‹ Histoire de la Guerre d'OrientChapitre 60 sur 235 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Position des flottes. — Description de la baie de Kamiesch. — Sortie de deux vaisseaux russes. — Itemplacement des amiraux Duiid.is el Uamelin.

Le rôle des marins, pendant ces combats, se réduisait à assurer le transport et le débarquement des troupes ou des munitions, et n'était cerlainemenl une missiim aussi utile qu'honorable. La flotte anglaise était à l'anc c a Km; ,'i li.iïi (la baie des Cos?qncs), dont le nom européen est par corruption Kazalchi la flollu îirauçaise mouititf3-39C,

pijuUimt lu iiuii (iiovcmlra lb64).

tions. De chaque côté de la principale rue , appelée rue du Commerce, s'élevait une ligne de baraques et de boutiques dans la couslruclion desquelles se retrouvaient tous les modèles et tous les matériaux imaginables. Chacun avait fait de son mieux pour mettre sa marchandise à l'abri des intempéries de la saison, et en même temps I)our séduire l'acheteur en mettant arlislement en montre ses plus l)caux échantillons. Des m.ïts, des haubans, des cordages, des voiles, pris sur les navires du port, avaient été employés pour bâtir ces boutiques , qui la plupart servaient aussi d'habitations. Elles avaient toutes leur numéro, sur des enseignes improvisées on lisait le nom du propriétaire, son pays, avec l'indicalion des principales denrées qu'il vendait. Des vêlements, des conserves alimentaires et les divers articles de l'épicerie, voilà ce qu'on y rencontrait le plus fréquemment.

On y trouvait aussi du vin et des liqueurs de France, mais généralement de qualités inférieures. Quelques-unes des boutiques étaient occupées par des cantinicrs français et de temps en temps se montrait quelque vivandière dans son costume coquet et militaire, servant gaiement la pratique ou stimulant le consommateur. Les marchands établis à Kamiesch étaient pour la plupart des Maltais; il y avait aussi des Allemands, mais en petit nombre. De grands magasins dont les murs étaient en pierre et d'autres plus considérables encore que l'on construisait eu bois sortaient de terre le long d'une large rue nouvelle qui coupait la première il angle droit.

INKERMANN

tJnc roule iiiacad.imisi'e flanqiu'o d'un fossé, et sous laquelle on avait nu'naré dis riijolcs pour récouleineiU des e;iu\, communiquait au quartier du général Canioberl. Kllc était parcourue par de longues l'iks de mules portant de cliaiiiic côté de leiu- bât une cliarge bien égnle de biscuits venant de Slarscille ou de Toulon cl d'autres vivres militaires destinés aux différents corps , ainsi que par de nombreux convois des équipages militaires, traînés aussi par des mules et cbarffés de planches, dé caisses, de fourrages, d'approvisionnements de toute sorte à mt-me dcsiinalion.

Les Russes ne tentèrent qu'une seule fois, le fi décembre, de troubler la sécurité profonde des escadres alliées. A une heure vingt minutes , la frér^ate le Wladimir (cripilains Boulacoff) cl la corvcllc à vapeur la Chersoncfe (capitaine lîoudnew) sortirent de la rade de Sébaslopol et se dirigcrent vers la baie de Slrelols/.ka sous la protection du fort de la Quarantaine. Leur but éMil de reconnaître les positions françaises de f;auche et d'attaquer les bâtimcnls placés en vcdctie. L'aviso la Mégère (capitaine Dcvaulce) sin;nalà immédiatement l'ennemi et s'unit au Vautour pour le recevoir; la fiéijalc anrjlaise le Terrible, le Vauban, le Calon . le Panama , le Jean Bart se mirent aussitôt en mouvement. Celte démonstration suffît pour intimider les liasses, qui, après avoir lâché quelques bordées, se réfugièrcnl sous le feu de leurs batteries côtièrCs.

Cette petite expédition pi-ouvait qu'il existait une passe dans le port de Sébastopol. Il prit fantaisie à l'amiral Bruat de la connaître; et un soir, faisant appeler dans sa cabine plusieurs officiers : « Messieurs, leur dit-il, nous allons visiter celte nuit la passe de Sébastopol, et nous rendre compte de son véritable état. »

Cette proposition fut accueillie avec joie par tous ceux auxquels elle était adressée. 11 s'agissait d'un ffrànd péril à braver et d'un ffrand service à rendre , double raison pour que tous les cœurs battissent à l'unisson de celui de l'amiraU Des clialoupes, parmi lesquelles se trouvait celle du Charhmagne , sont aussitôt réunies, et l'on part.

L'obscurité de la nuit favorisait cette expédition. On approche de Sébastopol, on étouffe autant que possible le bruit des rames, on atteint et on traverse la pnsse eu silence, et la chaloupe de l'amiral parvient jusqu'à la chaîne qui ferme l'entrée du port militaire, et que l'amiral Brual put toucher de sa main.

Pas une vedette russe n'avait jusque-là aperçu les chaloupes. Mais le jour commençriit h poindre, et l'alarme fut bientôt donnée sur toute la ligne des fortifications de la passe. Ce fut à travers un feu tcrible, soas une grêle de îprojcctilcs , tous dirigés sur les frêles embarcations de nos marins, que la pclile cxpétlition de l'amiral dut opérer son retour ; elle l'exécuta heureusement. La Chaloupe du Charlemagne fut , il est vrai , un peu endommagée ; mais pas un officier, pas un matelot ne fut atteint.

