‹ Histoire de la guerre de 1870-1871 (volume 4)Chapitre 14 sur 19 · CANDIDATURE HOHENZOLÎ.ERN, EMS. S · texte numérisé non relu

CANDIDATURE HOHENZOLÎ.ERN, EMS. S

connaissance des instructions que vous l'avez chargé de me porter.

Mon premier soin , en arrivant à £ms , a été de solliciter une audience du Roi , et celui de ses aides de camp qui m'a servi d'intermédiaire est venu ce matin m' annoncer cpie Sa Majesté me recevrait aujourd'hui à trois heures. Il était chargé en même temps de m'exprimer les regrets du Roi de ne pouvoir m' admettre plus tdt; les soins qu'il donne à sa santé, et l'arrivée de la Reine, qui s'était annoncée de Goblentz, ne le lui permettant pas.

Quelques instants après, je recevais la visite de H. de Werther, qui a pris la peine de m' expliquer, en me donnant les mêmes raisons , le retard que mettait le Roi à m'accorder l'audience que j'avais demandée. L'ambassadetur de Prusse m'était évidemment envoyé pour me pressentir sur l'objet de la mission que je venais remplir à Ems. Il ne m'a pas été difficile de le comprendre, et j'ai jugé convenable de ne pas le lui laisser ignorer. J'ai considéré que je pouvais m'expli- <]uer devant lui avec plus de précision qu'il ne conviendrait ou qu'il ne serait utile de le faire avec le Roi , et que de la sorte je trouverais Sa Majesté parfaitement préparée à la communication du gouvernement de l'Empereur. Je me suis exprimé du reste avec toute la circonspection nécessaire et sans m'exposer à éveiller la moindre susceptibilité.

A l'heure qu'il m'avait indiquée, le Roi m'a fait demander, et je me suis rendu auprès de Sa Majesté. Je lui ai exposé l'état de choses créé par la candidature

n,5,tPrjM,G00glc

du princede Hohenzollera au trône d'Espagne, l'agitation qu'elle provoquait dans ce pays et les désordres dont elle ne pouvait manquer d'être le prétexte ou l'occasion. Je ne lui ai pas caché l'émotion qu'elle avait causée en France, et je lui ai donné l'assurance que ie gouvernement de l'Empereur n'avait aucun autre désir que celui d'y mettre un terme. J'ai fait remarquer que l'on s'en montrait très-vivement préoccupé dans d'autres pays, et que l'opinion publique, en Angleterre notamment, tous les organes de la presse autorisaient du moins à le croire, était unanime pour déplorer une combinaison qui semblait également funeste au repos de l'Espagne et au maintien des bonnes relations qui unissent en ce moment les grandes puissances. « Le Roi, ai^e ajouté, peut conjurer toutes ces calamités et prévenir dans la Péninsule l'explosion d'une guerre civile dont un membre de sa maison serait responsable. Le prince de Hohenzollem ne peut accepter la couronne d'Espagne sans y avoir été autorisé par Sa Majesté ; que le Roi le détourne d'une pareille entreprise, et les alarmes qui se sont emparées des esprits cessent à l'instant même. ■ Faisant alors appel à la sagesse et au cœur du Roi , j'ai conjuré Sa Majesté de donner à l'Europe ce témoignage de ses sentiments généreux, a Le gouvernement de l'Empereur, ai-je dit, y verrait une garantie de la consolidation de ses bons rapports avec le gouvernement de Sa Majesté, et se féliciterait hautement d'une résolution qui serait accueillie partout avec non moins de gratitude que de satisfaction. ■

n,g,t,7rJM,GOOglC

CANDIDATURE HOHEMZOLI.ERNi EMS. S31 Le Boi m'a répondu qu'il De iallait pas se méprendre sur le caractère de son intervention dans cette affaire ; les négociations ouvertes à ce sujet ont été poursuivies entre le gouvernement espagnol et le prince de HohenzoUern ; le gouvernement prussien n'y est pas seulement resté étranger, il les a ignorées; le Boi lui-même a évité de s'y associer; il a refiisé de recevoir un envoyé du cabinet espagnol porteur d'une lettre du maréchal Prim, en faisant part cependant à son premier ministre, le comte de Bismarck, de ces divers incidents. II n'a consenti à s'expliquer que quand le prince Léopold, ayant décidé d'acquiescer aux propositions qui lui étaient faites, a sollicité son consentement, ce qui a eu lieu à l'arrivée du Boi à Ems, et à ce moment Sa Majesté s'est bornée à lui déclarer qu'elle ne croyait pas pouv<Hr mettre obstacle h son dessein. C'est donc comme chef de la famille, et nullement en sa qualité souveraine de Roi de Prusse, qu'il a été instruit de la détermination du prince et qu'il est intervenu ; aussi n'a-t-il ni réuni ni consulté le conseil des ministres, et le gouvernement prussien ne saurait être interpellé sur une affaire qu'il n'a pas connue, et dont il n'est pas plus solî' , daire qu'un autre cabinet européen.

Gomme Votre Excellence l'avait prévu. Monsieur le duc, le Boi s'est longuement appliqué, avec une insistance particulière, à dégager le cabinet de Berlin et à bien établir qu'il ne fallait pas confondre le double nSle de Sa Majesté, agissant tantôt comme souverain et tantôt comme l'arbitre de sa famille.

n,g,t,7rJM,GOOglC

Je me suis permis de répliquer que le sens exact de cette distinction n'était ni ne pouvait être saisi par l'opinion publique; qu'elle ne voyait dans le prince de Hohenzollern qu'un membre de la famille régnante en Prusse, qui, en acceptant la couronne d'Espagne, réunissait deux trônes dans la même dynastie , et qu'on essayerait vainement de lui démontrer qu'elle s'abuse; que le sentiment national, en France, était unanime dans cette conviction , et que le Boi devait considérer qu'il est impossible au gouvernement de l'Empereur de s'y montrer indifférent; qu'il est, au contraire, dans la nécessité comme dans l'intention d'en tenir un compte sérieux.

