‹ Histoire de la guerre de 1870-1871 (volume 4)Chapitre 13 sur 19 · CANDIDATURE HOHENZOLLERN ; EMS. SW · texte numérisé non relu

CANDIDATURE HOHENZOLLERN ; EMS. SW

pressions persoDoelles. L'Empereur termina notre entretien en le résumant ainsi :

La candidnlure du duc de Montpensiei: est purement antidynastique, elle n'atteint que moi, et je puia l'accepter; la candidature du prince de HohenzoUem est essentiellement antinationale , le pays ne la supportera pas, et il faut la prévenir.

J'eus également une longue conversation sur ce point avec le ministre, et, suivant les intentions de l'Empereur, il m'invita à m'en expliquer directement avec M. de Bismarck en rentrant à Berlin; il me recommanda toutefois de calculer mon langage de manière qu'on ne pAt pas nous prêter le dessein de rechercher un sujet de conflit.

Après m' être conformé à ces instructions, j'adressai au ministre la dépêche ci-après :

Berlin, le 11 mai 18feU

Monsieur le ministre,

En revoyant M. de Bismarck après mon retour de Paris, j'ai pu, sans difBcuIté, amener l'entretien sur l'état actuel des choses en Espayne , et j'en ai pris prétexte pour l'interroger sur les bruits qui désignent le prince Léopold de HohenzoUern comme l'un des candidats à la couronne.

Le président du conseil n'a pas cherché à décliner

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la conversation siir ce sujet ; il m'a représenté que la souveraineté qui pourrait être offerte au prince Léopold ne saurait avoir qu'une durée éphémère, et qu'elle l'exposerait h plus de dangers encore que de mécomptes. Dans cette conviction, le Roi s'abstiendrait certainement, m'a-t-il dit, de lui donner, le cas échéant, le conseil d'acquiescer au vote des Cortès. Le père du prince partage cet avis, a ajouté M. de Bismarck, et il a pu se persuader, par la nécessité où il s'est trouvé d'aller au secours du prince Charles depuis qu'il gouverne la Roumanie, combien la puissance souveraine est onéreuse pour sa fortune personnelle, et il n'est nullement disposé à la compromettre pour aider son fils aine a monter sur le tràne d'Espagne. Sans me dissimuler qu'il avait eu l'occasion de conférer à ce sujet avec le Roi et avec le prince Antoine, M. de Bismarck s'est renfermé dans les observations queje viensde vous indiquer en substance. En prêtant foi à la sincérité de ses paroles, il faudrait nécessairement en conclure qu'il n'a été fait aucune proposition au prince Léopold, ou que du moins il ne l'a pas favorablement accueillie. Si je m'en rapportais au contraire à l'expérience ^ue j'ai acquise du sens qu'il convient d'attacher à son langage, J'inclinerais à croire qu'il ne m'a pas exprimé sa pensée tout entière. Je lui ai fait remarquer que le prince Léopold ne pouvait déférer au vœu des Cortès, dans le cas où elles l'acclameraient, sans l'assentiment du Roi, et que 8a Majesté aurait donc à dicter au prince la résolution qu'il devrait prendre en une pareille circonstance.

