‹ Histoire de la guerre de 1870-1871 (volume 2)Chapitre 10 sur 12 · FIN DU TOME PREMIEB · texte numérisé non relu

FIN DU TOME PREMIEB

Note xur le rôle de la diplomatie française dans les événements qui ont amené la guerre de 1870.

Pendant que je terminais les derniers chapitres de ce tra* vail, M. Benedetti faisait paraître, sous le titre de Ma mission en Prusse, un livre du plus haut intérêt, qui jette sur les événements qui ont précédé et amené la guerre un jour aussi curieux que décisif. Il prouve d'une manière victorieuse que le gouvernement de l'flmpereur a été ten^ au courant non-seulement de l'état militaire de la Prusse, mais de tous les faits politiques qui devaient ou détourner la France de la guerre, ou ne lui permettre de s'y engager qu'en prenant, au point de vue des alliances et des armements, les mesures les plus propres à soutenir ime lutte redoutable. M. Benedetti a mis sous les yeux de ses lecteurs des dépêches, des documents confidentiels qui n'avaient jamais été publiés, et en cela il a rendu un grand service à la cause de la vérité, en même temps qu'il a si ce n'est complètement détruit, au moins singulièrement atténué les reproches dont il était l'objet. Dans sa dépêche du 25 août 1866, il évalue l'augmentation d'efïectif apportée à l'armée prussienne par les annexions des pays conquis :

a Du jour, écrit-il, où ces territoires, dont la population, en n nombre rond, atteint quatre millions cinq cent mille âmes,

w seront régis par les lois de recrutement en vigueur en Prusse, n cette augmentation comportera quatre-vingt mille à quatre- » vingt-dix mille soldats ; enfin, lorsque la fusion sera devenue n également complète pour la landwehr, ce qui peut avoir n lieu en peu d'années, l'efFectif de guerre de la Prusse se monn tera à huit cent mille comJbattants. »

Pendant le cours des années 1866 et 1867, notre ambassadeur a constamment informé le gouvernement des incidents politiques qui pouvaient l'éclairer sur les dispositions de la Prusse. Mais c'est surtout dans un long rapport du 5 janvier 1868, résumé de sa correspondance de l'année, qu'il a précisé avec ime grande netteté ce que la France pouvait avoir à craindre ou à espérer, en même temps qu'il pressait le gouvernement de prendre un parti ou dans le sens de la paix ou dans le sens de la guerre. On trouvera dans ce remarquable document l'indication très-explicite des desseins de M. de Bismarck, poursuivant l'unification de l'Allemagne sans rien précipiter, mais sans se laisser détourner de son but et sans négliger aucune occasion de s'en rapprocher. M. Benedetti explique fort bien que le gouvernement prussien ne cherche pas un conflit avec nous, mais qu'il s'y exposerait s'il le fallait pour achever au sud du Mein le travail d'assimilation germanique réalisée au nord. « Quel est son objectif, écrit-il, quel 71 but poursuit-il ? Ce n'est pas de nous attaquer, je l'ai dit et 9 je le répète, au risque d'assumer ime grande responsabilité, n parce que telle est ma conviction profonde. Son but est de I» franchir le Mein et de réunir le sud de l'Allemagne au nord n sous l'autorité du roi de Prusse, et j'ajoute qu'il se propose » de l'atteindre, au besoin, par les armes, si la France venait » à y mettre ouvertement obstacle, n

Un peu plus bas il poursuit en ces termes :

u En attendant que les circonstances viennent à son aide, » M. de Bismarck ne néglige aucun moyen pour y disposer

n les hommes aussi bien que les choses 4 . • • • >:

n Ce que je crois fermement, c'est que du jour où l'état de

» l'Europe le lui permettra et dès que les choses en AUemag^ne n lui paraîtront arrivées au point où il les pousse, il exécutera n rapidement le plan qu'il a conçu, et, soit au titre définitif » d'Empereur, soit au titre temporaire de président de la CSonn fédération g^ermanique, le roi de Prusse sera proclamé soun verain de l'Allemagne. »

C'est en fcice de ces éventualités que M. Benedetti essaye de faire comprendre au gouvernement impérial que le moment est venu de prendre un parti, de dissiper les défiances du cabinet de Berlin, ou de se préparer à un formidable conflit : voici en quels termes il pose la question :

u J'ai dit plus haut comment on envisage en Allemagne les » sentiments de l'opinion publique en France et ceux mêmes n du gouvernement de l'Empereur. On nous suppose des in* n tentions hostiles , et je n'ai pas cru me tromper en ajoutant » qu'on considère généralement un conflit entre les deux pays n comme certain, sinon comme imminent. Toutes nos décla- .) rations pour démentir ces conjectures ou ces appréhensions » sont restées infhictueuses. Les réserves dont nous les avons n quelquefois accompagnées ont au contraire contribué à les n raffermir. La Gazette du Weser, journal officieux, était l'in- I) terprète des vœux du public allemand autant que l'organe n du gouvernement prussien, quand, dans un article récent, » auquel le Constitutionnel a cru devoir répondre, elle regretn tait que le gouvernement de l'Empereur n'ait pas affirmé de n manière à lever tous les doutes sa résolution de ne pas s'im- M miscer dans les affaires allemandes. C'est qu'en effet pour le n gouvernement prussien , conome pour les partis qui l'apt) puient, il ne s'agit plus aujourd'hui de savoir conunent i| n peut nous convenir d'apprécier le développement qui a été » donné à la Confédération du Nord ; c'est de la conduite que » nous tiendrons devant l'unioii du Nord et du Midi que l'on n se préoccupe, et rien, ni dans notre langage ni dans nos » actes, ne leur semble démontrer que nous n'y mettrons pas n obstacle ; ils interprètent au contraire nos paroles, quelque

» mesurées qu'elles puissent être, et nos armements, comme » des indications certaines d*un parti pris de nous y opposer. » Ce qu'on nous demande, en un mot, c'est que nous n'entran vions en aucune façon les arrangements qu*on veut absolun ment prendre avec les États du Midi, n

ttSi telle devait être notre résolution définitive, j'oserais I) dire qu'il conviendrait de ne pas négliger les occasions qui n pourraient nous être offertes pooi l'attester. Ce serait inaun gurer une politique de paix, et elle ne peut produire les bienn faits qu'il serait permis d'en attendre qu'en dissipant comn plétement les nuages qui subsistent entre la France et l'Aln lemagne. L'incertitude qui agite profondément les esprits n de ce côté'Ci du Rhin est le moyen dont le gouvernement n prussien se sert pour tenir éveillées les susceptibilités de n l'esprit public. Elle a un inconvénient encore plus grand, » celui de resserrer chaque jour davantage les liens qui unisn sent la Prusse à la Russie, de solidariser les ambitions de w l'une en Allemagne avec celles de l'autre en Orient, et de n permettre au cabinet de Saint-Pétersbourg de susciter sur n le Danube des complications qui conduiront à une guerre n générale pendant que nous ferons à la paix des sacrifices con. n sidérables sur le Rhin. L'imminence de ces complications n tirera peut-être l'Angleterre de son indifférence, et pourra D opérer une diversion ; je ne veux pas examiner ici les choses » à ce point de vue, et je me borne à constater que la Russie » se montrerait assurément moins entreprenante, que la Prusse, n de son côté, ne l'encouragerait pas à réveiller la question » d'Orient, parla simple raison qu'elle ne saurait elle-même y n trouver aucun avantage, si elle ne croyait indispensable de n payer de ce prix la liberté qu'elle revendique en Allemagne. j » Une autre remarque, non moins digne (titre notée, c'est n que la défiance dont nous sommes C objet en Allemagne est n un élément essentiel de l'autorité et du prestige acquis à n M, de Bismarck ; elle groupe autour de lui tous les partis n modérés et les porte à lui sacrifier les principes qu'ils re-

f présentent. Votre Excellence n'ignore pas avec quelle habif leté le président du conseil , soit à la veille des élections, soit » avant une discussion importante, a su agiter le fantôme de ♦l'intervention jFrançaise, et il n'aurait certes pas obtenu du i^pays des majorités si complaisante s y s'il ne lui eût pas été j facile de . leur persuader que l'ennemi veillait aux fronn tières. Que ces appréhensions s'effacent, et M. de Bis^ • marck rencontrera dans l'opinion libérale^ prépondérante % en Prusse autant que dans les autres États germaniques, » la ferme volonté de soumettre tous les a^tes du gouverne^ 9 ment prussien à un contrôle sérieux ctoii naîtront des connfits intérieurs et une certaine limitation des pouvoirs im^ » menses conférés à la couronne. Il faut rendre cette justice n aux Allemands, c^est que les sentiments qu'ils nous témoin n gnent leur sont généralement inspirés par le souvenir et » la crainte des invasions dont leur pays a été le théâtre; » rassurés contre une si funeste calamité, ils emploieraient n toutes leurs forces à peser sur leurs gouvernants pour les n contraindre à accepter franchement, dans toutes leurs n conséquences, les institutions des États libres,

n Ces diverses considérations seraient sans valeur si le goun vemement de l'Empereur pensait que la France ne peut, n sans en être amoindrie, acquiescer à l'union de l'Allemagne, n et qu'un devoir de premier ordre nous oblige à la comn battre, malgré l'attitude de la Russie, malgré l'afFaiblissement » de l'Autriche, malgré l'état d'anarchie où les partis ont jeté » l'Italie. Je comprends que, dans ce cas, nous attendions les n événements, sans plus nous expliquer que nous ne l'avons » iait jusqu'à présent, et que nous choisissions notre heure n pour rappeler la Prusse à la stricte observation du traité de n Prague. Si nous n'avons pas été partie à cet acte, nous en If avons tracé les préliminaires, et nous les avons offerts aux n puissances belligérantes, qui, en les acceptant, ont contracté n avec nous l'obligation morale de ne pas en excéder les clau- » ses. Les pourparlers ouverts à cette occasion n'ont aucun I. 23

w sens, ou ils sî^ifient en effet que la France considérait » comme compatibles avec ses intérêts les transactions dont n elle posait les bases, et que les cours qui ont consenti à en » faire les conditions de la paix ont, de leur côté, reconnu, en » y adhérant, qu'elles devaient y conformer leurs prétentions. » Cet engagement serait totalement méconnu par la réunion, n SOUS une forme quelconque, des États du Nord de TAllen magne avec les États du Midi, pour lesquels les prélimî* I) naires de Nickolsburg stipulaient une situation intematio^ » nale indépendante, comme gage de la sûreté des puissances » limitrophes.

