CHAPITRE TROISIEME
LES TAKTAKES.
Opinion des historiens sar les Tartares. — Causes qui ont arrêté chez les Tartares le développement de la civilisation. — PopulatioD tartare de la péninsule. — Gouvernement de la Crimée sous l'empire dos khans. — Division de la société t.Ti lare; nobles, clergé, peuple. — Division de ta population tartare en Nogaïs, Tartares de la plaine et Tartares des niont.Tgncs. — Langue tartare. — Phy-ionomie des T.u tares et di- leurs femmes. — Mœurs et coutumes.
— Leur goût prononcé pour le tabac et le café. — Demeures. — Nourriture.
— Amusements. — G'^lil des Tartares pour les chevaux. — Respect du lien conjugal. — Réserve et claustration des femmes. — Respect pour 1 Sge et le rang. — Occupations des femmes. — Éducation des enftiils. — Instruction.
— Agriculture. — Les vins de Crimée. — Commerce. — Juifs karaltes. — Bohémiens.
Semblables aux inondations qui en se retirant laissent toujours une couche nouvelle d'ulluvion sur le terrain un instant occujié par les eaux, les diverses races qui ont successivement envahi la Crimée ont dû déposer et ont e'Vcclivement déposé sur son sol autant de couches de population qui d'abord superposées les unes aux autres se sont ensuite mêlées et confondues pour constituer la masse actuelle des habitants. Sept races ou nations s'y reconnaissent encore à des caractères distiucls ; mais comme celle des Tartares l'emporte de beaucoup sur toutes les autres réunies par le nombre et par l'importance et qu'elle est d'ailleurs la seule qui possède une |ihysionomie particulière, c'est aussi la seule dont nous croyions devoir nous occuper ici avec quelque détail.
Toutes les fois que les historiens contemporains n'ont pas té trop aveuglés par la passion , ils ont tracé des Tartares un portrait intéressant. INon-seulcment ils nous les donnent comme la meilleure cavalerie du miuide , comme des soldats courageux, infatigables et terribles, mais encore ils louent leurs vertus publiques et privées, sociales et domestiques, leur sincérité, leur bonne foi, leur fidélité à tous leurs engagements , leurs affections et leur dévouement les uns envers les autres.
Tels ils étaient en effet avant la conquête, tels ils se montrent encore aujourd'hui; supérieurs à lei r mauvaise fortune et plus nobles dans leur défaite que les Russes dans leur victoire.
Quelles que soient les vertus des Tartares, et malgré la célébrité doul leur nation a joui à bon droit, il ne faudrait pas les juger cependant au point de vue de notre civilisation plus avancée, car les ■Tartafcs n'ont jamais été et ne sont encore que des peuples à moitié barbares.
On sait ce qu'il faut entendre par ce mot; Montesquieu a pris soin de nous l'apprendre :
«11 y a, dit-il, cette différence entre les peuples sauvages et les peuples barbares, que les premiers sont de petites nations dispersées, qui, par quelques raisons particulières, ne peuvent pas se réunir; au lieu que les barbares sont ordinairement de petites nations qui peuvent se réunir. »
IJans leurs déserts du nord de la Sibérie, les Tartares n'étaient en effet que de petites nations éparses et vivant à l'état sauvage que le besoin d'un sol plus riche et d'un climat plus doux poussait à se réunir pour fondre comme des bandes de loups affamés sur les climats plus fertiles et plus doux de l'Europe. En cela ils suivaient la loi universelle, qui pousse consLamnient les hommes vers le bienêtic. " Car, c'est encore Montesiiuieu qui parle, il est naturel qu'un peuple quitte un mauvais pays pour en chercher un meilleur, et non
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pas qu'il quille un bon pays pour en clierchcr un pire. La plupart des invasions se font dans les pays que la nature avait faits pour être beurciix. Et comme rien n'csl plus près de la dévastation que l'invasion, les meilleurs pays sont le plus souvent dépeupk's; tandis que l'aiTreux pays du IVord reste toujours habité, par la raison qu'il est inhabitable. »