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CANDIDATURE HOENZOLLERNi EMS. 309 M. de Bismarck fa reconnu; mais, au lieu de m'assurer que le Roi était irrévocablement décidé a lui recommander l'abstention, il est revenu sur les périls dont serait entouré, dès son avènement, le nouveau sou- . verain de l'Espagne. Il a continué en émettant l'avis qu'il ne sera au surplus procédé a l'élection d'aucun , prince, que les vues ambitieuses et personnelles des hommes qui se sont emparés du pouvoir y mettraient un obstacle plus sérieux qu'on ne le suppose généralement, et il u cité le nom du maréchal Prim. Voulant le déterminer à en préciser exactement la portée, j'ai répliqué que j'aurais soin de vous faire part.de ses appréciations, et j'ai représenté que si le gouvernement de l'Empereur observait avec une entière circonspection les événements dont l'Espagne était le théâtre, il avait cependant un intérêt de premier ordre a en suivre le développement. M. de Bismarck a repris, en y revenant, les cxpUcations qu'il m'avait déjà données sans rien y ajouter. Il m'a appris toutefois que le prince Frédéric-Charles aurait été disposé M courir une aventure en Espagne, c'est en ces termes qu'il s'est ex primé, mais qu'il s'élevait devant lui une difficulté insurmontable, celle de la religion, qui ne pourrait être vaincue aux yeux du peuple espagnol, même au moyen d'une conversion. «S'il s'est toujours montré ofBcier vaillant et distingué, a-t-il ajouté, ce prince d'ailleurs n'avait jamais fait preuve d'aptitude politique, et ne serait pas en état de se conduire au milieu des complications qui surviendront en Espagne. >> Ne voulant pas sortir de la réserve qu'il s'était évidem-

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3ie MA MISSION EH PRUSSE.

ment imposée, le président du conseil n'a pas consenti à me {lire si lu candidature du prince Frédéric-^^barles a été sérieusement posée et dans {|nelles drconstaoces elle aurait été débattue et abandonnée.

Qne faut-il penser de l'attitude ganlée par M. de Bismarck durant notre entretien, et du lang^age si mesuré et si peu conforme à ses habitudes qu'il n'a cessé de me tenir? Considère-t-it <jue te prince LéopoU peut Utre élu par les Cortês, ei a-t-il pris soin de s'exprimer de manière à ne pas engager absolument la liberté de résolution du Roi dans une semblable éventualité? ou bieji s'cst-il proposé uniquement de nous laisser soupçonner qu'il lui serait aisé, au besoin, de faire acclamer en Espagne un' membre de la maison de HohenzoUern? Si j'en juye par mes impressions personnelles, ces deux conjectures sont également fraisembiables. Il m'a paru tenir en effet à me persuader que les bruits dont nous nous entretenions n'avaient aucun fondement; mais il s'est abstenu soigneusement de me donner l'assurance formelle que le Roi ne permettra, dans aucun cas, au prince Léopold d'accepter la couronne si elle lui était offerte. Si Votre Excellence vent bien se faire représenter la dépêche que je vous ai adressée sous le n* 71, elle y verra que le sou*secrétaire d'Etat n'avait pas hésité au contraire à me faire une déclaration absolue dans ce sens, et que je pressentais, dès ce moment, que M. de Thile, qui croyait pouvoir engager sa parole d'honneur, n'était peut-éli-e pas exactement renseigné sur les véritables vues du Uoi et du comte de Bismarck. Quoi qu'il en

CÂNDIDATUBE HOHE»Z0LLERN; EMS. 311

soit, je ne saurais, comme tous le voyez, accorder aux explications que m'a données le président du cooseij une entière confiance, et si je n'avais craint d'excéder la mesure qu'il peut convenir au gouvernement de l'Empereur de garder dans une affaire si délicate, j'aurais mis, sans manquer à aucun de mes devoirs, M. de Bismarck en demeure de s'énoncer plus clairement^ mais j'ui pensé que je devais attendre vos ordres, avant de me montrer plus pressant et d'insister davantage pour être fixé sur les résolutions éventuelles qui pourraient être prises à Berlin.

Votre Excellence m'a fait hier l'Iionneur de me demander par le télégraplie si le prince Léopold s'est rendu, dans ces derniers temps, auprès du roi Ferdinand de Portugal. Comme je vous l'ai appris par la même voie, ce prince a résidé à Berlin jusqu'à la fin de mars, et le séjour prolongé qu'il a fuit ici cet hiver autorisait assurément les conjectures que j'ai formées, dans la première dépêche que j'ai adressée au département a son sujet.