» La question de droit, à mon sens, ae saurait donc être n (Jouteuse ; mais il ne faut rien nous dissimuler^ le senti- » ment public en Allemagne a généralement pressé le gou» n vernement prussien d* entrer dans la voie où il s'avance ; n l'union ^fabord, la liberté ensuite, tel a été le programme tt du parti national, comprenant toutes les nuances libérales n modérées, dès qu'il a pu se rendre compte de la portée n des succès obtenus par les armées prussiennes, et c'est n avec des transports d'enthousiasme et de haine qu'il secon» n derait le gouvernement du Roi dans une guerre contre la n France pour en assurer l'entière exécution. Il y a en AUe- » magne des particularistes, qui ont à leur tête les princes n déchus et la plupart de ceux qui ont plus ou moins conservé » leur pouvoir souverain. U règne dans plusieurs États seconn daires un éloignement invincible contre tout ce qui tient au n gouvernement prussien. Dans le Hanovre et en Saxe, conmie » parmi les démocrates et les populations catholiques du Midi, I) ces sentiments sont plus ou moins partagés ; mais au début M d'une guerre nationale, les plus obstinés parmi ceux qui les If professent ne pourraient que s'abstenir d'y participer ; ils n devraient s'effacer devant les masses, qui y applaudiraient, en s'imposant avec passion les sacrifices qu'on leur demann derait. Cette situation subirait nécessairement l'influence 9 d'une première bataille, et si elle était funeste à la Prusse;,

» on Terrait se manifester ouvertement les ressentiments qui » sont nés de l'abus qu'elle a fait de la victoire. Mais les po-- » pulations allemandes, en général, regarderaient la lutte y If quelles que soient les circonstances au milieu desquelles n elle éclaterait, comme une guerre (f agression de la France '» contre leur patrie; et si le sort des armes leur était favo^ » rable, leurs exigences ne connaîtraient plus de limites; » elles égaleraient celles de la Prusse, qu'il a toujours été ft si difficile de satisfaire toutes les fois qu'elle a été victo~ » rieuse, Cest donc une guerre formidable, dans laquelle » tout un peuple, au début, prendrait parti contre nous, que n nous aurions à soutenir. Le gouvernement de l'Empereur w ne saurait, par conséquent, mettre trop de soin à en peser n <f avance toutes les chances, et à mûrement réfléchir avant 9 de prendre la détermination que lui sembleraient exiger n l'intérêt et le salut du pays.

n J'arrête ici cet exposé, que je recommande encore plus à n votre indulgence qu'à votre attention , et je le résume en n quelques mots : L'union allemande s'accomplira prochaine- » ment; devons-nous l'accepter? Dans ce cas, ne cachons pas Il que nous lui ferons un accueil bienveillant; rassurons la » Prusse; elle s'éloignera de la Russie, et l'état industriel et » commercial de l'Europe se relèvera de sa détresse. Dans le » cas contraire , préparons-nous à la guerre sans relâche , et » rendons-nous bien compte d'avance de quel concours peut » nous être l'Autriche; calculons notre conduite de manière à » résoudre l'une après l'autre la question d'Orient et celle n d'Italie ; nous n'aurons pas trop de toutes nos forces réunies «pour être victorieux sur le Rhin; la campagne de 1866 a » surabondamment démontré les dangers d'une lutte engagée n des deux côtés des Alpes, n Veuillez, etc. n

Ces citations dispensent de tout commentaire. Elles prou*

vent jusqu'à la dernière évidence que les renseignements les

plus précis ont été fournis au gouvernement de l'Empereur, et

qu'il n'a pu se tromper sur les dangers auxquels il exposait la France en provoquant une rupture avec la Prusse. 11 a su qu'il se heurterait à une armée de huit cent mille hommes prêts à entrer en campagne ; mieux que cela, à la nation tout entière, animée d'un enthousiasme indicible , dès qu'il s'agirait de repousser l'agression française. Et non*seulement il a négligé les sages avertissements qui lui étaient donnés , mais il les a dissimulés. Lorsque l'opposition se plaignait, avec raison, que le Livre jaune ne contint aucune dépêche sur l'Allemagne, les ministres répondaient qu'ils ne publiaient rien, parce qu'il n'y avait entre nous et la Prusse aucune occasion, même lointaine, de conflit, et ils gardaient dans leurs archives ces graves renseignements qu'il eût été si utile à la nation de connaître. Plus tard, lorsque le moment décisif était venu, c'était avec le même aveuglement que le gouvernement de l'Empereur engageait la lutte , opposant à l'ennemi une force inférieure de près des trois quarts à celle qu'il attaquait, ne prenant pas même le soin d'armer ses places, laissant tout aller à l'aventure ; si bien qu'il n'a fallu que quelques semaines pour nous précipiter au fond de l'abîme.

Le Uvre de M. Benedetti n'est pas moins instructif en ce qui concerne la candidature du prince de HohenzoIIem et le dénoûment final des courtes négociations qui ont suivi l'inqualifiable déclaration du 6 juillet. Une première dépèche du 27 mars 1869 rend compte d'une démarche fûte à Berlin par l'ambassadeur d'Espagne à Vienne, et de la supposition de pourparlers engagés avec le cabinet de Madrid au sujet du prince prussien. Celles du 31 mars et du 1 1 mai suivants font connaître les explications données par M. de Bismarck et les doutes très-sérieux que ces explications devaient faire naitre. Le gouvernement était donc averti; il Tétait si bien, que la première idée de cette combinaison était venue d'un membre de la famille impériale française : c'était précisément au mois de mars 1869. On ne donna pas suite à ce dessein, qui des deux côtés parut abandonné. Mais lorsqu'il fut repris en 1870,

il eût été sage d'en paraître moins étonné. Avec moins d'éclat, on aurait eu plus d'autorité pour le combattre. Telle ne fut pas la politique du gouvernement de l'Empereur. Après avoir conmiis une première faute en défiant publiquement la Prusse, le ministre des affaires étrangères en commit une seconde non moins grave en expédiant M. Benedetti auprès du Roi à Ems. C'était courir au-devant de périlleuses difficultés, la suite ne Ta que trop prouvé. Du 3 au 14 juillet, l'échange de dépêches entre le ministre des affaires étrangères, l'ambassadeur de Prusse et celui de Madrid, a été de la plus grande activité. M. Benedetti publie quarante-neuf télégrammes ou rapports mettant au courant heure par heure de tous les incidents de la négociation. Ces pièces établissent : 1* que le roi de Prusse a entendu laissera son parent une entière liberté, mais qu'ayant reçu communication de la décision prise par le prince Léopold de se désister de la candidature à la couronne d'Espagne, il a chargé notre ambassadeur de a faire savoir au gouvernement » de l'Empereur qu'il approuvait cette résolution ; » 2* qu'il s'est refusé, malgré notre insistance, à donner une garantie personnelle pour l'avenir, entendant se réserver sa liberté d'action suivant les circonstances; 3* que le ministre des affaires étrangères a fait de ce refus le casus belli que lui et M. Emile Ollivier ont ensuite rattaché à une prétendue insulte qu'aurait subie notre ambassadeur.

Or, sur ce point décisif, j'ai invoqué le témoignage de cet ambassadeur kii-méme, en reproduisant celles de ses dépêches qui ont été lues à la tribune. Aujourd'hui, c'est sa propre affirmation que j'oppose aux allégations ministérielles. Dans une lettre écrite à l'un de ses amis le 25 novembre 1870 et qui sert de préface à son livre M. Benedetti écrivait : « J'a- 9 jouterai, puisque vous me le demandez, qu'il n'y a eu à » Ems ni insulteur, ni insulté, et le Roi lui-même a été fort » surpris quand il a eu connaissance des fables publiées par » certains journaux qui croyaient cependant reproduire le » récit de témoins oculaires. »

Mais ce n'est pas seulement sur cette affirmation <[ue repose la démonstration du parti-pris du cabinet français. Les dépêches publiées par M. Benedetti ne permettent pas un instant de doute à cet égard : M. le duc de Gramont télé^aphie le 7 juillet : » Nous savons par les aveux du prince lui-même » qu'il a combiné toute l'afEeure avec le gouvernement prusn sien, et nous ne pouvons pas accepter la réponse évasive

V avec laquelle M. de Thile cherche à sortir du dilemme qui « lui a été posé. Il faut absolument que vous obteniez une jt réponse catégorique suivie de ses conséquences naturelles. n Or voici la seule qui puisse nous satisfaire et empêcher n la guerre.

n Le gouvernement du hoi n^approuve pas Cacceptaiion » du prince de Hohenzollern et lui donne l'ordre de revenir n sur cette détermination prise sans sa permission,

» Il restera eiisuite à me £eiire savoir si le prince, obéissant « à cette injonction, renonce officiellement et publiquement » à sa candidature.

» Nous sommes très-pressés, parce qu'il faut prendre les » devants dans le cas d'une réponse non satisfaisante, et dès n samedi commencent les mouvements de troupes, pour entrer v en campagne dans quinze jours,

n Vous citerez au Roi tous les exemples que vous con^ « naissez de certaines couronnes interdites à certains princes v pour des raisons d'ordre politique. Le duc de Nemours en n Belgique, un prince anglais, russe ou français en Grèce, un ff Murât à Naples désavoué par l'Empereur, etc. J'insiste surit tout sur la nécessité de ne pas laisser gagner du temps par n des réponses évasives : il fout que nous sachions si nous

V avons la paix , ou si une fin de non-recevoir nous oblige à » faire la guerre.

n Si vous obtenez du Roi qu'il révoque l'acceptation du » prince de Hohenzollern , ce sera un immense succès et un Il grand service : le Roi aura de son côté assuré la paix de » l'Europe.

» Sinon c'est ta guerre.

n Quant au prince, son règne en Espagne ne durera pas n un mois. Mais la guerre provoquée par cette intrigue de n M, de Bismarck, combien durerait-elle et quelles en seront » les conséquences ?

» Ainsi donc, pas dt ambages et pas de lenteurs. Jamais n mission ne fut plus importante, Puissiez-vous y réussir, n c^est mon vœu le plus ardent»

» Tout à TOUS,

r* GrAMONT, »

C'est donc un ultimatum que notre ambassadeur est chargé de signifier au roi de Prusse. On lui demande de désapprouver la candidature du prince de Hohenzoilem et de donner à ce dernier l'ordre d'y renoncer. Sinon on entre immédiatement en campagne.