Passant à un autre ordre d'idées, le Roi m'a fait remarquer que le gouvernement actuel de l'Espagne est souverain, qu'il a été reconnu par toutes les puissances, et que Sa Majesté ne s'imaginait pas à quel titre on pourrait s'opposer au choix d'un souverain qui serait librement élu par la représenlation du pays ; que les Cortès, suivant une communication que le ministre d'Espagne a faite avant-hier à Berlin, la première et l'unique communication qu'ait reçue le gouvernement prussien, seraient convoquées pour le 20 de ce mois, et qu'elles repousseront la candidature du prince de Hohenzollern si elle ne satisfait pas le vœu des populations.

J'ai répondu à Sa Majesté que le gouvernement de l'Empereur était loin de vouloir entraver la liberté des Espagnols, mais qu'il lui était démontré que la combinaison conçue par le maréchal Prim serait une

CANDIDATUBE HOHENZOLLERN; EMS. S33 cause de désastres; que le Roi lui-même ne sourait se te dissimuler, et qu'il ue pouvait autoriser un membre de sa famille à recevoir la couronne devant l'imminence de si tristes éventualités; qu'il était urgent d'y aviser, et que Sa Majesté disposait de l'unique moyen propre àmettre fin à une situation si pleine de périls; que, dans cette persuasion, j'avais ét^ chargé de m'adresser à sa haute raison, et que j'avais la confiance de ne pas l'invoquer en vain.

Mais les partis, m'a objecté le Roi, sont en Espagne si nombreux et si divisés, qu'il sera, dans tous les cas, difficile d'éviter une lutte, et la renonciation du prince de Hohenzollem ne la préviendra pas. « Je ne voudrais, ai-je continué, rien garantir à cet égard; il est pourtant permis d'espérer qu'on parviendra peut-être à combiner une solution qui serait agréée par l'immense majorité du pays; s'il en était autrement, le prince Léopold n'aurait pas, du moins, à répondre du sang versé. »

Revenant de nouveau sur la part, en quelque sorte négative, a-t-il dit, qu'il a prise à cette affaire, le Roi a, répété qu'il n'avait nullement encouragé le prince Léopold à accepter les ouvertures du cabinet espagnol, qu'il s'était borné à ne pas le lui interdire, qu'il ne pouvait s'écarter de la position qu'il avait conservée depuis l'origine et user aujourd'hui de son droit pour Je contraindre à renier l'engagement qu'il a contracté, que nous devions porter nos efforts à Madrid et y employer toute notre influence pour décider le gouvernement du Régent k renoncer à son projet.

n,g,t,7 rJM,GOOglC

J'ai pris la liberté de représenter au Roi qu'en nous expliquant à Madrid, nous nous exposerions à aggraver les embarras du gouvernement espagnol, et que nous voulions éviter d'y contribuer à un degré quelconque ; que nous donnions au contraire une preuve éclatantede la sincérité de nos sentiments, et que nous rendions en même temps hommage à ceux du Boî, en lui demandant d'interposer son autorité toute-puissante dans une question qui nous touche sous tant de rapports, et où elle peut assurément s'exercer sans aucun préjudice pour la Prusse. J'ai rappelé les précédents que nous offre l'histoire contemporaine, en faisant observer que, dans ces diverses occasions, les princes et les gouvernements avaient sacrifié un intérêt purement dynastique au maintien de la tranquillité générale, et que l'Europe s'attendait certainement ii voir le Roi s'inspirer de ces exemples dans les circonstances actuelles; que j'en étais, pour ma part, d'autant plus persuadé que, suivant les paroles mêmes de Sa Majesté , te gouvernement prussien et l'Allemagne n'avaient aucun avantage à revendiquer, aucune concession à faire, tandis qu'il s'agissait pour la France d'un intérêt de premier ordre; que le sentiment public nes'y était pas mépris, et qu'il s'était manifesté avec une extrême vivacité; que M. de Werther avait dû informer le Roi de cet état des esprits, et que Sa Majesté voudrait sans doute le prendre en consi-* dération.

Sans contester l'exactitude de ces observations, et en se référant à la déclaration que Votre Excellence a

n,g,t,7rJM,GOOglC

CANDIDÂTOBE HOHENZOLLEBN; EMS. dSS faîte devant ie Corps législatif, le Roi a exprimé l'avis que l'honneur de la France n'avait été ni ne saurait être atteint par la résolution du prince de Hohenzollern; il a relevé qu'elle a été précédée par des négociatioDS que le cabinet de Madrid a librement ouvertes et auxquelles aucun gouvernement n'a pris une part quelconque ; qu'il De pouvait donc y avoir un sujet de dissentiment ni de conflit, et qu'il ne voulait pas admettre que la guerre pût sortir d'un incident dans lequel nulle puissance n'était intervenue. Je-me suis associé à Sa Majesté pour protester contre une pareille éventualité, et j'ai ajouté que ma présence à Ems attestait hautement les intentions pacifiques et conciliantes du gouvernement de l'Empereur. Je n'ai pas manqué toutefois, le Boi m'y obligeant, de revenir sur les considérations qui nous commandaient d'obtenir la renonciation du prince de Hohenzollern.

Dans le cours de l'audience, le Boi m'avait plusieurs fois indiqué que s'il ne pouvait user de son autorité pour déterminer le prince Léopold à retirer la parole qa'il a donnée, Sa Majesté s'abstiendrait de l'en détourner. S'expliquent plus clairement à ce sujet, le Roi m'a assuré qu'il entendait lui laisser, après comme avant son acceptation , la plus entière liberté , qu'il s'était mis d'ailleurs en rapport avec le prince Antoine, qui se trouvait à Sigmaringen , et qu'il l'avait interpellé sur ses intentions et sur celles du prince Léopold , son fils , ainsi que sur la manière dont ils envisageaient l'émotion causée en France par l'assentiment qu'ils ont donné aux propositions du cabinet

n,g,t,7rJM,GOOglC

espagnol ; qu'il lui importait d'être exactement ^lair^ à ce sujet pour continuer notre entretien et me faire connaître les résolutions qui pourront être adoptées.