Sous l'influence d'un climat plus favorable et d'une nourriture plus facile et plus abondante, il semble étonnant au premier aspect que les Tarlares n'aient pas gravité plus vite vers la civilisation, ainsi qu'ont fait les autres peuples barbares qui ont tour à tour envahi les diPércnts points de notre Europe occidentale et méridionale, l'AUem,nr;iie, l'halie, la France, l'Angleterre et l'Espagne. Il n'en fut eepcinlant pas ainsi, et cela par une raison qui se présente d'elle-même à l'esprit, si l'on veut réfléchir quelques instants. Ce second pas de la niarrlie de l'esprit humain, qui de la barbarie conduit l'homme à la civilalion, est un effort immense dont les peuples ne sont guère capables tant qu'ils restent abandonnés aux simples développements de la nature, et qu'ils ne se trouvent pas tout à coup enlevés à euxniiines par le génie d'un législateur étranger qui apporte du dehors des émotions, des idées, des vertus et aussi des vices nouveaux. Or, c'est ce qui manque auxTartarcs de la Crimée : comme enfermés pour ainsi dire dans un petit coin du globe, sans communication avec les nations plus avancées que celles qvi'ils avaient vaincues les armes à la m;iin cl sur les champs de bataille , ils furent obligés de puiser en euxmêmes les éléments et les ressources d'une civilisation autncblhone. Aussi leurs progrès dans cette voie furent-ils fort lents, et nous les retrouvons à l'époque de la conquête des Russes tels à peu près qu'ils étaient dans les steppes sibériennes. Des siècles se sont écoulés et ont à peine porté atteinte à leurs coutumes et à leurs usages : ce sont toujours les compagnons turbulents et pillards de Genghis-Khan , et il a fallu que les Paisses leur enlevassent leurs armes pour les mettre dans rim|.ossibilité de recommencer ces excursions qui semblables à des inondations périodiques sortaient de la presrju'ile pour ravager la Russie, la Pologne, et porter partout l'épouvante et la des^ truelion.
Avant que la Russie efit pris possession de ces fertiles contrées et les eût soumises au régime d'une servitude abrutissante et destruc^ livc , hi population de la Crimée ne comptait pas moins d'un demimillion d'habitants; mais la funeste influence du gouvernement des czars ne fut pas longtemps à se faire sentir. En 11*8 un ordre tyrannique exilait sur les hords de la mer d'Azof plusieurs milliers de marchands grecs et arméniens qui semblèrent en émigranl avoir emporté iX'cc eux, pour un temps au moins, toute la prospérité industrielle et commerciale de la péninsule. Mais, quelque fort qu'ait éprouvé la Crimée de l'éloignement de ces hommes intelligents, elle eut encore à soufTrir davantage d'une grande émigration de Tartares qui eut lieu un peu plus tard, de 17S5 à nR«. Ces malheureux, qui voulaient à tout prix fuir la présence d'un maître odieux, abandonnèrent leurs champs et leurs demeures et s'embarquèrent par milliers dans les ports pour se réfugier dans l'Anatolie et la Roméllc, ou vinrent éga= Icmcnt chercher un asile presque tous les rejetons de la famille soUver.iine des Ghéraï.
A la suite de ces émigrations sriCcessiveâ, la population de la presqu'île se trouvait réduite en il9^, d'après un recensement officiel, k deux cent cinq mille six cent dix-sepi individus ; en moins de dix ans trois cent mille âmes avaient disparu du sol de la Crimée. Ce seul chi'Vre x'aut toute une pbilippique contre la Russie et son régime despotique.
Lorsque les Tartares jouissaient de leur liberté et de leur indépendance, ils avaient un gouvernement basé sur le régime féodal. Indépciiilamnient de la famille Ghéraï, qui, comme nous avons eu occasion de le dire , avait seule droit à la souveraineté de la Crimée, il èiistail encore dans le pays sept autres grandes familles princières qui jotiissaienl de privilèges particuliers, avaient pour principe de ne jamais entrer an service du khan , formaient à elles seules autant d'iJats indépendants, et ne servaient jamais que volontairement. C'étaient lit les grands feudataires. Il n'en était pas de même de leurs arrière-vassaux, qui étaient considérés comme les sujets du khan et étaient tenus de marcher à toute réquisition de sa part. Les revenus de ces nobles se composaient de la dime de leurs propres terres et des Iroupeaux qu'<]n y menait paître, des produits de leurs champs labnurahlcs, des bestiaux ou'du cliaradash (trihut) que les Grecs et les Arméniens étaient obligés de leur payer.