En quittant la cour de Prusse il est retourné à Dusseldorff, où il réside habituellement, et avant lu fin d'avril il est parti pour Bucharest, où il est allé rendre visite à son frère et où il se trouvait encore il y a peu de jours. Ce ne serait donc que vers le milieu du mois dernier qu'il aurait pu entreprendre une rapide excursion jusqu'il Lisbonne ; mais je n'ai pu recueillir aucun indice me permettant de vous éclairer à cet égard. Veuillez, etc.

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Comme on le voit, j'avais bien jugé les choses en présumant dans ma première dépêche que M. de Bismarck était à la recherche des avantages qu'il pourrait retirer, pour le succès de sa politique en Allemagne, de la vacance du trône d'Espagne; et loin de prouver le contraire, ses explications, à mon sens, étaient plutôt propres à confirmer mes suppositions. Mon interlocuteur, évitant, non sans intention, de me donner une assurance positive et officielle qu'il n'y aurait aucune suite an projet dont nous nous entretenions , je ne pouvais l'exiger sans risquer de provoquer une discussion dont il aurait été difficile de prévoir l'issue, sans d'ailleurs m' écarter de mes instructions. Depuis quelque temps on . prétendait à Beriin que nos armements, au degré où nous les avions poussés, n'avaient plus un caractère purement défensif; on croyait savoir en outre que nous recherchions des alliances, et M. de Bismarck s'en était ouvert avec moi, en m'assurant que le Roi s'en montrait vivement préoccupé, .l'écrivais le 21 mars :

Le Roi, m'a dît M. de Bismarck, a pris la peine de m' écrire quatre fois dans la journée d'hier pour me signaler des informations qu'il juge dignes d'attention M. d'Uscdom nous a dénoncé des cir--

constances qui sont de nature à faire croire que l'Italie

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CANDIDATURE BOHEINZOLLERN; EMS. 313

suit des négociations secrètes avec la France auxquelles l'Autricbc ne serait pas étrangère.

Eu terminant ma dépêche, j'ajoutais que le ministre de Prusse en Italie n'avait pas, au dire de M. de Bismarck, indique la source à laquelle il avait puisé ce renseignement, et que, selon le président du conseil, M. d'Usedom le tenait sans doute d'im agent particulier, ancien garibaldien, qu'il entretenait lui-même à Florence depuis longtemps^''.

Je n'ai pas besoin de dire aujourd'hui que ces bruits étaient mallieurcusement dénués de fondement. Le gouvernement de l'Empereur, toutefois, dans son désir de conjurer tout dissentiment et de prouver sa ferme volonté de maintenir la paix, mettait ses soins à éviter toute démarche compromettante ; dans ce sentiment, il me prescrivit de ne pas être plus pressant.

J'approuve, me repondit le ministre, la

réserve dans laquelle vous vous êtes renfermé, et je ne puis que vous inviter à vous y maintenir, en restant néanmoins attentif à tout ce qui pourrait nous éclairer W.

J'ai donc pressenti et signalé les intentions de M. de Bismarck, quand rien ne les avait encore

(■) Dépêche âa 121 man 1869, n' 6i.

(>> Dépêche du département du 19 mai 18C9.

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3li MA MISSION EN PRUSSE,

révélées , et après m'en être entretenu avec lui , j'ai suffisamment indiqué qu'il garderait son projet pour le mettre à exécution dès qu'il le jugerait opportun. Ce qu'on ne pouvait attendre de moi, c'était de surprendre le moment où il y donnerait suite. Qui ne sait que quand deux gouvernements veulent conclure rapidement un accord préparé de longue main, il leur est toujours aisé de le soustraire aux investigations de ta diplomatie, surtout s'ils se décident à ne tenir aucun compte des traditions internationales et des procédés de loyauté que les cabinets se doivent mutuellement?

On pourra d'ailleurs se convaincre plus loin que la candidature du prince de Hobenzoliern a été concertée entre Dusseldorf et Madrid , à l'arrivée du Roi à Ems''', et après le départ pour Wartzin de M. de Bismarck, avec lequel on communiquait directement.