J'ai exprimé au Boi le désir d'être fixé sur le moment où Sa Majesté pourrait recevoir les informations qu'elle attend. Le Boi m'a répondu qu'il ne pouvait faire usa^^e du télégraphe, ne possédant pas à Ems un chiffre pour conférer par cette voie avec le prince de HohenzoUern, mais qu'il ne pouvait tarder à se trouver suffisamment renseigné.

J'ai tâché, Monsieur le duc, de reproduire fidèlement le sens sinon les termes mêmes du langage que le Boi a tenu durant notre conversation. Gomme vous le voyez , Sa Majesté a connu les pourparlers ouverts entre le maréchal Prîm et le prince de HohenzoUern; elle a refusé de s'y associer, attendu que cette négociation n'intéressait pus son gouvernement, qui ne l'a pas connue; elle n'a consenti à donner son avis que quand la question lui a été soumise en sa qualité de chef de famille, et elle s'est bornée à faire savoir qu'elle ne s'opposerait pas au désir manifesté p^r le prince Léopold d'accepter la couronne d'Espagne. Gomme souverain et roi de Prusse, Sa Majesté n'a pris aucune part a cette affaire, et le cobinet de Berlin n'a pas à répondre d'un arrangement qu'il a totalement ignoré. Telles sont en substance les explications que le Boi m'a données.

Quelles sont en ce moment les intentions du Boi, et que devons-nous attendre de ses communications avec le prince de HohenzoUern? Sa Majesté se pro-

n,g,t,7rJM,GOOglC

CANDIDATURE H0I1E«Z0LLEB:4; EMS. 337 pose-t-elle de laisser au prince Léopold le soin de reveoir spontanément sur le parti qu'il a pris , afin de ne pas sortir de l'abstention qu'elle n'aurait cessé d'observer, et d'éviter de faire personaellement une concession qui pourrait être mal appréciée en Allemagne ; ou bien se propose-t-elle uniquement de s'assurer le bénéfice du temps pour prendre des mesures mili' taires ou pour attendre que les choses soient plus avancées à Madrid et plus embarrassantes pour le gouvernement de l'Empereur? Je ne sais ce qu'il faut en penser. Si , d'une part, il convient de compter sur la prudence du Roi, de l'autre, il ne nous est pas permis d'oublier un instant des faits récents et qu'il serait superflu de rappeler. Le Roi m'a paru regarder le vote des Cortès comme la solution la plus désirable ou celle qui serait la plus conforme àses vues. Veut-il, autant que les circonstances le lui permettront, ajourner ses décisions jusqu'à ce moment? Je n'en serais pas surpris, et je signale cette conjecture à l'attention de Votre Excellence. Pour moi, et en attendant les directions que vous croirez devoir m' adresser, je ne négligerai aucun- ef&rt pour obtenir de Sa Majesté une réponse aussi prompte que satisfaisante. J'ai pensé que je ne pouvais, sans m'exposer à laisser croire que j'étais venu à Ems uniquement pour provoquer une rupture , m' abstenir de déférer au désir du Roi , quand il m'a demandé d'attsndre les avis du prince de Hohenzollem pour continuer notre entretien. Mais, dès ce soir, j'ai déclaré très-clairement à M. de Werther, qui ep informera Sa Majesté, que les

,n,g,t,7rJM,GOOglC

sas MA MISSION EN PRUSSE,

inquiétades qu'avait suscitées l'acceptation du prince Léopold , et le trouble qui en résultait pour tous les intérêts, exigeaient impérieusement que le cabinet impérial fût renseigné sans un long retard, et que je me Terrais dans la nécessité d'importuner le Roi si je n'étais mis à même de satisfaire la légitime impatience ' du gouvernement de l'Empereur.

J'ose penser que Votre Excellence voudra bien donner son approbation au langage que j'ai tenu et à l'attitude que j'ai prise depuis mon arrivée à Ems.

Veuillez, etc.

Benedetti.

p. s. J'apprends que le prince Antoine de Hohenzollem était avant-hier seul à Sigmaringen , et que le prince Léopold se trouvait sur le lac de Constance; mais je suppose qu'il aura été rejoindre son père.

Ems, 9 juillet 1870, dans la nuil.

Mon cher duc ,

Vous connaissez déjà mon arrivée à Ems , et les premières démarches que j'ai faites auprès du &oi. Je tiens à vous dire que je n'oublierai aucune de vos recommandations, et que je tâcherai de faire de mon mieux pour justifier votre confiance. Je ne suis ému ni des difficultés que je rencontre ici , ni des attaques plus absurdes encore que violentes dont je suis l'objet à Paris , et je continuerai ma tâche avec autant de

n,g,t,7rJM,GOOglC

CANDIDATURE HOHENZOLLEBN; BMS. 339 calme que de prudence. Vous m'approuverez, j'espère, de n'avoir pas été plus exigeant avec le Roi, et de ne rien brusquer violemment. Vous serez sans doute d'avis qu'il faut mettre , dans une juste mesure , la modération de notre côté. Je ne sais ce que je' puis attendre de la sagesse de Sa Majesté, et je ne puis vous cacher qu'il nous faut peut-être compter davantage avec son habileté et son habitude de recourir k des expédients.