Et conune le Roi a réclamé un délai pour connaître la réponse du prince Léopold et ceUe du prince Antoine son père, le ministre français s'irrite et ne modère plus son impatience, il télégraphie le 10 juillet :

a II faut employer tous vos efforts pour obtenir une réponse « décisive; nous ne pouvons pas attendre, sous peine d'être » devancés par la Prusse dans nos préparatifs. La journée ne » peut pas s'achever sans que nous commencions,

n Je sais de source certaine qu'à Madrid le régent désire n la renonciation du prince de Hohenzoilem; dès que vous » le pourrez, envoyez-moi un télégramme. »

Le même jour, il adressait à M. Benedetti la lettre particulière suivante :

» Mon cher Comte ,

» J'ai reçu à dix heures et demie du matin votre télé- » gramme d'hier soir. Il a été arrêté en route et tellement » tronqué dans la partie la plus importante qu'il est presque » impossible d'en rétablir le sens. Je vous envoie le comte Daru^

V en vous priant de le faire repartir immédiatement, car nous n ne pouvons plus attendre. Pendant que le Roi vous remet » d'heure en heure sous prétexte de se concerter avec le prince n de HohenzoUem,' on rappelle en Prusse les hommes en » con^é, et on g;açne sur nous un temps précieux. À aucun n prix nous ne pouvons donner à nos adversaires aujourd'hui n ces mêmes avantages qui ont été si funestes à l'Autriche en » 1866. Et d'ailleurs, je vous le dis nettement, l'opinion pun bUque s'enflamme et va nous devancer; il nous faut com^ » mencer,. Nous n'attendons plus que votre dépêche pour n appeler les trois cent mille hommes qui sont à appeler. Je » vous en prie instanmient : écrivez-nous, télégraphiez -nous n quelque chose de bien clair. Si le Roi ne veut pas conseiller » au prince de HohenzoUem de renoncer, eh bien ! c'est la n guerre tout de suite, et dans quelques jours nous sommes n au Rhin. Le Roi est désormais en cause. Après l'aveu qu'il » a fait d'avoir autorisé l'acceptation , il faut qu'il la défende, » ou du moins qu'il conseille et obtienne la renonciation. Mais^

V ce qui est pour nous plus important que la renonciation ellen même, c'est de savoir promptement à quoi nous en tenir.

n Ainsi donc, mon cher Comte, je vous prie de m'écrira n par la poste, en chiffres j pour me confirmer vos télégram- » mes, et surtout le plus tôt possible par le retour du comte » Daru et du comte de Bourqueney.

t) Pour vous metta*e bien au courant de la situation, je » vous envoie les derniers télégranmies que j'ai reçus de n Madrid et de Saint-Pétersbourg. Celui de Madrid vous ser- M vira pour mettre à l'aise la conscience du Roi, s'il se croit » lié par les avances espagnoles auxquelles il s'est rendu avec » si peu d'égards pour nous.

» Mille amitiés et tout à vous,

» Gramont. »

Le lendemain, le ministre envoyait un télégramme qui arrivait avant la lettre que je viens de transcrire :

» Vous ne pouvez vous ima^er à quel point l'opinion pun blique est exaltée, elle nous déborde de tous côtés et nous » comptons les heures. Il faut absolument insister pour ob- »i tenir une réponse du Roi, négative ou affirmative. // nous n la faut pour demain, aprês-demain serait trop tard.

n Le régent d'Espagne , après une conférence , a décidé I» d'envoyer au- prince quelqu'un qui sera autorisé à voir le n Roi, et même M. de Bismarck, pour demander le retrait de n la candidature. Ce sera le général Dominguez ou M. Silveia. » Vous pouvez vous servir de cette information, si vous le jugez o nécessaire au succès de vos efforts ; mais il serait bien prén férable pour le gouvernement de devoir le retrait de la can- » didature à la seule intervention du Roi.

» Si vous réussissez, télégraphiez de suite, et venez à Paris ; » apportez vous-même les détails de la négociation. »

Le 12 juillet, nouveau télégraomie du ministre, demandant que le roi de Prusse s'associe à la déclaration de renonciation &ite par le prince Antoine au nom de son fils Léopold et donne l'assurance qu'il n'autoriserait pas de nouveau cette candidature.

Le roi de Prusse, on le sait , a refusé cette déclaration. 11 s'est borné à dire qu'il autorisait l'ambassadeur de France à faire savoir au gouvernement de l'Empereur qu'il approuvait la renonciation des princes de Hohénzollem. Cette assurance a d'abord paru suffisante, et M. le garde des sceaux a annoncé que tout était fini. Cette nouvelle a été accueillie à Paris avec une satisfaction dont le mouvement de hausse à la Bourse a été l'expression. M. de Gramont se faisait donc d'étranges illusions quand il se disait entraîné par l'opinion publique : l'opinion publique ne demandait que la paix. Le cabinet la méconnut en revenant sur sa première impression et en continuant à exiger du roi de Prusse une garantie que celui-ci refusait de donner. 11 cherchait ainsi un prétexte de rupture, et d'avance il en prenait toute la responsabilité, puisque dans son impatience M, de Gramont parlait de corn-

86t PIECES JUSTIFICATIVES,

mencer le lendemain. Le 13 juillet, à 9 heures 45 minutes du soir, il envoyait à M. Benedetti le télégramme suivant :

« J'ai reçu vos télégrammes d'aujourd'hui de midi et d'une 19 heure.

w Ainsi que je vous l'avais annoncé, le sentiment français n est tellement surexcité, que c'est à grand'peine que pour » donner des expUcations nous avons pu obtenir jusqu'à ven- » dredi.

n Faites un dernier effort aupr es du Roi, dites-lui que nous 19 nous bornons à lui demander de défendre au prince de Hon henzoUem de revenir sur sa renonciation. Qu'il vous dise : « Je le lui défendrai. » Et qu'il vous autorise à me l'écrire, ou ^ n qu'il charge son ministre ou son ambassadeur de me le n faire savoir, cela nous suffira. Si en effet le Roi ne nourrit » pas d'arrière-pensée, ce n'est pour lui qu'uqe question sera condaire ; mais pour nous elle est très-importante, la parole f) seule du Roi peut constituer pour l'avenir une garantie n suffisante.

If J'ai lieu de croire que les autres cabinets nous trouvent n justes et modérés.

n V empereur Alexandre nous appuie chaleureusement.

19 Dans tous les cas, partez d'Ems et venez à Paris avec la 19 réponse affirmative ou négative ; il faut que je vous aie vu p vendredi avant midi. Si cela est nécessaire, prenez un train 99 spécial. Continuez toujours à me télégraphier tout ce que 99 vous avez à me faire connaître.

» Peut-être pourriez-vous , en recevant du Roi la nouvelle 9) de la renonciation du prince de HohenzoUern, lui dire : « Sire, » Votre Majesté se porte garant de la parole du prince de Ho- 19 henzoUem, car elle n'ignore point que, comme puissance, 99 nous n'avons pas de rapports avec le prince, et que par con- 99 séquent dans le pays notre abri officiel est dans la parole n du Roi. 99 *

Je ne sais si la commission nommée dans la séance du 15 juillet, et qui n'a eu que deux heures pour foire son tra-

PIÈGES JUSTIFIGATIYBS. 333

rail , a eu connaissance de toutes ces dépêches. Aujourd'hui qu^elles sont mises au jour par M. Benedetti, il est permis de supposer que si la Chambre avait pris le temps de les lire, elle n'aurait pas TOté la guerre.

Le gouvememeot semblait si bien le comprendre ainsi, qu'il a fait intervenir dans la discussion l'allégation d'une prétendue offense faite à la nation, et c'est sur cette offense que le rapporteur s'est principalement appuyé pour conclure en fiiveur du gouvernement.

Or, M. Benedetti déclare qu'il n'y a eu ni insulteur ni msulté : tout s'est borné au télégramme qu'on va lire, et dans lequel il est impossible de voir une ofFense qui puisse entraîner une grande nation à se précipiter dans les hasards d'une guerre formidable, sans solliciter une explication, sant essayer uno négociation.

Mi PIECES JUSTIFICATIVES.

Télégramme du gouvernement prussien à propos du refus du roi de Prusse de continuer avec AT. Benedetti les négociations relatives à la candidature du prince de Hohenzollern.

Je donne ici le texte du seul télégramme qui ait été envoyé par le ministère des affaires étrangères de Berlin. La traduction en a été faite par M. Stover, traducteur-interprète juré près le tribunal de la Seine. Cette pièce n'était point entre les mains des ministres le 15 juillet; elle n'a point été sotunise à la Commission. Celle-ci n'a vu que des télégrammes de nos agents , annonçant qu'ils avaient lu le télégramme prussien. C'est sur l'interprétation donnée par eux à ce document que la Chambré a voté la déclaration de guerre.

Berlin, 13 juiUet 1870.

« Les nouvelles de la renonciation du prince héréditaire de ti Hohenzollem ayant été communiquées par le gouvernement If royal espagnol au gouvernement impérial français , l'ambas- » sadeur français a encore demandé à Sa Majesté le Roi, à Ems, D de l'autoriser à télégraphier à Paris que Sa Majesté s'engan geait pour tout l'avenir à né jamais donner son consentement n dans les cas où les Hohenzollem reviendraient sur leur can- D didature. Sa Majesté le Roi a refusé alors de recevoir de noun veau l'ambassadeur français, et lui a fait dire, par son aide ît de camp de service, que Sa Majesté n'avait plus rien à comn muniquer à l'ambassadeur, n

"Rapport au roi de Prusse , par l'un de ses aides de camp, ilf , le lieutenant colonel, comte de RatzivilL

Traduit de i'aUemand.

ttSa Majesté le Roi, à la suite d'un entretien qui avait eu » lieu avec le comte Benedetti, sur la promenade des Bains, n dains la matinée du 13 juillet, a bien voulu me chaîner, vers 9 deux heures de l'après-midi , de porter au comte le messag;e » suivant :

li Que Sa Majesté avait, depuis une heure, par une lettre du » prince de Hohenzollem, datée de Sigmaringen, la confirma- » tion complète des nouvelles que le comte lui avait apprises n le matin même , comme reçues directement de Paris , tou- » chant la renonciation du prince Léopold à la candidature au n trône d'Espagne.

n Qu'en conséquence Sa Majesté regardait cette affaire comme » terminée.

n Le comte, après avoir entendu cette communication, m'a n répondu que, depuis son entretien avec le Roi , il avait reçu I) une nouvelle dépêche de M. de Gramont, par laquelle il » avait été chargé de demander une audience à Sa Majesté , et n de lui exposer encore une fois le désir du gouvernement » français :

» 1* Qu'elle approuvât la renonciation du prince de Hohenn zollem ;

»2* Qu'elle donnât l'assurance qu'aussi, à l'avenir, cette » candidature ne serait plus reprise.

n A cette demande, Sa Majesté a foit répondre au comte n Benedetti, par mon intermédiaire! qu'01e approuvait la re-

» nonciation dans le même sens et dans la même étendue où n Elle avait approuvé l'acceptation de cette candidature ;

» Que c'était du prince Antoine de Hohenzollem que Sa n Majesté avait reçu la communication par écrit de la renonciaw tion ; ce dernier y ayant été autorisé par le prince Léopold.