■l'arrivé à la mission que j'ai remplie à Ems.

Je possède intégralement, sur cette négociation, les dépêches et les télégrammes que j'ai reçus, les dépêches et les télégrammes que j'ai expédiés; je donnerai toute cette correspondance sans en rien retrancher. La candidature du prince deHohenzollern a été ta cause immédiate, sinon la cause initiale, de la dernière guerre, et pour que le public puisse

(') Voir page 331.

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CANDIDATURE IIOHENZOLLERN: EMS. 315 porter un jugemeot en parfaite connaissance de cause, il est indispensable de placer sous ses yeux toutes les pièces du procès. J'apporte pour ma part celles dont je sois resté le détenteur, et j'hésite d'autant moins à les livrer à la publicité qu'on y verra, ce qu'on conteste {[énéralement , que si le gouvernement de l'Empereur était fermement résolu à ne pas tolérer l'établissement d'un prince prussien sur le ti-ône d'Espagne, il a toutefois abordé cette grave complication avec le désir sioecre de la résoudre pacifiquement.

Voici d'abord les premières instructions qui m'ont été envoyées pendant qu'on me donnait par le télégraphe l'ordre de partir jiour Ems '''.

TËLËURAMME.

Le ministre des affaires étrangâres à l'ambassadeur de France en Prusse, à Wildhad.

Paris, le 7 juillet 1870, onze heures ' qiiaranic-ciii'f minutes soir.

Partez pour Ems; un attaché que je fais partir demain matin vous y portera des instrucliuns; il arriveiTi à Ems à onze heures du soir. Faites prévenir le chef de gare où vous descendrez.

<'' J'avais quitté Berlin le I" du mois pour me rendis à Wildbad, et les explications pn^'liminaii-cs auxquelles se réfère M. le duc de Gramont avaient été douniïes par M. de Tliile au premier secrétaire de l'ambassade.

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316 MA MISSIOS BS PRUSSE.

Piirts, le 7 juillet 1870.

Dt.pt.QHB.

Monsieur le comte ,

Ayant accepté l'oiTre que tous m'avez faite de vous rendre à Ems auprès du roi de Prusse, je crois utile de vous envoyer ci-incluses toutes les pièces qui peuvent vous mettre au courant de la situation.

Je joins donc ici :

1° Le tèlégrarame et le rapport par lequel M. le baron Mercier nie rend compte de l'entretien où le maréchal Prim lui a parlé pour la première fois de la candidature du prince de Hohenzollern au trilne d'Espagne;

2* Le télégramme que j'ai moi-même adressé à M. Le Sourd à la réception de celte grave nouvelle;

3* Lu réponse télégraphique et le rapport de M. Le Sourd, résumant les explications de M. de Thile;

A° Lu dépêche que j'ai adressée ii notre chargé d'affaires à Berlin pour lui exposer la manière de voir du gouvernement de l'Empereur et faire appel à la sagesse et à la modération du roi de Prusse ;

5* La déclaration que, pressés pur le sentiment public, nous avons cm devoir porter à la tribune du Corps législatif;

6* Un nouveau rapport de M. Mercier qui m'est parvenu ce matin , et qui donne un a|>erçu de l'excitation causée en Espagne par la combinaison dont le maréchal Prim est le promoteur '''.

(0 Voir CCS annexes aux Appendices, n* I.

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CANDIDATURE HOHENZOLLERN; EMS. 317 Ces documents tous feront connaître l'état des choses et me dispenseront d'insister plus longuement sur la portée de l'intrigue que l'on nous a dérobée avec tant de soin , et sur les explications que la seule révélation d'un projet aussi blessant pour notre dignité que contraire a nos intérêts était de nature à faire nattre.

En résumé, le prince de Hohenzollern a accepté la candidature au trône qui lui avait été offerte par le maréchal Prim. Le cabinet de Berhn n'a pas ignoré les faits, mais il déclare y ctre demeuré étranger, officiellement du moins, et, d'après le langage tenu par M. de Thile, le prince de Hohenzollern serait seul engagé dans cette négociation.