Il y a dans ma dépêche une omission intentionnelle que je dois réparer ici. J'ai fait seulement allusion à ce que le Roi m'a dit de votre langage devant le Corps législatif. Il a été plus explicite et plus long que je ne le raconte. Il a fort approuvé la première partie de votre déclaration , mais il ne m'a pas caché qu'il avait vivement ressenti la seconde. Prétendant toujours que la Prusse n'avait rien à voir dans cette affaire , il m'a donné à entendre qu'il ne pouvait s'empêcher de voir une appréciation mal fondée, et presque une provocation , dans les paroles que vous avez prononcées sur les vues d'une puissance étrangère. J'ai fait remarquer à Sa Majesté que devant l'émotion qui s'était emparée de l'Assemblée, il était de la dernière nécessité de prévenir une discussion qui pouvait donner heu à des incidents fâcheux et irréparables ; que vous ne pouviez, d'un autre côté , vous abstenir, pour répondre au sentiment de la Chambre et l'apaiser, d'indiquer quelle serait la conduite du gouvernement de l'Empereur, dans le cas où les intérêts et l'honneur de la France seraient mis en péril; que le Roi

it,Googlc

par conséquent devait se persuader que votre langage vous avait été uniquement inspiré , et qu'il vous était même commandé, par votre désir de ne laisser rien compromettre, et de garantir contre toute surprise le maintien de nos bonnes relations avec la Prusse. J'ai développé ces considérations , mais je ne croîs pas avoir réussi à redresser complètement l'opinion du Roi.

Je me suis entendu avec notre consul à Cologne pour faire porter ma dépêche et cette lettre jusqu'à notre frontière.

Veuillez, etc.

Benedetti.

p. s. Je n'aperçois rien ici qui puisse me donner à croire qu'on prend des mesures militaires. Le Roi n'a toujours autour de lui que les officiers qui l'accompagnaient k son départ de Berlin. Je vous engage cependant k ne pas attacher une grande importance à cette information. On ne peut pas mobiliser même un seul corps d'armée sans que cette mesure devienne aussitôt de notoriété publique, mats on peut tout disposer dans ce but sans le laisser soupçonner.

CANDIDATCBE HOHENZOLLERH; EMS. 8H

lÉLtGRAHHE.

L'ambassadeur de France au ministre des affaires étrangères.

Ems, le' 10 juillet 1870, quatre heures soir.

"Je vous ai expédié en toute sbreté mon rapport sur l'audience que le Roi m'a accordée hier, il tous parviendra demain matin. Je n'ai pas revu Sa Majesté aujourd 'hui , ni reçu aucune communication de sa part ; mais je lui ai fait savoir que tout me commande de satisfaire sans trop de retard la légitime impatience du gouvernement de l'Empereur. Je garde les tables n" 1 et 2 de Berlin , et je continuerai à m'en servir.

Cette première phase de la négociation peut se résumer ainsi : Le Boi prétendait que son gouvernement, que lui-même, comme souverain, n'avait pris aucune part à l'acceptation du prince Léopold; que comme chef de jamille il ne pouvait retirer le consentement qu'il avait accordé avant de connaître les intentions du prince Antoine et de son fils ; il devait donc attendre d'en être instruit pour continuer notre entretien et arrêter lui-même ses propres résolutions.

J'ai considéré que je ne pouvais m'empêcher de déférer an désir du Boi ; j'ai toutefois fait remarquer que ce désir pouvait être apprécié de deux

n,g,t,7rJM,GOOglC

manières différentes : ou biea le Roi voulait éviter de faire personnellement une concession qui aurait blessé le sentiment public en AUemagne , ou bien il se proposait de gagner du temps pour ordonner, en négociant dilatoirement avec nous, des mesures militaires, pendant que, de notre côté, nous ne prendrions encore aucune disposition.

Avant l'arrivée à Paris du rapport dans lequel j'exposais cette situation, j'ai échangé avec M. le duc de Gramont les télégrammes suivants :

TÉLÉGRAMME

Le ministre des affaires étrangères à l'ambassadeur de France, à Ems.

Paris, le 10 juillet, une heure vingt soir.

J'ai reçu seulement ce matin votre dépêche d'hier soir, et avec des parties tronquées. Il faut employer tous vos efforts pour obtenir une réponse décisive ; nous ne pouvons pas attendre , sous peine d'être devancés par la Prusse dans nos préparatifs. La journée ne peut pas s'achever sans que nous commencions.

Je sais de source certaine qu'à Madrid te Régent désire la renonciation du prince de Hohenzollern. Dès que vous le pourrez , envoyez-moi un télégramme et écrivez par la poste en chiffres.

n,g,t,7rJM,GOOglC

CANDIDATURE HOHENZOLLBRN; BHS. 343

Le ministre des affaires étrangères à 1^ ambassadeur de France, à Ems.

Paris, le 10 juillet 1870, une faeure vingi-ciaq soir.

Écrivez-moi une dépêche que je puisse lire aux Chambres ou publier, dans laquelle vous démootrerez que le Roi a connu et autorisé l'acceptation du prince de Hobenzollern, et dites surtout qu'il vous a demanda de se concerter avec le prince avant de vous /aire connaître ses résolutions.

L'ambassadeur de France au ministre des affaires étrangères, à Paris.

Ems, le 10 juillet 1870, huit heures du soir.

J'avais déjà expédié mon dernier télégramme quand j'ai reçu ceux que vous m'avez adressés aujourd'hui à une heure vingf et une heure vingt-cinq. J'ai d'avance satisfait à vos ordres en vous envoyant le rapport que je vous ai annoncé, et qui arrivera demain à Paris, par-la poste , avec le train de dix heures un quart du matin. Vous jugerez sans doute que ce rapport , rendant compte d'uD entretien avec un souverain , ne peut être lu en'«ntier devant la Chambre, et qu'il est pr^

n,g,t,7rJM,GOOglC

su HA MISSION e:* prcsse.

férable d'en communiquer le sens ou des extraits. Je n'ai du reste pas un mot à y retrancher, surtout en ce qui concerne la connaissance que le Roi a eue des propositions faites par le gouvernement espagnol au prince de Hohenzollern , et l'assentiment qu'il a donné à son acceptation, en lui déclarant qu'il ne croyait pas devoir y mettre obstacle.

