CHAPITRE XXXI
Combai du 8 dcccmbre. — Interruption des hostilités. — Mer d'Azof. — Lettre du capitaine Slierard Osborne. — Baltique. — Mer Blanche. — Mer Pacifique.
Parmi les officiers dont la lettre ci-dessus fait mention élaicnl le lieutenant-colonel de Brayer et le capitaine adjudant- major Fraucas (du GiJ" de ligne, division GUasseloup-Laubat;. En poursuivant des cailles, ils furent surpris et enlevés, le 2 décembre, par les Cosaques du régiment du colonel \ alonïeff.
Cet incident prouvait que les Russes veillaient, et le bruit s'était même répandu qu'ils comptaient prendre l'olTensive. Dans la soirée du " décembre, environ trois mille Russes attaquèrent les avantpostes de la division d'Autemarre, à l'extrémité de la vallée de Baïdar. Ces avant-postes, formés sur la Tcheruaia supérieure, occupaient une demi-cireonférence passant par les villages d'Esti-Arman, d'Orkousta, de Baga et de Savatka , placés au pied des hauteurs boisées qui séparent la vallée de Baïdar du haut Belbeck et du Clioiilion.
De fortes grand'gardcs françaises observaient les passages par lesquels on peut déboucher dans la vallée de Baïdar.
L'ennemi conçut, d'après certains renseignements tartares vraisemblablement, la pensée d'enlever une ou plusieurs de ces grand'gardcs.
Le 7, à la chute du jour, une partie des troupes russes postées à lenisala , a FokSela et Argul, furent brusquement mises en mouvement. Le régiment de Cosaques du colonel Zolotorolï était en tète; 'lOO hommes armes de carabines et tirés des rangs le suivaient. Enfin trois bataillons du régiment de Smolensk, colonel Ogiobchclï, formaient le gros de celte colonne, forte environ de S, 500 fantassins et de 4 à .S(iO cavaliers.
Les Russes franchirent les cols de Cardonn-Bell et de Cadcn Otar , cernèrent pendant la nuit, qui était sombre et ])hivieuse, et enlevèrent, malgTé sa vigoureuse résistance, un petit poste avancé de 12 hommes, placé à la jonction des chemins de Baga et d'Orkousta; puis ils attaquèrent, avec la majeure partie de leur monde, vers cinq heures et demie du matin , les villages d'Orkousta et de Biiga , eu faisant principalement eflorl sur le dernier village.
La grand'garde qui y était postée était composée d'une section du T" bataillon de chasseurs à pied , de trois compagnies du 2'^ bataillon du 26= de ligne et d'un peloton du i' de chasseurs d'Afrique, commandés par le chef de bataillon de Richebourg, du 20''. Cet ollicier supérieur, restant en position, se laissa approcher, n'ouvrit le feu qu'il bonne poi-téc, cl, i)ar la ferme contenance de ses troupes, imposa à l'ennemi et l'empêcha, malgré sa supériorité numérique, de gagner du terrain. Les Russes essayèrent alors de déborder le détachement par leur gauche et de descendre dans la plaine entre Baga et Savatka , afin de lui couper la retraite vers la Tchernaïa.
Pendant que l'ennemi cherchait ainsi à percer par Baga, il s'avançait également sur Orkousta. Le lieutenant-colonel Lacrctelle, du 19'- de ligne, commandant la ligne des avant-posles, était établi sur ce point avec cinq compagnies du 1" bataillon de chasseurs à pied et une division du i" detliasseurs d'Afrique. Il prit aussitôt l'olVensive, et dirigea imuiédiatement, sous les ordres du chef de bataillon Maurice, commandant le 7" bataillon, deux compagnies de chasseurs de ce bataillon sur un petit plateau situé en avant et à droite d'Orkousta, cl d'oii ces compagnies menaçaient la droite des Russes. Ce mouvement, exécuté très-résolùiiient, donna de l'inquiétude et de l'hésitation à l'ennemi, qui ralentit d'abord, puis arrêta sa marche. A la vue de celte indécision, la charge fat sonnée sur toute la ligne, et de Baga comme d'Orkousta, nos troupes s'élancèrent sur rcniieini , qui fut forcé lie battre en retraite, et fut poursuivi, à travers les bois , jusque près des crêtes qui contournent la vallée.
En même temps que les Russes attaquaient Baga et Orkousla, deux cents fantassins et cent cinquante Cosaques environ tentaient, en descendant par le chemin de Cadcn-Otar, une diversion sur la gauche d'Orkousta. Mais ils trouvèrent deux compagnies du 1" chasseurs à pied qui leur barrèrent le passage et ne tardèrent ])as, après plusieurs charges à la baïonnette, i> leur faire faire demi-tour. Le capitaine Pichon, qui commandait ces compagnies, tua trois Russes de sa main. Aux premiers coups de fusil, le général d'Autemarre avait envoyé le général Niol avec deux bataillons et un escadron pour renforcer la ligne attaquée. Mais ;i l'arrivée de ces réserves sur le lieu de l'acliiin , l'ennemi était en pleine déroute ; ii neuf heures du lualin , tout était terminé.
n Nos troupes et leurs chefs, dit le rapport du maréchal Pélissier, ont bien fait leur devoir ; ils ont été pleins de résolution et d'inlclligence, et c'est là ce qui a rendu le succès si prompt et si décisif, même contre des forces supérieures.