Cette entreprise, si hardiment tentée, si heureusement accomplie, fit l'admiration de toute la flotte.

Peu de jours après , le vici^-amiraî Bruat fut appelé à la direction de l'escadre en remplacement de M. Hanieliu nommé amiral. En même temps le vice-amiral Dundas , tionl le temps <le servico expirait, laissait an contre-amiral siv Edmond Lyons le comn>andemcnl de l'escadre anglaise, qui était alors ainsi compcs:'C :

Yaisseafx tf. iicNE : Aqnmem'ncfn , à hélice, fiO ."anons; Albion, 00 ; Alfiiem, k hélice, ^0; HcUerophcm . 7S ; lyritannia , îJO; Harmiba! , à hélice, 90; London, 00; 'Prafalqnr. 1?0; /Joffe(>i/, 92; Sam-^^weil, à hélice, 81; Vengeance, 84; Hr/y«'l-Alhvi-l , à hélice, 150.

Frégates : Leander, 60 canons; Relribuîion, à Vîipcttr, 2S> Siâon, à vapeur, 22; Sanipson , a xapeur, fi; Sirtwcm , à vapeur, 18; Terrible, à vapeur, 21 ; Valorous, à vapeur, IC ; Firelrand, à vapeur, (J ; Cladialor, à vapeur, G ; Fitrioua, à vapeur, 16 ; Vulcan. à vapeur, 14 ; Curaçao, à vapeur, 30; Tiibune, à vapeur, 31 ; Diamond, à voiles, 27 : Iligh/liier, a vapeur, 21 ; Miranda, à x-apeur, 14; Sphinx, à vapeur, U; Dautitless, à vapeur, 36.

Corvettes, etc. (toutes h vapeur) ; Arrow, 6 canons; Banshee, 2; Eagle, i; Caradoc, 2; Ci/c/ops, fi; Harpy, 1; Inflexible, 6, Lynx '/ ; Médina, 4 ; Megœra, S ; Modeste, 1 8 ; Niger, 1 4 ; Snakc. i ; Spiteful, C ; Spitpre, 5; Stromboli , G; Swalhtr, 9; Triton, 3; Vesuvim, 6; Vulcan, C; IVafp, 14; Hranglcr, i; Zéphyr, 5.

Avant de quitter la Crimée, les deux amiraux échangèrent les lettres suivantes :

n A bord do Furious, baie de Kaiatch, 19 dCMnibre 1854

« Mo:^ CTIER AMIRAL,

* Je ne puis résigner le commandement sans faire mes adieux à la flotte placée sous vos ordres, aux opérations de laquelle j'ai coopéré pendant si longtemps avec orgueil et plaisir.

)' J'emporterai avec moi en Angleterre, cl je conserverai toujours ce souvenir, qui m'est si cher. Je vous prie, si vous n'y voyez pas d'objections, d'exprimer mes sentiments aux ofiîcicrs et aux marins sous votre commandement, avec l'assurance de mes souhaits consUiDls pour l'éclatante réalisation de leurs espérances.

>■ Accueillez pour vous-même, mon cher amiral, mon désir de vous voir trouver, à votre retour dans votre patrie, tout le bonheur que vous pouvez souhaiter.

» J.-W. D'. Hondas, i»

« Uoniézuma, Kamiesch, le 22 décembre 1854.

1) MoM Clll:n AMIRAL,

>> J'ai l'honneur de vous informer que je remets demain, 23 décembre, le commandement de l'escadre française a HI. le vice-amiral Bruat.

» Au moment de me séparer de vous et de l'escadre placée sous vos ordres, je vous prie , si vous n'y voyez pas d'objections, d'exprimer en mon nom à tous vos officiers et marins combien j'ai élé heureux du concours cons'.aut et de la bonne harmonie avec lesquels nous avons poursuivi toutes nos opérations maritimes et militaires, depuis notre entrée dans la mer Koire. Quoique loin d'eux, je m'associerai toujours de cœur à leurs succès, et le souvenir du tcuipsque nous avons passé ensemble sera pour moi un des souvenirs les plus doux de ma carrière maritime.

" Pour vous, mon cher amiral , recevez les vœux que je fais pour votre bonheur, et veuillez agréer l'expression de mes sentiments les plus aflcctueux et les plus dévoués.

» L'amiral de France commandant en chef l'escadre de la Méditerranée ,

» Hamelin. u

Le commandant anglais adressa en outre ces paroles d'adieu aux capitaines et matelots de la flotte de la Méditerranée et de la mer Noire :

» Vaisseau de Sa Majesté le Brilannia, dans le Bosphore, 22 décembre 1854.

)) Mon temps de service, comme commandant en clicf dans la Méditeriauée et la mer Koire, touchant à sa fin, je vais quitter le commandement de la flotte et rentrer en Angleterre. Pendant l'année qui xieiit de s'écouler, nous avons eu de dures épreuves : peste sous sa forme la plus grave, combats contre des fortifications comme jamais flotte n'en a attaqué , tempête d'une terrible violence. Dans toutes ces épreux'os, la bonne conduite et la vaillance de la flotle ont ressorti et ont été prouxécs. lui prenant atVcctwcusemcnt congé des ofiitiers, matelots et soldats de marine de la flotte, je dois dire que vicn ne me sera plus agréable, k l'avenir, que de sa\-oir qu'ils conservent leur bonne discipline, leur esprit d'entreprise et leur dévouement à la reine et au pays.

» J.-W D^ Dusdas, » Vice-amiral commandant en chef. »

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