‹ Histoire de la Guerre d'OrientChapitre 59 sur 235 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Gardes de tranchée. — Gare la marmite 1 — Les infernaux — Sorties des Russes. — Rapport du général Canrobert.

D'incessantes fatigues ajoutaient aux maux causés par les intempéries de la saison. 11 y avait les batteries à établir, les communications à entretenir, les huttes à édifier, les travaux de circonvolution à compléter, et surtout les tranchées à garder, llien n'était [dus terrible pour les soldats que de rester douze heures immobiles ou ii peu près, les pieds dans la boue ou dans l'eau, la pluie sur la tète ou sur les épaules, sous un vent glacial, l'œil fixé devant soi, l'esprit tendu, toujours plein d'appréhension, d'inquiétude; car ce sentiment traversait le cœur des plus braves dans les longues et sinistres nuits qu'ils avaient à passer.

Dans une lettre adressée par un sergent du )jénie à sa famille, ha-

bitant Arras, il peint en ces termes les émotions d'une de ces nuits celle du i au 5 décembre •

« Nous partons du camp à six heures trois quarts du soir. Chacun de nous csl affublé d'un paletot et de guêtres eu peau de mouton, et porte le fusil en bandoulière. Dans l'obscurité , on pourrait nous prendre pour un troupeau de mouton. Après une demi-heure de m:ncli'\ par une pluie froide, dans un chemin bourbeux et rempli d'eau, nous arrivons à une maison dite la maison du Clocheton. C'est lit qu'a lieu le ra.ssembleincnl des gardes et des travailleurs. En jetant un coup d'œil surceltc maison, on reconnaît que plusieurs boulets y ont laissé leur trace. Nous sommes donc dans le rayon danijereux , et il serait prudent de descendre dans les boyaux de communication qui conimenccnl il cet endroit ; mais ces communications sont remplies d'eau, et nous préférons rester à découvert en marchant sur le revers. La lune, qui éclaire un peu, nous permet de distinguer la quantité incroyable de boulets qui couvrent le terrain, et souvent le pied s'enfonce dans une des nombreuses ornières que ces projectiles ont creusées.

o Cinq ou six minutes après avoir quitté le Clocheton , nous arrivons à portée de la uiilraille et des bombes , et alors l'eau (jui séjourne dans la tranchée ne nous empêche plus d'y descendre et de la suivre jusqu'à la deuxième parallèle. C'est là que le commandant de la brigade assigne à chacun de nous le chantier qu'il doit surveiller. Dans la nuit précédente, les Uusses ont construit un ouvrage sur un petit mamelon; cet ouvrage enfile la gauche de noire troisième parallèle , quelques boyaux de communication et des places d'armes.

» Lecommandanlm'envoieavec cinquante hommes d'infanterie et dix sapeurs pour établir des traverses dans les parties enfilées ; mes travailleurs sont répartis sur une longiieurdc quatre cents mètres en dix chantiers: pendant toute la nuit, mon occupation consiste à parcourir cette distance composée de plusieurs boyaux en zigzag. Partout je trouve les hommes remplis de la meilleure volonté. Une pluie mêlée de grêle a commencé à sept heures du soir et n'a fini qu'à deux heures du matin. Les hommes y sont habitués et ne quittent le travail que lorsqu'il arrive une bombe dans leur direction ou que la mitraille vient tomber auprès d'eux. Or, pendant que l'artillerie arme les batteries , les Russes font autant de décharges générales qu'on amène de pièces. Un homme en embuscade est tué par un biscaïen dans la partie que j'ai à surveiller ; un boulet rencontre un sac il terre qui est sur un parapet et l'envoie sur la tête d'un sapeur qui était à quinze pas de moi : sa blessure nécessite son envoi à l'ambulance. Le même boulet coupe les deux jambes d'un autre soldai. Une grande quantité de bombes et de mitraille nous est envoyée pendant toute la nuitsans nous occasionnerd'autres pertes. Vers quatre heures du matin, nous apercevons environ quatre cents Russes qui sedirigent sur l'ouvrage qu'ils ont commencé la nuit précédente : on en prévient le colonel de tranchée; et bientôt ils regagnent la place sous le feu de nos tirailleurs, qui leur font prendre un pas de course plus que redoublé.