" Les Russes ont laissé entre nos mains t/>0 des leurs, tant tués que blessés ou prisonniers. Le nombre de ces derniers est de 28 ;
celui des blessés reçus dans nos ambulances est de 17 , dont 2 officiers ; hier matin on avait enterré 80 tués, et l'on continuait de rechercher ceux qui pouvaient être tombés dans les fourrés des bois.
» Nos pertes, même en y comprenant les douze hommes du petit poste qui ont été entourés et quatre chasseurs d'Afrique qui ont été enlevés entre Baga et Orkousta, sont beaucoup plus faibles que celles de l'ennemi. Nous n'avons eu que 2 hommes tués et 1 1 blessés, dont un officier. Nous devons cet heureux résultat à la promptitude même du succès. ))
« L'engagement qui a eu lieu dans les environs de la Tchernaïa, dit le Joarnal de Constantinople , a été soutenu par les troupes de la division du général d'Autemarre. Notre correspondant nous écrit que l'opinion généralement répandue au camp sur la présence des Russes de ce côté était motivée par une reconnaissance de nos avanl-postes.
» La fusillade s'est l'aile à distance , car l'ennemi ne s'est approché qu'autant qu'il pouvait Je faire im|Hinémenl, et il a sulli de la' marche eu avant de nos troupes pour le faire battre en retraite. Les prisonniers russes qui sont tombés entre nos mains ont été pris dans une embuscade. On croit qu'en dehors des deux officiers et des trente soldats qui sont en notre pouvoir, les pertes de l'ennemi ont été peu signilicativcs.
>) (^uoi qu'il en soit, on a pris des mesures pour ôter aux Russes l'envie de s'aventurer en plus grandes forces sur nos avant-postes, et ces mesures jointes au mauvais temps et au débordement de la Tchernaïa, qui rend impossible un engagement sur une ligne de quelque étendue, permettront aux alliés de passer l'hiver sans être harcelés par d'ineommodcs visiteurs.
» La pluie a continué de tomber avec une telle persévérance, que l'étendue de la plaine et du plateau, à l'exception des routes et des parties nivelées, ne présente à l'œil qu'un immense bourbier; les routes elles-mêmes seraient impraticables, malgré leur parfait établissement, pour les enfants gâtés de la civilisation occidentale; mais les soldats n'y regardent pas de si près et craignent peu de compromettre le vernis de leurs chaussures. »
La correspondance particulière du Conslitutionnel ajoute à ces détails :
(1 De la Tchernaïa, 11 décembre.
" Le 7 au soir, le régiment de Smolensk, de la 7° division russe cantonné à Fok-Sala et à leni-Sala , recevait l'ordre, sur les renseignements d'un espion tartarc, d'aller attaquer nos positions entre Orkousta, Baga et Savatka, et il devait se porter principalement sur Baga pour y enlever, au point du jour, un escadron de notre cavalerie, qui, seul, occupait, selon leurs renseignements, ce village.
» Parti à la tombée de la nuit de Icni-Sala, et conduit par les Cosaques, après avoir dépassé la coupure qui a été faite par nous sur la route principale, le régiment de Smolensk s'était séparé en trois détachements, dirigés chacun, par des sentiers de traverse, sur un des points désignés ci-dessus. Cette pénible marche de nuit, dans des routes défoncées et inconnues, Ix travers une obscurité profonde, fatiguait les troupes et les obligeait à laisser dans les bois et les ravins beaucoup de traînards. Malgré cela , le bataillon qui marchait sur Baga arrivait sur nos avant-postes avant le jour, les entourait , et après avoir enlevé 22 hommes qui les composaient, s'avançait en deux colonnes sur le village même. Mais là les attendait une surprise; au lieu d'un escadron de chasseurs d'Afrique, il y trouva le 6'' bataillon de chasseurs à pied.
» Le commandant Touvenin, averti à temps, prend ses dispositions; et voyant l'ennemi s'avancer par la grande route, le fait tourner par son liane gauche par deux compagnies de chasseurs, et avec le reste l'attend de pied ferme. La petite manteuvre réussit admirablement ; l'ennemi, rejeté du village par le feu bien nourri de nos chasseurs, se replie sur ses réserves, qui elles-mêmes viennent donner contre les deux compagnies qui les ont tournées.
» Après quelques et'l'orts inutiles, les Russes se débandent, et, poussés cette fois vivement par les nôtres à la baïonnette , n'ont d'autre ressource que de se jeter dans les broussailles qui couvrent les hauteurs à le'ar droite et où on les lue comme des lièvres. Ils ont laissé plus de cent cinquante morts et blessés, et plus de trente prisonniers entre nos mains, dont deux officiers légèrement atteints aux jambes. Nos soldats se sont battus, comme de vieilles bandes qu'ils sont, avec sang-froid cl intelligence.
1) Nous avons eu 1 3 hommes hors de combat, dont un officier blessé le lieutenant Poussin, qui, avec une vigueur extraordinaire , avait entraîné ses soldats, en tuant de sa propre main trois Rusocs à coups de sabre.
" A Ourkousia et à un autre village, l'ennemi, plus nombreux et accompagné de 500 hommes do cavalerie, n'avait fait que dos démonstrations et s'était retiré partout devant nos troupes. Ainsi s'était terminée cette petite affaire, dans laquelle l'intelligence et la bravoure de nos soldats cl de leurs chefs ont eu encore une fois raison de la ruse et du nombre de nos ennemis.