M. de ^Ve^tller vient de me faire espérer que le Roi pourrait me demander demain de reprendre notre entretien. Sa Majesté a reçu aujourd'hui des dépêches du prince Antoine de Hohenzollern ; le prince Léopold n'étant pas auprès de son père, les informations parvenues à Sa Majesté sont encore incomplètes ou insuffisantes. Vous me permettrez d'ajouter qu'à mon sens, la guerre deviendrait inévitable si nous commencions ostensiblement des |>réparati& militaires.

TÉLÉGRAMME

L'ambassadeur de France au ministre des affaires étrangères, à Paris.

Ems, )e 10 juillet 1870, onze heures trente soir.

Je viens- de rencontrer le Roi. SaMajftsté m'a arrêté pour me dire qu'elle n'avaitaucune réponse du prince Léopold, qui n'a pas encore rejoint son père. Je lui ai répondu que nous touchions au moment où le gouvernement de l'Empereur ne pourrait plus ajourner les explications qu'il doit aux Chambres et au pays. Je lui ai demandé la permission de lui exposer les

D„:,i.,-ih,G00glc

CANDIDATURE HOHENZOLLERN; EMS. 345 nécessités de ootre situation. Il me recevra demain matin. J'avais, un moment auparavant, développé à M. de Werther les considérations qui nous obligent il rompre le silence et les dangers d'un plus long retard ; il m'a promis de rendre compte qu Roi de notre entretien .

Si vous prenez la parole à la Chambre, veuillez, dire en quelques mots que j'ai plusieurs fois signalé les démarches faites pour assurer le succès de la candidature du prince de HohenzoUern, candidature qui avait été abandonnée et à laquelle on est subitement revenu eç dernier lieu. Le Constitutionnel se réunissant aux journaux de l'opposition pour m' attaquer, vous ne trouverez pas, j'espère, ma suggestion dé* placée.

TÉLÉOBAHME.

Le ministre des affaires étrangères à l'ambassadeur de'France, à Ems.

Paris, le 10 juillet 1870, cinq heures cinquante soir.

Je vous préviens que votre dernier télégramme chiffré d'hier soir a été tronqué et dénaturé, et que bien qu'expédié à neuf heures, il n'est arrivé que ce matin à dix heures.

n,g,t,7rJM,GdOglC

TÉLËfiRANHE.

L'ambassadeur de France au ministre des affaires étrangères.

Eins, le 10 juillet 1870, onze heures et demie H>ir.

Il a éclaté la nuit dernière un violent orage dans la Tallée du Rhin. Le directeur du télégraphe attribue à cette circoastaDce le retard et les erreurs que tous me signalez dans mon télégramme de samedi soir.

A la même date, M. le duc de Gramont m'avait en outre adressé la lettre particulière suivante :

Paris, le 10 juillet 1870.

Mon cher comte,

J'ai reçu h dix heures et demie du matin votre télégramme d'hier soir. Il a été arrêté en route, et tellement tronqué dans la partie la plus importante, qu'il est presque impossible d'en établir le sens. Je vous envoie le comte Daru, en vous priant de le feïre repartir immédiatement, car nous ne pouvons plus attendre. Pendant que le Roi vous remet d'heure en heure, sous prétexte de se concerter avec le prince de Hohenzollern, on rappelle en Prusse les hommes en congé, et on gagne sur nous un temps précieux. Â aucun prix nous ne pouvons donner à nos adversaires aujourd'hui ces mêmes avantages qui ont été

n,g,t,7rJM,GOOglC

CÂMDIDATDRE HOHESZOLLERNi EMS. 3»7 en 1866 81 funestes à l'Autriche. Etd'ailleurs,je vous le dis nettement, l'opinion publique s'enSamiue et va nous devancer. Il nous fiiut commencer; nous n'attendons plus que votre dépêche pour appeler les 300,000 hommes qui sont à appeler. Je vous en prie instamment, écrivez-nous, télëgraphiez-nous quelque chose de bien clair. Si le Roi ne veut pas conseiller au prince de Hohenzollem de renoncer, eh bien, c'est la guerre tout de suite , et dans quelques jours nous sommes au Rhin. Le Boi est désormais en cause. Après l'aveu qu'il a fait d'avoir autorisé l'acceptation , il faut qu'il la défende, ou du moins qu'il conseille et obtienne la renonciation ; mais ce qui est pour nous plus important que la renonciation elle-même, c'est de savoir promptement à quoi nous en tenir.

Ainsi donc, mon cher comte, je vous prie de m'écrire par la poste en chiffre, pour me confirmer vos télégrammes, et surtout le plus tôt possible par le retour du comte Daru et du comte de Bourqueney.

Pour vous mettre bien au courant de la situation, je vous envoie les derniers télégrammes que j'ai reçus de Madrid et de Pétersbourg '''. Celui de Madrid vous servira pour mettre à l'aise la conscience du Boi, s'il se croit lié par les avances espagnoles, auxquelles 11 s'est rendu avec si peu d'égards pour nous.

Mille amitiés et tout à vous,

Grakont,

l'i Voir cet annexes aux Appendices, n* 2.

n,g,t,7rJM,GOOglC

3t8 MA MISSION EN PRUSSE.

Avant cette lettre, j'avais reçu un nouveau télégramme aÎDsi coDçu :

Paris, le II juillet 1870, une heure matin.

Vous ne pouvez vous imaginer à quel poiut l'opinion publique est exaltée. Elle nous déborde de tous côtés, et nous comptons les heures. Il faut absolument insister pour obtenir une réponse du Roi, négative ou affirmative. Ilnous la faut pour demain, après-demain serait trop tard.

Le régent d'Espagne, après une conférence, a décidé d'envoyer au prince quelqu'un qui sera autorisé à voir le Roi et même M. de Rismarck pour demander le retrait de la candidature ; ce sera le général Dominguez ou M. Silvela. Vous pouvez vous servir de cette information si vous le jugez nécessaire au succès de vos efforts; mais il serait bien préférable pour le gouvernement de devoir le retrait de la candidature à la seule intervention du Roi.