)} Quant au second point, concernant l'assurance pour l'an venir, Sa Majesté n'avait qu'à se reporter à ce qu'Elle avait If dit £Ue-niême au comte dans la matinée.

n Le comte Benedetti me remercia de cette réponse de Sa » Majesté 9 et me dit qu'il la transmettrait à son gouvernen ment, ainsi qu'il y était autorisé.

» Mais, pour le second point, ayant reçu de M. de Gran mont, dans la dernière dépêche, des ordres formels , il se » voyait forcé de maintenir sa demande touchant un nouvel » entretien, ne fut-^e que pour entendre encore une fois les n mêmes paroles de Sa Majesté ^ d'autant plus qu'il y avait n dans cette dernière dépêche des arguments nouveaux qu'il M eût voulu sotunettre à Sa Majesté.

» Sur ce, Sa Majesté a £ût répondre, pour la troisième fois, » au comte Benedetti, par mon intermédiaire, après le diner, n vers six heures, qu'Elle croyait devoir refuser absolument » d'entrer dans de nouvelles discussions sur ce dernier point n (l'engagement obligatoire pour l'avenir) ; que ce qu'Elle avait M dit dans la matinée était son dernier mot dans |eette atEedre , » et qu'Elle ne pouvait que s'y reporter.

n Le comte Benedetti ayant appris qu'on ne pouvait pas fi compter avec certitude sur l'arrivée à Ems du comte de Bis- » marck pour le lendemain, a déclaré alors vouloir se contenu n ter, pour sa part, de cette déclaration de Sa Majesté le Roi.

• Ems, le 13 joiUet 1870.

n Signé : A. Radzivill,

• lieutenantf-coloDel et aide de camp de S. M. le Roi. •

PIECES JUSTIFICATIVES. Zfff

Rapport officiel sur ce qui s*est passé à Ems, rédigé sous

la surveillance du Roi,

J'emprunte aux citations faites par M. Benedetti dans son livre Ma mission en Prusse , le document suivant j qui complète les informations résultant des deux précédents :

a Le comte Benedetti sollicita, le 9 juillet, à Ems, une aun dience du Roi, qui lui fut aussitôt accordée. Dans cette aun dience, il demanda que le Roi donnât au prince héritier de n HohenzoUem Tordre de retirer ton acceptation à la couronne n d'Espagne. Le Roi répondit que dans toute cette af&ire il » ne devait être considéré que comme roi , et que par consén quent il ne pouvait donner aucun ordre relativement à Tacn ceptation de la candidature au trône. Le 11 juillet, l'ambasn sadeur de France demanda et obtint une seconde audience, » dans laquelle il essaya d'exercer une pression sur le Roi n {ein pression auf den Kœnig auszuUben versuchte ) pour jt que celui-ci forçât le prince (m den Prinzen dringe) à re- » noncer à la couronne. Le Roi répondit que le prince était » entièrement libre de ses résolutions ; que , du reste , U ne » savait même pas où se trouvait actuellement le prince , qui n projetait un voyage en Suisse. Sur la promenade des Sources n (Brûnnen Promenade)^ le 13 au matin, le Roi donna à » l'ambassadeur un supplément de la Gazette de Cologne ^ ■ 9 qui venait de lui être remis , et contenant un télégramme 9 privé, daté de Sigmaringen, annonçant la renonciation du 9 prince. Le Roi fit observer qu'il n'avait pas encore reçu de 9 lettre de Sigmaringen , mais qu'il en attendait pour le jour » même. Le comte Benedetti dit à Sa Majesté que, dès la

n veille au soir il avait reçu de Paris avis de la renonciation n du prince 5 et tandis que le Roi considérait par cela même n l'affaire comme vidée , l'ambassadeur demanda d'une façon t> tout à £ait inattendue au Roi d'énoncer l'assurance formelle f) qu'il ne donnerait jamais de nouveau son approbation , si n cette candidature venait à se représenter. Le Roi repoussa » catégoriquement cette prétention y et maintint son refus , V lorsque le comte Benedetti appuya de nouveau et avec une n insistance de plus en plus pressante sur sa proposition. Maln gré cela, le comte Benedetti, au bout de quelques heures, n demanda une troisième audience. Invité à en désigner l'ob- I) jet, il fit répondre qu'il désirait renouveler l'entretien du I» matin. Le Roi refusa une nouvelle audience, en se basant f) sur ce qu'il n'avait pas d'autre réponse à donner que celle » déjà fournie , et que , du reste , toutes les négociations def) vaient désormais être traitées par les ministères. Le désir n qu'avait le comte Benedetti de prendre congé du Roi , au n moment du départ de Sa Majesté, fut satisfait, puisque, en n partant pour Ck>blentz , le Roi salua le comte en passant , le » 14 juillet, dans la gare. Ainsi donc, l'ambassadeur eut trois n audiences du Roi, qui ont toujours conservé le caractère n d'entretiens privés , puisque le comte Benedetti ne s'est jan mais présenté, comme chargé de mission ni comme négocia- » teur (niemals als Beauftragter, oder unterhàndler sich » geruchte) n^

On sait par mon récit qu'en apprenant nos premiers désastres, le 8 août, lorsque tout pouvait encore se réparer, j'ai demandé avec instance que le commandement en chef fût enlevé à l'Empereur. Je n'ai cessé jusqu'au 4 septembre de supplier la majorité du Corps législatif de prendre cette mesure de salut. Dans les derniers jours , M. le ministre de la guerre nous a donné l'assurance que ^Empereur ne conunandait plus en chef. Cette assertion est en complète contradiction avec l'extrait du rapport qu'on va lire , et avec la note qui l'accompagne, relevée par le Journal des Débats du 31 octobre 1871.

Extrait (fune lettre du roi Guillaume à la reine de Prusse , du 3 septembre 1870, contenant l'historique de la capi" tulation de Sedan.

.... Je fis cesser la canonnade et j'envoyai en parlementaire^ avec le drapeau blanc , le lieutenant-colonel de Bronsart , de l'état-major général , proposer la capitulation à l'armée et à la place. Chemin faisant, il rencontra un officier bavarois qui venait m'annoncer qu'un parlementaire français avec le drapeau blanc s'était montré à la porte de la ville, a Le lieutenant" n colonel de Bronsart fut introduit dans la place , et, comme n il demandait le général en chef, on le conduisit, à sa grande n surprise, devant l'Empereur, qui voulut immédiatement lui » remettre une lettre pour moi. L'Empereur demanda au lieun tenantKX>lonel àjd qu^e mission il était chargé. Sur la réponse » qui lui fut faite : u sommer la place et l'armée de se rendre » , » il dit à notre parlementaire qu'il devait s'adresser pour cela I) au général de Wimpffeil, lequel venait de 'prendre le com- » mandement à la place de Mac-Mahon blessé, — et que luii> même il allait envoyer vers moi avec sa lettre son adjudantn général ReîUe. n

Il était sept heures lorsque Reille et Bronsart arrivèrent I. 24

près de moi : ce dernier précédait un peu l'envoyé français , «t c'est seulement par lui que j'appris avec certitude que l'Empereur était dans la place. Tu peux jug^er l'impresaion que cela produisit sur moi avant tout et par dessus tout! Reille sauta à bas de son cheval et me remit la lettre de son •empereur, ajoutant qu'il n'avait pas d'autre mission. Avant d'ouvrir la lettre, je lui dis : u Mais je demande comihe première ^ condition que l'armée mette bas les armes, n La lettre corn* meiiçait ainsi : « N'ayant pas pu mourjr à la tête de met n troupes , je dépose mon épée à Votre Majesté »> , s'en remettant pour tout le reste à ma disposition.

Ma réponse fut qu'une rencontre de cette sorte entre nous m'était pénible, et que je désirais l'envoi d'un plénipotentiaire avec lequel la capitulation serait conclue. Après que j'eus remis la lettre au général Reille, je lui adressai quelques paroles comme à ime ancienne connaissance ', et ainsi se termina cet épisode.

Note extraite du Journal des Débats, 31 octobre 1871.

« On assure que la commission d'enquête sur les capitulations vient de recevoir conununication de dociunents nou-» veaux jusqu'ici. Il résulterait de ces documents que l'Empe-^ reur a conservé jusqu'au dernier moment le commandement suprême. U est certain, en effet, que c'est lui qui , de sa propre autorité , a fait hisser le drapeau parlementaire , alors que les généraux voulaient tenter de se frayer un passage à travers les lignes ennemies.

» Si l'Empereur n'avait eu, en réalité,- que le rôle effacé que lui a attribué si chevaleresquement le maréchal Mao-Mahon dans sa déposition devant la commission d'enquête, on se demande à quel titre il aurait pris sur lui de faire arborer le drapeau blanc* »

^ Le général Reille avait été attaché par TEmpereur à t^ personne da roi de Prusse lors de son voyage à Paris, en 1867, pendant Texposition universelle.

PIÈGES justificatives; 371

ProcèS'Verbaux des deux séances tenues le 4 septembre par le Corps législatif dans la salle à manger de la prési"

' dence, l'une à cinq heures^ t antre à neuf heures du soir.

Après la séance du Corps législatif, si brusquement interrompue par renvahissement de la saUe par le peuple et les gardes nationaux, une grande partie des députés se réunirent dans la salle à manger de la présidence du Corps législatif pout entendre le rapport de la commission nommée à l'effet d'examiner les diverses propositions faites à la séance de l'aprèsmidi.

Voici le compte rendu sommaire de cette courte séance :

Président : H. Alfred Le Roux.

M. Garnier-Pagès prononce un discours et engage la Chambre à s'unir au gouvernement provisoire installé à l'hôtel de ville.

M. Buffet proteste avec énergie contre la violence dont la Chambre a été l'objet.

La commission chargée d'examiner les trois propositions dont l'urgence a été déclarée, est invitée à faire connaître ses conclusions.

