‹ Histoire de la Guerre d'OrientChapitre 53 sur 235 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Discussions entre l'Autriche et la Prusse. — Farces militaires de l'Aulricbe;

C'était en vain que l'Autriche criait à la Prusse : « Adoptez les quatre points, que toutefois je ne propose pas formellement à la diète par égard pour vous ; soutenez-moi si je suis attaquée dans les principautés danubiennes, et donnez-moi des subsides pour m'y maintenir, u La Prusse répondit, dans une dépêche du 13 octobre, avec une aigreur mal dissimulée : « Vous avez conclu un traité avec la Turquie sans notre concours et sans celui de la Confédération, c'est à notre insu que x'ous avez pris la résolution d'occuper militairement les Principautés! Ce que vousy faites ne nous regarde pas! iVous serions engagés par notre traité d'alliance et par la législation fédérale, dans le cas d'une attaque non provoquée contre le territoire autrichien; mais ce cas ne s'est point encore présenté.

u Dans les complications actuelles de l'Europe, la Confédération germanique, pour conserver l'influence qui lui appartient, n'a pas besoin d'adhérer à vos vues, elle n'a pas besoin de prononcer, à la suite de faits accomplis sans sou concours et dont elle ne comprend pas bien la portée, des verdicts dont la signification pratique pour l'Allemagne n'est suffisamment démontrée , ni en ce qui conoerne le

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but à atteindre, ni en ce qui fonde les moyens que leur mise à c\rculion rendrait nécessaires. Si les intérêts et les droits de la comninnauté sont réellement mis en péril, sa force se manifestera. »

Alalijré celle dissidence, le cabinet de Vienne persista dans la ligne de conduite qu'il s'élait tracée. Il envoya au baron de Prokcsch, son représentant à la diète de Francfort, des instructions détaillées où il clalilissait d'abord la position particulière qu'il avait cru devoir prendre vis-à-vis de la Russie de])uis l'origine du conflit oriental , et l'insuccès des tentatives qu'il avait faites jusqu'à ce jour pour se niellre d'accord avec la Prusse. Résumant l'ensemble des propositions qu'elle serait beureuse de voir adopter par la confédération , la cour de Vienne demandait à son délégué d'appuyer fortement les suivantes :

1° Déclarer qu'une attaque contre l'Autricbe, que ce fût contre le territoire de l'Empire ou contre ses troupes dans les Principautés , obligerait toute l'Aûemagne à soutenir l'Autriche de tous ses moyens;

2" Déclarer que la Confédération germanique reconnaît , en tant que puissance européenne, les quatre garanties du traité du 20 avril dans leur contenu esseniiel comme des bases propres à ouvrir la voie pour établir un état assuré de paix et de droit en Europe , mais que comme puissance alliée elle s'approprie et maintient en particulier le premier point;

'■]•' Enfin reconnaître l'esistence du danger d'une attaque, et charger en conséquence une commission militaire de faire les propositions nécessaires en prenant pour base le projet de résolution du 20 avril, pour que la force à mettre sur pied par la Confédération pût être employée à temps et convenablement quand elle serait appelée, et d'autoriser la commission politique à proposer, le cas échéant , la réunion effective des contingents aux lieux désignés.

M. de Biiol terminait en déclarant qu'à ces conditions seules la cour de l'empereur unirait son action à celle de la diète, mais que dans l'éventualité contraire elle réserverait son initiative propre et n'accepterait aucunement la responsabilité de ce qui pourrait s'ensuivre.

Sans attendre le résultat de ses démarches, elle se tint prête à agir seule. Le 3 octobre l'empereur François-Joseph réunit dans un grand conseil de guerre l'arcliiduc Guillaume, le baron de liess , le comte \A ratislaw-VVinipfeu et plusieurs autres généraux. Le lendemain il donna l'ordre de mettre toute l'armée autrichienne sur le pied de guerre.