L'entretien et les revenus du khan étaient levés sur les terres en friche, que l'on abandonnait aux esclaves.
La justice était rendue militairement et par ceux qui avaient la force en main.
Après les nobles, désignés en Crimée sous le nom de mirzan, ve- Mlenl et viennent encore aujour<rhui, dans l'ordre de la hiérarchie •Ociale, les descendants des muphtis on prêtres distingués, qu'on dé- ■i)>iic snus le nom de Ifrhi'lelii. Ils n'appartiennent pas à la noblesse. Hais ils sont estimés, considérés et distingués de la classe ordinaire des Tarlares.
Le clergé, comme la noblesse, jouit d'une grande considération parmi les Tartares. Le haut clergé, indépendamment du muphti qui
le dirige, se compose du cadi-eskcr-elTendi et de cinq ulémas, qui forment entre eux une espèce de synode ou consistoire. Dans le has clergé on compte les cadis des villes sous la juridiction du muphti, et les cadis des districts ou villages subordordonnés au cadi -csker ; puis les prêtres attachés au service des mosquées, et .enfin les simples imans. Tous les docteurs de la religion et ceux même qui ne sont point imans prennent le nom de mollahs. Les prêtres desservants ont la jouissance des biens donnés à la mosquée. * Au-dessous de ces classes privilégiées est la nation Avant la conquête la nation était l'armée, tout le reste était esclave. Cet état de société équivalait à un état de guerre perpétuelle, car la nation était toujours en armes prête à défendre ses troupeaux contre ses voisins et à se précipiter dans les pays oii l'on espérait trouver du butin ou des esclaves. Elevés pour la guerre, les Tartares en faisaient leur principale occupation. Toujours k cheval, ils passaient à bon droit pour les meilleurs cavaliers du monde. Leurs troupeaux, nomades comme eux-mêmes, accompagnaient leurs armées et leur offraient toujours une provision suffisante de lait et de viandes fraîches. D'ailleurs ces guerriers savaient se réduire aisément dans le besoin à une très-petite quantité de nourriture, et après avoir souffert cette abstinence sans murmurer ils se livraient, quand ils en trouvaient l'occasion, à toute la voracité de leur appétit.
Aujourd'hui cette organisation a disparu, ces mœurs indépenpcndantes ne pouvaient être du goût des Russes; mais, quoiqu'on ait remplacé cet ordre de choses par une organisation supérieure sans doute à beaucoup d'égards, la perle de leurs anciens usages it privilèges n'est pas une des moindres causes qTii contribuent à entretenir un ferment de haine et de rélicllifui dans le cœur des Tartares, chez lesquels subsistera longtemps encore le regret de la vie aventureuse et nomade que leurs pères ont menée durant tant de siècles.
La population disséminée sur le territoire de Crimée, bien que désignée sous le nom général de Tartares, doit pourtant être divisée en trois catégories distinctes : les IN'ogaïs, les Tartares de la plaine et les Tartares des mor.lngnes.
Les iVogaïs sont p; u nombreux, dix ou douze mille pasteurs tout au plus errant à la suite de leurs troupeaux dans les steppes qui s'étendent depuis la Berda jusqu'au Moloehna. Ils sont tous miuiades, se nourrissent encore, suivant l'antique us^ge des Alongols, de chair de cheval et de lait de jument et campent sous de petites tentes de feutre, huttes portatives de forme circulaire et de huit pieds de diamètre environ. Ces tentes se composent d'un treillage ou claie de baguettes épaisses et larges d'un pouce formant par leur entrelacement Une espèce de mur d'appui d'environ quatre pieds de haut sur lequel se pose un dôme ou comble de même structure ; le tout est recouvert de nattes de jonc et d'un feutre brun que le X'ent ni la pluie ne peuvent pénétrer. Au haut du toit on pratique un trou de deux pieds de diamètre qui sert de passage an jour et à la fumée. La porte, qui se ferme avec une natte, est aussi étroite que possible. Trois ou quatre mauvais coussins rembourrés de crin, une petite table basse eu bois, deux marmites de fer, deux ou trois plats de bois et une natte de jonc composent tout l'ameublement de ces demeures primitives.