Si vous réussissez, télégraphiez de suite et venez à Paris apporter vous-même les détails de la négociation.

Je ne me dissimulais pas les dangers d'un retard prolongé , et j'en étais si bien convaincu , que j'ai tenté, dans la journée .du 11, un nouvel effort auprès du Roi pour le déterminer à me permettre d'adresser au gouvernement de l'Empereur, sans attendre la réponse des princes de Hohenzollem,

n,g,t,7rJM,GOOglC

CANDIDATURE HOHENZOLLERN ; EMS. 349 une déclaration ou même une assurance qui aurait ' tout concilié. J'ai donc demandé une nouvelle audience, et j'en ai rendu compte dans les télégrammes et dans la dépêche qu'on va lire.

TiLÉGRAHME.

L'ambassadeur de France au mïaistre des affaires étrangères.

Eins, k 11 juillet 1870, une heure trente soir.

Je quitte le Boi. Durant une audience que j'ai prolongée pendant une heure, j'ai invoqué tous les arguments imaginables pour déterminer Sa Majesté à me permettre de vous annoncer qu'elle invitera le prince de Hohenzollem à renoncer à la couronne d'Espagne, sans lui cacher cependant que je considérais ce conseil comme un ordre. Le Roi s'y est retiisé , me déclarant qu'il devait laisser à son parent la plus entière liberté après comme avant son acceptation. Restant sur le terrain où il s'est placé, te Boi a prétendu qu'il sortirait du rôle d'abstention qu'il s'est tracé depuis l'origine , en déférant à ma demande, et il m'a donné constamment à entendre que l'initiative de la renonciation devait venir du prince Léopold , qui a pris l'initiative de l'acceptation. J'ai combattu cette manière de voir en représentant au Boi dos nécessités intérieures. Je lui ai parlé de la défiance et dé l'irritation des esprits en France, de l'obligation où bous sommes de donner publiquement des explications attendues avec impa-

' tience, des dangers nouveaux que créait chaque heure de retard , de la gloire qu'il recueillerait personnellement en interposant son autorité pour prévenir de terribles calamités. Sa Majesté a maintenu sa résolution. Après me l'avoir plusieurs fois demandé dans le cours de l'audience, le Roi, avant d'y mettre fin, m'a vivement engagé k vous télégraphier en. son nom, qu'il croyait recevoir ce soir ou demain une communication du prince Léopold, qui a dû rejoindre son père à Sigmaringen, et qu'il s'empresserait de me donner une réponse définitive. Vous jugerez de l'importance qu'il faut donner à cette déclaration du Roi, et de la mesure dans laquelle il peut nous convenir d'en tenir compte.

Pendant que j'insistais sur la nécessité d'adopter une prompte résolution , il a échappé au Roi de me dire : « Je n'ignore pas les préparatil^ qui se font à Paris, et je ne dois pas vous cacher que je prends mes précautions pour ne pas être surpris. ■ Sa Majesté a cherché ensuite à atténuer la portée de ces paroles.

Je n'ai pas fait usage des informations qui vous sont parvenues de Madrid. Vous savez déjà que le Roi prétend que nous sommes uniquement fondés à demander au gouvernement espagnol de revenir luimême sur la combinaison qu'il a conçue, et Sa Majesté n'aurait pas manqué de prendre prétexte de ce que je lui aurais dit pour insister dans ce sens.

Votre dernier télégramme est daté de cette nuit à Une heure.

n,g,t,7rJM,GOOglC

CANDIDATURE HOHENZOLLERNt EMS. 351

DÉpfiCHE.

DIRECTION POLITIODE.

Ems, )c 11 juillet 1870.

' Monsieur le duc,

Ainsi que je vous l'ai mandé par le télégraphe, je n'ai cessé, depuis la première audience qui m'a été accordée par le Roi, de lui faire représenter qu'il était absolument urgent de ne pas perdre un temps précieux, et de prendre un parti sans plus de retard. Comme je vous l'ai fait savoir également, j'ai eu l'honneur hier au soir de rencontrer le Roi, et Sa Majesté m'ayant arrêté pour m'apprendre qu'elle n'avait encore reçu aucune réponse du prince Léopold et m'en exprimer ses regrets, j'ai pris la liberté de lui dire que nous touchions au moment où le gouvernement de l'Empereur ne pourrait plus ajourner les explications qu'il doit aux Chambres, et je lui ai demandé de lui soumettre les nécessités impérieuses de la situation qui nous était faite. Le Roi a daigné me recevoir ce matin, et je viens de vous rendre sommairement compte, dans un télégramme, de l'entretien que j'ai eu avec Sa Majesté.

Me conformant à vos directions, je me suis apphqué à obtenir du Roi une résolution qui fût de nature à nous satisfaire pleinement sans autre délai, et je lui ai demandé de im'autonser à vous annoncer qu'il inviterait le prince de Hohenzollem à renoncer à sa candidature. ■ Ce prince, ai-je dit, ne pouvant se dis-

n,g,t,7rJM,GOOglC

penser de déférer à l'avis du Roi, nous serions dès à pr^senten mesure de calmer toutes les appréhensions. ■ Pour déterminer Sa Majesté à accueillir favorablement le vœu que je lui exprimais, je ne lui ai caché ni les défiances ni l'irritation du sentiment public en France ; je lui ai fait part de l'impatience diïsSénat et du Corps législatif, et de l'obligation où se trouvait le gouvernement de l'Empereur d'y satisfeire ; des périls de cet état de choses, et des dangers nouveaux que créait chaque jour de retard. Je lui ai répété qu'en prenant elle-même la résolution de dénouer de si graves difficultés, elle acquerrait des droits précieux à la reconnaissance du monde entier..

