‹ Histoire de la guerre de 1870-1871 (volume 4)Chapitre 10 sur 19 · RAPPORTS DE LA FHAKCE AVEC LA PRUSSE. Î · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE LA FHAKCE AVEC LA PRUSSE. Î

sûrement récpimioer, mais on me permettra de rappeler qae le Gouvernemeot lui-même a signalé au pays dans maintes occasions, à la tribune dès le mois de décembre 1866, et dans de nombreux, documents officiels, l'importauce et l'étendue des forces et des armements de la Prusse. Dans la discussion siu* l'organisation de notre armée, et cbaque année dans celle du budget, dans l'exposé annuel de la situation de l'Empire, il n'a pas cessé, pour justifier l'opportunité des mesures qu'il proposait au Corps législatif, de dénoncer les dangers auxquels nous exposait l'iosuiBsance de nos moyens de défense; il a cité des cbiftres, et l'événement n'a que trop prouvé que l'Allemagne réunie pouvait, comme l'a dit M. Bouber, mettre treize cent miUe hommes en ligne dans une guerre contre la France. Parfaitement informé , le Gouvernement a vainement multiplié ses efforts pour éclairer le pays, qui, n'ayant rien appris ou ayant tout oublié , a accusé de négligence et d'impéritie les agents diplomatiques, en voyant les armées allemandes envahir, en masses profondes, notre territoire. On demeure confondu devant de si tristes égarements. Je ne suis pas moins tenu cependant de démontrer que le Gouvernement tenait ses renseignements des agents qu'il entretenait à Berlin.

Après la puhlicationdesrapportsdeM. le colonel

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m MA MISSION EN PHUSSE.

StofFel, je n'appreodraî rien à personne sui' un point aussi important, et je crois superflu d'emprunter de nombreuses citatioQS à ma coiTespondance pour établir que de mon côté , et en lui abandonnant le soin d'élucider dans tous leurs détails les questions d'un caractère purement tecbnique, je ne négligeais aucune occasion de signaler les développements que la Prusse donnait à ses forces militaires, .le dirai cepeudant que, dès le 25 août 18G6, quand la paix de Prague n'était pas encore définitivement conclue et avant que le cabinet prussien eût arrêté ses résolutions, je faisais pressentir l'extension qu'il donnerait à ses armées, et je disais dans une première dépêche :

Berlin, le 25 août I8GG.

Monsieur le ministre,

La Gasetle de Magdebourg publie, sur les ressources militiiires des pays qui vont être annexés h la Prusse et sur la manière dont le gouvernement du Itoi Guillaume se propose de les utiliser, un article que je crois utile de signaler à Votre Excellence. Il a été fort remarqué à Berlin , et ce matin la plupart des journaux s'empressent de le reproduire. D'après cet article , on compterait dissoudre les cadros des troupes hessoiscs et nassoviennes , comme on l'a fnit pour ceux du royaume de Hanovre et de la ville libre de Franc-

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RAPPORTS DE LA FRANCE AVEC LA PRUSSE. 505 fort. Les hommes seraient rappelés sous les drapeaux et incorporés dans les réfpments prussiens. Quant à la question de savoir si , leur temps de service achevé , on leur apphquerait les lois prussiennes relatives à la landwehr, elle ne paratt pas encore être résolue. Mais on serait, par contre, décidé à étendre immédiatement aux nouveaux territoires les règlemen ts prussiens pour le recrutement. L'institution de la landwehr est destinée à être remaniée, et à partir de 1867 les classes formant ta réserve de l'armée permanente atteindront la force numérique que la nouvelle organisation de l'armée leur assij^ne , et l'on n'aura , par conséquent , plus besoin d'appeler des hommes appartenant au premier ban de la landwehr pour porter au chiffre réglementaire de mille hommes les bataillons de guerre de la ligne. En même temps, l'effectif des différentes classes de la landwehr ira en augmentant successivement jusqu'au moment où la classe de 1860 (année où le recrutement a été porté, pour la première fois, de 40,000 hommes a plus de 72,000) aura atteint l'àge de libération, c'est-à-dire trenteneuf ans.

Les cadres actuels ne tarderont donc pas à devenir insuffisants. A6n d'obvier à cet inconvénient, on supprimerait la distribution de la landwehr du premier ban en régiments distincts , et l'on se bornerait à assi* gner deux bataillons de cette arme , comme seconde réserve de guerre , à chacun des régiments de la ligne et de la garde. Ces régiments, actuellement au nombre de 81 , seraient d'ailleurs portés à 100, grâce aux an-

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nexîons , et l'on emploierait les cadres des quatrièmes bataillons de guerre , récemment créés , pour former les nouveaux corps. Du même coup, te nombre des bataillons de la landwehr, qui est en ce moment de 116, serait donc élevé à 200*''.