)> Le temps continue à être couvert. Les pluies sont fréquentes cl la boue abominable; cependant la santé générale est excellente. Hier, a eu lieu à bord du Naimléun, en rade à Kamiesch, le service funcbre
HISTOIRE DE LA GUEURR n-ORlENT.
fil rlioiiiu'ur ilii linivc amirMl Uriul. l'iicore un rhef aimé, une nature d'i'lilo, qui nous a quittés einpiirlaiit les i('j;rets sincèies de tout le uionde, oui, de tous, car l'armée de terre n'a pas été moins touchée de celte uiort que l'escadre qu'il a lonijtemps et si bien commandée. ';
Suivant le prince GortscliakolY, les Russes auraient eu l'avantage dans cette affaire : « Le 8 septembre, dit-il, le colonel Oklobjio, chef de détachement ii notre flanc gauche, lit de léni-Sala, ])ar la ])asse des montaj;nes, une reconnaissance dans la vallée de Uaïdar, afin d'inquiéter l'ennemi et de connuitre ses forces ainsi que ses positions.
)■ Dans ce but, pendant la nuit du 35 au 26, nos troupes se portèrent sur la passe en deu\ colonnes suivies d'une réserve, et, quoiqu'elles fussent accueillies dans les monlaijnes par une pluie battante, et que la descente dans la vallée de Raïdar fût entravée par la nature fort accidentée du terrain rendu plus dillicile encore par une nuilli-
coup de feu inattendu, donna l'alarme ii un poste de -1(1 hommes qui se trouvait sur ce iioinl et (jui prit la fuite en toute liàle. »
lin heureu\ coup de main fut exécuté dans la nuit du 20 au 27 décembre par des volontaires de la division d'Autemarre. Informé qu'un poste de SO fanUissins du régiment de Smolensk et de 20 Cosaques du IJon s'était établi sur un mamelon situé à 500 mètres environ du col de Cardonn-Rell, le i;énéral d'Autemarre autorise le lieutenantcolonel Lacrctelle à faire une tentative pour enlever ce poste avec les deux compagnies d'éclaireurs adjointes à nos avant-postes. Malgré le verglas qui entravait la marche, le détachement français, conduit par les capitaines Pichon et iNeblich, surprit le poste, tua 18 fantassins russes et en ramena 18 autres prisonniers. Les Cosaques, ii la nuit tombante, s'étaient repliés sur Kokloz ; il n'en était resté que deux qui furent pris avec leurs chevaux.
Ce fut le dernier eiigagement de la campagne de 1855 en Crimée; mais il y eut encore aux environs de kertch une escarmouche, dont
ne â Balaklava.
tude de fossés transversaux et d'abatis, le mouvement fut effectué avec un succès complet.
» Au point du jour, les trois compai;nies de la colonne de gauche, sous le commandement du major Rirukovilch, s'élancèrent sur le village de Riiga, en (léli)|;érent le détachement français d'avant-poste et le poursuis irent jusqu'il sa réserve, composée de trgis bataillons qui, dans l'intervalle, étaient parvenus à se ranger en bataille sur les hauteurs en arrière de leurs logements. Les trois compagnies de la colonne de droite du major Uanilenka, en entendant les coups de feu, se hâtèrent de rejoindre la colonne de gauche au delà de Baga. Un combat à la baïonnelte s'engagea sur ce point, et nos six compagnies, après avoir culbuté l'ennemi , le poursuivirent vigoureusement dans la direction de la Tchernaïa.
• (Jette petite mais brillante affaire eut pour résultat de jeter l'alarme dans le camp ennemi. Lorsque les épaisses colonnes de l'infanterie française s'ébranlèrent, de la ferme Mordvinoff, pour venir au secours de leur avant-garde, notre détachement opéra dans le plus grand ordre sa retraite en deçà de la passe, emmenant 18 prisonniers.
» Pour favoriser cette reconnaissance, le major iMoussine Pouscbkine, du régiment de hussards du maréchal comte Kadeizky, se porta de la cote méridionale sur le mont Taïla avec une compagnie de chasseurs et quelques (irecs ilu bauillon de Balaklava, et, par un
une lettre écrite au Journal de Constantinople rend compte en ces termes :
'( Vous savez, que de toute la cavalerie du contingent anglo-ottoman il est resté ici un détachement de cent cinquante chevaux qui ont été affectés au service de la garde et de l'escorte du commandant en chef, général Vivian.
» Dans la matinée du 10 décembre, soixante-cinq de ces cavaliers, désignés pour aller faire du fourrage et pour acheter des provisions aux habitants des villages avoisinants, ont quitté la place sous le commandement du capitaine Sherwoold.
1) Cette petite troupe, n'ayant pas trouvé ce qu'elle cherchait dans les environs de nos avant-postes, voulut pousser plus avant, et comme il ne s'était manifesté aucun signe de la présence de l'ennemi , elle s'avança assez loin dans l'intérieur des terres. Tout ii coup, au moment où ils s'y attendaient le moins, les cavaliers se virent attaqués et cernés par des forces centuples.
• Le capitaine SUerxvoold donna aussitôt l'ordre de battre en retraite; mais il fallait se frayer un passage au milieu des masses ennemies. Les soldats turcs, n'écoutant que la voix de leur chef et l'élan de leur courage, se précipitèrent avec héroïsme sur l'ennemi et combattirent avec acharnement.
