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CHAPITRE XXV

Réquisitions. — Acceptation des quatre garanties par Nicolas l". — Note prussienne du 5 janvier. — Mission du général Wedcll. — Traité d'alliance avec les Etats sardes. — Résolution de la diète de Francfort. — Maniste du czar.

Les négociations marchaient concurremment avec les événemcuts militaires, mais sans amener davantage une solution.

Avant le délai de quatorze jours que la dipiomatie avait assigné au prince Gortschakolï, il fut autorisé à accepter l'interprétation des quatre garanties telles qu'elles avaient été formulées le 2S décembre et qu'elles furent résumées dans un mémento du 7 janvier 1555.

Celle concession fournit .'i la Prusse un nouvel argument. « Cois ment 1 dit M. de JIantc';ffel dans une note du 6 janvier, c'c;t au moment oii la l\tissi<! envoie ;i son rcpréscnlant ii Vienne des pouvoirs plus étendus en vue d'une conciliation, que vous craignez une agr.^ssion de sa part! Les préparatifs immédiats de guerre sont moins q:ic jamais commandés par les circonstances : l'action diplomatique sulli:. Mais pour que nous la secondions, il est indispensable que nous soyons admis à des délibérations qui impliqueot un remaniement de tout le droit public de l'Europe cl la nuidifuation des traités dans lesquels la Prusse a été partie contraclante. Elle revendique le droit d'assister aux conférences qui vont s'ouvrir, non en vertu de stipulations récentes, mais en vertu de sa position comme grande puissance, qui lui a permis de signer les anciens traités. "

Le gouvernement français combattit les prétentions de la Prusse, n Le cabinet de Paris, dit .M. Dronyn de t'Huys le 1 1 janvier, voit , dans l'exposé que renferment les dépêches de ^1. de .ManteulTel, deux ordres d'idées très-distincts : l'un spécial aux relations du gouvernement prussien avec la cour de Vienne, l'autre se rattachant il l'ensemble de sa situation en Europe.

)) Sur le premier point, la France est résolue à ne pas s'immiscer dans des questions qui appartiennent exclusivement à la Confédération germanique; sur le second le cabinet de Paris est tout disposé à s'expliquer.

» Le cabinet de Paris ne songe pas à contester à la Prusse le rang oii elle s'est placée. Rien plus, il lui a très-souvent rappelé, depuis deux ans, les obligations de ce rang élevé dont clic se montre justement lière. Mais il croit devoir faire observer que la qualité de grande puissance est permanente; on ne peut pas s'en dépouiller lorsqu'elle ontrainc des charges , pour la reprendre dès qu'elle n'offrira plus que des avantages.

INKERMANN

a Des droits et des devoirs âe. celte importance sont absolument corréliitifs ; les uns ne sauraient se si'parer des autres. Il n'est pas a croire que l'Angleterre et l'Autricbc voient ces choses autrement que la France ; mais ce qui est certain, c'est que la France n'admettra pas qu'une puissance demeuri'e par sa propre volonté eu deliors des grands cvénements qui s'accomplissent dans le monde , maintienne sa préleulion d'en ri'-ijler ensuite les conséquences. Les profils de la ijuerre ne sont que pour les belligérants. Or, le profit de la (j'ierre actuelle , profit essentiellement moral , ce sera le droit de parlicipcr, dans rinlérât européen, aux rbglcmcnts de la ]iaix. La Prusse n'a encore rien fait pour cela. Elle a refusé de proclamer sa neutralité. Cette résolution lui fait honneur. Mais, réellement, de quel côté est-elle? Si les hostilités se prolongent, sera-t-ellc avec ou contre les puissances alliées? C'est ce que l'on ne sait pas encore.