Au point où la question en est arrivée, et avec le caractère qu'elle a pris par suite de l'émotion ressentie en France, il est d'un grand intérêt que la lumière se fasse sur les véritables dispositions de la Prusse, et nous attendons les plus utiles résultats de la mission dont vous êtes chargé auprès du Roi, car nous avons le ferme espoir qu'après avoir entendu de votre bouche l'exposé sincère et vrai de la situation telle qu'elle est réellement, Sa Majesté, avec sa haute raison, ne voudra pas laisser plus longtemps planer le doute sur les intentions de son gouvernement. Si le chef de la famille de Hohenzollern a été jusqu'ici indifférent à cette affaire, nous lui demandons de ne plus l'être, et nous le prions d'intervenir, sinon par ses ordres, au moins par ses conseils, auprès du prince Léopold. Donnés avec l'autorité qui lui appartient, ils ne man-

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318 MA MISSIO» BiN PRUSSE,

querant pas d'exercer une influence décisive sur la résolution du prince et de faire disparaître, avec les projets fondés par le maréchal Prim sur cette candidature, les inquiétudes profondes qu'elle a partout suscitées.

L'agitation qui en est déjà la conséquence en Espagne, l'ardeur que montrent les partis à reprendre la lutte, annoncent que la guerre civile est certaine si l'exécution de ce plan était poursuivie ; et personne ne doute que prenant possession du trône dans de telles conditions, le nouveau souverain ne fût réduit h l'impossibilité de se maintenir en Espagne. En le détournant de la pensée de s'engager davantage dans cette négociation, en lui donnant le moyen d'en sortir honorablement, le Roi lui épargnerait les épreuves d'une entreprise qui peut faire couler beaucoup de sang espagnol, mais qui ne présenterait réellement aucune chance sérieuse de réussite après les malheurs qu'elle aurait causés.

Quanta nous, Monsieur le comte, nous verrions surtoutdansFînterventionduroi Guillaume pourmettre obstacle à la réalisation de ce projet, les services qu'elle rendrait à la cause de la paix et le gage de l'affermissement de nos bons rapports avec la IVusse. Le gouvernement de l'Empereur apprécierait un procédé qui, l'on n'en saurait douter, recevrait en même temps l'approbation universelle.

Inspirez-vous de ces considérations, faites-les valoir auprès du Roi, et efforcez-vous d'obtenir que

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CANDIDATURE KOHENZOLLERN; ËMS. 319 Sa Majesté conseille au prince de Hohenzollern de revenir sur son acceptation.

J'attache un grand intérêt à connaître aussitôt que possible, et par le télégraphe, le résultat de vos démarches.

Agréez,

'. PARTICULILHE.

Le duc de Gramont au comte Benedelii.

Paris, te 7 juillet 1870, inîniiif.

Mon cher comte.

Je vous envoie le jeune Bourqueney avec un chiffre, afin que vous puissiez me renseigner le plus tôt possible sur le résultat de votre démarche auprès du Roi. Nous savons, par les aveux du prince lui-mérae, qu'il a combiné toute l'afFaire avec le gouvernement prussien, et nous ne pouvons pas accepter la réponse évasive avec laquelle M. de Thile cherche à sortir du dilemme qui lui a été posé. Il faut absolument que vous obteniez une réponse catégorique, suivie de ses conséquences naturelles. Or voici la seule qui puisse nous satisfaire et empêcher la guerre :

■ Le gouvernement du Roi n'approuve pas l'accep-

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no MA MlSSlOiS ËM PRUSSE,

talion du prince de Hohenzollern , et lui donne l'ordre de revenir sur celte détermination, prise sans sa permission . "

Il restera ensuite à me foire savoir si le prince, obéissant à cette injonction, renonce officiellement et publiquement ù su candidature.

