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CHAPITRE V

Excursion navale à Yalta.

Au moment même où tant de braves succombaient dans une lutte acharnée, une partie de la flotte anglo-frani;aise explorait paisiblcuirut les côies de Crimée. Le 3, le conire-amiral Charner avait re(;u l'ordre d'aller, avec le vaisseau à hélice le A'o/)u/éon , les frégates a vapeur la l'i-inuiie cl l'L'Ilua, et l'aviso à vapeur la Méyce, faire une reconnaissance du eùté d'Yalta, sil:iéc à environ quaraule-cinq milles du c.ip Chersoncse, pour s'emparer d'approvisionnements en farin>'S et en vins qu'on disait se trouver dans des magasins appartenant au gouvernement russe.

Lnc division anglaise, composée du vaisseau à hélice U Sans

l'areil, de la fré'gate ii vapeur la Trihune . de la corvette ii vaneiir le Vi'«ti('/us, était venue se réunir ii l'amiral français, pour agir conjointement avec lui; le transport ii vapeur français l'l-'(jijiitien et deux transports anglais s'étaient réunis aux navires de guerre.

A six heures du soir la division appareilla, et fit petite vitesse toute la nuit en longeant la terre et en masquant ses feux. Le temps était beau, la cote élevée et montagneuse, la lune éclairait au loin la mer, surveillée par les vii;ies russes, qui bieiit(jt découvrirent les vaisseaux, alhimèrcnl des feux di signaux, et tirent connaitre le moiivcmcnl longtemps avant l'arrivée de la division.

Au point du jour on aperçut, derrière une immense falaise que biillait la mer, le magnifique palais d'Orianda, apparlcnaiit à l'impéralricc de Russie, avec son granit grisâtre, ses deuielures charmanles, cl rcs clocheton:; mosiovilcs en lorme d'aiguilles, du plus gracieux effet. Situé ii deux lieux d'Yalta, ce château indiqua la roule; et bicnl(jt on icconnul le gisement de la ville, sur laquelle on se mit il courir.

En approchant de terre, on fut frappé de la beauté et de la richesse de la végétation, d'une verdure luxuriante et d'une admirable variété de lonr.. On dis:inguail partout de gaands bois de sapins, des taillis superbes, de beaux plants de tabac et des vignes magiiiliques. Le (lays est abrité des vents du nord par d'immenses montagnes taillées à pic, qui protègent d'énormes cl fertiles coteaux IKirseuiés de jardins cl de campagnes délicieuses.

loutre le priais de l'impéralric; el la ville, on découvrit, au cenlrc d'un grani parc cl au milieu d'arbres tou'Tus, un autre chàleau également beau, rilué ii Livadia , el appartenant au comte Léon Pololsky. l'eu à peu la jolie Ville a'Valta apparut au buid de lii mer, aveu ses maisons propres (l iilanchcs , pres(|ue toutes construites ii l'europrcniic; elle est pdilc, mais bien f lacée, et se détache de la manière la plus heureuse sur le fond verdoyant des jardins qui l'entourent.. A druile et au totninet de la ville s'élève une charmante é|;liie d'un style moscovite , cnlouréc d'iuie grille très-gracieuse, il'iin joli jarJin el d'un petit bouquet de bois de sapins. Elle doit siiii luxi; cl .sa richesse au voisinage des chàlcaiix voisins. L'ensemble d'.; (•• paysage el di Cïltc nature se rapproche beaucoup des belles panies de l'ilalie.

A huit I.c;:rjs et demie on signala la division : branl ;-bas de combat; mais en a]iprocliaiil d'Yalta on reconnut que loin d'être protégé, comme cila avait clé dit, par une formidable bal'.erie , le pays se trouvait cnUèrcmcnt sans défense.

A neuf hciirds, on mouilla à trois encablures du rivage; à dix heures, on lit descendre à terre les compagnies de débarquement des deux divisions: tl elles occupcTcnt imméilialcuient la ville. Loin ds faire aucune résistance, les habitants larlares, les seuls qui y fussent resU's, accueillirent les Français et les .Anglais avec le plus cordial ciiiprciscinent. Sur Icuis indicalions, on s'empara de deux magasins apparîenanl au gouvernciueiit impérial. Ils contenaient pl.isietirs eeiilaines d'hectolitres de farine destinée aux troupes russes, mais de qualité si inférieure, que les agents des vivres qui accompagnaient l'escadre la déclarèrent loe.t au plus bonne pour les chevaux.