L'effectif de guerre des pays conquis s'élevait à 49,546 hommes (26,497 Hanovriens, 15,209 Hessois, 6,721 Nassoviens et 1,119 Francfortois) , auxquels il faut ajouter environ 10,000 Schleswig-Holsteinois. Mais en tenant compte des pertes d'effectif provenant de la dissolution de leurs cadres , l'augmentation immédiate de l'armée prussienne permanente, résultant des annexions, ne dépasserait guère 55 à 56 mille hommes.

Du jour cependant où les territoires conquis, dont la population, en nombre rond, atteint 4,500,000 âmes, seront régis par les lois de recrutement en vigueur en Prusse, cette augmentation comportera de 80 à 90,000 soldats; enfin, lorsque la fusion sera devenue également complète pour la landwehr, ce qui peut avoir lieu en peu d'années, l'effectif de guerre de la Prusse se montera à 800,000 combattants.

L'effectif de guerredes États qui vont former, avec le royaume de Prusse, la Confédération de l'Allemagne du Nord, est d'environ 40,000 hommes, organisé à la prussienne, il s'élèvera au moins à 60,000. En y ajoutant la landwehr du deuxième ban , dont

<*> Voir, pour plus de détails, le rapport de M. le colonel Sloffel du mois de novembre 1866.

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RAPPORTS DE LA. FRANCE AVEC LA PRUSSE. Wt7 Votre Excellence remarquera qu'il n'est point tenu compte dans l'évaluation des forces prussiennes , le cabinet de Berlin disposera d'une armée de plus d'un million d'hommes^^K

Le 18 octobre suivant, je faisais savoir que les mesures qu'on préparait à Berlin avaient été adoptées '*'.

Le 23 du même mois et le 18 décembre, toujours de l'année 1866, j'annonçais que les dispositions ordonnées par le ministère de la guerre étaient en pleine exécution dans tous les territoires conquis, et qu'on y appliquait activement les règlements prussiens sur le service militaire. A diverses occasions je suis revenu sur ce sujet pour signaler l'empressement qu'on mettait à constituer l'armée fédérale.

Sans revenir sur ce que j'ai eu l'honneur de vous mander, disais-je le 24 février 1867 , je ne crois pas superflu de vous répéter que l'administration de la guerre continue à déployer la plus grande activité ; on poursuit sans relâche la constitution des nouveaux corps d'armée, et on presse les autres Étatsde la Confédération afin qu'ils prennent de leur côté , sans aucun retard, les dispositions que comporte l'organisation de l'armée fédérale. Il est évident, et tel est l'avis

<•] Dépêche du ffî août 1866, n* 203.

(*) Dépêche n> 236.

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de notre attaché militaire , qu'on met le plus grand prix à se trouver en mesure de faire ùtce à toutes les éventualités'''

Dans le cours de la discussion à laquelle a donné lieu, en mars et avril 1867, la constitution fédérale, j'ai particulièremeat attiré l'attention du Gouvernement sur la disposition qui eulevait au Parlement du Nord comme aux Chambres particulières des divers États confédérés, pour une longue période, le vote du contingent et des dépenses allouées au service de la jjuerre. Cette clause portait eu effet que le contingent serait, pour l'armée de terre, de 1 pour 100 de la population, et la dépense, de 225 thalers par homme présent sous les drapeaux, durant dix ans. Ije gouvernement prussien transigea avec le parti libéral, et on se mit d'accord pour un terme de cinq ans.

Délai suf^sant, disais-je, pour permettre à l'administration de la guerre d'organiser , sans discussion et cans trouble, toutes les forces militaires de la GonfédéraUoD du Nord <'>.

Je n'insisterai pas davantage sur ce sujet. On ti'ouvera plus loin, au surplus, résumées à la date

(0 Dépêche du 24 fëvrier 1867 , n> 39.

(*) Voir ma correspondance officielle des mois de mars et avril 1867.

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RAPPORTS DE LA FRANCE AVEC LA PRDSSE. 209 du 5 janvier 1868, les informations que j'avais recueillies et transmises sur l'état militaire de l'Allemagne ''\

Le gouveraemeut prussien ne se bornait pas à donner à ses forces militaires tout le développement dont elles étaient susceptibles, il déployait un zèle éjjal pour s'assurer les fruits de sa politique et de ses victoires. Il élabora lui-même, et sans consulter les États du Nord, le projet de constirution fédérale, qu'il soumit ensuite à leur approbation plutM qu'à leur examen. Dès les premiers moments, il devint évident qu'il entendait combiner les choses de matkière à rester le maître absolu de toute l'Allemagne du Nord, avec l'entière disposition de toutes les ressources de ses confédérés.