1) Quant au coup d'œil , il est parfois magique, bizarre et comique. Que l'on se place sur un point dominant et que l'on regarde autour de soi , on aperçoit ces vastes tranchées avec leurs parapets formés de terre, de pierres, de gabions, fascines et sacs à terre. Ce terrain, remué de tous côtés, ressemble à une vaste carrière. Quel coup d'œil, lorsque, étant dans la troisième parallèle, on est tout à coup éclairé par une cinquantaine de bouches à feu russes , lumière dont on se passerait bien, et qui nous éclaire cependant plusieurs fois chaque nuit. Dans ce moment le tirailleur en embuscade, enveloppé dans sa capote à capuchon et placé derrière le parapet, l'œil dans le créneau, examinant le mouvement des Russes, baisse la tête ; le travailleur, enveloppé dans son paletot de peau de mouton et ressemblant à un fantôme, quitte son travail pour s'abriter du mieux qu'il peut ; l'homiue de garde qui n'est pas en faction, et qui souvent est accroupi du côté du revers, se lève et cherche un abri plus sûr. Chaque soldat co.mait maintenant, au son de la pièce, quel est le projectile qu'on nous envoie, et lorsqu'il est derrière un parapet il ne craint que la bombe qui peut venir tomber dans la tranchée.

» Les plaisanteries ne manquent jamais, même au moment du plus grand danger, et chaque espèce de projectile a reçu un nom assez bien en rapport avec son effet ou avec sa forme. La mitraille eu loiubant fait un bruit qui ressemble assez à celui que produit un peloton de cavalerie au trot; aussi, lorsqu'il en arrive, les soldats ne manquent pas de dire : >< Fantassins, ne craignez rien, c'est la cavalerie ! > Les grenades, lorsqu'elles arrivent la nuit, font un bien bel clVct, et comme elles sont assez dangereuses, les hommes préviennent de leur arrivée par ces mots : « Allen lion , voila le bouquet! " Enfin, si c'est une bombe, on la voit arriver comme une énorme boule de feu; puis elle annonce son arrivée par un fiou, /5ou,' alors vous entendez crier : Gare la marmite! Chacun donne son coup d'œil et change lestement de place, si elle vient de son côté. A sa chute tout le luoaile se couche, et si elle n'a pas éclaté loin de vous, vous remarquez, lorsque les éclats sont retombés, que chacun se lève et promène autour de soi un regard inquiet. Si tout le monde esl debout, le mut pour

Ii>,REHMA:\-!.N.

SI

lire ne manque pas d'arriver, et chacun reprend son poste immédiatement.

» Enfin se termine cette nuit, qui, comme toutes les autres du même genre, n'a pas manque de paraître bien longue. Le jour se montre, et nos francs tireurs reprennent leurs créneaux et commencent leur feu de mousqueterie. Bientôt les Russes y répondent avec intrépidité, leur artillerie fait feu de toutes parts; alors on reconnaît que les bombes sont plus dangereuses le jour que la nuit, car on ne les voit plus arriver, ou ne peut que les entendre, et eucoie faut-il qu'elles soient assez près. Huit heures sonnent, on vient nous relever, nous regagnons notre camp, et après le déjeuner, s'il n'y a rien k faire, chacun se jette sur la terre pour se reposer quelques heures.

B te décembre, dix heures du matin.

» Je terminerai ma lettre en vous donnant une idée de la manière dont nous vivons. Si nous voulons nous procurer autre chose que les vivres de campagne, nous payons le vin 2 fr. le litre; les haricots, 70 c. le kilûg. ; les pommes de terre, 90 c. le kilog. ; le sucre, 1 fr. le Uilcg.; une bougie, 1 fr.; le reste est hors de prix.

» Quant à notre cuisine, c'est une espèce de cabane en pierres sèches ; nous l'avons couverte en loilc avec nos sacs de campement : à peine avons-nous de la place pour nous y tenir debout. Heureusement que les vivres y sont bons, que nous sommes jeunes, bien portants, et que nous avons une patience à l'épreuve de la bombe. •>

