ET MA MISSION A EMS
Dans la séance du Corps législatif du G juillet, M. le duc de Gramont fit conoaitre à l'Assemblée comment le gouvernement de l'Empereur appréciait la négociation qui avait couduit le prince Léopold de Hohenzollern à accepter la couronne d'Espagne, négociation, ajouta-t-il, qui nous a été cachée.
On conclut de ces derniers mots que l'ambassadeur de France à Berlin n'avait jamais rien su, et que la candidature d'un prince de la maison royale de Prusse avait pu être débattue sans éveiller son attention. On sait à quelles récriminations j'ai été en butte dès ce moment. I^a circulaire de M. de Gramont, du 24 juillet, daus laquelle cependant il
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a rectifié les déductions erronées qu'on avait voulu tirer de son discours , n'a pas dissipé les premières impressions. A l'heure qu'il est, on est encore généralement convaincu que l'on peut, à juste titre, me reprocher ce qu'on a appelé mon aveugle négligence. Rien pourtant n'est moins fondé. Un voyage . fait à Berlin par le ministre d'Espafpie accrédité à Vienne m'a suffi pour supposer qu'il pouvait se □ouer une négociation que nous aurions le plus grand intérêt à surveiller. J'ai donc spontauément, et sans que mon attention eût été diri{;ée sur un pareil sujet, adi-essé à Paris la dépèche suivante, qui est datée , qu'on le remarque bien , du 27 mars 1869:
Monsieur le ministre,
L'Espagne a été représentée à Berlin, pendant plusieurs années, par M. Rancès y Villanueva, et ce diplomate a été remplacé par M. Tenorio quelques mois seulement avant la dernière révolution. Au moment où le nouveau gouvernement espagnol a pourvu aux postes diplomatiques, on a confié celui de Vienne à M. Rancès; il avait été question de lui rendre celui de Berlin, mais on jugea que les convenances ne permettaient pas d'envoyer à la cour de Prusse un agent qui y avait été entretenu tout récemment par le gouvernement de la reine Isabelle.
A l'occasion, ou sous le prétexte de la fête du Roi, M. Itancès a fait une apparition à Berlin, venant
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CANDIDATURE HOHENZOLLEBN ; EMS. 303 directement de Vienne; il y aurait été déterminé, après avoir obtenu l'assentiment du cabinet de Madrid, par le désir, a-t-il dit, d'offrir ses hommages à Sa Majesté, et témoigner ainsi de sa gratitude pour la bienveillance dont il avait été l'objet durant la mission qu'il avait remplie en Prusse. Pendant les cinq jours qu'il a passés à Berlin , il a vu cependant deux fois M. de Bismarck, et on en a conclu que son voyagé avait peu(-étre un but politique. Je n'ai recueilli aucune information m'qutorisant à croire que cette conjecture puisse avoir quelque fondement, et je ne suppose pas que M. Rancès ail été chargé de négocier un accord quelconque avec le cabinet de Berlin. Votre Excellence sait toutefois qu'on a cité le prince héréditaire de Hobenzollern parmi les membres des familles souveraines qui pourraient être élevés sur le trône d'Espagne. Ce prince est catholique, et il a épousé une princesse de la maison de Bragance, sœur du roi de Portugal. En présence des difficultés que soulève à Madrid le choix du nouveau souverain, aurait-on de nouveau songé au prince de Hobenzollern, et M. Rancès a-t-il reçu l'ordre de venir en conférer avec M. de Bismark, ou bien cette pensée auraitelle été conçue à Berlin même ou à Dusseldorf ; et en aurait-on instruit M. Rancès, qui se serait décidé h entreprendre son voyage après avoir pris les ordres de son gouvernement? Je l'ignore entièrement; maïs il m'a paru convenable cependant de ne pas vous laisser ignorer ces suppositions, qui vous aideront à contrôler tout autre renseignement à ce sujet.
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M. Rancès est parti hier, retournant directement à son poste. J'ajouterai que, depuis le départ de M. Tenorio, qui a été révoqué, l'Espagne n'a plus été représentée à Berlin. Il a été nommé successivement plusieurs ministres, qui ont reçu depuis d'autres destinations, et celui qui a été désigné en dernier lieu n'est pas encore arrivé.
