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CHAPITRE XXXV

Rapport du général Williams sur la victoire du 29 septembre. — Rapport du général Mourawieff.

Après avoir esquissé à grands traits la bataille du 29 septembre, nous en laisserons raconter les détails aux généraux en chef. Le soir même , Yassif-Pacha , commandant l'année d'Anatolie , envoyait la dépèclte suivante à Constantinople :

u De bon matin, les Russes qui investissaient Kars au nombre de 35 à 40,000 hommes se sont mis en marche en colonne, et se sont portés contre les redoutes de la ville. Quoiqu'ils soient parvenus il plusieurs reprises à pénétrer dans ces redoutes, le courage et la valeur de nos troupes, excités au plus haut degré, ont repoussé l'ennemi. Enfin celui-ci , revenu avec toutes ses forces , a fait un dernier effort qui a également échoué devant l'intrépidité de nos troupes. Dès lors et après un combat qui a duré huit heures, ils se sont retirés dans le plus grand désordre, laissant quatre mille cadavres autour des retranchements , outre ceux qu'ils ont enlevés.

n jNous leur avons fait cent prisonniers et pris un canon.

)) De notre côté, les pertes s'élèvent à 850 hommes, tant tués que blessés; dans ce nombre se trouvent plusieurs officiers supérieurs.

» L'officier porteur de cette dépèche affirme que les Russes, après cette affaire, se disposaient à abandonner le siège.

» Cette belle victoire fait le plus grand honneur à la valeureuse garnison de Kars, qui vient d'ajouter ainsi un nouveau lustre aux armes impériales, et qui a fait preuve dans cette journée du plus intrépide courage. >»

De son côté , le général Williams, commissaire britannique auprès de l'armée turque d'Asie, écrivait au ministre des affaires étrangères, à Londres :

<i Kars, le 29 septembre.

» MiLor.D ,

1) J'ai l'honneur de vous prévenir que le général Mouraxvicffa attaqué la ville ce matin avec le gros de son armée. La bataille a duré près de sept heures sans interruption , et l'ennemi a été repoussé dans le plus grand désordre en laissant 2,500 morts et presque le double de blesses. Plus de 4,000 mousquets ont été laissés sur le champ de bataille.

D Notre perte a été d'environ 700 hommes tues et blesses.

ji W. J. Williams. »

Yoici le rapport détaillé qui suivit :

« Kars, 3 octobre 1855.

1) MlLOBl),

)i J'ai eu l'honneur d'annoncer à Votre Seigneurie , le 29 du mois dernier au soir, la glorieuse victoire remportée, le matin de ce même jour, sur les biuteurs qui dominent Kars, par les troupes du sultan sur l'armée russe que commandait le général Mouraxkieff , et je transmets maintenant à Votre^ Seigneurie les principaux incidents de celle sanglante bataille.

HISTOIRE DE l.A GUEUHE D'ORIENT.

u Voire Seigneurie se rappellera peul-ètre que , dans ma ilépcclie n" 123, du 28 juin, je disais que le jjéuOral russe, dans sa seconde dcuionstration contre le parement sud de nos retranchements , qui est flan<[ué par HafizPaclia Tabla et Kanli-Tabia , avait mnrclié au sud et établi son camp il Uugah-Tikmc , villap;e situé à quatre milles environ de Kars. Sachant que le yénéral .Mourawiefl" avait servi dans l'armée qui prit Kars en ISiS , je compris que sa dernière manii'uvre était le prélude d'une reconnaissance ou d'une attaque contre les hauteurs de Thomaso , d'où les Russes avaient poussé avec succès leurs approches en l'année ci-dessus mentionnée. Eu cousé(iuence , pendant que les colonnes ennemies étaient en marche vers BuijaU-Tikme, je visitai ces hauteurs avec le lieutenant-colonel Lake, et , après avoir étudié le terrain marqué d'après la nature des ouvrages a construire, le lieutenant-colonel Lake les conçut et les exécuta avec beaucoup de vigueur et d'habileté.

