CHAPITRE XXXVIII
Passage de l'Ingour. — Récit d'Omer-Pacha. — Rapport du colonel Simmons. — Rapport russe.
Ce succès ne se fit pas attendre. Après avoir passé sans obstacles le Koilor, le Gradisca et le petit bras de l'injjour, ( )mer-I'aclia , le G novembre, atteignit la rive gnucbe de ce dernier fleuve, qui avait été garni de relrancbcuienls. Elle était gardée par 8,0(10 boniiues d'infanterie régulière et par environ 10,000 miliciens.
1,'avanl-garde de Iscbad-Paclia s'était avancée jusqu'au village d'Otsbourn pour couvrir le tlanc gauche du principal corps d'armée. Le serdar-ekrem disposa des batteries sur la rive droite et ouvrit un feu violent d'artillerie, ii la faveur duquel les troupes ottomanes franchirent l'Ingour. Elles abordèrent l'ennemi avec tant de vigueur, qu'il fut obligé de se retirer en abandonnant une partie de son artillerie.
Avant de reproduire les rapports ofliciels sur cette bataille, il importe de prévenir nos lecteurs que Ns noms géograpliiquement adoptés en Europe y sont altérés. Ainsi l'Ingour est appelé indifféremment r< )nl'our, l'Anakara etl'Analba, elle Gradisca est désigné sous le nom d'I'.rtiss-'J'clial.
La première dépêche d'Omer-Pacha, en date du 6 novembre, rendait compte de la victoire en ces ternies :
« Son Altesse le serdar-ekrem, s'étant avancé à vingt-quatre heures de marche dans l'intérieur de la Géorgie , était arrivé, ainsi que ses dépêches précédentes en ont informé le gouvernement impérial, sur les bords de la rivière appelée Anakara ou Onfour. Les Russes, au ;iombre de I.'. à l fi, 000 hommes, avec huit pièces d'artillerie, .■•vaient fortifié la rive opposée et y avaient établi des redoutes considérables et des batteries. Le mardi G novembre, l'armée ottomane s'avança sur le bord de la rivière, oii die engigea un combat d'artillerie et de mousquctcrie avec l'armée russe, bientôt les troupes ottomanes, sous l'impulsion d'une vigoureuse initiative, s'élancèrent dans la rivière et la passèrent sur deux points, ayant de l'eau jusqu'aux aisselles, sans se laisser arrêter par le feu terrible d'artillerie et de mousqueterie que les troupes russes dirigeaient sur elles, et tombèrent comme la foudre sur l'ennemi. Les Russes défendirent avec opiniâtreté leurs positions; mais l'attaque des troupes ottomanes fut conduite avec tant d'entrain et de vigueur, que les troupes russes ne purent y résister, furent mises en complète déroute, et abandonnant leurs redoutes et leurs positions, qui furent successivement enlevées ii la baïonnette, prirent la fuite de tous côtés.
Il Les troupes impériales s'emparèrent dans ce combat de cinq pièces d'artillerie et de sept caissons , outre uu nombre considérable de fusils et d'équipements militaires. Elles firent une quarantaine de [irisonniers.
>) La perle des Russes a été très-considérable ; jusqu'au moment de l'eipéditioii de celte dépêche, plus de 40(1 cadavres russes, restés sur le champ de bataille, avaient été ensevelis, et les détachements de cavalerie envoyés en avant pour éclairer la route rapportaient que les routes étaient couvertes et les bois remplis de cadavres russes tombés dans leur fuite ii la suite des blessures reçues pendant l'action ou sous le sabre de la cavalerie qui les poursuivait.
• La perte des troupes impériales ottomanes monte à CS morts et 220 blessés.
j< Dans ce brillant combat, tous les officiers, ainsi que les soldats de l'armée impériale ottomane ont fait preuve d'une rare intrépidité et d'un courage indomplable, et après cette heureuse victoire accordée iiar la protection divine aux armes de Sa Majesté Impériale le sultan , toute l'armée impériale, ayant passé la rivière, se préparait à marcher sur Kutaïs. »
Le journal officiel turc le DjoriJè Hai'adis publia plus tard un récit dont nous donnons la traduction liltérale :
« J'ai eu rhoiincur de vous annoncer par une dépêche antérieure que les troupes impériales étaient arrivées sur les bords de l'Anaclea, dont la rive opposée était occupée par l'ennemi , et que cette rivière avait été franchie sous une forte fusillade, en date du 3 novembre.
