‹ Histoire de la guerre de 1870-1871 (volume 3)Chapitre 14 sur 16 · L. COSTE · texte numérisé non relu

L. COSTE

Ancien commandant militaire da palais du Louvre, lieutenant-colonel de cavalerie en retraite, a Orléans.

Je ne puis attribuer qu'à une seule cause le peu de bienveillance que S. M. Tlmpératrice m'a toujours témoigné, ainsi qu'à ma famille.

Cette cause fut bien involontaire de ma part, et les ennuis que la Souveraine en a ressentis n'auraient jamais dû peser sur moi, et encore moins sur les miens.

Lorsque je fus nommé au commandement de l'expédition de Chine, l'Impératrice me reçut aux Tuileries ainsi que mes officiers d'état-major, et voulut bien me témoigner tout l'intérêt qu'elle prenait à la réussite de cette guerre lointaine.

Sa Majesté ajouta qu'elle ne se bornerait pas à de simples voeux en notre faveur, mais qu'elle entendait pourvoir à tous les besoins en linge de notre ambulance militaire ; ce qui eut lieu.

L'expédition se fit dans les conditions que tout le monde connaît; mais ce que tout le monde ne sait pas, ce sont les détails relatifs à une sotte his-

toire que l'on voulut faire courir à mon retour, et dont le but était de contrarier vivement F Impératrice , tout en satisfaisant aux sentiments d'envie de quelques jaloux de mes succès.

Désireux de donner à S. M. l'Impératrice un témoif;naçe de reconnaissance de l'armée de Chine pour l'intérêt qu'elle lui avait accordé, je lui rapportai un chapelet, dont voici l'origine que j'ai déjà indiquée dans l'une des séances du Sénat, il y a plusieurs années, en réponse à une interpellation de M. de Boissy.

Lors de l'occupation du Palais d'été, une commission composée de trois officiers supérieurs anglais et trois officiers supérieurs français fut désignée pour le partage des prises qui furent faites.

Au nombre de celles-ci se trouvaient une gi'ande quantité de colliers de mandarins, qui furent partagés dans toute l'armée comme ayant une valeur minime.

La commission, par un acte de gracieuseté, m'attribua trois de ces colliers, pour ma femme et mes deux jeunes filles. Je fis faire avec ces trois colUers un chapelet, par Mgr Mouly, évéque de Pékin, dont je venais de rendre la cathédrale au culte catholique.

Je priai Monseigneur de donner sa première bénédiction à ce chapelet, en lui indiquant à quelle personnalité élevée je le destinais, et je lui deman-

dai en même temps de certifier sa provenance par un écrit constatant que la première bénédiction donnée dans l'église de Pékin l'avait été à ce chapelet.

Je ne doutais pas, en raison de la piété bien connue de l'Impératrice, qu'un pareil objet, sans valeur intrinsèque , n'en eût beaucoup à ses yeux de fervente chrétienne.

Ce fut cependant cet objet si simple qui fut représenté comme un cadeau, d'abord d'un million, en raison de perles fines qui le formaient. (Il n'y en avait pas une : il était composé de petites boules de jade vert, grosses comme une petite cerise.)

Ce chapelet grossit bientôt de prix et monta à un million cinq cent mille francs, composé, disaiton, de perles noires; enfin il atteignit le chiffre de deux millions, les perles noires s'étant transformées en perles vivantes.

Je confesse ici mon ignorance : je n'ai jamais su et je ne sais pas eticore ce que l'on appelle perles vivantes.

Ces bruits si incroyables furent cependant accueillis dans la capitale d'un peuple qui se targue d'être le plus spirituel de la terre !

A Vichy, où je m'étais rendu à mon retour de Chine, l'Empereur m'autorisa à offrir ce chapelet à S. M. l'Impératrice, en ce moment à Fontainebleau.

Je me rendis dans cette dernière ville, et, en présence du comte Walewski et de la comtesse Walewska, je fis hommage à Flmpératrice de ce souvenir religieux de l'expédition de Chine.

J*ai toujours pensé que le bruit qui s'était produit autour d'un fait si simple, et qui avait été dénaturé par les partis hostiles, avait causé une vive contrariété à l'Impératrice, et que, sans bien s'en rendre compte, sa pensée se reportait péniblement sur un acte qui, de ma part cependant, n'était que l'expression d'un sentiment de reconnaissance.

ftÈPONSË A UNE ALLEGATION. •îSÔ

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