Pour protéger les gardes de tranchée , on avait créé trois compagnies de cent cinquante hommes chacune , recrutées, la première dans la première division, les deux autres dans le reste de l'armée. La garde avancée des tranchées était confiée chaque nuit à une de ces compagnies iVéclaireurs volontaires, infernaux ou enfants perdus. Le capitaine avait carte blanche, et pouvait tenter à peu près ce qu'il voulait; seulement s'il avait besoin de plus de cent cinquante hommes, il devait s'adresser au général de tranchée. « Le capitaine, dit le correspondant du Journal du Loiret , a des tâches assez variées. Le plus souvent il doit détruire les embuscades russes dont le feu a le plus gêné les travaux. Dans ce cas la manière d'opérer est simple, la voici : Quand la nuit est bien complète, chacun passe par-dessus la tranchée et s'avance en silence , pose son fusil en avant , le rejoint, puis le repose plus en avant cl ainsi de suite, toujours à quatre pattes. Les officiers dirigent la marche : quand ils sont près de l'embuscade, au cri de i A la baïonnette! tout le monde se dresse, s'élance, franchit l'obstacle, puis, à grands coups d'épaule et de crosse, la muraille est renversée avec un grand fracas de pierres. Alors on rentre au galop sous la mitraille, que la place envoie toujours trop loin. Voilà tout le secret : du silence, de la baïonnette; puis, vainqueurs ou découverts, une rentrée au galop. Mais ce sont là les heureux du siège. Due nuit sur trois ils font ce métier. Le reste du temps est à eux, et ils l'ont bien gagné. )>

Ces lettres particulières exposent les faits beaucoup mieux que nous ne saurions le faire, elles ont un cachet inimitable de naïveté; les impressions personnelles et .immédiates qu'elles décrivent saisissent le lecteur, dont elles excitent la sympathie. Les récits du moindre soldat campé devant Sébastopol possèdent un accent de vérité, une saveur, on pourrait dire un goût de terroir, qui manquent à ceux qu'arrangent au coin de leur foyer paisible les hiscoriographes parisiens. Aussi nous efl'açons-nous modestement toutes les fois que nous trouvons dans les correspondances privées une peinture vive et animée des événements. Ayant à mentionner les canonnades perpétuelles des Russes, pourrions-nous en parler plus savamment que le témoin oculaire et auriculaire qui écrit au Nouvelliste de Marseille :

« Devant Sébastopol, 17 décembre.

• Hier, une grêle épaisse et des rafales de neige entremêlées de givre avaient couvert le plateau, nos tentes et nos chevaux d'une couche blanchâtre qui sentait sa Russie à plein nez. Mais tout cela «'est fondu, car il ne fait p;is froid ici ; nous voilà donc encore une fois dans des boues impraticables. De là, un nouveau retard; de là, ces lenteurs qui reculent le grand jour de l'attaque. Néanmoins nous y marchons à force d'eflorts de tout genre, et avant peu, croycz-le bien, les batteries alliées recommenceront la lutte avec celles de la place. Ce sera donc encore une fois par un coup de tonnerre qu'on essayera de faire un jour praticable à travers toutes les batteries, toutes les défenses , toutes les barricades que notre inaction forcée pendant plus d'un mois a permis h l'ennemi d'élever tout à son aise, car nous ne tirons pas depuis bien longtemps. La place n'a jamais cessé son feu, les coups se succèdent par intervalles presque réguliers; puis, de temps à autre et comme par un caprice du chef, un feu roulant de tout le front s'ouvre subitement. Heureusement qu'il ne fait pas le mal que l'ennemi en espère. Mous eu sommes quittes pour quelques pertes peu sensibles et des démantèlementp. partiels que l'on a vile réparés.

» Néanmoins il faut bien reconnaître que ce .système de tir continu a une influence sur la marche de nos travaux de siège. Quelque aguerries que soient des troupes, quelle que soient la profondeur des tranchées, elles ne travaillent pas sous les projectiles avec le même

sang-froid et la même aisance que si elles n'étaient pas irtiuaiées. L'homme qui a les deux jambes dans l'eau jusqu'à la cheville et qui, de temps à autre, reçoit des obus ou des bombes par-dessus la tête, se trouve incommodé des deux côtés extrêmes et n'a guère d'aisance dans ses mouvements. Il ne se gare du feu qu'en se plongeant dans l'eau, et s'il sort de l'eau il s'expose au feu. C'est cette loi, la plus simple de l'art: Inquiéter son ennemi et gêner ses travaux , que les Russes n'ont cessé d'appliquer avec une constance d'autant plus tenace , que les canons et les munitions ne leur manqueront que le jour où nous serons maîtres de la ville.