M La Prusse pourrait-elle reprocher h la France sa confiance dans l'Autriche? Mais les comluites sont bien différentes. Par un mouvement qu'elle déclare purement stratégique, la Rassic évacue les Principautés : aussitôt la Prusse se dit satisfaite; tandis que l'Autriche le lendemain même du jour où cette évacuation lui est communiquée échange avec la France el l'Angleterre les notes du S août. Le 28 novembre, le prince GortschakofT annonce l'adhésion de sa cour aux quatre points : la Prusse se félicite d'avoir atteint le but de ses efforts; tandis que l'Aulriclic signe lo 2 décembre le traité d'alliance avec les puissances occidentales. Le " janvier la Russie fait connaître son adhésion à l'intirprélalion des quatre garanties: la Prusse, croyant voir le succès complet de sa politique, repousse l'appréciation f.:ile par l'Autriche du traité du 20 avril , et refuse de fournir son contingent; tandis que l'Autriche s'empresse de reconnaître spontanément que le cas prévu par l'article 5 du traité du 2 décembre est réalisé , que le réiablissement de la paix n'est pas assuré, et elle offre de combiner avec les puissances alliées ses plans d'opi^ration militaires. » Voudrait-on soutenir que l'Autriche trouve, dans l'alliance établie par le traité du 2 décembre, des avantages que n'aurait pas la Prusse? Quels sont-ils? Cette obsen-ation faite par la Prusse n'implique pas sans doute un assentiment; mais, cependant, puisqu'on propose de faire un traité /jrussien à côté du traité autr!clien,\\ faudrait que l'on fît savoir ce que signifie au juste cette proposition? Etait-ce là l'objet de la mission à Londres de M. d'Lsedom? Cette mission a été revèlue avec tant de soin de formes confidentielles, que le secret n'en est pas encore parvenu au cabinet de Paris. Mais plus on s'applique à le lui cacher, plus il a dû tâcher de le découvrir. Or, ce qu'il a pu en savoir, c'est que la Prusse faisait tous ses ctlorls pour empêcher les alliés de porter la guerre sur L- point vulnérable de leur ennemi, et pour interdire à leurs troupes le passage de l'Allemagne. Qu'offrait-ellc pour compensation ? De placer un corps d'armée sur la frontière de la Pologne. C'est-à-dire que la Prusse d'une main détournerait l'épée des puissances alliées, et de l'antre couvrirait la Russie d'un bouclier. jN'e .serait-on pas autorisé à croire que M. d'Usedom portait différents traités dans son portefeuille, et qu'il eu a tiré par erreur à Londres celui qui ne devait être produit qu'.i Saint-Pétersbourg ?

» Le go vcrnement français n'a pas l'intention , on peut en être assuré, de blesser la Prusse. U s'exprime ainsi dans un loyal et sincère épanehemcnt ; et s'il désire que ses paroles soient rapportées à Berlin , c'est dans l'espoir de faire enfin sortir la Prusse d'une situation où, s'il avait été assez heureux pour voir ses efforts réussir, elle ne serait pas aujourd'hui. »

Bien que l'Anglclerre partageât complètement cette manière de voir, le cabinet de Berlin persista à revendiquer son entrée dans les EODseils des puissances occidentales. De nouvelles notes furent éclianjées, le lieutenant général de ^\ cdell fut envoyé deux fois ;i Paris; iuais il n'y apportait que des propositions inacceptables, eoraae celle ie faire des modifications au mémento du * janvier ; exigence d'autant rlus étrange que la Russie elle-même l'avait adopté. La France et t Angleterre se montrèrent fermement décidées h n'accorder à la Prusse aucune participation au règlement de la paix que lorsqu'elle se serait placée, par rapport aux quatre garanties, sur la même ligne que les contractants du traité d'alliance du 2 décembre 1854.

Comme pour compenser le mauxais vouloir de la Prusse, la ,Sardaignc adhéra le lO janvier à la conx'entiou conclue le 10 avril lS,5i entre la France, l'Anglclerre et la Turquie. Deux motifs empêchaient les Etats sardes de se rattacher au traité du 2 décembre : c'était la conséquence de notes et de protocoles auxquels ils étaient étrangers, et la réserve inscrite dans l'article 0 était spéciale à la Prusse ; il leur CTit d^aillcurs répugné , par de justes susceptibilités, d'entrer en alliance directe avec l'Autriche. 11 fut conx'cnu que le roi de Sardoignc fournirait quinze mille hommes entretenus à ses frais en Crimée, mais dont la France et l'Angleterre payeraient l'embarquement et le transport. A la tète dn corps expéditionnaire fut placé Alphonse dclla Marmora; Joseph Durando eut le commandement de la 1" division , cl Alexandre délia Marmora celui de la seconde.

L'alliance des Etats sirdcs était une conquête précieuse mais secondaire; l'essentiel eût été d'établir entre les Etats germaniques une communauté d'intentions, et le cabinet de Vienu'- y usait vainement sa logique. Las de parlementer avec la cour de Berlin, il prit

l'initiative auprès de la diète de Francfort, et lui demanda de mobiliser au moins la moitié des contingents fédéraux, et de procéder dans les plus courts délais à l'élection d'un commandant en chef, qui, bien entendu, eût été l'empereur Franrois-,loseph. D'après les tali'eaux publiés par la commission militaire de Francfort, l'armée fédérale dont le cabinet de Vienne réclamait le rassemblement avait une force totale de 525,037 hommmes ainsi répartis :

Corps d'armée. Hommts.

L II. m. Autriche 153,v0.i

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