)> Le capitaine Shcrxvoold , que son uniforme anglais avait fait reconnaître au milieu de tout le détachement, fut un des premiers at-
teints. Celte mort n'arrêta pas l'impulsion des soldats, qui combattirent avec une nouvelle furie. Vingt-cinq d'entre eux parvinrent à faire une trouée et à se soustraire à l'ennemi. Le reste, composé de quarante cavaliers, officiers et soldats, a été mis à mort ou fait prisonnier par les Russes "
L'hiver redoubla bientôt de rigueur. Les rafales se multiplièrent, changeant les moindres rigoles en torrents, et entraînant des huttes ou des tentes. Puis à l'humidité succéda brusquement le froid. On écrivait de Constantinople à la Prcf^se ie 23 décembre :
« Sur certains points, le froid a atteint 18 degrés: les premiers jours ont été durs à supporter, et des hommes ont été pris par les pieds. Les derniers malades qui nous sont arrivés depuis une semaine sont notés comme ayant les pieds gelés.
)i II faut se garder de prendre le mot dans son exactitude : le pied en lui-même n'est pas gelé; mais l'épiderme, déjà fatigué par l'iiu-
oli des incidents graves peuvent troubler d'un jour à l'autre la tranquillité dont nous jouissons en ce moment.
)) Le général de division de IMartimprey, qui a rempli les fonctions de chef d'état-major général depuis le commencement de la campagne, se trouve en ce moment à Paris; le maréchal se reposerait sur son expérience et l'aurait indiqué comme pouvant le remplacer dans le conseil militaire, et donner sur la position des armées respectives tous les renseignements dont on peut disposer.
• Voilà ce qui se dit ici ; il nous est dilïicile de vérifier l'authenticité de ces bruits et de savoir si ces conférences militaires seront tenues à Paris.
I) On ne signale rien de nouveau non plus à Sébastopol. Dans la Karabelnaia, les travaux de mine ont dû être recommencés sur plusieurs points: des sources avaient envahi les fourneaux, et on n'a pu les étancher.
» La lin des pluies a permis de reprendre l'œuvre avec moins de
Grand steeple-chase en Crimée.
midité qui a duré pendant près d'un mois, a été naturellement trèsimpressionnable aux premiers froids et a été attaqué.
"Un traitement bien entendu, de bons soins et du repos nous rendront ces soldats. On a pris en Crimée toutes les mesures nécessaires pour diminuer le mal; entre autres, la ration d'eau-de-vic a été doublée.
" Le général de la Marmora a remis le commandement de l'armée sarde au général Durando, et a quitté Kamiesch sur le vaisseau amiral anglais le ftoyal-Albi-rt.
>i Le général s'est rendu à (Constantinople avec l'amiral Lyons. Tous deux sont arrivés samedi soir et partis le lendemain sur le Carador, sans avoir fait de visites officielles.
» Par suite du départ de l'amiral, un bateau a été expédié d'ici à Syr.i , oii il a rejoint l'amiral Stcwart, et lui a transmis en même temps sa promotmn au grade de vice-amiral et sa nomination au cmimandemcnt en chef, par intérim, de l'escadre de la mer Woire.
» L'amiral Lyons et le général de la Marmora se rendent, dit-on , à Paris, oii un i^rand conseil serait sur le point de se réunir sous la présidence de l'empereur.
« On avait annoncé aussi l'arrivée du maréchal Pélissier; mais cette nouvelle parait être inexacte, d'après des renseignements puisés h bonne source. Le maréchal croit sa présence utile en Crimée,
difficulté. Tout porte ii croire que les premiers jours de l'année verront détruire ces gigantesques docks, qui ont coûté à la Russie tant d'années et de millions. «
Une lettre de Crimée à la Patrie, en date du 24 décembre, portait :
« La situation est toujours la même, et l'on ne prévoit aucun changement prochain. L'armée est généralement bien établie; mais pendant les nuits dernières beaucoup d'hommes ont soufl'crt du froid, surtout dans les camps où les soldats ne sont pas encore parfaitement abrités. On travaille sans relâche a remédier à cet inconvénient.
>• Il a fait le II) un temps affreux avec un froid de I .'> <legrés; Je lendemain, le temps s'est remis au beau et s'y est maintenu, ce qui semble une compensation d'une série de mauvais jours.
» Dans le coup de vent du li), plusieurs navires de commerce se sont perdus devant Kamiesch et le long de la côte; mais il faut dire que ceux dont les capitaines et les équipages étaient en bonne santé, et qui avaient pris un bon mouillage, sont restés sur leurs ancres.
V ISéaniiioins la saison est rude, surtout pour les stations nax-ales de kinburn, Lupatoria et Kerleli. A Kinhurn notamment, les glaces gênent beaucoup les bâtiments de la division alliée. A Kertch , les amiraux ont dû faire descendre ]>lus bas (|uc le cap Saint-Paul les liàlimcnls que les banquises eussent infailliblement emportés s'ils étaient restés dans leurs anciens mouillages. Tous ces bAtiments, d'ail-
lirSTOIRE DE LA GUERRE D'ORTENT.
leurs, tant niii;t.iis que Irançais, sont [larfailement bien approvisionnis (le toutes cliiises. u
Dés 1.1 lin (le novembre, ces bourrasqufs avaient suspenilu sur tous les points les opérations maritimes. Le capitaine Slierard Osborne, qui eoniniandait encore quelques bâtiments dans la mer d'Azof, révoqun oflieiellement ses fonctions par la lettre suivante, adressée au contre-amiral Ljons :
« A bord du r«ui iiij, en raile do Kertch , le 2t novembre.