Nous sommes très-pressés, parce qu'il faut prendre les devants dans le cas d'une réponse non satisfaisante, et dès samedi commencer les mouvements de troupes pour entrer en campagne dans quinze jours.

Vous citerez au Roi tous les exemples que vous connaissez de certaines couronnes interdites à certains princes, pour des raisons d'ordre pobtique. Le duc de Nemours en Belgique, un prince anglais, russe ou français en Grèce, un Murât a Naples désavoué par l'Empereur, etc. J'insiste surtout sur la nécessité de ne pas laisser gagner du temps par des réponses évasives; il faut que nous sachions si nous avons la paix, ou si «ne Jîn de non-recevoi'r nous oblige à faire la guerre.

Si vous obtenez du Roi qu'il révoque l'acceptation du prince de HohenzoUern, ce sera un immense succès, et un grand service. Le Roi aura de son côté assuré la paix de l'Europe.

Sinon, c'est la guerre.

Quant au prince, son règne en Espagne ne durera pas un mois ; mais la guerre provoquée par cette intrigue de M. de Bismarck , combien durera-t-elle, et quelles en seront les conséquences?

Ainsi donc, pas d'ambages et pas de lenteurs.

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CANDIDATURE HOHENZOLLERN; EMS. Ml Jamais mission ne fut plus importante : puissiez-vous y réussir, c'est mon vœu ie plus ardent.

Tout à vous.

GftAUONT.

P. S. Tenez-vous en garde contre une réponse qui consisterait à dire que le Roi abandonne le prince de Hohenzollem à son sort, et se désintéresse de tout ce qui arrivera; qu'il restera neutre en présence de toutes les ëventualites qui pourraient être la conséquence de ses résolutions individuelles.

Nous ne pourrions accepter cette réponse comme satisfaisante, car le gouvernement du Roi ne peut se désintéresser aujourd'hui par de simples paroles d'une situation qu'il a contribué à créer.

Il faut qu'il la modifie, qu'il la redresse, pour que nous acceptions l'assurance de son désintéressement. Gbahoht.

Ces iastructioDS, comme on vient de le voir, me prescrivaient d'obtenir du Roi qu'il conseillât au prince de MohenzoUera Je revenir sur son acceptation. Précisant davantage, dans sa lettre parliculière, tes intentioas du gouvernement de l'Empereur, M. le duc de Gramont me faisait remarquer qu'il nous fallait une répoose prompte et entièrement satisfaisante ; il la formulait lui-même en ces termes : •■ Le gouvernement dn Roi n'approuve pas l'acceptation du prince de Hohenzollern et hii donne

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l'ordre de revenir sur cette délemùnatioD, prise sans sa permission. » Cependant il ne se bornait pas, comme dans sa dépêche, à m'indiquer les considérations que je pouvais invoquer pour disposer favorablement le Roi ; il considérait, en outre, que tous mes efforts devaient tendre avant tout à amener un arrangement par voie de conciliation ; que c'était là le seul résultat désirable et désiré par le gouvernement de l'Empereur; il ajoutait:

Si vous obtenez du Roi qu'il révoque l'acceptation du prince de HohenzoHern, ce sera un immense succès et un grand service. Le Roi aura, de son côté, assuré la paix de l'Europe; sinon, c'est la guerre.

.le devais donc, d'une part, rapporter d'Ems le désistement du prince Léopold en l'obtenant du Roi; de l'autre, presser activement tes négociations, afin de ne pas laisser à la Prusse le temps de procéder, avant nous, à la mobilisation de ses années, si, comme nous pouvions le présumer, la difficulté soulevée n'avait d'autre objet que de provoquer un conflit en nous obligeant d'en prendre l'initiative.

Voici, après quelques télégrammes sans importance et que je place à leur date pour ne rien omettre, celui dans lequel j'ai rendu compte, en substance, de la première audience qui m'a été accordée par le Roi, ainsi que, la dépêche et la lettre particulière où j'en ai donné tous les détails.