Veuillez, etc.
A la réception de cette défiéchL-, le ministre me donna l'ordre de rechercher ce que ma conjecture pouvait avoir de fondé. J'estimai que le plus simple était d'interpeller directement sur ses véritables iatentious le cabinet de Berlin, afin de ne pas lui laisser croire que nous restions indifférents devant une combiaaisoa qui touchait à nos intérêts les plus essentiels, et de pouvoir lui rappeler au besoin que nous l'avions averti. En l'absence de M. de BiS' marck, je me suis adressé an sous-secrétaire d'État des affaires étrangères, et voici en quels termes j'ai rendu compte de ma conférence avec lui :
Rcrliii,le3lmarg 1869.
Monsieur le ministre,
Votre Excellence m'a invité hier, par le télégraphe, à m'assurer si la candidature du prince de Hohen-
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CANDIDATURE HOHENZOLLEBN ; EMS. 305 zollern au trône d'Espagne avait un caractère sérieux. J'ai eu ce matin l'occasion de rencontrer M. de Thile, et j'ai cru pouvoir lui demander si je devais attacher quelque importance aux bruits qui avaient circulé it ce sujet. J'ai pensé qu'il était utile de ne pas lui cacher que je mettais du prix à être exactement informé, en lui faisant remarquer qu'une pareille éventualité intéressait trop directement, à mon sens, le gouverr nement de l'Empereur pour qu'il ne fût pas de mon devoir de la lui signaler, dans le cas où il existerait des raisons de croire qu'elle peut se réaliser. J'ai dit encore a mon interlocuteur que mon intention était, s'il n'y voyait pas d'inconvénient, de vous faire part de notre entretien.
M. de Thile m'a donné l'assurance la plus formelle qu'il n'a, à aucun moment, eu connaissance d'une indication quelconque pouvant autoriser une semblable conjecture, et qne le ministre d'Espagne à Vienne, pendant le séjour qu'il a fuit à Berlin, n'y auraitpasmémefaitallusion. Le sous-secrétaire d'État, en s'exprimant ainsi , et sans que rien dans ce que je lui disais fût de nature à provoquer une pareille manifestation, a cru devoir engager sa parole d'honneur. Suivant lui, M. Rancès se serait borné à entretenir M. de Bismarck, qui tenait peut-être à profiter du passage de ce diplomate pour se renseigner sur l'état des choses en Espagne en ce qui concerne le choix du fiitur souverain. Les Cortès, aurait-il dit , éliront le roi Ferdinand, qui déchnera la couronne; la majorité se partagera ensuite entre le duc de Montpensier et
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le duc d'Aoste, mais elle se prononcera vraisemblablement pour le premier de ces deux princes qui acceptera la résolution de l'Assemblée.
Voilà en substance ce que M. de Thile m'a appris , eu revenant à plusieurs reprises sur sa première dëclaration, qu'il n'avait été et qu'il ne saurait être question du prince de HohenzoUern pour la couronne d'Espagne. Sans révoquer en doute la loyauté du soussecrétaire d'État, je me permettrai d'ajouter qu'il n'est pas toujours initié aux vues personnelles de M. de Bismarck. En vous faisant part des bruits qu'avait provoqués à Berlin la présence de M. Bancès, j'avais soin d'ailleurs de vous faire remarquer que je n'avais aucune raison sérieuse pour croire à leur exactitude , et que je ne vous en rendais compte que pour le cas où ces indications pourraient vous servir à corroborer d'autres renseignements.
Veuillez, etc.
Si formel et si absolu qu'il fût, le langage du sous-secrétaire ne me rassura pas, et, en le rapportant, j'eus soin d'ajouter que M. de Thile n'était peut-être pas dans la coDBdcDce du projet que j'attribuais, sans que rien' fût venu cependant m'en démontrer l'existence, au gouvernement prussien. J'étais, peu de jours après, mandé à Paris, et, dans une audience que l'Empereur voulut bien me faire l'honneur de m'accorder, je fis part à Sa Majesté, en lui donnant de plus amples détails, de mes im-
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