» MoxsiEiB,
» Conformément à vos instructions, je suis en route pour rejoindre votre pavillon. J'ai l'bonneur de vous annoncer la lin des opérations d.iiis la mer d'Azof, et de vous informer des évolutions de l'escadre dans celte mer depuis ma dernière lettre , datée du 7 noveiiibr* . Le 7 j'ai reçu vos instructions et les notes enjoignant aux neutres de qiiiUrr la mer d'A/.of pour le •.'(! novembre. Le temps étant fort mauvais, je n'ai pu réussir qu'à remettre les notes aux autorités sur le rivai;e de Marianopol. Mais le 8 novembre, les vaisseaux à l'ancre devant Marianopol lurent dûment et régulièrement informés : les navires ancrés devant Taijanroi; le furent éfjalement le lendemain, 0. Il > eut une tempête d'une extrême violence par vent d'est depuis cette date jusqu'au IS. Je communiquai à cette date les notes aux vaisseaux neutres .i ISerdiansk. J'appris alors de ^i. Gopcexutch, comme je l'avais su auparavant à Tafjanroj; et à Marianopol, que les autorités russes avaient mis les navires neutres en quarantaine depuis leur arrivée, leurs cargaisons tiraient à leur fin. Un otlicier russe, à Marianopol , se moquait des neutres, prétendant emporter du blé cette année el il dit au commandant Kennedy, que j'avais envoyé avec un drap:au parlementaire, que les neutres seraient forcés de passer l'hiver.
1, Dans ces circonlances, m'en référantù vos désirs el à vos instructions à ce sujet, craignant que l'hiver ne commençât tout d'un coup et que les navires neutres ne quittassent pas la mer d'Azof, le 20 novembre lS.')ô, je donnai ordre à toute l'escadre de faire voile vers Kerlb, excepté à VArdtnt, au Snake et au CUnker. >ous arrivâmes en vue de iMarianopol le 1!), et nous vîmes (|iie tous les navires neutres avaient mis à la voile pour rentrer à kertb; le SO nous passâmes en vue de ïaganrog, et je trou\-ai la route libre, tous les navires étant partis. La glace s'éiendait de chaque côté à plusieurs milles du rivage; le Don semblait gelé, el l'hiver se faisait sentir rigoureusement sur lout le voisinage.
>, A Marianopol la rivière et la rade étaient gelées, une grande quantité de glace couvrait les bords de la côte jusqu'au phare de IJielosaraï; vers le milieu du jour le thermomètre de Fahrenheit ne marquait que 29 degrés. Je quittai l'escadre ii Marianopol pour aller explorer avec beaucoup de soin toute la cote, depuisGeuitchijiisqu'au phare de lénikalé , dans tout ce trajet on n'a pu découvrir la plus petite embarcation. En remettant en vos mains les fondions éminentes qu'ils vous avait plu de me confier pendant les cinq mois qui viennent de s'écouler, celles d'oll'icier, le plus ancien de grade, d'une flottille détachée, qu'il me soit permis, monsieur, de vous témoigner respectueusement combien je suis sensible à l'honneur (|ue vous m'avez fait, en même temps que je conserve un souvenir de reconnaissance pour la bonté et la con>'ance inees-antes que vous avez eues envers moi, et sans lesquelles je sens que je n'aurais pu remplir convenablement vos intentions et suivre vos instructions. Permettezmoi de vous rappeler que le vif désir que j'avais d'exécuter vos ordres m'a toujours rendu la tâche facile, avec l'assistance constante des vaillants officiers et des marins qui étaient sous mes ordres daiis la tlottille, et dont je ne saurais assez me louer pour la bonne conduite qu'ils ont tenue. Ce n'est pas la partie la moins agréable de mon devoir q'ie de vous dire que j'ai toujours éprouvé la plus active coopération de la part des ofliciers de la marine française dans la mer d'Azof. Parmi ceux qui me sont plus ])arllculièrement connus, je me plais il citer le lieutenant Clone, commandant le iîra?irfon, le lieutenant la Jucbelte, commandant le Fullon, et le lieutenant Vidal, du Culun.
1) J'ai l'honneur, etc.
» S. OsBOR.NE. ))
Dans la Baltique, d'oit les glaces chassaient également les flottes alliées, aucune opération imjiortante n'avait suivi le bouibardeaient de Sxieaborg. Les canonnières de Cronstadt, protégées par les batteries avaient fait des sorties assez fréquentes; mais elles avaient soin de rentrera la hâte dès qu'elles étaient poursuivies, peut-être avec l'intention d'attirer les gros navires 'sous le canon de la place. Six d'entre elles s'avancèrent, le li août, avec une apparence d'audace; mais, loin de se mesurer avec V Impérieuse, le Bulldog et le Centaure, qui furent envoyés ii leur rencontre, elles soutinrent un combat qui dura deux heures sans résultat décisif.
Lue escadrille russe composée d'un vaisseau de ligne de 90 canons, d'une frégate, de deux pyroscaphcs et de quelques canonnières, quitta Cronstadt le l'' septembre à la faveur d'un de ces épais brouillards si communs dans la Raltique. Vlmpérieuse et le Cutossus ,
mouillés à cent milles du jdiare de Tolbukin, ne craii;niient pas d'aller au-devant de ces forces supérieures; mais, loin de profiter de ses avantages, l'escadre russe rentra paisiblement ii (^Ironsladt.
Le gros des Hottes alliées se trouvait, au mois de septembre, devant .\argeii. Ci'est là que, le 2i, on célébra par une fêle la prise de Sébastopol. L^nc messe solennelle fut dite ii bord du vaisseau le l'iturcille, et le soir un banquet plein de cordialité réunit à la table du contre-amiral Penaud les amiraux Diindas et Seymour et les principaux olïiciers des deux nations. C'était une heureuse diversion aux ennuis d'une croisière que le froid, les grains, les brumes, les écueils, rendaient fatigante et périlleuse.