Le Roi m'a souvent interrompu pour m'opposer les objections qu'il avait déjà fait valoir dans ma précédente audience, et je ne reproduirai ici que ce qu'il importe que je vous en dise aujourd'hui. Sa Majesté a surtout insisté sur le titre auquel elle est intervenue, celui de chef de la famille ; titre qui ne saurait engager, à son avis, ni le souverain de la Prusse ni son gouvernement. Je ne me suis pas borné cette fois à répliquer que cette dualité ne serait pas comprise, j'ai ajouté qu'elle était inadmissible à tous les points de vue ; que le Roi était le chef de la famille parce qu'il était le souverain, et qu'il devenait dès lors impossible de séparer, dans le cas actuel^ ces deux qualités, et que le prince de HohenzoUem lui devait une obéissance- absolue, uniquement parce que Sa Majesté réunissait l'une et l'autre en sa personne; qu'on ne pouvait pas considérer les choses autrement, et qu'il

n,g,t,7rJM,GOOglC

CANDIDATURE HOHENZOLLBRN; EUS. 353 était, par conséquent, facile de comprendre pourquoi l'aTénement du prince Léopold était envisagé en France comme la restauration de l'empire de Charles- Quint.

Le Roi a contesté cette appréciation, prétendant • que l'élection du prince Léopold ne créerait aucune obligation nouvelle, aucun lien national entre l'Espagne et la Prusse. Après avoir demandé à Sa Majesté de soufïnr que je m'expliquasse en toute franchise et sans aucune réserve, je lui ai répondu que les relations dynastiques qui s'établiraient d'un pays à l'autre suffisaient pour nous imposer le devoir de conjurer une pareille éventualité. ■ Est-il constant, ai-je continué, qu'en cas d'un dissentiment entre le gouvernement de Votre Majesté et celui de l'Empereur, nous devrions observer notre frontière des Pyrénées, et par conséquent diviser dos forces t Personne ne le nierait ; notre conduite nous est donc tracée parles exigences de notre propre sécurité, et nous ne saurions, en cette occasion, être exposés au reproche de soulever volontairement un conflit. ■

$elon le Roi, j'exagérais la portée d'une combinaison que pour sa part il n'avait jamais désirée. Il lui était d'ailleurs impossible, et les termes dans lesquels il s'est exprimé m'ont porté à croire qu'il considère comme incompatible avec sa dignité souveraine de modifier son attitude , et d'exiger du prince Léopold qu'il renonce à la couronne d'Espagne, après lui avoir déclaré qu'il ne lui interdisait pas de l'accepter. Si je ne m'abuse, ce que surtout le Roi ne veut pas.

n,g,t,7rJM,GOOglC

«'est, comme je tous l'ai ëcrit, d'assumer la responsabilité d'ane retraite ou d'une concession qui blesserait le seetiment public en Allemagne ; et son intention bien arrêtée est, s'il n'a pas d'autres desseins, de la rejeter tout entière ou de la laisser peser exclnsi-rement sur le prince LéopoM et sur sos père.

« Au surjdns, a repris le Roi, il n'y a pas péril en la demeure, et un jour ou deux de retard ne sauraient rien aggraver ; le prince Lëopold terminait une excursion en Suisse et en Bavière, pendant que le prince son père s'était établi à Stgmaniigen, qui n'est sur le parcours d'aucun chemin de fer. Au moment où j'ai reçu les prenners wîs de l'émotion qui s'est manifestée «n France, le temps a aranqué aux deux princes poor se rejoindre, et je n'ai pas eu moi-naëme cehii de oo»nattre leurs dispositions ; j'en serai probt^lemeat informé ce soir ou demain, et n«us pourrons encore aviser d'une manière opportune.

— Je ne saurais aujourd'hui, ai-je répoadu, plus rien dissimuler au Roi. Sa Majesté est certaineoBeot instruite du jugement que le public porte en France sur cette attire. On s'est persuadé que le gowemement et ses agents ont été trompés, et que le secret qm a été gardé avec nous est la preuve manifeste d'une entmte conçue et concertée au préjndice de nos phis précieux intérêts ; cette conviction a rév«Ué des déBances et une irritation qu'il n'est plus possible de contenir. Pour les dissiper, il faut que les ministres de l'Empereur s'expliquent dès à présent, l'attitude «les représentants du pays et de la population ne leur

n,g,t,7rJM,GOOglC

CANDIDATURE UOHENZOLLERN; EMS. 355 permettant pas d'attendre plus longtemps sans s'exposer à des manifestations regrettables, et qu'ils annoncent que le prince Lëopold retirera volontairement l'adhésion qu'il a donnée aux ouvertures du cabinet de Madrid. ■

Ne dissimulant pas l'impression que mes paroles produisaient sur son esprit, le Roi m'a fait observer que notre insistance, quand il ne réclamait plus qu'uD délai très-court pour s'assurer des intentions des deux princes de Hobenzollern, pouvait lui faire penser que nous avions le dessein de provoquer im conflit. J'ai protesté contre cette supposition , et j'ai ajouté que j'offrais au Roi le moyen de s'assurer de nos véritables sentiments, en sollicitant Sa Majesté de nous garantir la renonciation du prince de Hobenzollern. C'est à ce moment que le Roi, comme vous l'aura appris mon télégramme, m'a dit : ■ Je n'ignore pas les préparatife qui se font à Paris, et je ne dois pae TOUS cacber que je prends moi-même mes précautions pour ne pas être surpris. » Sa Majesté a essayé plus tard d'atténuer la gravité de ces paroles, en chei^ chant à me prouver qu'elle avait encore une entière confiance dans le maintien de la paix. ■ Elle ne sera pas troublée, a dit le Boi, si l'on veut attendre à Paris que je sois en mesure d'y contribuer utilement, en me laissant le temps qui m'est nécessaire. » J'ai répondu que nous n'étions plus nous-mêmes en situation de remettre les éclaircissements que le pays tout entier nous demandait, et que nous ne pouvions lui annoncer, sans oilenser le sentiment public et sans

n,g,t,7rJM,GOOglC

35e MA MISSION EN PRUSSE,

susciter les plus légitimes récriminations , que le prince Léopold est en voyage, et que le Roï attend son -retour pour prendre un parti. « Votre Majesté peut tout prévenir, tout concilier, en me permettant de faire savoir au gouvernement de l'Empereur qu'il ne sera donné aucune suite à l'acceptation envoyée par le prince à Madrid : je la conjure encore une fois de m'y autoriser. »