•I J'envoie ci-joint ;i Votre Seigneurie , pour qu'elle en prenne

que la nouvelle de la chute de Sébastopol m'était parvenue, et qu'Omer-1'aclia était i» Hatoum. J'informai encore Votre Seigneurie de ce fait, que le général russe dirigeait sur la Géorgie d'immenses convoi3 pesamment chargés, et qu'il donnait tous les signes d'une prochaine retraite. Cela ne nous empêcha pas de nous tenir toujours sur nos gardes, et le lieutenant-colonel Lake fut envoyé pour renforcer plusieurs points de nos immenses lignes qui n'étaient pas suffisamment armées de soldats, et, entre autres ouvrages, on construisit la tabia qui ]>(>rt(' mon nom.

>> A quatre heures de la matinée du 29, si féconde en événements , on annonça que les colonnes de l'ennemi s'avançaient sur le front de Tahmasb. Il marchait sur trois colonnes soutenu par vingt-quatre canons : la première, ou colonne de droite, menaçant Tahmasb-Tabia , la seconde Vouksselo-Tabia, la troisième l'ouvrage fortifié appelé lignes Rcnnison. Dès que les premiers coups de canon eurent annoncé l'approche de l'ennemi, les réserves furent mises sous les armes dans

connaissance , un plan que cet officier a fait de la ville et de ses hauteurs environnantes, qui sont situées de l'autre côté de la rivière de Kars-Chai , sur laquelle trois ponts provisoires avaient été construits pour maintenir nos communications. Comme toutes les descriptions verbales ou les vues à vol d'oiseau ne donnent qu'une imparfaite idée d'une localité quelconque, je vous transmets ci-incluse une esquisse qu'a faite M. Churchill , et qui aidera , je l'espère , à bien éclaircir ma description. ^ otre Seigneurie remarquera que, pendant que notre camp et nos magasins dans la ville étaient aussi en sûreté que le permettaient les circonstances , les hauteurs au-dessus de Kars commandaient tout et étaient en conséquence la clef de notre position. Comme les retranchements étaient ccu\ qui se rapprochaient le plus du camp ennemi , ils exigeaient la plus grande vigilance de la part de ceux a qui était confiée leur défense. Le général Kmety , vaillant officier hongrois, commandait la division qui occupait cette éminence ; il était secondé par le major général Hussein-Pacha et mon aide de camp le major Teesdale , quia rempli les fonctions de son chef d'étatmajor.

u Pendant les travaux d'investissement, qui ont duré quatre mois , les troupes dans toutes les redoutes et les retranchements exerçaient la plus active surveillance pendant la nuit, et restaient en armes au poste qui leur avait été assigné longtemps après le point du jour. Dans ma dépèche datée du 29 du mois dernier, j'informai Votre Seigneurie

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une position centrale d'oii elles pouvaient porter secours soit a Tahmasb, soit aux lignes anglaises.

» Le brouillard et la lumière trop faible du point du jour firent croire à l'ennemi qu'il allait nous surprendre; il s'avança avec son assurance et son intrépidité ordinaires, mais quand il fut à portée, il fut salué par un feu écrasant d'artillerie sur tous les points de la ligne. Cependant celte réception inattendue ne donna lieu qu'à de violents hourras de l'infanterie russe pendant qu'elle escaladait les hauteurs des redoutes et des parapets. De ces ouvrages partait un feu de mousqucterio et de carabines qui produisait un effet terrible sur les colonnes serrées de l'attaque et plus particulièrement sur celle de gauche, qui avait en face d'elle un bataillon de 4oO chasseurs armés de carabines ^linié, et qui, après une lutte longue et désespérée, fut complètement écrasée et jetée au bas de la colline , abandonnant 850 morts sur le champ de bataille , sans compter ceux qui furent emportés i)ar leurs camarades.