M. Martel, rapporteur, s'exprime en ces termes :

Messieurs, votre commission a examiné les trois propositions qui vous ont été soumises. Après dâibération, ce^ trois propositions ont été successivement mises aux voix, et c'est celle dé M. TUers qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages.

Toutefois, votre commission a ajouté à cette proposition

deux paragraphes : l'un de ces paragraphes fixe le nombre des

membres qui devront composer la commission de gouvernement et de défense nationale ; l'autre déclare que cette commission nommera des ministres. En conséquence, voici le texte qui vous est proposé :

« Vu la vacance du pouvoir, la Chambre nomme une commission de gouvernement et de défense nationale. Cette commission est composée de cinq membres choisis par le Corps législatif. Elle nommera les ministres.

91 Dès que les circonstances le permettront, la nation sera appelée par une Assemblée constituante à se prononcer sur la forme de son gouvernement, »

Une discussion s'engage sur cette rédaction, qui est définitivement adoptée, après que Ton a entendu MM.Thiers» Grévy et DréoUe. .

. On propose d'envoyer des délégués pour s'entendre avec les membres de la Chambre qui siègent à l'hôtel de ville.

Sont délégués à cet effet MM. Garnier-Pagès, Lefèvre-Pontalis, Martel, Grévy, de Guiraud, Cochery, Johnson, Barthélémy Saint-Hilaire.

Pour faciliter la conciliation, la Chambre déclare à ses délégués qu'ils peuvent considérer comme nombre provisoire le nombre de cinq membres devant composer la conmiission de gouvernement et de défense nationale*

Tous les bureaux, sauf le 5*, avaient nommé chacun leur commissaire; ces commissaires étaient MM. Daru, Buffet, Gaudin, Martel , Jules Simon, Josseau, Le Hon, Dupuy de I^ôme.

Martel» rapporteur.

Le soir, une nouvelle réunion de députés eut lieu dans cette même salle à manger de la présidence. Divers membres du nouveau gouvernement improvisé dans la journée à l'hôtel de ff ville y prirent part* Voici le compte rendu de cette séance :

4 septembre 1870, hoit heures du soir.

En l'absence du président et des vice-présidents, M. Thiers

est prié de présider la réunion.

Il s'assied, ayant à ses côtés les secrétaires du Corps législatif MM. Martel, Peyrusse, Josseau.

M. Thiers. -^ Messieurs, j'ai une présidence d'un moment. On m'annonce l'arrivée de MM. Jules Favre et Jules Simon, qui viennent nous apporter la réponse aux paroles de concilia* tion qui leur ont été portées par vos délégués. Nous allons entendre ces messieurs.

MM. Jules Favre et Jules Simon sont introduits.

Us prennent place vis-à-vis de M. Thiers.

M. Jules Favre. — Nous venons vous remercier de la démarche que vos délégués ont faite auprès de nous. Nous en avons été vivement touchés. Nous avons compris qu'elle était inspirée par un sentiment patriotique. Si dans l'Assemblée nous différons sur la politique, nous sommes certainement tous d'accord lorsqu'il s'agit de la défense du sol et de la liberté menacée.

En ce moment, il y a des faits accomplis : un gouvernement issu de circonstances que nous n'avons pas pu prévenir, gouvernement dont nous sommes devenus les serviteurs. Nous y avons été enchaînés par un mouvement supérieur qui a , je l'avoue , répondu au sentiment intime de notre âme. Je n'ai pas aujourd'hui à m'expliquer sur les fautes de l'Empire. Notre devoir est de défendre Paris et la France.

Lorsqu'il s'agit d'un but aussi cher à atteindre, il n'est certes pas indifférent de se rencontrer dans les mêmes sentiments avec le Corps législatif. Du reste, nous ne pouvons rien changer à ce qui vient d'être fait. Si vous voulez bien y donner votre ratification, nous vous en serons reconnaissants. Si, au contraire, vous nous la refusez, nous respecterons les décisions de votre conscience, mais nous garderons la liberté entière de la nôtre.

3r4 PIEGES JUSTIFICATIVES.

Voilà ce que je suis chargé de vous dire par le gouvemement provisoire de la République , dont la présidence a été offerte au général Trochu , qui Ta acceptée*

Vous connaissez sans doute les autres noms. Notre illustre collègue qui vous préside n'en fait pias partie, parce qu'il n'a pas cru pouvoir accepter cette offre. Quant à nous , hommes d'ordre et de liberté, nous avons cru, en l'acceptant, accomplir une mission patriotique.

M. Thiers. — Le passé ne peut être équitablement apprécié par chacun de nous à l'heure qu'il est. C'est l'histoire seule qui pourra le faire.

Quant au présent, je ne peux vous en parler que pour moi. Mes collègues ici présents ne m'ont pas donné la mission de vous dire s'ils accordent ou s'ils refusent leur ratiBcation aux événements de la journée.

Vous vous êtes chargés d'une immense responsabilité.

Notre devoir à tous est de faire des vœux ardents pour que vos efibrts réussissent dans la défense de Paris , des vœux ardents pour que nous n'ayons pas longtemps sous les yeux le spectacle navrant de la présence de l'ennemi.

Ces vœux, nous les faisons tous par amour pour notre pays, parce que votre succès serait celui de notre patrie.

Une voix. — Quels sont les noms des personnes qui composent le nouveau gouvernement ?

M. Jules Simon. — Les membres choisis l'ont été pour composer une commission chargée de la défense de la capitale, c'est vous dire que ce sont tous les députés de Paris, excepté le plus illustre d'entre eux, parce qu'il n'a pas accepté les oflhres qui lui ont été faites ; mais il vient de vous dire la grandeur de la responsabilité dont nous nous sommes chargés , et il &it des vœux pour notre succès.

Dans ce choix il n'y a pas eu de préoccupations individuelles : il y a eu l'application d'un principe. S'il en était autrement, on verrait figurer dans cette commission les noms d'autres personnes que ceux des députés de Paris. Nous n'a»

vons qu'une pensée, c'est celle de £edre face à l'ennemi.

M. Petrusse. — Paris fait encore une fois la loi à la France»

MM. Jules Favre et Jules Simon ensemble. — Nous pro» testons contre cette assertion.

M. Jules Favre. —^ Le gouvernement provisoire se compose donc de MM. Arago, Crémieux, Jules Favre, Jules Ferry, Gambetta, Gamier-Pagès, Glais-Bizoin, Peiletan, Rochefort. Ce dernier ne sera pas le moins sage : en tout cas, nous avons préféré l'avoir dedans que dehors. Je remercie M. le président de ce qu'il a bien voulu nous dire en exprimant des vœux de* vant vous pour le succès de notre entreprise. Ces paroles patriotiques nous relient à vos départements, dont le concours nous est nécessaire pour l'œuvre de la défense nationale.

M. le comte Le Hon. — Quelle est la situation du CSorps législatif vis-à-vis du gouvernement provisoire ?

M. Favre. — Nous n'en avons pas délibéré.

. M. Thiers. — Je n'ai pas adressé de question à nos collègues sur le sort du Corps législatif, parce que si nous avons quelque chose à nous conmiuniquer sur cette situation, il me paraît que nous devons attendre que ces messieurs se soient retirés.

MM. Jules Favre et Jules Simon se retirent.

M. Thiers. — Messieurs, nous n'avons plus que quelques instants à passer ensemble. Mon motif pour ne pas adresser de question à MM. Jules Favre et Simon a été que si j'en faisais, c'était reconnaître le gouvernement qui vient de naître des circonstances. Avant de le reconnaître, il faudrait résoudre des questions de fait et de principes qu'il ne nous convient pas de traiter actueDement.

Le combattre aujourd'hui serait une œuvre antipatriotique. Ces hommes doivent avoir le concours de tous les citoyen» contre l'ennemi. Nous feisons des vœux pour eux, et nous ne pouvons actuellement les entraver par une lutte intestine. Dieu veuiUe les assister ! Ne nous jugeons pas les uns les autres. Le présent est rempli de trop amères douleurs.

M . RouLLEAux-DuGAGE.. — Quel rôle devons-nous jouer dans nos départements?

M. TuiERs. < — Dans nos départements, nous devons vivre en bons citoyens , dévoués à la patrie. Aussi longtemps qu^on ne nous demandera rien de contraire à notre conscience et aux vrais principes sociaux, notre conduite sera facile. Nous ne nous dissolvons. pas ; mais, en présence de la g^ndeur de nos malheurs, nous rentrons dignement chez nous, car il ne nous convient ni de reconnaître ni de combattre ceux qui vont lutter contre l'ennemi.

Une voix, — Mais comment saura-t-on ce qui s'est dit ici?

M. Thiers. — Veuillez vous en rapporter à moi, vous qui m'avez fiadt l'honneur de me donner une présidence de cpielques minutes dans ces douloureuses circonstances. Je m'entendrai avec M. Martel et vos secrétaires pour la rédaction d'un procès-verbal.

M. Buffet. — Ne devons-nous pas rédiger une protesta,tion?

M. Thiers. — De grâce, n'entrons pas dans cette voie* Nous sonmies devant l'ennemi, et, pour cela, nous faisons tous un sacrifice aux dangers que court la France : ils sont immenses. 11 faut nous taire, faire des vœux, et laisser à l'histoire le soin de juger.

M. Pinard (du Nord). — Nous ne pouvons pas garder le silence devant la violence faite à la Chambre ; il faut la constater !

M. Thiers. — Ne sentez-vous pas que si vous opposez ce souvenir comme une protestation , il rappellera aussitôt celui de la violation d'une autre Assemblée? Tous les faits de la journée ont-ils besoin d'une constatation ?

M. LE covTE Daru. — ' Lcs scellés ont été mis sur la porte de la Chambre.

M. Thiers. — Y a-t-il quelque chose de plus grave que les scellés sur les personnes ? N'ai-je pas été à Mazas ? Vous ne m'entendez pas m'en plaindre.

' M. GnÉvT. — Le gouvernement provisoire, auprès duquel vous m'aviez fait Thonneur de me déléguer avec la mission de lui parler comme à des collègues, n'avait pu nous donner sa réponse définitive. II nous avait promis de délibérer pour nous la transmettre , en nous indiquant neuf heures du soir. Je ne comptais pas que cette heure aurait été devancée ; c'est pourquoi je ne suisjpas venu ici plus tôt.