• La route des deux côtés se trouvant bordée d'une forêt trèsépaisse, nos mouveiuenls en avant durent éprouver un retard, car il fallait établir une nouvelle roule pour le passage de notre artillerie. Tous ces obstacles permettaient à l'ennemi de nous opposer à chaque rivière des retranchements improvisés et entravaient la marche de nos équipages et de nos transports. >ous dûmes faire des haltes fréquentes pour pouvoir assurer nos positions. Ce ne fut que le mardi, 2-i de rcbiel-e«el, que nous pûmes nous porter en avant. Voici les dispositions qui avaient été prises :
» Le i;énéral Iskcnder-l'acha , avec sa brigade, marchant sur la grande route établie par l'ennemi, traversa le gué de Tchirtchin et éleva deux batteries près du fleuve. Quoique les travailleurs eussent été fortement inquiétés par l'artillerie russe, l'établissement s'en fil rapidement, et elles fur.nt bientôt en état de recevoir des pièces.
» Des troupes s'étaient mises en marche, la même nuit, à la dérobée, pour effectuer le passage sur divers points à la fois. Iskender- Pacha, a\ec 8 baUillous d'iufauterie , t> compagnies de chasseurs, 10
pièces de montagne et 2 pièces de campagne , occupait les deux batteries sur mon ordre, et ouvrit aussitôt un feu extrêmement meurtrier qui dura toute la nuit.
1) Dès l'aube, le lieutenant-colonel Uallard, avec trois bataillons de chasseurs cl quatre pièces de campagne , de concert avec le général Osman-Pacha , qui avait une batterie et toute la cavalerie disponible, se ]iortèrent en avant et furent appuyés par Iskender-Pacha , qui formait la réserve.
» Les troupes ottomanes poussèrent dans cet ordre de bataille jusqu'au gué de IN'abébié. A cet endroit, le fleuve a deux embrauchemenls qui forment une île alors occupée par l'ennemi.
» Un engagement de tirailleurs permit aux nôtres d'en débusquer les Russes, qui avaient de forts rctranclienients sur la rive opposée. Mais la rivière était tellement profonde, (|u'eii dépit de la protection de notre artillerie il fallut d'abord renoncer au passage. Cette ile a environ une lieue de longueur et se trouvait bloquée à droite et à gauche par des travaux de terre.
» Ayant appris qu'il existait deux autres gués, nous tournâmes les retranchemenis , après avoir jilacé les troupes qui devaient tenter le passage de droite sous les ordres de Ferhad-Pacha , pendant que le colonel Simmons devait passer ii la gauche, l'un et l'autre agissant sous le commandement supérieur d'()snian-Pacha ; notre ordre de bataille n'avait pas été changé.
» Osman-Pacha divisa le bataillon qui formait la lète en trois colonnes et entra dans la rivière; il parvint à la franchir, aborda l'ennemi avec intrépidité et mit en déroute deux bataillons russes.
» In second bataillon passa l'eau et se joignit au premier. Ce mouvement avait été justifié par le secours que les Russes avaient apporté à leurs troupes par l'arrivée de deux nouveaux bataillons et de trois pièces de campagne; mais ils ne lurent pas plus heureux, car leurs soldats, abordés par nos troupes , furent dispersés dans tous les sens.
» Sur l'autre point, le colonel Simmons, avec sa compagnie de chasseurs , appuyée par uu bataillon d'infanterie régulière, franchit la rivière, pénétra dans la forêt et tourna la position fortifiée de l'ennemi. Les Russes, ayant vu ce mouvement, battirent en retraitemais ne pouvant se soustraire au choc des nôtres, ils eurent à essuyer une nouvelle défaite. La nuit cependant approchait avec rapidité; les ennemis , profitant des premières ombres , purent se rallier et revenir il ([uelque distance de nos positions.