CANDIDATURE HOHEMZOLLERN ; EMg. 393

TÉLÉGRAMME

Le ministre des affaires étrangères à l'ambassadeur de France à Ems,

Paris, )e 8 juillet 1870, huit heures quarante minutes soir.

Annoncez-moi votre arrivée; donnez-mot votre adresse, et surtout ne quittez pas Ems sans me prévenir.

TÉLÉORAHME.

Le ministre des affaires étrangères à l'ambassadeur de France à Ems,

Paris, 9 juillet 1870, deux heures vingt-sepl minutes soir.

Il ne faut pas voir le prince de Hohenzollern, l'Empereur ne veut &ire aucune démarche près de lui.

L'ambassadeur de France au ministre des affaires étrangères.

Ems, le 9 juillet 1870, sept heures du matin.

Je suis arrivé hier soir à onze heures avec M. de Bourqueney, que j'étais allé attendre à Goblentz. Je

dois voir le Roi aujourd'hui, je suis à la Ville de Bruxelles. Je ne quitterai pas Ems sans y avoir étë autorisé par vous.

TËLÉaHAHUE.

L'ambassadeur de France au ministre des affaires étrangères.

Ems, le 9 juillet 1970, dix heures un i|uart tnarïn.

Je serai reçu par le Roi entre trois et quatre heures, et je vous télégraphierai en sortant de l'audience.

TÉLiGRAHHE.

Le ministre des affaires étrangères à l'ambassadeur de France à Ems.

Paris, le 9 juillet 1810, six heures cinq soir.

Dans vos conversations avec les membres du gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité, veuillez faire remarquer que nous ne demandons rien qui ne soit confbnne aux précédents les mieux établis du droit public européen. Nos principes sont ceux qu'en 1831 les grandes puissances ont fait prévaloir en Belgique à l'égard du duc <Ie Nemours, nommé roi des Belges; qu'en 1862 ta France et la Russie ont feit prévaloir en Grèce à l'égard du prince Alfred, élu roi des Hellènes par le suffrage universel; qu'en 1862

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CANDIDATURE HOHENZOLLER»; EMS. 395 l'Angleterre et la France réunies ont fait prévaloir à l'égard du duc de Leuchtenberg, candidat russe au trône de Grèce ; que l'Empereur Napoléon Ili a appliqués lui-même spontanément au prince Murât, à l'occasion de sa candidature au trône de Naples. Nous ne comprendrions pas qu'on nous refusât le bénéfice d'une doctrine que les puissances ont déjà acceptée et sanctionnée aussi souvent "'.

L'ambassadeur de France au ministre des araires étrangères.

Ems, le 9 juillet 1B70, une heure et demie du soir.

Le Itoi me fait savoir qu'il me retiendra à diner après mon audience. Je ne pourrai donc vous en rendre compte que dans la soirée. J'ai reçu la visite de M. de Werther, qui m'a été évidemment envoyé pour me pressentir, ce qui explique l'heure tardive à laquelle le Roi a décidé de me recevoir. J'ai cru devoir saisir l'occasion qui m'était oflerte pour indiquer exactement la résolution que nous attendons de ta sagesse du Roi , et pour montrer qu'elle doit être immédiate et nette , afin de prévenir de nouveaux incidents . qui pourraient aggraver l'état actuel des choses. Je me suis exprimé avec modération , en mettant ma confiance dans les sentiments personnels de Sa Ma-

t') Ce télégramme avait été adressé à tous no» agenu en circulaire et m'a été envoyé en communication.

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jesté. M. de Werther m'a assuré qu'il n'a de son c4té rien dissimule au Roi , mais que Sa Majesté ayant été consultée par le prince de Hohenzotlern , elle n'avait pas cru pouvoir mettre obstade à son désir d'accepter la couronne d'Espagne, et qu'il lui est maintenant bien difficile, sinon impossible , de l'inviter à y renoncer. 11 est donc constant maintenant que le Roi n'a rien ignoré, et qu'il adonné son assentiment. Le langage de M. de Werther me laisse fort incertain sur le succès de la mission que vous avez bien voulu me confier.