Nous sommes arrivés trop tard à l'hôtel de ville. Il y avait déjà un gouvernement provisoire qui s'y était installé. Nous y avons lu l'épreuve qu'on nous a montrée d'une proclamation qui nous a convaincus que notre mission était devenue sans objet.

M. Alfred Le Roux* — Je n'ai pu aussi venir plus tôt, parce que, ayant été chargé par vous de voir M. le général Trochu, j'ai dû me rendre auprès de lui. Je m'y suis rendu avec M. Estancelin. Là aussi nous avons reconnu qu'il était trop tard.

Mon devoir est maintenant de vous dire que j'ai été en cette circonstance, autant qu'il était en moi, votre fidèle interprète !

M. LE DUC DE Marhier. — Yous me permettrez à moi, dont le père a longtemps commandé la garde nationale de Paris, de vous exprimer une pensée consolante, c'est celle que nos envahisseurs n'appartenaient pas à cette garde nationale, mais à celle de la banlieue.

M. BuQUET. — Je proteste contre les actes qui viennent de s'accomplir, particulièrement contre toute idée de séparation. Je suis d'accord complètement avec les paroles de protestation que M. Buffet a (ait entendre tout à l'heure dans notre séance de quatre heures contre la violence dont la représentation nationale a été l'objet. (Mouvement et agitation.)

MM. BuQUET, Pinard, de Saint-Germain et quelques autres déclarent qu'ils protestent.

M. Thiers. — De grâce, ne rentrons pas dans la voie des récriminations ; cela nous mènerait trop loin, et vous devrier

bien ne pas oublier que vous parlez devant un prisonnier de Mazas. (Mouvement.)

J'espérais que nous nous séparerions profondément afiSigés, mais unis. Je vous en supplie, ne nous laissons pas aller à des paroles irritantes ! Suivez mon exemple. Je réprouve l'acte qui s'est accompli aujourd'hui ; je ne peux approuver aucune violence, mais je songe que nous sommes en présence de l'ennemi, qui est près de Paris.

M. GiRAULT. — Je partage l'opinion de M. Bufifet quand il a protesté dans la séance de quatre heures. Nous ne devons pas faire de politique ni nous diviser. Amenons le gouvernement à s'entendre avec la Chambre. De cette façon, nous serons d'accord avec les départements. Soutenons-nous et soutenons la France. Je vais aller à l'hôtel de ville. Si on ne veut pas m'écouter, je protesterai.

M. Thiers. — Voulez-vous renouveler toutes les discussions des dernières années ? Je ne crois pas que ce soit convenable.

Je proteste contre la violence que nous avons subie aujourd'hui ; mais ce n'est pas le moment de donner cours aux ressentiments. Est-il possible de nous mettre en hostilité avec le gouvernement provisoire en ce moment suypréme?

En présence de l'ennemi, qui sera bientôt sous Paris, je crois que nous n'avons qu'une chose à faire : nous retirer avec dignité. (L'émotion profonde de M. Thiers se communique à

. toute l'Assemblée.)

La séance est levée à dix heures.

Proclamation du maire de Parts, annonçant la nomination

des maires provisoires.

Citoyens de Paris,

' Le gouvernement de la Défense nationale n'entend usurper aucun des droits du peuple. Dans un délai aussi court que le permettront les circonstances , les citoyens seront appelés à élire leur municipalité. En attendant, et afin de pourvoir aux nécessités urgentes du service de la Gté dans une situation exceptionnelle, le maire de Paris nomme pour maires pro» visoires des 20 arrondissements les citoyens dont les noms suivent :

1** arrondissement. — Tenaille-Saligny, avocat à la cour de cassation.

2* arr. — Tirard, négociant.

3^ arr. — Bonvalet, négociant*

4* arr. — Greppo , ancien représentant du peuple.

5« arr. — J.-B. Bocquei, ancien adjoint.

6* arr. — Hérisson, avocat à la cour de cassation.

7* arr. — Ribaucourt, docteur-médecin.

8* arr. — Gamot, ancien membre du gouvernement provisoire de l'848.

9* arr. ^ Ranc , homme de lettres.

10* arr. — Turpin, négociant*.

11* arr. — Léonce Libert, professeur*.

^ N*a pas accepte. Il a été remplacé par M. O'Reilly, ancien secréuire général de la préfecture de police.

^ M'a pat accepté. Il a été remplacé par M. Goffard.

12* arr. — Alfred Grivot, négociant à Bercy.

13* arr. — Pemolet, ingénieur.

14* arr. — Leneveu, rédacteur du Siècle.

15* arr. — Corbon, ancien représentant du peuple.

16* arr. — Henri Martin, historien.

17* aiT. — François Favre, homme de lettres.

18* arr. — Clemenceau, docteur-médecin*

19* arr. — Richard, fabricant.

20* arr. — Braleret, commerçant.

Ces citoyens sont invités à entrer immédiatement en fonctions et à désigner chacun Aenx adjoints. Il est inutile de rappeler aux nouveaux administrateurs des mairies parisiennes qu'en face de Tennemi marchant sur Paris , leur premier devoir est de veiller sans relâche à l'armement des citoyens et de se tenir, nuit et jour, prêts à seconder la défense nationale.

VIVE LA RÉPCJBUQUe!

Le maire de Paris, Etienne Arago.

Circulaire du ministre de l'intérieur.

Monsieur le préfet, en acceptant le pouvoir dans un tel danger de la patrie, nous avons accepté de g^rands périls et de grands devoirs. Le peuple de Paris, qui, le 4 septembre, se retrouvait , après une si longue absence , ne Ta pas entendu autrement, et ses acclamations veulent dire clairement qull attend de nous le salut de la patrie.,

. Notre nouvelle République n'est pas un gouvernement qui comporte les dissensions politiques, les vaines querelles. C'est, conmie nous Favons dit, un gouvernement de défense nationde, une République de combat à outrance contre Tenvahisseur.

Entourez -vous donc des citoyens animés, comme nousmênnes, du désir immense de sauver la patrie et prêts à ne reculer devant aucun sacrifice.

Au milieu de ces collaborateurs improvisés, apportez le sang-firoid et la vigueur qui doivent appartenir au représentant d'un pouvoir décidé à tout pour vaincre Tennemi.

Soutenez tout le monde par votre activité sans limites, dans toutes les cpiestions où il s'agira de l'armement , de l'équipement des citoyens et de leur instruction militaire. ' Toutes les lois prohibitives , toutes les restrictions si funestement apportées à la fabrication et à la vente des armes ont disparu.

Que chaque Français reçoive ou prenne un fusil, et qu'il se mette à la disposition de l'autorité : la patrie est en danger l

Il vous sera donné jour par jour des avis concernant les détails du service. Mais faites beaucoup par vous-même , et appliquez- vous surtout à gagner le concours 'de toutes les volontés, afin que, dan^ un immense et tmanime effort, la France doive son salut au patriotisme de tous ses enfants.

Recevez, etc. Léon Gambetta.

6 septembre 1870* Note de /'Officiel sur l'attitude des députés de l'opposition.

Le gouvernement de la défense nationale reçoit incessamment les adhésions chaleureuses des députés de l'opposition élus par les départements.

Tout le monde a compris que dans la crise que nous traversons j là où est le combat , là doit être le pouvoir. ^ C'est sur Paris que marche à cette heure l'armée ^envahissante.

C'est 'dans Paris que se concentrent les espérances de la patrie.

Pour affronter cette lutte suprême dans laquelle il suffit de persévérer ppur vaincre, la population parisienne a choisi pour chefe les^mandataires qu'elle avait déjà investis de sa confiance, et le général dévoué sur lequel repose spécialement l'organisation de la défense.

Rien de plus logique et de plus simple. Quand Paris aura fût son devoir, il remettra à la nation le mandat redoutable . que la nécessité lui impose, en convoquant une Assemblée constituante. "*

Les députés des départements l'ont bien compris, aussi ne marchandent-ils au gouvernement de la défense nationale ni leurs conseils ni leur concours.

Circulaire du ministre des affaires étrangères.

M. Jules Favre, vice-président du gouyemement, ministre des afiaires étrangères, a adressé, en prenant possession de son ministère, la circulaire suivante aux agents diplomatiques de la France à l'étranger.

Monsieur,

Les événements qui viennent de s'accomplir à Paris s'expliquent si bien par la logique inexorable des faits , qu'il est inutile d'insister longuement sur leur sens et leur portée.

£q cédant à un élan irrésistible, trop longtemps contenu, la population de Paris a obéi à une nécessité supérieure, celle de son propre salut.

Elle n'a pas voulu périr avec le pouvoir criminel qui conduisait la France à sa perte.

Elle n'a pas prononcé la déchéance de Napoléon III et de sa dynastie : elle l'a enregistrée au nom du droit, de la justice et du salut public.

ïlt cette sentence était si bien ratifiée à l'avance par la conscience de tous, que nul, parmi les défenseurs les plus bruyants du pouvoir qui tombait, ne s'est levé pour le soutenir.

Il s'est effondré de lui-même, sous le poids de ses fautes, aux acclamations d'un peuple immense, sans qu'une goutte de sang ait été versée, sans qu'une personne ait été privée de sa liberté.

Et l'on a pu voir, chose inouïe dans l'histoire, les citoyens auxquels le cri du peuple conférait le mandat périlleux de * combattre et de vaincre, ne pas songer un instant aux adversaires qui la veille les menaçaient d'exécutions militaires. C'est

en leur refusant l'honneur d'une répression quelconque qu'ils ont constaté leur aveuglement et leur impuissance.

L'ordre n'a pas été troublé un seul moment ; notre confiance dans la sagesse et le patriotisme de la garde nationale et de la population tout entière, noua permet d'affirmer qu'il ne le sera'pas.

Délivré de la honte et du péril d'un gouvernement traître à tous ses devoirs, chacun comprend quelle premier acte de cette souveraineté nationale enfin reconquise est de se com- . mander à soi-même et de chercher sa force dans le respect du droit.

D'ailleurs, le temps presse : l'ennemi est à nos portes ; nous n'avons qu'une pensée, le repousser hors de notre territoire.

Mais cette obligation que nous acceptons résolument, ce n'est pas nous qui l'avons imposée à la France ; elle ne la subirait pas si notre voix avait été écoutée.

Nous avons défendu énergiquement, au prix même de notre popularité, la politique de la paix. Nous y persévérons avec une conviction de plus en plus profonde.

Notre cœur se brise au spectacle de ces massacres humains dans lesquels disparait la fleur des deux nations, qu'avec un peu de bon sens et beaucoup de liberté on aurait préservées de ces effroyables catastrophes.