'i'ant que la saison laissa quelque latitude à leurs mouvements, les croiseurs alliés se maintinrent dans les golfos de Finlande el de liothnie. La corvette mixte le d'Assas et les xapcurs angliis le Tartar el le llorrier s'emparèrent de onze navires devant hiorneborg, petite ville du littoral cle la Finlande. L'escadre volante du Commodore Walsoii filquelipies captures en vue des côtes de Courlande et de Livonie, mais chaque jour les tempêtes se multipliaient cl augmentaient d'intensité. Le Ilastinfis échoua ; la llvgue, en allant le relever, donna contre un rocher à la hauteur du phare de Benskaer; il y resta près de huit heures; sa fausse quille fut emportée par le choc, et il fallut débarquer sa batterie basse avfc une partie de ses approvisionnements. Exposés tous à de semblables dangers, les vaisseaux alliés reprirent les uns après les autres la route de l'Angleterre et de la France.
« Je suis h moitié gelé, écrivait le 8 octobre, devant IVargen, !M. Gide au rédacteur du Moriiteur de la /lAte: il fait un froid à se croire au Groenland, au Sjùtsberg, et malgré cela la Baltique ne gèle pas encore.
« Il est temps cependant qu'elle vienne nous relever de notre faction et se charger de bloquer après nous les bâtiments russes de Cronstadt.
" En attendant, nous droguons de plus belle, afin de faire jusqu'au bout notre métier en conscience. Nos bombardes et nos canonnières, VAasterlilz et quelques autres bâtiments nous ont déjà successivement quittés; il ne nous reste plus ici autour de l'amiral Penaud que deux vaissfaux et quclquFs vapeurs ou canonnières.
i> C'est vous dire que la campagne est finie, et bien finie. Nous aurons toujours réussi à essayer nos canons sur les murailles moscovites el pris nos mesures pour recommencer l'année prochaine. Vous avez déjà dû voir rentrer en France l'AusIertitz, la Saône, la Bombe, la Salve. D'autres ne larderont pas sans doute à les suivre, par exemple, V Artjuebuse , la Lance et la Sainte-Barbe, car elles sont parties depuis longtem|i5.
• Nous avons en définitive ici le Tourville, le Duquesne, Vhis, le d'A^sas, V Aigle, le Pélican , la Dragonne et la Fulminante. Tout va bien ici; la santé des états-majors et des équipages est c\cclleiitc. i
Il disait dans une seconde lettre le IG octobre :
'< iMoi» ciiBn niîij,\r.TELg Rr ami,
11 Nous sommes en plein hiver; la neige couvre une grande partie des terres aux alentours de Revel ; les marais de Nargen sont gelés ; il nous faut enverguer le., gros vêtements des campagnes arctiques, battre la seiiiclle el chaiift'er nos cheminées.
w Ceci peut servira composer un tableau très - ]iitloresque ; mais ceux qui se trouvent acteurs dons celle scène un peu monotone ne voient pas aussi facilement ce côté que vous pouvez le faire.
» C'est une rude campagne que celle de la Baltique. Tout y est misères et dilïiculiés, et grâce à l'obstination de nos ennemis à se renfermer au fond de leurs ports, nous n'avons pas, comme nos camarades de la mer Noire, la chance d'engager la conversation avec les Russes aussi souvent et d'aussi près que le désireraient nos batteries et ceux qui les servent.
" Pour cette année, du reste, il n'y a plus évidemment rien à faire; il faut seulement attendre la rc/cc^c, comme disent nos matelots, qui comprennent bien que nous ne partirons d'ici que lorsque la glace se sera chargée de faire le blocus elle-même et à notre place, afin que nous retrouvions l'an prochain les vaisseaux russes de Cronstadt à la même place oii nous les aurons laissés cet hiver.
u Mais cela de tardera jias , et alors nous ne moisirons pas longtemps dans ces parages , on l'espère du moins sur les bâtiments des deux nations. Les officiers de l'élat-major de l'amiral Dundas nous aniionçaiciil il y a quelques jours leur prochain appareillage, mais nous n'avons rien entendu dire encore pour ce qui nous concerne. El cependant nous lèverons prochainement l'ancre tous ensemble.
• (^uant à hiverner ici, on ne peut y songer; c'est à la fois impraticable et parfaitement inutile.
w En attendanl jusqu'au moment de l'appareillage, c'est le cas ou jamais de se livrer, faute <le mieux, à des études de 7iature morte, et après avoir vu les villes russes du golfe de Finlande éclairées par un magnifique soleil , nous les pouvons admirer encadrées par la neige.
» A ce nouveau point de vue , Rcvcl a véritablement l'air d'une créature un peu fantastique. Tout y est en silhouette, batteries, forteresses , arbres, maisons : il semble qu'on ail sous les yeux une épreuve de galvanoplastie eu creux; tout parait en relief, on voit les
lliisses cependant travailler à accroître les défenses de la ville; ces braves fjens-là craignent jusqu'au dernier moment une visite des alliés. Oiles-leur donc que ce ne sera pas pour cette année et qu'ils ïc réservent quelque cliose à faire pour le printemps prochain.
o Tout va bien à bord de nos bàliments. INous avons bien eu il y a quelque temps certains symptômes de scorbut, mais il n'y avait pas liju de s'en étonner en considérant la durée et les chances si variées, si difficiles de nos croisières; l'amélioration a été prompte et décisive dès que notre amiral , avec sa vigilance habituelle, a pu faire venir d'Elseneur ces précieuses pommes de terre ; ou en distribue trois fois par semaine a la place des légumes secs de la ration ordinaire, et celte modification du régime de nos marins a suffi pour ramener la santé. »
A la lin d'octobre les vaisseaux-amirau\ le Tuurville et le Wellùigton quittèrent l'ilc de IN'argen et vinrent stationner à Kicl, où ils furent successivement rejoints par tous les bâtiments qui restaient dans la Baltique.