Dans un dts angles du mag:isiii on trouva de la poudre en grenier, recouverte de copeaux de boii cl d'éloupcs. Avant de fuir, les autorités avaient donné l'ordre de mettre le feu ii ces approvisionnements; mais le gardien du lieu, pauvre soldat russe, transi de peur, n'avait pas osé exécuter une semblable prcscriplicn.

La colonne d'exploration, d'après les nouvelles indicalions qu'elle recueillit, se mil en marche vers la gaucbe d'Yalia, el arriva au château du prince Po'.otsky, grande cl superbe habitation entourée de vastes fermes et de pavillons de plaisance. Elle fut reçue par l'intendant du prince, qui conduisit lui-mciiie les officiers dans de magnifiques celliers, où se trouvaient de grands foudres remplis devins du pays, blancs et de première qualité. Dans ce château comme dans la ville, tout fut respecté; on pria seulemeiil l'intendant de procurer à la division du vin el du bétail, objets (|ui furent livrés moyennant un prix convenable, ainsi que cela résulte des reçus donnés par les vendeurs. Vers quatre heures, la colonne quitta le palais pour retourner à bord.

Pendant toute la nuit, on conserva des embarcations armées en ruerre, stalionnant devant la ville, pour avertir les bâtiments de la division dans le cas où les Cosaques, que l'on savait être dans Us environs, aurairnt voulu tenter un retour.

Le 5, aux premiers rayons du soleil, les compagnies de débarquement françaises el anglaises furent envoyées ii terre, cl les embarcalioiis années en guerre furent amarrées derrière il Méyère , dcslinéc à accompagner la colonne le long de la cijte pour la protéger el la recueillir au br-soin. Celle mesure avait été adoptée d ajires les indicalions des Tartarcs, qui avaient annoncé (jue des troupes russes se trouvaient en force dans le voisinage et que les Cosaques eachéi dans les bois épiaient les mouvemciiis de l'expédition.

La colonne, celte fois, se dirigea vers la droite de ia viile et arriva bieiiiôt au ciiâteau du prince W oronzoff, propriété admirable, entourée d'un parc immense, dans le.i magnifiq les allées duquel ou peut pendant plusieurs heures se promener en voiture. Plua d: Iroii C'-'iils cerfs, cheviculs, biches el daims courent dans le parc, et,

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INKERMANN

malgré les olTiTs Je rinlonilant, les oITiciers refiisèrcnt de chasser. L'oi-llrc le jiliis coni|)lcl ri'ipia pemlaiu loiile celte visite, et l'on ne toucha pas à un seni olijel apnaitenant an prince. On acheta an\ habitants ilu villojîf lin hciail et des fruits qui furent exactement payés, ainsi que cela rcsullc encore des fjctures acquittées.

La ilivrsion quitta Yalta après avoir heureusement accompli la mission qui lui avait été conliée et avoir donné l'exemple de la plus bonurahle modération. Avant de partir on visita la mairie : ou trouva dans la (;randc salle des cérémonies un magnifique portrait en pied de l'cmperfur iMcolas, très-curieux au point de vue historique. Malgré le vif intérêt de cet olijot d'art, qu'ils examinèrent avec le plus gr;ind soin , les Français, l'idclcs à leur principe de tout respecter, n'y touchèrent pas.

Cette visite fit connaître la nature du sol et les riches produits du sud de la Crimée. Tout le pays était couvert de vignobles reniarqnalik's par leur beauté et par la qualité des plants , originaires de la Bourgogne, de la Champagne, du Bordelais, du Languedoc et des bords du Bhin. (es vignobles proiluisent du vin blanc comparable au grave et du Champagne d'un goût très-ngréable. La Crimée parait destinée à acquérir une grande importance comme pays vinicole, le terrain de £a partie sud était trés-h'ureusement prope a la culture de la vigne, et les environs picrn ux et arides de Sébastopol du côté du cap Chersonèse sont dija couverts de vignes plantées dans ce sol ingrat, qui sur ce point se refuse à toute autre culture. Les habitants de Yalta affirment que déjà la Crimée exportait à l'étranger une assez grande quantité de vin, et qu'une partie du Champagne qui se consoninic en Kussie provenail des vignobles des princes Woronzolî, Potolski, Gortschakol.

Les environs montagneux d'Yalta font que l'on n'y cultive pas de blé, les steppes du sud-ouest de la Crimée en fournissent au delà des besoins de la contrée. Les arbres fruitiers y sont cultivés avec soin. Les explorateurs trouvèrent des fruits de toute espèce, excellents et abondants. Les légumes y sont également nombreux et bons. Le pays est riche en bois; les flancs des ninnlai;ncs en sont entièrement couverts. Toute la partie de la côte que l'on put embrasser du regard parut cire dans les mêmes conditions de richesse et de fertilité.

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