L'ambassadeur de France au ministre des araires étrangères.

Eau, 9 juillet 1870, htiîi heures soir.

Le Roi m'a fait demander à l'heure qu'il m'avait indiquée. M'inspirant des considérations développées dans votre dépêche et de celles que m'a suggérées notre entretien , j'ai fait appel à la sagesse et au coeur de Sa Majesté pour la déterminer à conseiller au prince de Hobenzollem de revenir sur son acceptation. Confirmant ce que m'avait dit M. de Werther, le Roi m'a appris qu'il avait autorisé le prince Léopold à accueillir la proposition du cabinet de Madrid ; mais, comme vous l'aviez prévu , il a longuement insisté sur ce point, c'est qu'il avait été saisi et qu'il était intervenu comme chef de la famille, et nullement comme

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CâNDIDATUBE HOHENZOLLERN; EM8. 3X7 souTerain , et que son gouTernement était resté complètement ètran^r à cette négociation. J'ai fait remarquer que l'opinion publique ne se rendrait pas compte de cette distinction , et qu'elle ne voyait dans le prince de Hohenzoltern qu'un membre de la maison régnante en Prusse. Le Roi est entré dans d'autres considérations qu'il serait trop long devons transmettre par le télégraphe, et dont je vous rendrai compte dans un rapport. Il m'a assuré d'ailleurs qu'il s'était mis en communication avec le prince Léopold et son père pour connaître exactement la manière dont il» envisagent l'émotion provoquée par cette affaire, el régler lui-même sa conduite; il a ajouté que s'ils étaient disposés à retirer leur acceptation , il approuverait cette résolution ; qu'il attendait leur réponse , et qu'il s'expliquerait plus complètement avec moi dès qu'elle hii sera parvenue. J'ai vainement cherché à savoir à quel moment Sa Majesté recevrait cette réponse ; le Boi m'a seulement dit qu'il ne pouvait traiter un point si délicat par le télégraphe , en me donnant a entendre toutefois qu'il ne saurait tarder à connaître le sentiment des princes.

Faut-il conclure du langage que m'a tenu le Boi, qu'il a résolu de se conformer à nos vœux , en laissant au prince de Hobenzollern l'initiative de sa renonciation au Ueu de la lui conseiller , afin d'éviter ainsi de faire personnellement une concession qui pourrait être sévèrement appréciée en Allemagne ; ou bien ne veut-il que gagner du temps pour prendre, avant nous, des dispositions miUtaires, et laisser en même

it,Googlc.

temps approcher la convocation des Cortès , afin de soutenir ensuite qu'il convient d'attendre le vote de cette assemblée? En ne considérant que son attitude, et ce que j'ai recueilli dans son entourage, j'inclinerais peut-être à apprécier comme plus vraisemblable la première de ces deux hypothèses , si nous n'étions autorisés à nous montrer incrédules, ou au moins défiants.

Si la réponse du Roi eût été simplement évasive, je ne me serais pas retiré sans le constater respectueusement ; mais je ne pouvais rien objecter au désir de Sa Majesté de se concerter avec les princes de Hohenzollern avant de me feire connaître sa résolution , au moment surtout où elle me donnait l'assurance qu'elle ne tarderait pas à me mettre à mémo de vous en instruire.

Je reçois votre dépêche en date d'aujourd'hui , deux heures; je m'y fM>nrormerai.

ntvkcaE.

DIBBCTION POLITIOtlE, N* I-.

£ms, le 9 juillet 1870.

Monsieur le duc ,

Obéissant à la dépêche télégraphique que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser dans la nuit d'avant-bier , je me suis empressé de partir pour Ems , où je suis orrivé hier soir. J'avais rejoint M. de Bourqueney à Coblentz, et j'ai pu prendre, en route,

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