» Encouragés par l'impunité, ils travaillent avec une ardeur, une célérité, une habileté qui font honneur à leurs ingénieurs. Ils appliquent dans toute sa rigueur celle donnée : qu'il faut trente-six heures pour construire et armer une batterie. 11 est vrai qu'ils sont bien tranquilles et que les malériaux que nous «lions chercher si loin sont tout portés pour eux. A peine avons-nous ébauché à grands coups de pioche, de pic à l'oc et même de pétards, nos batteries creusées dans le rocher, que l'ennemi en démasque deux tout armées qui les enfilent.

)i 11 y a donc là une infériorité indépendante de notre savoirfaire; conséquence de la différence des situations, des terrains, des ressources sous la main, et d'un bien-être relatif, consislant pour l'ennemi dans la sécurité et dans l'abri que les casernes offrent à ses nombreux défenseurs.

» Malgré ces puissants éléments , inévitablement acquis à la défense, il y aurait cependant lieu de discuter ici celte thèse toute spéciale de l'art militaire, à savoir: si, en pareil cas, des attaques foudroyantes, mais distantes et saccadées, sont préférables à une attaque moins vive mais soutenue. Les partisans de l'attaque foudroyante, dont le système a prévalu depuis l'ouverture des opérations, prétcudcnt qu'en présence d'une supériorité pareille de pièces, il serait puéril d'ouvrir son feu partiellement; qu'une batterie isolée serait aussitôt détruite que démasquée, toutes celles de la place pouvant converger sur elle. Les adversaires de l'attaque sur tout le fro'.it à la fois objectent avec raison que l'inaclion prolongée qu'exige la préparation d'une telle atlaque ( n'oubliez pas qu'il nous a fallu dixsept jours la première fois, et qu'il nous aura fallu plus d'un mois cette fois-ci) est un armistice pour l'assiégé, pendant lequel il se répare, arme de nouvelles batteries, reçoit des renforts; eu un mot, se remet à neuf. »

En même temps qu'ils prodiguaient les projectiles, les assiégés multipliaient leurs sorties nocturnes. Les escarmouches auxqui lies donnaient lieu leurs tentatives se ressemblaient presque toutes, toujours l'ennemi, à la faveur des ténèbres, s'approche des baltcries anglaises ou françaises, tue quelques hommes et est repoussé dans 1 1 place. Nous n'indiquerons que les plus importantes de ces expédilions, qui se renouvelaient presque chaque nuit.

Le dimanche 1^'' décembre, vers huit heures et demie du soir, la nuil élant très-obscure et très-orageuse, le vs-nt soufilant en véritable ouragan, l'ennemi, en forces assez imposantes, sortit de Sébastopol par la batterie du Jardin, qui est vis-à-vis les ouvrages les plus avancés des Français. Favorisés par une obscurité épaisse, les Russes purent s'approcher à une quarantaine de mètres des batieries fiauçaises. On donna l'alarme immédiatement; mais avant que nos troupes fussent préparées les Russes arrivèrent, et quelques-uns même escaladèrent les parapets des batieries.

La surprise cependant ne fut que momentanée. Ceux des Russes qui avaient réussi à entrer dans nos ouvrages furent tués, et les Français, au nombre de sept à huit cents, tombèrent sur l'ennemi à la baïonnette. Les Russes, épouvantés par l'élan de nos soldats, s'enfuirent à toutes jambes, laissant derrière eux plusieurs centaines d'hommes tués ou faits prisonniers. Les Français les poursuivirent presque jusqu'aux murs de la ville. Tous les forts ouvrirent leurs feux pour protéger la retraite; mais les Français étaient abiilés par les accidents du terrain.

Vers une heure du matin de forts détachements d'infanterie russe faisaient une seconde sortie dans le but de déloger les Français oe leurs positions. Ceux-ci virent l'enneuii, se dispersèrent en silence, le laissèrent avancer, et l'accueillirent par une fusillade mcurlricTC qui le mit fn déroule.

Le 12, vers neuf heures, deuic mille Russes sortirent encore par la batterie du Jardin. Trouvant les Français prêts à les recevoir, ils firent un mouvement pour attaquer en flanc les batteries anglaises; mais ils furent chaudement accueillis et forcés de se retirer.

Une sortie russe et une reconnaissance française signalèrent la journée du 20 décembre.