Depuis l'adjonction de la Crimée a la Russie les Nogais commencent a s'écarter un peu de l'agreste rudesse des aïeux. Déjà quelquesuns se construisent des habitations lites et s'occupent de la culture du sol. Leurs vêtements sont en général aussi simples que leurs demeures ; une peau de mouton et un drap grossier en font d'ordinaire tous les frais. Ces peuplades ont le visage plat, d'un brun noirâtre, les yeux petits et enfoncés, le nez recourbé en dedans et peu de barbe. Elles suivent la loi de Mahomet; mais, très-ignorantes en matière de religion, elles mêlent aux dogmes enseignés p^ir le prophète des superstitions idolâtres qu'elles ont conservées du culte des Mongols, dont elles sont les descendants les moins mélangés ainsi que le prouvent les traits de leurs visages.
Les Tartares de la plaine occupent les steppes depuis le pied des montagnes jusqu'à l'isthme de Pérécop. Fort semblables aux IN'ogaïs par les traits du visage, ils ont une manière de vivre toute dilTérenle: ils labourent la terre et s'occupent de l'élève des bestiaux. Ils habitent de iiclites maisons construites à la turque avec des toits plats en terrasse. Lorsque la pierre vient à leur manquer pour l'édilication de leurs demeures, ils se servent de briipies d'argile crue. Leur chauffage est une tourbe de fumier qu'ils préparent en hiver, taillent en forme de pains et placent en murailles élevées pour les faire sécher.
Au fur et i« mesure que de nouveaux conquérants envahissaient la Crimée, les dépossédés cherchaient un refuge dans la partie la plus mnntueusc et parlant la plus inaccessible de la contrée : et c'est du mélange de ces différentes races que sont sortis les Tarlares des montagnes. Ils ne ressemblent ni aux Nogaïs, ni aux Tartares de la plaine, leur barbe est plus forte et leurs cheveux sont plus clairs. Leurs maiions, généralement appuyées à la pente escarpée des montagnes, ont pour toit un plateau sur lequel on peut se promener et sont ilispusées en aniphilhéàtre , de telle sorte que les terrasses d'un rang de maisons semblent servir de rue au rang qui les domine. Les Tartares s'adonnent à la culture de la vigne, quelques-uns, dan» les vallons méridionaux, cultivent aussi le lin. Le ung mêlé dont ils sont issus
le
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est sans doute la principale cause du mépris que les Tartares de la plaine affectent pour eu\ en toute occasion.
La langue est un caractère commun à toutes ces cati'j;ories de Tartares. Cette lanfjLie n'est, ii vrai dire, qu'un dialecte du turc; mais elle est enlrcmèli'e d'un si ijrand nombre de mots arabes, grecs et mon(;oIs, qu'un Turc ne la comprend qu'avec difliculté. Le séjour prolongé que les Goths ont fait en Crimée à une certaine époque est cause qu'un grand nombre de mots appartenant à leur langue sont demeurés dans le pays et se sont, avec le temps, insinués dans l'idiome tartarc, ce qui constitue pour celui-ci une difficulté de plus. Cette langue, déjà rude par elle niènic, devient presque inintelligible dans la bouche des ISogaïs, qui joignent à une prononciation gutturale une grande rapidité dans leur manière de parler.