)i Par la grâce de Dieu, nous avons remporté de la sorte une victoire signalée en franchissant le fleuve sous le feu de l'ennemi et sur Irois points oii à certains endroits l'eau venait jusqu'à l'épaule des soldats, qui étaient forcés de s'aider mutuellement dans le passage, car plusieurs ont été renversés par la force du courant. Il faut donc rendre hommage à la vaillance des soldats turcs , qui , malgré tant de dilïicultés , ont remporté un succès aussi signalé.
u Dans ce brillant combat, nous avons pris aux Russes trois canons et sept caissons; de plus, nous avons trouvé quatre cents des leurs, jonchant le terrain, abandonnés par leurs camarades. D'après les rapports qui me sont parvenus, les Russes avaient abandonné deux canons dans la forêt, nous espérons les trouver. Nous relevons encore beaucoup de blessés ennemis. De notre côté, nous n'avons à déplorer que soixante-huit morts et deux cent vingt blessés.
» D'après la déclaration des prisonniers, les Russes avaient dans ce combat huit bataillons d'infanleiie et huit canons, :!,000 soldats des milices de la Mingrélie et de l'Iniérétie, et 7,000 volontaires qui, il faut le dire, au premier coup de canon que nous avons tiré, se ^ollt dispersés en tous sens, abandonnant la milice et les troupes régulières, qui se sont vaillamment défendues. Celte bataille a duré six heures et demie, et si la nuit n'éiail venue mettre un terme aux opérations, pas un seul de nos ennemis n'aurait échappé ii nos armes.
» Au moment de fermer ma dépêche, on m'annonce qu'un des canons abandonnés dans la forêt vient d'êlre retrouvé. On espère également découvrir l'autre pièce. Nous avons déjà enterré .347 cadavres russe* , cl nous nous occupons à ensevelir le reite. Les prisonniers ont également déclaré que huit officiers russes, parmi lesquels deux colonels, ont été tués.
11 Lepojit volant construit à Conslantinoiile, et que j'avais l'intention de poser, n'aurait pu être établi sans retarder nos opérations ; mais il vient d'êlre élevé pour facililer le passage de notre train et de nos approvisionnements.
11 Je viens d'envoyer des cavaliers circassiens etabasiens en éclaireurs pour préparer la route. Ces cavaliers n'ont vu sur leur passage que des morts à deux lieues de distance dans la forêl. Nous avons lieu de croire que l'ennemi s'est replié sur Kutaïs. Iskcnder-Pacha, chargé d'éclairer la marche, m'annonce que les Russes avaient abandonné leurs retranchements à l'approche de nos troup.s, n qu'ils venaient de traverser un nouveau gué iur le front de noire avant-garde, n
Le colonel Simmons, commissaire briianiiique piès des troupes ottomanes, envoya au ministre des affaires étrangères, à Londres, le rapport ci-dessous :
« Camp de Shongwano, 7 DOvembre 1835.
» ÎMll.URI),
» J'informe Votre Seigneurie qu'Omer-Pacha, ayant rcuui un dépôt
de vivres à Tchinisliera, s'est rendu par la cùle de la mer à rcinbouchtire de la rivière Erliss-Tclial, oii un pont a tté établi sur-le-cbamp liouric passage des troupes. L'avant-garde, composée de seize bâtai lions d'infanterie et de trois bataillons de chasseurs, sous les ordres du lieutenant -colonel Ballan , le tout commandé par Ferhad-Pacba (baron Stein ) , s'est rendue le 28 octobre au village d'Ertiss-Tclial.
» Depuis ce jour jusqu'au f' novembre, Son Altesse a été occupée il envoyer des vivres à lavant-garde, à faire marcher d'autres troupes pour l'appuyer et a établir des dépôts ii Godiva, à l'embouchure de l'Ertiss-Tchal , alin d'approvisionner son armée pour un mouvement en avant. Dès le premier moment, l'avantgarde a parcouru dix milles en avant , ayant ses avant-postes sur la rivière Ingour, vis-à-vis des ruines d'un vieux château fort appelé Rooki, sur la route qui conduit il Sougdidi.