Nous n'avons pas d'expression ^ui puisse peindre notre admiration pour notre héroïque armée, sacrifiée par l'irapéritie du commandement suprême, et cependant plus grande par ses défaites que par les plus brillantes victoires.

Car, malgré la connaissance de fautes qui la compromettaient, elle s'est immolée, sublime, devant une mort certaine, et rachetant l'honneur de la France des souillures de son gouemement.

Honneur à elle i La nation lui ouvre ses bras ! Le pouvoir impérial a voulu les diviser, les malheurs et le devoir les confondent dans une solennelle étreinte. SceUéepar le patriotisme et la liberté, cette alliance nous fait invincibles.

Prêts à tout, nous envisageons avec calme la situation qui nous est faite.

Cette situation, je la précise en quelques mots ; je la soumets au jugement de mon pays et de l'Europe.

Nous avons hautement condamné la guerre, et, protestant de notre respect pour le droit des peuples, nous avons demandé qu'on laissât l'Allemagne maîtresse de ses destinées.

Nous voulions que la liberté fût à la fois notre lien commun et notre commun bouclier ; nous étions convaincus que ces forces morales assuraient à jamais le maintien de la paix. Mais, comme sanction, nous réclamions une arme pour chaque citoyen, une organisation civique, des chefs élus; alors nous demeurions inexpugnables sur notre sol.

Le gouvernement impérial, qui avait depuis longtemps séparé ses intérêts de ceux du pays, a repoussé cette politique. Nous la reprenons, avec l'espoir qu'instruite par l'expérience, la France aura la sagesse de la pratiquer.

De son côté, le roi de Prusse a déclaré qu'il faisait la guerre non à la France, mais à la dynastie impériale.

La dynastie est à terre. La France libre se lève.

Le roi de Prusse veut-il continuer une lutte impie qui lui sera au moins aussi fatale qu'à nous ?

Veut-il donner au monde du dix-neuvième siècle ce cruel spectacle de deux nations qui s'entre-détruisent , et qui, oublieuses de l'humanité , de la raison , de la science , accumulent les ruines et les cadavres ?

Libre à lui; qu'il assume cette responsabilité devant le monde et devant l'histoire !

I Si c'est un défi, nous l'acceptons.

Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses.

Une paix honteuse serait une guerre d'extermination à courte échéance.

Nous ne traiterons que pour ime paix durable.

Ici, notre intérêt est celui de FEurope entière, et nous avons I. ^ t5

lieu d'espérer que, dégag[ée de toute préoccupation dynastique, la question se posera ainsi dans les chancelleries.

Mais fussions-nous seuls, nous ne faiblirons pas.

Nous avons une armée résolue, des forts bien pourvus, une enceinte bien établie, mais surtout les poitrines de trois cent mille combattants décidés à tenir jusqu'au dernier.

Quand ils vont pieusement déposer des couronnes aux pieds <le la statue de Strasbourg, ils n'obéissent pas seulement à un sentiment d'admiration enthousiaste, ils prennent leur héroïque mot d'ordre, ils jurent d'être dignes de leurs frères d'Alsace et de mourir comme eux.

Après les forts, les remparts ; après les remparts, les barricades. Paris peut tenir trois ^ois et vaincre ; s'il succombait, la France, debout à ^on appel, le vengerait ; elle continuerait la lutte, et l'agresseur^ y périrait.

Voilà, monsieur, ce que l'Europe doit savoir. Nous n'avons pas accepté le pouvoir dans un autre but. Nous ne le conserverions pas une minute si nous ne trouvions pas la population de Paris et la France entière décidées à partager nos résolutions.

Je les résume d'un mot : devant Dieu qui nous entend, devant la postérité qui nous jugera, nous ne voulons que la paix. Mais si l'on continue contre nous une guerre funeste que nous avons condamnée, nous ferons notre devoir jusqu'au bout, et j'ai la ferme confiance que notre cause, qui est ceUe du droit et de la justice, finira par triompher.

C'est en ce sens que je vous invite à esqpliquer la situation à M. le ministre de la cour près de laquelle vous êtes accrédité, et entre les mains duquel vous laisserez copie de ce document.

Agréez, Monsieur, l'expression de ma haute considération.

Le ministre des affaires étrangères, Jules Favee^

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 8«r

Circulaire du ministre de l'inté\

rieur.

Monsieur le préfet, fonctionnaire institué dans un jour d'extrême péril par un gouvernement qui s'est donné le nom de gouvernement de la défense nationale, votre caractère et votre conduite se trouvent par là même aussi nettement déHnis que le comportent les pressantes nécessités du salut public.

La défense du pays avant tout ! Assurez-la , non-seulement en préparant la mise à exécution sans retards ni difficultés de toutes les mesures votées sous le régime antérieur, mais en «uscitent autour de vous les énergies locales , en disciplinant par avance tous les dévouemenU , afin que le gouvernement puisse les mettre à profit suivant les besoins du pays, loute votre administration se réduit pour le moment à déterminer le grand efifort qui doit être tenté par tous les citoyens en vue de sauver la France.

A cet égard, vous avez le droit de compter sur la ratification de toutes les mesures que vous aurez prises dans ce suprême intérêt. Si , comme je n'en doute pas, vous concentrez rapidement et tournez toutes les forces vives de la nation vers ce grand but, vous écarterez du même coup toutes les divisions, tous les conflits entre les diverses administrations , ce qui est d'une importance capitale dans une crise comme 4:11e où nous sommes.

Pour ce qui est de vos relations avec l'ancien personnel du gouvernement déchu, maires, adjoints, conseiUen. municipaux et fonctionnaires, relevant exclusivement de l'ordre administratif , voti:e conduite est toute tracée dans les idées que je viens d'exposer. Ce qu'il faut à notre pays endoimi et énervé depuis dix-huit ans, ce qui lui est nécessaire au jour de ce ter-

rible réveil , c'est l'activité sans confusion, la vie, une vie ré« gulière et org;anisée. Partout donc où se manifesteront des tendances à la propre initiative des citoyens assemblés dans leurs communes , encouragez-les en les réglant , si elles s'inspirent de l'esprit de patriotisme et de dévouement qui anime les représentants des pouvoirs publics.

Le gouvernement de la défense nationale a été composé par le peuple de ses propres élus : il représente en France le grand principe du suffrage universel. Ce gouvernement manquerait à son devoir comme à son origine s'il ne tournait pas dès l'abord ses regards sur les municipalités issues comme ses membres des urnes populaires. Partout où sont installés des conseOs municipaux élus sous l'influence du courant libéral et démocratique, que les membres de ces conseils deviennent vos principaux auxiliaires. Partout au contraire où , sous la pression fatale du régime antérieur, les aspirations du citoyen ont été refoulées et où les conseils élus et les officiers municipaux ne représentent que des tendances rétrogrades , entourez-vous de municipalités provisoires et placez à leur tête les chefe qu'elles auront choisis elles-mêmes dans leur sein, si dans leur choix elles ont su obéir aux' nécessités patriotiques qui pèsent sur la France.

En résumé, ne pensez qu'à la guerre et aux mesures qu'elle doit engendrer ; donnez le calme et la sécurité pour o&tenir en retour l'union et la confiance ; ajournez d'autorité tout ce qui n'a pas trait à la défense nationale ou pourrait l'entraver ; rendez-moi compte de toutes vos opérations , et comptez sur moi pour vous soutenir dans la grande œuvre à laquelle vous êtes associé et qui doit nous enflammer tous du zèle le plus ardent , puisqu'il y va du salut de la patrie.

Recevez , etc. !

Le ministre de l'intérieur,

Gabcbetta.

Lettre du ministre des États^UntSé

Monsieur, j^ai reçu la nuit dernière, à onze heures, la coni* munication que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser à la date du 5 courant, et par laquelle vous me faisiez savoir que, en vertu d'une résolution adoptée par les membres du g[ouver* nement de la défense nationale , le département des affaires étrangères vous avait été confié.

J'ai à mon tour la satisfaction de vous annoncer que j'ai reçu de mon gouvernement un télégramme par lequel il me donne mission de reconnaître le gouvernement de la défense nationale comme le gouvernement de la France.

£n conséquence , je suis prêt à entrer en relations avec ce gouvernement, et, si vous le voulez bien, à traiter avec lui toutes les afEsûres ressortissant aux fonctions dont je suis revêtu.

En faisant cette communication à Votre Excellence, je la prie d'agréer pour elle-même et pour les membres du gouvernement de la défense nationale les félicitations du gouvernement et du peuple des États-Unis : ils auront appris avec enthousiasme la proclamation de cette république qui s'est instituée en France sans qu'une goutte de sang ait été versée, et ils s'associeront par le cœur et sympathiquement à ce grand mouvement , qu'ils espèrent et croient devoir être fécond en résultats heureux pour le peuple français et pour l'humanité tout entière.

Jouissant depuis près d'un siècle des innombrables bienfaits du gouvernement républicain, le peuple des États-Unis ne peul assister qu'avec le plus profond intérêt aux elForts de ce peuple français auquel le rattachent les liens d'une amitié tradi-

tionnelle et qui cherche à fonder les ÎDStitutions par lesquelles on assurera à la génération présente , comme à la postérité , le droit inaliénable de vivre en travaillant au bonheur de tous.

En terminant , je tiens à dire à Votre Excellence que je me félicite d'avoir pour intermédiaire entre le gouvernement de la défense nationale et moi l'homme si distingué dont on apprécie tant , dans mon propre pays , le caractère élevé , et qui a consacré avec dévouement toutes les forces de son intelligence à la cause de la liberté humaine et des gouvernements libres.

Agréez, etc.

Wasuburn.

Réponse du ministre des affaires étrangères.

Monsieur ,

Je considère comme un heureux augure pour la république française, d'obtenir comme premier appui diplomatique la reconnaissance du gouvernement des États-Unis.

Nul mieux que le représentant d'un peuple qui donne au monde le salutaire exemple d'une liberté absolue ne pouvait rappeler, dans des termes à la fois plus justes et plus élevés , les inappréciables bienfaits d'un gouvernement républicain.

Vous avez fondé vos sages et puissantes institutions sur l'indépendance et la vertu civique, et malgré les épreuves terribles traversées par vous , vous avez conservé avec ime inébranlable fermeté votre foi dans ce grand principe de la liberté d'où découlent naturellement la dignité , les mœurs , la prospérité.

