CHAPITRE XIIL
AITairci) d'Asie. — Détails géographiques. — Erzeroum. — Kars. — Trébizntide. Batoum. — Btyazid.
En Asie, la mauvaise organisation des troupes ottomanes, l'indiscipline des bachi-bouzouks, l'incapacité et l'incurie des généraux compromirent le succès de la campagne de 18.54.
La frontière qui sépare les deux territoires a cent onze lieues d'éten<luc; clic part du mont Ararat, suit un moment le cours de la ri- •vicre Arpalchaï, et vient aboutir au bord de la mer Noire, près du fort Clickvélil ou Saint-Nicolas.
La Turquie possède de ce côté les pacbaliks de Van, d'Erz.eiouni , de Kars en Arménie, et deTrabczoun ou Trébizonde en Anatolie.
Van, ville fortifiée, pavée avec soin et environnée de montagnes, compte dix-huit mille habitants.
Avant la guerre la x'ille d'Erzeroum était peu connue, et sa position géographique à peine déterminée. Aujourd'hui, au contraire, sa position militaire a attiré sur elle l'attention générale. C'est pour les troupes turques un point central. Les corps s'y rendent de différentes parties de l'Asie Mineure et de la Syrie, aussi bien que de Constanlinople parTrébizonde. Ils sont ensuite distribués entre les divisions de l'armée d'Ardaghan, Kars e! Bayazid.
La ville d'Erzeroum est commandée par une citadelle entourée d'une double muraille, mais dominée par les collines avoisinantcs; ce nui lui enlève beaucoup de sa force. Elle a été construite avant l'invention de l'artillerie. Lors de l'invasion russe en 1828-29, Erzeroum se rendit à Paskiewitsch dès le premier coup de canon.
On suppose que les fortifications ont été élevées par la république de Gênes, alor» que ce pays commerçant avait obtenu des souverains d'Arménie de construire des monuments protecteurs de son commerce avec les Indes par Trébizonde, Erzeroum, T«brecz, Ispahan, etc. En plusieurs endroits de ce pays il existe encore dans un état de conservation plus ou moins parfait des restes de khans, de ponts, de chauss. es, forts et autres édifices en pierre taillée, si massifs et de proportions si imposantes, qu'ils donnent une haute idée de l'importance du commerce et des vastes richesses des trafiquants.
Au milieu de la citadelle s'élevait une tour massive en briques , nojimée le Tepsee-Minoré, couronnée d'un toit de bois .i deux étages teri.iiné par une pagode.
Ce monument renfermait autrefois une horloge qui était constamment en mauvais état. Les Turcs, pensant que tous les Européens connaissaient l'horlogerie, les mettaient en réquisition pour faire les réparations nécessaires. Les Russes ont pris cette horloge et l'ont portée à Tiflis, oii elle se trouve sans doute encore.
Parmi les autres monuments dignes de mention, nous citerons le Tchifté-Minoré, autrefois collège, et aujourd'hui magasin à munitions de guerre. L'entrée, d'architecture sarrasine, est très-remarquable, son ornementation est très-soignée. Ou voit encore d'autres monuments très-anciens. Le mortier qu'on employa pour leur construction était de si bonne qualité, que des voûtes, quoique privées de leurs clefs, sont retenues en l'air et paraissent encore très-solides.
La population d'Erzeroum peut monter à cn%'iron 'i 0,000 habitants, dont 30,000 Turcs, 6,000 Arméniens, 2,000 catholiques romains, 1,000 sujets russes (principalement des Arméniens, des Géorgiens et des juifs), 1 ,000 Persans et quelques centaines de Grecs. Ces chiflVcs sont seulement approximatifs, la statistique étant à peu près inconnue en Orient. Autrefois Erzeroum était beaucoup plus peuplée. A la fin de la guerre entre la Russie et la Turquie, eu IS29, un grand nombre de familles arméniennes émigrèrent d'Erzeroum et des pays voisins ou Géorgie, soit qu'elles y fussent forcées, soit que les promesses trompeuses qu'on leur fit les y attirassent.
Les émigrants jouirent d'abord d'une certaine liberté; mais, au bout de quelques années, on les traita comme les ont infailliblement traités toutes les provinces russes après la conquête. Aujourd'hui beaucoup d'Arméniens voudraient revenir en Turquie; mais ils en sont empêchés par la crainte de perdre leurs propriétés de Géorgie. En effet, elles seraient confisquées à leur départ; en outre, leur famille serait gardée en Géorgie comme otage jusqu'au retour des hommes en Russie.
Le commerce de transit de la Perse, qui a enrichi Trébizonde et Erzeroum, date de l'année 1830, et doit son origine aux Anglais. Avant cette époque, le nord de la Perse était fourni des produits anglais par les Indes et le golfe de Perse.
Le commerce de transit n'a fait que croître , et maintenant, sans doute, il a atteint son maximum de prospérité. Plus de soixante mille colis, principalement evpédiés par les manufactures anglaises et destinés à la Perse, ont été exportés par Trébizonde en 1 S.'iO.
Le commerce de l'Angleterre avec Erzeroum, qui autrefois se faisait en gros par les seuls Ivuropéens, est maintenant devenu un trafic de détail très-étcndu , et est fait par les indigènes. Ce progrès est dû à la facilité avec laquelle, grâce aux steamers, les gens du pays peuvent se rendre à Constantinoplc pour l'achat des marchandises. De cette manière, sans frauder la douane, ils vendent moins cher que les Européens.
Les articles de consommation sont principalement de fabrique anglaise et suisse , et consistent en barres et clous de fer, en étain, en garance, en indigo, en noix de galle et en produits coloniaux.
L'exportation consiste en fourrures, peaux, laines, suif, cire, tabac, gomme adragante, cuivre et plomb. C'est de Géorgie que viennent la plupart des peaux qui sont expédiées à Constantinoplc. Le commerce entre la Géorgie et Erzeroum se trouve donc fort entrave par la guerre.
Le gouvernement russe a longtemps observé d'un œil vigilant et jaloux les avantages que la Turquie retire du commerce de transit avec la Perse, et a plus d'une fois tenté de le détourner sur la i,éorgie, en le dégrevant de tout impôt; mais les difficultés de déliar-jucment à Redoutc-Kalé, les vexations nombreuses de la douane, le mauvais état des cbpmsns, ont fait donner une préférenoo umniiiie
INKEUMAININ.
i la route de Tri^bizonde et d'F.rzcroum , (pioiqu'un impôt de transit de trois pour lOiil v sciit pcirii.
I.OS inoycns oriliiiairfs de tr;iiisport sont les chevaux, les aues, les luulels el les cliaiiieaux. Quant aujc voitures, elles ne peuvent circuler qu'à moitié de la dislancc entre Erzeroun et Tréliizonde.
I.a ville de Kars, située sur le Kars-Tcliaï, allluent de l'ArpatcIiaï, domine la route d'Alcxandropol à lîrzeroum. Elle était jadis ceinte de murailles, qui sont niainlcnant eu ruine.
Trébizonde , qui n'a qu'une rade ouverte, oii la boule est très-forte, a pour annexe indispensable l'iatana, dont le port est excellent.
Au quinzième siècle, quand Mahomet 11 se fut emparé de Constantinople , un prince de la famille déchue lit de Trébizondc la capitale d'un petit royaume, auquel 1rs romans du moyen ài;e ont donné de la notoriété. Antérieurement c'était déjà une ville célèbre, et elle est encore aujourd'hui importante par ses lilalures, ses teintureries, ses