Les forces de l'Autriche s'élevaient à 552,200 hommes, avec 664 pièces d'artillerie. Le lieutenant feld-marécbal comte de Wimpfen avait sous son commandement toutes les troupes des provinces allemandes, formant un effectif de (9,80(1 hommes avec I 14 pièces d'artillerie; le feld-marécbal comte Radeizky commandait en Italie 117,:!00 hommes qui avaient avec eux 160 pièces de canon.

L'armée mobile, en Gallicie, dans la Bukowine et dans les Principautés, avec les réserves en Hongrie et en Transylvanie, comprenait 30 régiments d'infanterie, 10 bataillons de chasseurs, 16 régiments de grosse cavalerie et i 8 de légère , 12 bataillons de frontières militaires, 24 bataillons de dépôt, l' i batteries de campagne et 18 de réserve , ce qui formait un total de 225,000 hommes, JOO pièces de campagne et I 44 pièces de réserve.

Les troupes placées en Croatie sous le commandement du ban Jellachich et du lieutenant feld-marécbal Mamula comprenaient ï5,^(iO hommes de troupes de ligne et 7 0,000 soldats des frontières militaires, puis 9 batteries. A Francfort , à Rastadt et à Mayence, il y •vait 12,000 hommesavec ,i batteries.

L'armée mobile et 1 armée d'Italie étant depuis longtemps sur le pied de guerre, l'ordre impérial ne s'adressait qu'aux troupes réparties dans les provinces allemandes, en Croatie et sur les frontières. Leurs compa(jnies,qui comptaient l 0 hommes seulement sur les pied de paix, devaient être portées à i80 ou 200 hommes.

L'Autricbe comptait sur elle-même, mais elle ne désespérait pas de se rattacher la Prusse. M. de Buol , dans sa dépêche du ï3 octobre, employa le ton le plus conciliant. 11 y a , dit-il , entre la Prusse et nous, moins une diversité de principes qu'une manière particulière de considérer les faits. « Ces faits se sont présentés aux regards du gouvernement prussien autrement qu'aux nôtres, et nous fondons sur cette circonstance l'espoir d'un accord prochain. En l'état actuel des choses, nous croyons clicore pouvoir-proposer à la Prusse de coopérer à une action complètement uniforme des représentants des deux puissances de la diète. »

Pour amener cette uniformité d'action , la Bavière fit voyager M. Van der Pfordten de Berlin i Vienne, et de Vienne à Berlin. Les maisons grand-ducales et ducales de Saxe envoyèrent Hi. bî comte de Bcust auprès des deux cabinets; mais ceux-ci ne voulaient pas sans doute que leur rapprochement s'opérât par l'intermédiaire des Etats secondaires d'Allemagne.

La plupart de ces Etats appuyaient la politique autrichienne, et voyaient dans l'inactivité de la Confédération un préjudice porté à la dignité du pays. Les gouvernements de Saxe-Wcimar, de Sa\e-Altenbourg et de Saxc-Gotba déclarèrent par une noie collcclive qu'une attaque de la Kusiiie contre l'Autriche, dans les Principautés

ou sur les frontières, devait appeler toute l'Allemagne à protéger le territoire impérial , et que la diète devait s'approprier dès à présent les deux demandes de garantie relatives à la cessation du protectorat russe et à la libre navigation du Danube. Le sénat de Hambourg s'exprima dans le même sens.

Voyant que la majorité des Etats germaniques ne lui serait pas favorable , le cabinet de Berlin se décida à se rapprocher de celui de Vienne. Après un nouvel échange de notes explicatives, les deux puissances finirent, le 26 novembre, par ajouter au traité du 20 avril un article additionnel dont voici le texte , et auquel la diète adhéra dans sa séance du 9 décembre :

« La situation des affaires européennes devenant de plus en plus menaçante, les deux hautes cours de Berlin et de Vienne se sont trouvées portées à prendre en grande considération la nécessité d'une stipulation complétant le traité du 20 avril de cette année. Les deux hauts souverains se sont rencontrés dans leur conviction , que, pour les participants de ce traité, élargi par lu résolution de la diète du 24 juillet, il importe avant tout d'agir en commun pour taire accepter une base qu'ils jugent convenable pour les négociations de paix future. Ils voient cette base dans les quatre points préliminaires pour lesquels l'Autriche et la Prusse se sont déjà employées à la cour de Russie, et ils mettent par conséquent tous leurs soins à faire admettre cette base.