1' Son Altesse a rejoint personnellement l'avantgarde le 3. Sa force entière se composait de 4 brigades, 32 bataillons d'infanterie, 4 bataillons de chasseurs et 1,000 hommes de cavalerie, avec 37 pièces de campagne et 10 canons de montagne, en tout environ 20,000 hommes , servant ii proléger les dépôts de Godiva, Tchimshera et Soukhoum. Le 4, Son Altesse a commencé ii construire des batteries sur la rive droite de l'ingour, dans le but de menacer l'enuemi du côté du fort de Ruoki. Ces batteries furent armées dans la nuit suivante; elles ouvrirent leur feu dans la matinée du G , à la pointe du jour. Le même matin , Son Altesse lit mouvoir 3 brigades d'infanterie [li bataillons) avec trois batteries, une avant-garde de 3 I;-' bataillons de chasseurs et 4 canons sous les ordres du colonel Ballan. 11 leur fil [descendre la rive droite de la rivière à une distance de 7 milles, à un endroit oii un bras de la rivière était guéable jusqu'à une ile qui a quelques milles de longueur sur 2 milles 1;2 de largeur.
u Après avoir parcouru deux milles dans cette ile, on rencontra de la milice mingrélienne près d'un gué qui traverse de l'ile à la rive gauche de la rivière. Cette milice se retira brusquement, et l'ennemi ouvrit un feu d'artillerie et de mousqueterie très-vif des retranchements de la rive gauche élevés pour la protection du gué. Il devint bientôt évident que ce serait un ouvrage très-difficile que de forcer le passage à ce gué. Son Altesse, tout en occupant l'ennemi à ce giié, envoya des officiers à droite et à gauche; on découvrit des gués dans les deux directions, un à trois quarts de mille au-dessus ou à la gauche du principal gué , et l'autre à un mille et demi au-dessous ou à la droite du gué principal.
» On fit passer immédiatement ces gués par des troupes , celui de gauche resta sans protection. Le passage fut opéré par deux bataillons d'infanterie et trois compagnies de chasseurs, vers quatre heures de l'après-midi. Son Altesse m'ayant confié ce commandement , je les conduisis, par une trace de voitures, dans la forêt sans être aperçu par l'ennemi, jusqu'à GOO yards de la position du gué principal, que les troupes ennemies étaient occupées à défendre contre une attaque de face. Les troupes turques s'élancèrent vigoureusement à l'allaque, prenant à revers l'ennemi et ses retranchements.
» L'ennemi battit sur-le-champ en retraite , il tenta de se frayer un passage à travers les Turcs en colonnes; mais, reçu par un feu trèsvif de face et sur les deux flancs, il rompit les rangs et il se dispersa dans la foret , nous laissant maîtres du champ de bataille, de trois pièces d'artillerie de campagne et de six chariots remplis de munitions. Au moment où les colonnes russes tentaient de couper notre li];nc, je regrette de dire que mon aide de camp, le capitaine Dimocn, du Oo'^ régiment, ayant eu d'abord son cheval tué sous lui, fut blessé tout près de moi pendant qu'il animait les troupes turques ; il mourut peu de moments après. Sa mort doit être déplorée. Sa Majesté a perdu en lui les services d'un jeune officier très-brave et de grande espérance, pour lequel Son Altesse Omer-Pacha m'avait fréquemment témoigné sa haute estime. Ce jeune officier m'a accompagné dès le début de la guerre en Orient.
)) Pendant que cette opération avait lieu à la gauche , une brigade descendait à droite, sous les ordres d'Osman-Pacha ; elle s'ouvrait un j)assage en culbutant de front une force que l'on croit être de quatre b.itailions, mais sans artillerie et sans retrancheiucnts. Cette opération a réussi , et peu de temps après que la nuit fut venue, les forces turques de la rive gauche étaient en communication de la droite à la gauche et complètement maîtresses de ce côté de la rivière dans toute sa longueur.
» La perte du côté des Turcs a été de 310 hommes tués et blessés, dont GS tués et 4 manquants. Son Altesse a bien voulu s'exprimer dans les termes de la plus haute satisfaction pour la conduite des oflii iers anglais qui accompagnaient cette force. Le lieutenant colonel li.illan a conduit l'avant-garde et essuyé un feu très-vif de l'enneini au gué iirincipal, de cent yards de largeur, depuis midi jusqu'à cinq heures du soir, occupant l'ennemi jusqu'à ce que sa position eût été tournée par les Turcs à gauche. Le capitaine (^^addcll a aussi rendu de grands services, attaché comme deuxième doyen des officiers d'artillerie à cette branche de service. Son interprt'te a été tué.