Avant le jour un détachement ennemi, sous le commandement du capitaine de corvelte Hinsky, marcha, tambours et trompettes en tête, sur le flanc droit des tranchées françaises. Son but était d'attirer de ce côté l'attention des assiégeants, tandis qu'une coloinie plus considérable s'achentinait sans bruit vers la gauche des Anglais. Les hommes de piquet endormis furent réveillés dans leurs coîivcrtures a coups de baïonnette. Le factionnaire du l" de fusiliers déchargea sa carabine et cria Aux armes! Mais comme il essayait de recharger sou arme en courant, la baguette s'emharrasM dans son pantalon, et il

JNRKKMANN.

tomba. Les R sscs r.iiiKisstTf iit tranquillement les couvertures et les fusils qui se trouvaient dans le poste, et se retirèrent en emmenant prisonniers trois officiers et treulc-trois soldats. Un autre dctaehcnicnt avait envahi la tranchée; mais la garde, sous les ordres du lieutenant-colonel Waddy, réussit à l'en chasser.

I.a reconnaissance du même jour fut dirigée sur deux points différents : une colonne d'infanterie anrjlo-franiaise se porta vers la vallée de B.iïdary et mit en fuite sans coup férir un poste russe, qui abandonna sa ballt-ric de cuisine. Du côté des redoutes abandonnées par les Turcs dans la journée du 25 octobre s'avancèrent deux régiments de cavalerie. Le but, Us incidents et les résultats de celte expédition sont exposés dans un rapport du général Canroberl au ministre de la guerre.

n IMoNSni R lE MARÉCHAL,

u Le mauvais temps a continué avec de rares et courtes intermittences d'amélioration ; nous n'en continuons pas moins et autant que

celle des francs tireurs organisés dès le commencement du siérjc et qui fonctionnent pendant le jour dans nos tranchées mêmes. lis oui déjà fait beaucoup de mal à l'ennemi.

" Ainsi que je vous l'ai annoncé, nos travaux s'étendent actuellement jusqu'au fond de la baie de la Quaranlaine. L'ennemi se nioiiUe l)réoccupé des eflbris que nous faisons de ce coté et son artillerie nous dispute vivement le terrain, ou nous sommes comme presque partout obligé, de creuser dans le roc; mais nos progrès n'en soin pas moins réels, et nous restons occupants.

1) Je vous ai informe que l'ennemi avait refusé sa gauche et éx'aci;é les parties de la vallée de Balaklava où nous l'apercevions précédciiinient eu grandes masses. J'ai voulu ra'assurcr de la situation qu'il avait prise dans cette direction, et j'ai poussé avant-hier jusque vers le village de Tchougouna une reconnaissance composée d'une brii'ale de cavalerie sous les ordres du général d'Allonville. Klle a rencolitré en arrière du village de Kamara quelques centaines de tirailleurs, qu'elle a rejelés dans les ravins. Des groupes de cavalerie, accompa-

L escadre franjiiise devoul bL'ùû:sl<.pul.

possible à enlacer la place avec nos tranchées, et tous les travaux du siège se perfeclionnenl cl se consolident, malgré la saison pluvieuse, qui rend les transports très-difliciles.

» Les deux armées s'aident réciproquement. Je dois à 1 armée anglaise le transport de presque toute la cavalerie dont je dispose en Crimée, et, de mon côté, j'ai mis ii la disposition de lord Raglan mes cacolets pour porter ses malades à Balaklava et des attelages pour le transport de ses munitions. Ces échanges contribuent à entretenir d'excellentes relations et une cordialité parfaite entre les deux armées.

u 11 ne se passe guère de nuit sans que plusieurs points du développement de nos attaques reçoivent l'en'ort d'une sortie, qui coûte généralement cher aux assaillants.

» Hier, à deux heures du matin, les Russes, après avoir fait une sortie sur la troisième parallèle des Anglais, qui les ont vigoureusement repoussés, ont également fait une démonstration sur le centre et la gauche de nos ouvrages. Accueillis par un feu tns-vif et bien dirigé, ils se sont retirés devant nos soldais, qui les poursuivaient à la baïonnette. L'ennemi a laissé bon nombre de morts sur le terrain.

sÂfin de rendreplus efficace la gardcdcs tranchées, j'ai créé un corps de volontaires qui ont la mission d'éclairer la nuit les abords de nos travaux. J'attends de bons résultats de cette institution, qui complète

gnés de leur artillerie, et quelques bataillons d'infanterie, ont paru sur les flancs de la reconnaissance, mais n'ont point cherché à entraver son opération, qui s'est très heureusement accomplie.