ij Bien qu'on puisse espérer par suite d'entrer dans la voie d'une entente pacifique, la gravité de la situation générale de l'Europe et la nécessité de poursuivre avec efficacité le but de la paix qu'on se propose exigent néanmoins la garantie résultant d'une union étroite de l'Allemagne tout entière.

" Dirigé par cette pensée et appréciant les dangers qu'une attaque contre les troupes autrichiennes qui aurait lieu non-seulement sur le territoire de l'Empire, mais aussi dans les principautés danubiennes, pourrait entraîner pour l'Allemagne, S. M. le roi de Prusse consent à s'obliger par ces présentes, envers S. M. l'empereur d'Autriche, à une défense commune, même dans le dernier cas, et compte avec confiance que les autres confédérés allemands prouveront, en acceptant le présent article additionnel et en en réalisant au besoin les stipulations, qu'ils sont animés des mêmes dispositions. »

De son côté, la Russie parut se prêter à des concessions. Dès le 6 novembre , M. de Budberg avait été autorisé à déclarer au cabinet prussien que le czar acceptait comme bases de négociations les quatre garanties ainsi formulées :

1. Garantie commune par les cinq puissances des droits religieux et civils des populations chrétiennes de l'empire ottoman, sans distinction de culte;

2. Protectorat «les Principautés exercé en commun par les cinq puissances, aux mêmes conditions que nos traités avec la Porte ont stipulées en leur faveur;

3. Révision du traité de 1841. La Russie ne s'opposera pas à son abolition, si le sultan, principale partie intéressée, y consent;

4. Liberté de la navigation du Danube, qui existe de droit et que la Russie n'a jamais en l'intention d'entraver.

Le 28 novembre, le prince Gortscbakoff se rendit auprès de M. de Buol et lui remit la lettre suivante :

« Le soussigné, envoyé en mission extraordinaire de S. M. l'empereur de toutes les Kussies, est autorisé de déclarer à M. le comte de Buol-Schaueustein, ministre, etc., que S. M. l'empereur, son auguste maître, accepte les quatre propositions du cabinet de \ieune, pour servir de point de départ à des négociations de paix. »

Le 30, M. de Buol répondit :

" Le soussigné, ministre des affaires étrangères, s'est acquitté du devoir de placer sous les yeux de l'empereur la note que S. Exe. M. le prince de Gortscbakoff, envoyé en mission extraordinaire de Sa Majesté Impériale de toutes les l'iussies , lui a fait l'honneur de lui adresser en date du V8 du courant. Sa Majesté Impériale en a relevé avec une vive satisfaction que Sa Majesté l'empereur de toutes les Russies accepte les quatre propositions préliminaires que M. le comte Estcrhazy avait été chargé de présenter dans le courant du mois d'août passé, au cabinet impérial de Russie, comme bases d'une entente générale.

)> Appréciant dans toute leur valeur les intentions qui leur ont inspiré cette importante résolution, l'empereur François-Joseph ne croit pouvoir mieux y répondre, de son côté, qu'en s'emprcssaut d'en faire l'objet d'une communication auprès des cours de Paris et de Londres, avec lesquelles il se trouve engagé pour l'atteinte d'une solution franche et équitable de ces quatre points, jugés comme étant les préliminaires indispensables au rétablissement de la paix générale, etc.

» Bi;oL. »

On peut remarquer que M. de Buol ne prenait aucun engagement ni au nom Ue son gouvernement ni au nom des puissances occidentales. Sa lettre était un simple accusé de réceplion. La réponse véritable devait être la comioiinicalion oflicielle d'un nouveau traité, signé le 2 décembre i Vienne, entre la Fiancv", l'Autricbe et la Grande-Bretagne.

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