Le Moniteur du 29 décembre publia la notification suivante :
<c II est notifié par les présentes que le comte \\ alewski , ministre secrétaire d'Etat au département des alVaires étrangères, a reçu la communication officielle d'un rapport du contre-amiral liaynes, de la marine royale britannique, en date de Copenhague le 12 décembre 1S55, à bord du vaisseau de Sa Majesté Britannique la Rétrihuticn, duquel rapport il résulte que le blocus de tous les ports, rades, havres et criques de l'ennemi dans la Baltique a été complètement levé le iode ce mois. »
Dans la mer Blanche une division anglo - française avait maintenu un blocus rigoureux, détruit quelques caboteurs et affiché quelques descentes, moins pour inquiéter les habitants du littoral, que pour se procurer de l'eau, du bois de chaufl'agc, des bestiaux, des moutons ou des rennes. Les opérations de la croisière sont résumées dans le rapport du capitaine Guilbcrt, qui avait sous ses ordres la frégate la Chkipâlre, et les vapeurs le Pétrel et le Cocijte. Voici les principaux passages de ce rapport, en date du 29 octobre :
n Aous avions établi pour règle, le commandant des forces de Sa Majesté Britannique et moi, que nous arrêterions et détruirions tous les bâtiments caboteurs, et que nous laisserions passer librement les au'res embarcations qui sembleraient être seulement attachées aux localités, liais, ayant appris plus tard qu'on s'était servi de leur moyen pour expédier 2,fliiO fusils sur les dilTérenl'i points delà côte, et cela pour ainsi dire sous nos yeux, nous résolûmes de mettre obstacle à toute espèce de circulation de bateaux, quelque minimes qu'ils fussent d'ailleurs, ce qui fut rigoureusement exécuté.
u Le littoral de la mer Blanche est garni de nombreux villages, dont quelques-uns assez importants par leur population et le commerce qu'ils entretiennent habituellement avec la ÎNorvége; parmi ces derniers, Onega etKéma étaient défendus par quelques centaines Je soldats, et l'on s'occupait de travaux de défense le long des rivières étroites qui y conduisent. Soumet et Kcrret avaient aussi été pourvus de quelques forces militaires, et leurs habitants étaient armés et organisés en milices.
u Nous avons eu d'abord le projet de nous rendre maîtres des trois derniers, pensant pouvoir y détruire quelques établissements du gouvernement ; mais des renseignements certains nous ayant fait connaître que les nombreux navires qu'ils renfermaient l'année dernière avaient tous été envoyés dans la Dwina avant notre arrivée, et que cette attaque ne pouvait avoir pour résultat que la destruction de quelques maisons particulières et la ruine île nombreuses familles, nous renonçâmes k cette expédition. Les autres villages de la côte, bien qu'ils eussent reçu une partie des fusils esjiédiés d'Archangel, paraissaient d'abord peu disposés à en faire usage ; ils ne présenlaicnt d'ailleurs aucune possibilité de défense sérieuse et restaient entièrenieut il notre discrétion. ï\ous étions entrés en relation avec quelquesuns d'eux pour l'achat de bestiaux et vivres frais pour les é(|uipages, et nous eussions pu ainsi nous pourvoir pendant tout le cours de la croisière, lorsque des actes d'une grande sévérité de la part du gouvernement russe et des menaces de mort ou d'exil en Sibérie pour tous ceux qui communiqueraient volontaireincnl avec nous sont venus détruire ces bonnes dispositions. Outre les moyens de terreur, on excitait encore contre nous le fanatisme religieux de ces populations ignorantes, en nous dépeignant à leurs yeux comme des nations barbares et impies, et en leur distribuant des médailles qui devaient les préserver infailliblement de l'ulteintc de nos armes. On leur promettait d'ailleurs de les indemniser largement des pertes qu'ils éprouveraient par notre l'ail, pourvu qu'ils eussent tiré sur nous dans des cuibuscailcs et partout ou ils pourraient nous surprendre. Depuis cette épo(|ue, nous avons remarqué chez les populations riveraines un état d'hostilité très-prononcé.
• Aucun neutre n'a essayé de pénétrer dans la mer Blanche pendant notre séjour; mais quelques bateaux russes ont tenté de se rendre en iSorvége en profitint des brumes épaisses qui régnent fréquemment et des nuits d'automne quelquefois fort obscures; presque tous ont été arrêtés, et le nombre de prises sur tous les points de la côte s'est élevé à CO, formant un tonnage d'environ OtiO tonneaux.
Aucun de ces navires n'étant susceptible d'entreprendre la traversée de France, ils ont tous été détruits.
