rapides du Bosphore elles-mêmes ont été gelées en sept occasions sur une longueur de plus de 10 milles. Maintenant il est plus que probable qu'aussitôt que la Tchcrnaïa sera gelée, le prince Gorlschakoff a l'intention de la faire traverser à ses troupes et d'attaquer les alliés, l'^n attendant, ceux-ci restent dans l'immobilité; ils ne tirent pas un seul coup de cailoii contre les ouvrages du nord. En revanche, on tire continuellement du nord sur le sud , et bien que ce soit avec très-iieu d'ellet, connue je l'ai souvent dit, j'ai eu ce moment le regret d'ajouter que cette semaine et en un seul jour nous avons eu un soldat anglais du 18" tué et quatre blessés tandis qu'ils étaient occupés ;i faire la cuisine près des bassins ii Ilot; en outre, un Français a été tué de l'autre côlé de la crique de l'Arsenal, ainsi qu'un liœuf.

» Je suis heureux d'annoncer que nous n'avons pas. perdu un seul homme pendant la fête de la Saintc-Barbe. Si une seule bombe était venue tomber au milieu des nombreuses réunions de iiiililaires qui avaient lieu cette nuit, elle aurait fait beaucoup de mal; mais la Providence veillait sur les artilleurs français. (^)uelques-uns de leurs frères d'armes n'ont pas été si heureux, car un colonel et quatre capitaines qui étaient à la chasse dans le voisinage de la Tchernaïa, s'élant laissé emporter par leur ardeur à poursuivre le gibier, se sont vuscntourésdeCosa(|uesctont été laitsprisonniers, hommes et chiens, i La chasse est d'ailleurs un délassement auquel on ne peut plus se ] livrer, car le temps est devenu très-incertain cl varie à chaque instant. |

1) Sous le rapport des coups de vent et de la pluie, l'hiver a certainement commencé sous de plus rudes auspices qu'en 18 51 ; en ce moment la vallée d'inkermanu ressemble à un lac, tandis que sur nos routes on a dans certains endroits de la boue jusqu'aux genoux ; diverses parties du plateau ne sont plus qu'un marais et sont impraticables. Les changements brusques auxquels est sujet le climat de la Crimée exercent une puissante influence sur les étrangers, et j'ai la dou- , leur de vous annoncer que jeudi il y a eu deux cas de choléra dans le i '.)2' régiment. \ ous devez vous rappeler que le !)2'' n'est arrivé en (Jrimée qu'après la prise de Malakoll, en sorte qu'on ne peut jias le considérer comme acclimaté. On souIVre beaucoup de furoncles sur la poitrine et dans d'autres parties du corps ; on attribue cette maladie à la mauvaise qualité de l'eau, qui, n'étant jamais bonne, est H devenue plus insalubre encore depuis la saison des pluies. j

» >os officiers de saiilé sont pleins de zèle et d'activité ; on peut ; donc raisonnableiuent espérer que, l'accroisseinent de bien-être et les ; leçons de l'expérience aidant, et grâce aussi à l'augincutatiou du

nombre des baraques mises à notre disposition , nous n'aurons plus à dcplorer la perte d'un aussi grand nombre d'hommes. »

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