Ai-je sur ce point édifié le gouvernement impérial ; l'ai-je fait en temps opportun et d'une- manière suffisante? Je suivais attentivement le travail entrepris par la Prusse pour placer sous sa main toute la Confédération, et j'ai rendu compte, en quelque sorte jour par jour, des efforts qu'elle faisait dans ce sens, soit avant, soit pendant la discussion dont le pacte constitutionnel a été l'objet au sein du conseil fédéral d'abord, et ensuite au Parlement. Je ne saurais reproduire ici toute ma correspondance. J'ai pu cependant, avant même qu'il fût

(') Voir page 251.

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publié, me procurer le projet de constitution, et en le transmettant à Paris je l'ai accompagné d'un rapport qu'il me sufSt de donner ici pour établir qne j'ai, dès le premier moment, exactement déterminé les desseins que le cabinet prussien poursuivait eu constituant la Confédération de l'Allemagne du Nord. Le voici eu entier, et on se persuadera , je pense, qu'il serait superflu de le faire suivre d'autres citations de ma correspondance.

Berlin, le 20 décembre 1866.

Monsieur le ministre,

J'avais exprimé au sous-secrétaire d'État des affaires étrangères le désir de recevoir communication du projet de pacte fédéral pour la Confédération du Nord. M. de Bismarck ayant recommandé aux autres membres de la conférence de n'en rien divulguer, n'a pas cru pouvoir autoriser M. de Thile à accueillir favorablement ma démarche.

Je dois toutefois à l'obligeance d'un de mes collègues , plus heureux , d'avoir eu entre mes mains une copie exacte de cet acte , et j'ai l'honneur de vous en envoyer ci-joint la traduction.

Ce document est un modèle de médiatisation sans déguisement, et je m'imagine difficilement les dispositions d'un caractère plus rigoureux que M. de Bismarck , comme on l'a dit , aurait fait éliminer du premier projet rédigé par les soins de M. de Savigny.

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RAPPOBTS DE LA FRANCE AVEC LA PRUSSE. Slt Je dois supposer, d'autre part, qu'on a feit espérer an roi de Saxe une sensible attéDuation des conditions les plus rigoureuses, au moins en ce qui le concerne, s'il est exact, comme je tous le mandais hier, qu'il se soit montré satisfait des explications et des assurances qui lui ont été données durant son séjour à Berlin.

Quoi qu'il en soit, aux termes de la constitution élaborée par le cabinet prussien , le gouvernement de la GonFédération du Nord se compose de trois pouvoirs, le conseil fédéral, la présidence, et le Parlement ou la Diète. Elle en reconnaît cejiendant un quatrième , le généralissime , puisqu'elle lui délègue , en certains cas , des attributions qui devraient relever de l'autorité executive. Ainsi le commandant en chef des forces fédérales peut constniire, aux frais communs, des Forteresses sur tous les points du territoire, proclamer l'état de siège, si la sûreté publique est menacée, ordonner d'urgence l'exécution contre tout État récalcitrant. Je n'ai pas besoin d'ajouter que la présidence et le commandement en chef de l'armée seront conâés au roi de Prusse,

La constitution est fondée sur ce principe , que la législation et l'autorité fédérales dominent la puissance nutonomique de chaque État particulier, et chacune de ses dispositions tend à concentrer la di- ^rection suprême des intérêts communs entre les mains de la Prusse.

Tout sujet d'un État confédéré devient citoyen de la Confédération, c'est-à-dire, comme le porte l'article 111 , qu'il n'y aura plus qu'un seul indigiinat. La

»lt MA MI8SI0N EN PltDSSE.

législation fédérale embrasse tout ce qui concerne les intérêts étant ou pouvant être communs. L'article IV contient à cet égard une énumération qui comprend tous les services essentiels, à l'exception de ceux de la justice et de la police locales. L'armée et la marine de guerre n'y sont pas comprises, et font l'objet de plusieurs dispositions spéciales dont je ferai mention plus loin.

Le conseil fédéral, qui est appelé à exercer, avec le Parlement, le pouvoir législatif, se composera des représentants des États confédérés. Les voix sont fixées au nombre de q uaran te -trois , et il en sera attribué dix-sept à la Prusse. Ce conseil se distribuera en comités permanents et en désignera les membres, à l'exception de ceux de la guerre et de la marine, qui seront choisis par le généralissime.

La présidence de la Confédération vient en second rang dans l'ordre des pouvoirs. Elle est, comme je l'ai déjà dit, remise, à titre perpétuel, au roi de Prusse, qui représentera la Confédération, pourra déclarer la guerre, conclure la paix, négocier des alliances, accréditer des envoyés ou en recevoir, exercer enfin toutes les prérogatives de la souveraineté dans les rapports de la Confédération avec les puissances étrangères. Comme je l'écrivais avant-hier, les sou Terains ou États alliés de la Pntsse n'auront donc plus auain motif pour entretenir à l'étranger des agents diplomatiques, puisque toute affaire d'intérêt général relèvera de la puissance fédérale, qui aura elle-même des organes auprès des autres cours.

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