1) Pendant notre séjour dans la mer Blanche, nous avons eu quelques relations avec la ville de Vard'huis', en Norvège. Nous y avons appris, par des lettres particulières reçues d'Archangel, combien étaient considérables les pertes causées au commerce russe par notre blocus, et l'on y annonçait comme infaillible la ruine complète des premières maisons de commerce du pays. Si l'on considère, en effet, que chaque année il entrait dans la mer Blanche au moins COO navires neutres, jaugeant en moyenne 200 tonneaux, on aura d'abord un cliilVre d'exportation de 120,000 tonneaux, aiu|uel on peut ajouter le mouvement d'un pareil nombre de caboteurs russes et norvégiens faisant régulièrement deux voyages par an et transportant 1 6,000 tonneaux , on arrivera ii un total de 2.35,000 tonneaux d'exportation annuelle, et, en supposant que l'importation par bâtiments neutres ne s'élève qu'au dixième de l'exportation, on atteindra encore un ehifl're de 148,000 tonneaux dont le mouvement commercial aura été anéanti par notre 'croisière.
" J'ai la profonde conviction, monsieur le ministre, qu'un blocus un peu prolongé et conduit comme celui de cette année est le plus rude coup que l'on puisse porter à la Russie dans ses provinces septentrionales, qui n'ont pour leurs produits aucune autre voie d'exportation que celle de la mer Blanche, et dont le commerce avait atteint, depuis quelques années, des proportions énormes et presque ignorées en France.
1) Depuis le commencement d'octobre, chaque jour apportait une augnienlation remarquable dans l'iiilensilé du froid; dès longtemps toutes les terres étaient abondamment couvertes de neige, et, le 9, le thermomètre étant descendu à 7 degrés au-dessousdeO, en même temps (|ue des pâtés de glace circulaient incessamment le long des navires, nous jugeâmes que l'époque oîi la navigation allait être complètement interrompue était arrivée, et nous nous décidâcues à effectuer notre départ définitif, ce que nous exécutâmes tous ensemble ce même jour. En passant bord à bord des Anglais, nous échangeâmes des hourras et acclamations répétés, qui témoignaient des bonnes relations et des rapports cordiaux et alïeclueux qui n'avaient cessé d'avoir lieu entre les deux divisions pf ndant ces quatre mois de rapprochement presque joumalii-r et d'une pénible campagne. •
Notifié le 1(> juillet, le blocus des ports russes de la mer Blanche fut levé le 9 octobre.
Dans la mer Pacifique, les Russes avaient constamment refusé le combat. Lue seule fois, le 20 mai, le Horiiet et la Sibylle, mouillés à la baie de Caslries, avaient aperçu au fond d'un étroit chenal une fréi;2te, deux corvettes, une chaloupe armée, un bâtiiiient de transport, un bateau à vapeur et un schooner. Comme il était impossible de s'en approcher, le commodore Elliot se décida à se retirer, dans l'espoir de les amener au large; mais les Russes ne parurent pas.
Au mois d'août, le commodore alla chercher les navires ennemis dans le port de l'île d'Ayan. Il n'y trouva ni marins ni soldats, et ne fut reçu que par Innocent, archevêque d'Yakoutsk; M. l'reybcrg, ai'vnt de la compagnie de fourrures russo-américaine, et Tcliaguive, surveillant des magasins de la compagnie. Toutes les villes du littoral étaient également délaissées; les forces navales russes s'étaient réfugiées, dans une position presque inexpugnable, à l'embouchure du fleuve Amour. La seule capture importante des alliés fut celle du brick brèmois Grêla, qui avait il son bord cent quarante officiers et soldats russes.
Ce navire, de deux cents tonneaux, avait arboré successivement les pavillons anglais et américain. Acheté par un capitaine brèmois, il fut frété pour porter dos approvisionnements à l'escadre des Etats- L'nis stationnée au Japon. Il prit alors le pavillon américain avec l'autorisalion du commandant du biick de guerre \'tnce>ines, et se rendit à Hakodadi (port du Japon), ayant ii bord des vivres pour l'escadre et quelques marchandises.
Dès son arrivée, il fut parfaitement accueilli par les autorités japonaises, qui accordèrent au capitaine des facilités exceptionnelles jiour la vente de sa cargaison, ii comlilion qu'il ferait voile pour Simoda, afin d'y prendre l'équipage de ((( Dituia, frégate rusie naufrai'èe sur les côtes du Japon, et de le transporter dans l'un des ports russes du Kamtschatka. Le capitaine accepta la proposition et se rendit en conséquence à Ueda, petit port situé à vingt milles au nord de Simoda. Là il embarqua 140 Russes pour les conduire au port d'Ayan.
(Je fut le 1" août que la Grefa fut rencontrée en mer et capturée par le steamer anglais BarracmUa. Les prisonniers russes furent répartis sur les dilfèrents navires de l'escadre anglo-française qui croisait dans ces parages de l'océan Pacifique. Quant à l'amiral Poiitiatinc, qui avait son pavillon a bord de la Dinna , il était parvenu il rentrer peu de temps auparavant dans un port russe.
Avant de quitter ces parages, les alliés prirent possession de l'île d'Ouroup au nom de la France et de l'Angleterre. Cette île, qui mesure cent trente-quatre milles de longueur sur quatorze de largeur, fait partie de l'archipel des Kouriles, composé de vingt-deux îles appartenant les unes au Japon , les autres ii la Russie. L'île d'Ouroup est la plus imporlanie : elle dépendait de la Russie ; sa situation i>
la hauteur de l'einboncliure du fleuve Amour est Irès-favorable; elle fournit au\ escadres alliées un excellent point de relàclie pour surveiller les italilisseuients russes de la côte du Kanitschatkj. Celait à Ouroup ([ue se trouvait le principal marché d'échanijes entre la Russie et le Japon. A ces divers points do vue, l'occupation de celle Ue présente un certain inlérèt.