Un autre caractère général il tous les Tartares, c'est l'indolence. Guerriers par nature, aujourd'hui que les combats leur sont interdits et que leurs armes leur ont été enlevées il semble qu'il n'y ait plus au monde une occupation digne de les captiver, et ils passeraient vo-
dessous est retenu par une ceinture en filigrane fermant par-devant il l'aide d'une lourde serrure composée de deux grosses boucles fabriquées par les Juifs ou les Arméniens du pays. Elles nattent leurs cheveux par derrière en autant de tresses pendantes qu'ils peuvent en fournir, et les couvrent surtout dans l'enfance d'une petite calotte rouge ou bien d'un linge croisé sous le menton. Elles se teignent les ongles des pieds et des mains avec le henné qu'on leur apporte pour cet usage de Constantinople. Elles ajoutent ordinairement à celte teinture un peu de vitriol pour en rembrunir la couleur et lui donner plus de durée. A cela près les filles ne mettent point de fard. Les bagues dont elles chargent leurs doigts sont le complément indispensable de leur toilette.
La mise des femmes diffère en plusieurs points de celle des filles. Elles coupent obliquement les cheveux de devant par-dessus les yeux et laissent pendre deux touffes taillées dans le même sens sur les joncs. Elles attachent ensuite autour de la tête une longue bande d'étoffe dont les bouts descendent sur le dos el sous laquelle elles
llûil 'le Potcmon.
lontiers leur vie au coin du fiu en fumant leurs l>ipes, assis sur leurs talons.
Amis des jouissances de la table, ils n'en connaissent cependant pas les vrais plaisirs, c'est-à-dire cette gaieté et ce doux abandon qui naissent chez des convives aimables, moins encore du choix des mets que de celui des personnes. Chez eux, on n'est sensible qu'au |)laisir d'absorber de la nourriture, et un re|)as agréable n'est pas celui où on a beaucoup ri, mais celui oii on a mangé de manière à se donner une indigestion.
Les hommes de la race tarlare sont en général d'une taille avantageuse; ils sont bien proportionnés, d'un teint fort blanc et d'une physionomie agréable. Leurs femmes, au contraire, sont presque toutes de petite taille, ce qui tient sans nul doute à la vie claustrale qu'elles mènent et au peu d'exercice qu'elles prennent. D'ailleurs elles sorit agréables. La richesse de leurs vêtements ne contribue pas peu à rehausser la bonne grâce de leurs personnes. Indépendamment d'un vaste caleçon et d'une chemise ouverte, boutonnée au col et descendant jusqu'aux genoux, les jeunes filles portent une robe de »oie rayée fendue par-devant, garnie de manches longues et étroites avec un parement d'un tissu brodé à fleurs d'or; et par-dessus ce vêtement un surtout de couleur tranchante avec des manches courtes à la turque bordées d'hermine ou de toute autre fourrure. L'habit de
rangent autour de la tête le reste de leurs cheveux divisés en deux grandes tresses. Elles se teignent, comme les Persanes, les cheveux et les sourcils avec le kna et se couvrent les joues de rouge et de blanc.
A l'époque des noces, ou quand elles mettent leurs habits de cérémonie, les femmes riches apiiliquent sur leur visage des fleurs et des ornements de feuilles d'or. Elles se teignent à l'aide du kna les mains et les pieds d'un rouge jaune, et s'épilent tout le corps avec une substance composée de chaux et d'orpiment.
Les filles, ainsi que les femmes, se clTaussent de bottines en maroquin , et mettent par-dessus des pantoufles à fortes semelles. Lorsqu'elles sortent pour rendre des visites, elles passent par-dessus leurs vêtements une espèce de grande robe de chambre d'étoffe de laine blanche d'un tissu peu serré qu'elles fabriquent elles-mêmes , et se couvrent la tête d'un foulard blanc ou de couleur qu'elles attachent sous le menton. Ce n'est point encore assez de cette sorte de domino pour les dérober aux regards indiscrets, il faut un complément indispensable à celte toilette de ville : c'est le voile blanc qui couvre toute la partie supérieure du corps jusqu'aux hanches; on le ramène sur le visage avec la main droite, de manière que toute la figure se trouve cachée à la seule exception des yeux.
Les femmes et les ûlles se moutreot en général fort peu atix homme»,
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