1) En même temps un millier de fantassins écossais et zouaves sortaient de Balaklava par la droite de nos positions, et exploraient les hauteurs qui s'étendent vers la vallée de Baïdary. Ils n'y ont rencontré qu'un poste de Cosaques.

u En somme, je pense qu'il n'y a sur la rive gauche de la Tchernaïa que des postes ennemis observant de loin nos positions. Il s'est évidemment produit dans l'armée russe un mouvement dont la cause probable est le débarquement des troupes turques qui se continue à Uupatoria. Je saurai bientôt à quoi m'en tenir a cet égard.

» Bien que le nombre des malades ait un peu augmenté par suite de riiuniidité perpétuelle au milieu de laquelle nous vivons , l'état sanitaire est satisfaisant, el le moral de l'armée est parfait.

)i Si les troupes ont été fortement incommodées par les pluies, il n'a pas encore fait froid ; la neige , qui couvre depuis longtemps la cime des montagnes de l'inlér.eur, n'a pas paru sur le plateau que nous occupons, et le thermomètre n'est pas descendu une seule fois audessous de zéro. Ces conditions générales sont rendues meilleures par les soins qu'on prend de nos soldats, et, grâce à la sage prévoyance de l'empereur et de son gouvernement, l'armée jouit d'ua

inkermanin.

bien-ctre relatif qui lui fait supporter gaiement les fatigues qui lui sont imposi'es.

» Le cUiflre des malades dans nos hôpitaux militaires de Constantinoplc est de trois mille sept cent quatie vingt-quatorze, dont mille trois cent quatre-vingt-sept lilosscs. Dans ce nombre figurent deux cent soixante-six Russes. J'ai établi en Crimée, près de la baie de Karalcb, un dépôt de convalescents, oii se rétabliront les hommes sortant des ambulances de l'armée qui n'ont besoin que d'un peu de repos pour reprendre leur scr%'ice. Cette mesure diminuera nos évacuations sur Conslantinople.

« Le prince ^;lpoléon , encore retenu à Constantinople par la maladie qui l'a forcé de quitter la Crimée , voulait venir nous rejoindre. J'ai dû m'opposer à ce retour, qui compromettait la santé du prince.

» Agréez , etc.

» Le général en chef, Caîibobert.

» 21 décembre (854. »

lait dans la baie des Roseaux, Kamicheraïa , dont la prononciation française a fait Kamiesch. Au large de cette dernière baie se tenaient en scnlinelles avancées : le Vauban, le Panama, et le Jean Biirt. La frégate la Ponwne gardait l'entrée du port, que commandaient au nord et au sud deux promontoires sur lesquels la ma'-ine avait élevé de formidables batteries. Derrière la Pomùiie , sur deux ligues, étaient rangés te Motitebdlo portant le pavillon de l'amiral Bruat, le Marcngo , le Muntezuma et l'Alqer. Une multitude de transports noliscs par la France pour le service des vivres et des munitions, venaient successivement déposer a terre leurs cargaisons.

Des embarcadères avaient été établis pour la cavalerie, l'infanterie et les marchandises. A mesure que les approvisionnements débarquaient, ils étaient rangés sous des tentes ou portés dans des entrepôts temporaires. Le rivage était couvert de planches, de sacs, de caisses, de graines et de fourrages.

La ville avait été transformée. Sur le bord de la mer étaient établis les magasins militaires et les bureaux des diverses administra-

Une reconnaissance plus importante fut faite le 20 décembre, par vingt cinq mille hommes au\ ordres du général Bos(|uet, contre des postes russes établis à l'extrémité de la plaine de 'Tchernaïa. Plusieurs /jataillons de troupes ottomanes accompagnaient l'expédition. Dès qu'une charge de chasseurs d'Afrique eut dispersé la cavalerie ennemie, les Russes sortirent du camp qu'ils terminaient, et rejoignirent à la hâte les troupes campées sur les plateaux, en abandonnant des planches, des bestiaux, des moutons et de la volaille. Laissant une force considérables de réserve dans le camp russe, le gênerai Bosquet poussa plus loin sa reconnaissance et ht de précieuses observations sur la ligue de communication entre les forces russes des hauteurs au nord de Sébaslopol et celles que l'on venait d'expulser de la plaine.

Page 1