C'est à marcher sur vos traces que doivent aspirer les na-

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 39t

tions maitresses de leurs destinées ; elles ne peuvent être vrai* ment libres qu'à la condition d'être dévouées , courageuses , modérées , et de prendre pour symbole l'amour du travail et le respect du droit de tous. Ce programme est celui du gouvernement qui vient de naître en France de la crise douloureuse provoquée par les folies du tlespotisme ; mais à l'heure où il se fonde , il ne peut avoir d'autre pensée que d'arracher la patrie à l'ennemi. Ici encore, il rencontre l'exemple de votre courage et de votre persévérance.

Vous avez soutenu une lutte gigantesque et vous avez vaincu. Forts de la justice de notre cause , repoussant tout esprit de conquête, ne voulant que notre indépendance et notre liljerté, nous avons le ferme espoir de réussir.

Dans l'accomplissement de cette tâche , nous comptons sur l'appui de tous les hommes de cœur et de tous les gouvernements intéressés au triomphe de la paix. L'adhésion du cabinet de Washington nous donnerait à elle seule cette confiance. Les membres du gouvernement me prient de vous en témoigner toute leur reconnaissance et d'en transmettre l'expression à votre gouvernement.

Pour ma part , je suis heureux et fier du hasard qui me permet d'être le trait d'union entre deux peuples liés par tant de glorieux souvenirs et maintenant par tant de nobles espérances , et je vous remercie d'avoir, avec une si grande bienveillance pour ma personne, exprimé tout ce que je ressens pour la vôtre , ainsi que mon désir de consolider de plus en plus les relations d'estime affectueuse qui doivent nous unir pour toujours.

Agréez les assurances de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être ,

Monsieur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Jules Favre.

8 septembre £870* • Lettre du ministre de la Confédération suisse sur la situation

des habitants de Strasbourg,

Monsieur le ministre , la situation des habitants de la ville de Strasbourg a provoqué les sympathies d'un grand nombre de personnes en Suisse. Le conseil fédéral m'annonce que des comités se sont formés dans diverses parties de la Suisse pour venir en aide aux malheureuses populations de la ville assiégée et leur offrir l'hospitalité suisse. Ces comités ont sollicité le concours du gouvernement fédéral , qui vient de prendre la décision suivante :

Le département fédéral de l'intérieur est autorisé à se mettre en rapport avec les comités et à les seconder efficacement. Il pourvoira à l'installation des émigrants et à leur entretien pour autant' que la charité privée ne suffirait pas. Le^ département des péages et du commerce donnera des directions pour l'entrée en franchise des bagages et des effets d'habillement. Le soin est laissé au comité d'envoyer une délégation à Strasbourg pour s'entendre avec le commandant de la place et les forces assiégeantes au sujet de la sortie et de la réception des habitants de la ville.

Mon gouvernement, en me chargeant de porter ces faits à la connaissance de Votre Excellence, m'annonce que la même communication est adressée aux gouvernements de la confît dération de l'Allemagne du Nord et du grand-duché de Bade.

Je saisis avec empressement cette occasion pour vous prier d'agréer, etc.

Kern.

Réponse du ministre des affaires étrangères,

Paris, 9 septembre £870.

Monsieur ,

Par la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m' écrire en date d'hier, vous avez bien voulu me donner connaissance des marques de sympathie que provoque en Suisse la situation des habitants de Strasbourg , ainsi que de la décision prise par le gouvernement fédéral de seconder la formation des comités de secours et les efforts de la charité privée.

Le gouvernement de la défense nationale a été profondément touché de cette communication, et les sentiments qu'elle lui a fiait éprouver seront partagés par la France entière. Quant à ceux que la noble conduite du peuple suisse et la généreuse démarche du conseil fédéral inspireront à l'héroïque population de Strasbourg, je n'essayerai pas de les exprimer. De pareils actes font honneur à tous ceux qui en ont pris l'initiative ; ik sont pour nous le plus précieux témoignage des dispositions amicales de la Suisse, et rien ne pouvait contribuer davantage à affermir les liens qui l'unissent depuis si longtemps à la France et à l'Alsace en particulier.

Je vous prie , Monsieur, de vouloir bien vous fiedre l'interprète de 'notre' vive reconnaissance auprès du conseil fédéral et de tous ceux qui participent à l'œuvre des comités.

Recevez, etc.

Jules Favre.

8 septembre 1870.

Lettre du ministre de la Confédération suisse au ministre des araires étrangères, annonçant la reconnaissance par la Suisse de la République française.

Je suis heureux de pouvoir vous informer que le conseil fédéral m'a autorisé à entrer immédiatement en relations officielles avec le gouvernement de la République française.

La Suisse a toujours reconnu le droit de libre constitution des peuples. La France s'étant constituée en république aux acclamations du pays tout entier, le conseil fédéral n'hésite pas un instant à appliquer ce principe au nouveau gouvernement de la France.

Le conseil fédéral est persuadé que les bonnes relations établies depuis si longtemps entre la France et la Suisse seront maintenues par la République française. De leur côté , les autorités fédérales contribueront de tout cœur à développer ces relations. L'amour commun de la liberté et l'analogie des institutions politiques affermiront, en les renforçant d'une manière puissante, les liens sympathiques qui imissent les deux nations.

Le conseil fédéral a la profonde conviction d'être l'interprète des sentiments du peuple suisse tout entier, en exprimant le vœu sincère que la nouvelle République sœur, née au milieu de graves circonstances, parviendra, dans un avenir prochain, à procurer à la France les bienfaits d'une paix honorable et à consolider à jamais la liberté et les institutions démocratiques. . . .

Réponse du ministre des affaires étrangères.

L'étroite amitié qui unit la France et la Suisse ne peut être que fortifiée par la communauté des institutions politiques ; plus heureux que nous , vous jouissez depuis longtemps d'une liberté fortement assise sur la sagesse des habitudes et la virilité des mœurs. Vos pères Ton conquise par d'&éroîques sacrifices et vous l'avez conservée par vos vertus ; peut-être aussi a-t-elle été protégée par votre admirable sol, qui est à la fois le plus magique et le plus redoutable de l'Europe ; mais vous avez eu l'habileté de le peupler de libres citoyens armés dès l'enfence, et sachant être des héros quand il s'agit de le défendre.

Quand la France aura traversé la crise périlleuse que lui vaut l'Empire , elle comprendra qu'il est temps pour elle d'imiter votre exemple : elle sera libre et guerrière, et l'épée qu'elle retiendra dans sa main , vouée désormais à l'agriculture et à l'industrie , sera désormais le symbole du respect , du droit et de l'intégrité du sol national.

Je me félicite , monsieur le ministre , au milieu des pénibles préoccupations qui m'assiègent, de me consoler par ces patriotiques espérances. . • •

8 septembre 1870.

Lettre de M. le ministre (titalie.

Monsieur le ministre ,

Le gouvernement du Roi m'a donné par le télégraphe

Tinstruction de me mettre immédiatement en communication . officielle avec vous et d'entretenir avec les membres du gouvernement les rapports les plus conformes aux sympathies qui existent entre nos deux pays. . • .

Réponse du ministre des affaires étrangères.

Personne n'est plus heureux que moi de recevoir la communication que me fait Votre Excellence. Vieil et sincère ami dé l'Italie , fier des témoignages nombreux de son afiection y j'attache le plus haut prix aux assurances qu'elle veut bien me donner par votre organe. A cette satisfaction s'ajoute celle que me causent les relations que les devoirs de ma charge me permettront d'entretenir avec une personne dont j'ai depiûs longtemps pu apprécier la grâce bienveillante et les éminentes qualités, • • •

8 septembre 1870.

Lettre de l'ambassadeur (f Espagne,

Monsieur le ministre,

M. le ministre des affidres étrangères d'Espagne m'a envoyé par le télégraphe les instructions nécessaires pour entrer immédiatement en rapports officiels avec Votre Ecceilence, et pour vous exprimer son désir de maintenir les bonnes relations qui heureusement existent entre l'Espagne et la France.

Je crois inutile d'ajouter que tous mes efforts seront, comme

toujours, pour que ces relations se fortifient de plus en plus

pour la prospérité et le bonheur des deux pays.

Veuillez agréer, etc.

S. d^Olozaoa.

Réponse du ministre des affaires étrangères.

Monsieur l'ambassadeur ,

n m'est bien précieux de. recevoir ce témoignage d'amitié et de confiance de la part des représentants d^un pays qui nous a montré naguère le chemin de la liberté. J'espère que nous nous y avancerons ensemble, étroitement unis par la communauté d'intérêts et d'espérances. C'est précisément à cette heure si cruelle pour la France qu'éclate avec évidence la sagesse d'une politique qui confondrait dans un même faisceau trois peuples vraiment frères, n'attendant, pour retrouver leurs titres de famille , que lé signal de la liberté. . . .

Veuillez agréer, etc.

Jules Favre.

12 septembre 1870.

Lettre du chargé (f affaires de Portugal.

Monsieur le ministre ,

Le gouvernement de Sa Majesté Très-Fidèle, que je me suis empressé d'informer de la communication que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser le 5 courant , relativement à la constitution du gouvernement de la défense nationale et de la nomination de Votre Excellence aux fonctions de ministre des affaires étrangères , m'a ordonné de me mettre immédiatement en rapports ôfBciels avec Votre Excellence et de lui exprimer son désir d'entretenir avec le gouvernement de la défense nationale les bonnes relations qui heureusement existent entre le Portugal et la France.

Très-heureux et très-flatté d'être l'intermédiaire entre mon gouvernement et l'homme illustre chargé aujourd'hui de la direction des af&ires extérieures de la France , j'apporterai dans l'accomplissement de cette mission tous mes efforts pour maintenir et consolider les meilleurs rapports entre nos deux gouvernements. . • •

Agréez , etc.

Signé : Lamgastre.

Réponse du ministre des affaires étrangères.

Monsieur le ministre ,

Le haut prix que la France a toujours attaché aux relations amicales qu'elle entretient avec votre noble patrie me permet de vous donner l'assurance que le gouvernement de la défense nationale accueillera avec une vive satisfaction cette bonne nouvelle.

Je suis pour ma part très-heureux d'avoir la mission de la lui transmettre, et en mettant sur le compte de l'excès de votre bienveillance tout ce que vous voulez bien m'écrire d'o« bligeant , je vous prie d'être bien convaincu que je ferai tous mes efforts pour resserrer les liens qui unissent nos deux

INIjo* • • •

Agréez , etc.

Signé : Jules Favrb«[

9 septembre 1870* Décret convoquant les collèges électoraux pour le 16 octobre.

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