u La colonne du centre se précipita sur les redoutes de Tahmasb et de Youkseb-Tabia, oii eut lieu un combat désespéré qui dura plusieurs heures, l'ennemi étant repoussé dans toutes ses tentatives pour pénétrer dans les redoutes fermées qui se flanquaient l'une l'autre par leur artillerie et leur mousqueterie, et faisaient un terrible ravage dans les rangs des assaillants; et c'est dans cette circonstance que les généraux Kmety et Hussein-Pacha, réunis au major Teesdale, Pion, ,uc Garaiiritri:, ?..

monlrèrciit un si grand courage et dc|)lo}crent une si grande habileté. Le lieutenant général Kereen-Pacha , dans cette scène de carnage désespéré, encourageait et excitait ses troupes quand il fut blessé à l'épaule après avoir eu deux chevaux tués sous lui.

» La colonne droite de rinl'inlcrie russe, soutenue par une batterie, tourna éventuellenunt le liane gauche de l'aile retranchée dis défenseurs de Tabmasb, et pendant que la batterie russe ouvrait son feu sur le derrière de la redoute fermée, à sou angle saillant, l'infanterie russe pénétrait considérablement en arrière de notre position.

» Voyant le commencement de ce mouvement dont il prévit les conséquences, le liculenant-coloncl Lake , qui avait pris la direction des alïaires dans les tablas anglaises, reçut l'ordre d'envoyer un bataillon du fort Lake à l'assistance des défenseurs de Tahmasb ; en même temps, deux bataillons des réserves lurent envoyés le long du

» Vers cinq heures et demie, une colonne russe forte de 3 bataillons d'infanterie, 3 régiments de cavalerie et 10 canons, déboucha de la vallée de Tehakouak ; elle attaqua ces petites redoutes , qui, après une résistance aussi énergique que la pouvaient faire des garnisons inévitablement faibles, tombèrent au pouvoir de l'ennemi, ainsi que les ouvrages qui s'y relient, défendus par les habitants de la ville et Us montagnards du Lazistan. Les bannières de clans (ou tribus), suivant leur usage, avaient été plantées en avant sur les épaulemenls ; elles sont tombées, en conséquence, au pouvoir des Russes ; mais, avant que le feu eût commencé sur cette partie du champ de bataille, le capitaine Thompson avait reçu l'ordre d'envoyer un bataillon d'infanterie de chacune des hauteurs de Karadagh et Arab-Tabia pour renforcer les lignes anglaises.

11 Le renfort descendit la gorge par laquelle roule la rivière de Kars ;

L'amiral Lyons devant Sébastopol.

pont flottant et sur la haiitrnr rocheuse de Laz-Jepe-Tabia. Ces trois ciiliiiiiics de renfort se rencontrèrent sur ce ))oint ; et cachées à l'ennemi par la nature rnclieuse du sol, elles se montrèrent à lui au moment opportun. Elles se déployèrent alors, ouvrirent le feu qui arrêta et lit re<'uler les réserves de l'ennemi.

Il On chargea alors vigoureusement ces réserves à la baïonnette, au même moment oii le général Kmety et le major Tecsdalc s'élançaient des redoutes de Tahmasb pour charger les assaillants. Toute cette partie de l'infanterie et de l'artillerie de l'ennemi se débanda et s'enfuit descendant des hauteurs sous le feu le plus meurtrier de la mousqueteric. Ceci se passait à onze heures et demie après un combat de sept heures. Sur cette partie du champ de bataille, l'ennemi avait, y compris ses réserves, 22 bataillons d'infanterie, une force considérable de dragons et de Cosaques , et 32 canons. Pendant que cette lutte que j'ai essayé de décrire se livrait à Tahmasb, un combat trèssérieux avait lieu à la position est de la ligne, à l'endroit dit les Tabias anglaises.

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