« On ne connaît pas encore le chifl'rc de la perte de l'ennemi ; mais jusqu'à ce moment (midi) 347 Russes ont été enterrés , dont 8 officiers, et parmi eux Irs prisuiiuierg disent qu'il y a deux colonels ;
ils ajoutent qu'il y avait huit bataillons d'infanterie, outre un grand nombre d'hommes de la milice mingrélienne vis-à-v'is du gué principal.
" J'ai l'honneur d'être, etc.
» Joil.ii L.-A. SlMMOXS. i>
Le rapport officiel russe est ainsi conçu :
« Dans la seconde moitié du mois d'octobre , les troupes turques débarquées à Soukhoum-Kalé, sous le commandement d'Omer-Pacha, commencèrent un mouvement olïensif contre la IMingrélie, se dirigeant en deux colonnes, l'une sur Anaklia, par le bord de la mer, tt l'autre sur la partie moyenne de la rivière Ingour , en suivant par Otsartsa la route de Roukh. L'eflcctif total de ces troupes s'élevait à environ 28,000 hommes d'infanterie et 2,000 de cavalerie avec 20 pièces de canon.
» Le ï9 octobre, des partis volants ennemis se montrèrent sur divers points de la rive droite de l'ingour; mais, accueillis parle feu de nos piquets disposés le long de la rive gauche, ils se retirèrent.
« Sur ces entrefaites, le général-major prince Bagration-Moukhransky, chef du délachement du Gouriel, concentra le gros de ses forces dans la position de Roukh, afin d'atteindre l'ennemi après qu'il aurait passé l'ingour et de lui livrer bataille en profilant des avantages du terrain, qui favorisait les opérations défensives.
n Le 8 novembre, vers midi, les Turcs , qui se trouvaient près d'Otsarlsa, ouvrirent un feu violent d'artillerie contre nos troupes occupant la position de Roukh, et après une canonnade de deux heures portèrent une partie de leur infanterie vers la rivière. Aotre feu bien dirigé les força de se retirer en toute hâte.
» Simultanément avec celte démonstration, environ 25 bataillons ennemis qui avaient passe la rivière au-dessous de Roukh, à 15 ou 20 verstes , près du village de Kobi , attaquèrent deux bataillons de la ligne Géorgie qui se trouvaient sur ce point. Dès le commencement du combat, les deux commandants de ces bataillons , colonel Jusselian el lieutenant-colonel Zivankoï, furent tués. Notre réserve, en arrivant sur le terrain, rétablit le combat pendant quelque temps; mais après une lutte acharnée de six heures, dans laquelle l'ennemi avait été rejeté quatre fois dans la rivière , nos troupes furent enfin idiligées de céder aux Turcs, huit fois supérieurs en nombre ; et comme une partie des chevaux de l'artillerie avaient été tués, noire délachement se vit contraint de sacrifier trois pièces. A cet elTet, conformément à l'ordre donné préalablement à nos artilleurs, après trois salves meurtrières ii mitraille contre les épaisses colonnes ennemies, ces pièces démontées et hors d'état de faire désormais aucun service, furent abandonnées.
» Afin de ralentir l'ardeur de l'attaque de l'adversaire , le prince Bagration-Moukhransky (arrivé alors sur le champ de bataille) lança encore une fois le bataillon n" 11 de ligne de la mer Noire. Les Turcs furent repoussés; toutefois ils se maintinrent sur la rive gauche de l'ingour, dans les retranchements qu'ils avaient élevés. L'obscurité de la nuit mit fin au combat.
u Nos perles, qui ne sont pas encore exactement connues, ont été sensibles ; celles de l'ennemi doivent aussi axoir été considérables, car ses troupes, comme il a été dit plus haut, ont clé à quatre reprises rejelées dans la rivière.
» Le 7 novembre les Turcs ont occupé le village de Sougdidi , après avoir porté leur avant-garde sur la rivière Djouna ; nos forces se sont concentrées sur la rivière Tviva , qui tombe du côté droit dans le lliou, à environ 40 verstes de l'embouchure de ce dernier. »