Le Roi m'a répété qu'il ne pouvait céder à mon désir, et il s'est de nouveau retranché derrière les considérations qu'il avait déjà invoquées. Sa Majesté a tenu à m'expliquer l'absence du prince Léopold, et m'a appris qu'au moment où il a adhéré aux pressantes sollicitations du maréchal Prim, il avait été entendu que les Cortès seraient convoquées après un délai de trois mois, et que la combinaison serait seulement rendue publique à l'ouverture de l'Assemblée. Le prince Léopold croyait donc qu'il pouvait s'éloigner sans inconvénient, ne prévoyant pas que le maréchal Prim informerait prématurément notre ambassadeur à Madrid de l'arrangement qu'on venait de conclure.

En faisant remarquer au Roi que tous ces détails n'étaient certes pas de nature à apaiser l'effervescence du public en France s'ils lui étaient révélés, et que je ne pouvais y voir qu'un motif de plus pour mettre fin par son intervention personnelle à ce triste incident, j'ai tenté un dernier effort pour obtenir l'assentiment de Sa Majesté à ma proposition. Vous savez que je l'ai essayé en vain. Le Roi m'a répondu en me de-

n,g,t,7rJM,GOOglC

CANDIDATURE HOHENZOLLERN; EMS. 357 mandant de nouveau, et en y mettant une véritable insistance, de vous télégraphier en son nom, sans perdre un instant, qu'il croyait recevoir ce soir ou demain une communication du prince Léopold, qui doit être arrivé auprès de son père à Sigmaringen, et qu'il s'empresserait de me donner une réponse définitive. Je copie mon télégramme, parce que j'ai reproduit, en vous l'expédiant, les termes mêmes dont le Roi s'est servi.

Le temps me presse, et je ne puis rien ajouter à ce rapport. Je n'aurais du reste à vous soumettre que des considérations qui se présenteront d'elles-mêmes il votre esprit. J'attendrai vos ordres.

Veuillez, etc.

Bbnedetti.

jèlègramms.

L'ambassadeur de France au minisire des affaires étrangères.

Ems, ce 11 iuillel 1870, deux heures el demie soir.

M. de Werther m'annonce qu'il part aujourd'hui même pour Paris. J'ai quelque raison de penser que cette résolution a été prise immédiatement après l'audience que le Roi m'a accordée. L'ambassadeur arrivera demain matin, et s'empressera de vous demander une entrevue. J'ai cm comprendre, d'après ce qu'il m'a dit, qu'il n'a d'autre mission que de chercher à

D„:,iP<.-jM,G00glc

TOUS démontrer la sincérité des sentiments du Roi, et du désir de Sa Majesté d'arriver à une solution pacifique, sans toutefois foire personnellement une concession qu'il juge incompatible avec sa dignité, ou, en d'autres termes, en laissant peser uniquement sur le prince de Hohenzollern la responsabilité de sa renonciation.

PARTICVUÈRE.

Ems, le II juillet 1870, cinq kenres da soir.

Mon cher ministre,

M. Dam est arrivé il y a à peine une heure. Je TOUS expédie M. de Bourqueney. Il vous apporte la copie des deux télégrammes que je vous ai expédiés aajourd'hni, et une dépêche dans laquelle je vous rends compte de mon audience de ce matin. Vous le voyez, je ne ménage ni mon temps ni mes forces, et me désole de ne pouvoir réussir. Vous voulez une réponse immédiate et nette; le Roi persiste, malgré tous mes efforts, à me déclarer qu'il ne peut ni ne veut prendre sur lui de donner au prince de Hohenzollern l'ordre de retirer la parole qu'il a envoyée au gouvernement espagnol. Sa Majesté me laisse deviner, et elle me fût donner à entendre par son entourage, ainsi que vous le répétera M. de Werther, que le prince doit renoncer spontanément à la couronne qui loi a été offierte, et que le Roi n'hésitera pas à approuver sa résolution. 11 me dit de plus que la com-

n,g,t,7rJM,GOOglC

C&NDIDATtTRB HOHEKZOLLEBS; EUS. Uff' munioatian dn prince ne jMnt itarder ii lui panrcAÏi:, qu'il devrait la recevoir demaia ; mais il se Tefiise abselumentà me donner l'autorisation de tous faire savoir, dès à préBeot, ce qui équivaudrait à une garantie 0U à UD eng^fement, que le pnoce irotirera -sa oandidatttpe.

J'eepère que vous me direz jaar ie télégraphe, ce soir on demain, ce que je dois faire. Si je ne reçois aucun avis, je retournerai demain chez le Roi, et jelivrerai ma dernière bataille. Vous verrez, par le langage que je lui ai tenu ce matin, que je ne mesureplus mes observations, en mesurant toujours me» paroles et mon attitude.

Je réclame toute votre indulgence pour ma dépêche . J'ai quitté le Roi à une heiu^ ; j'ai dû chi£B^r mes télégrammes, et chaque p^e de ma dépêche a été expédiée dès que je l'avais nédigée. J'ai dû me hftter, et en^ployer .tous mes jeunes gens ii la ibis., piMU* ne pas manquer le.départ du train. .....

Veuilletc, etc.

L'ambassadeur de France au ministre des affaires: étrangères.

Ems , le 11 juillet 1870, sept heures soix.

M. Daru est arrivé. Je vous expédie M. de fionr^queney avec la copie de mes deux derniers télé—

grammes, et un rapport sur moD audience de ce matin.

Il arrivera avec M. de Werther.

U devenait, pour moi, de plus en plus évidenl que le Boi désirait combiner les choses de manière à dégager, aussi bien devant l'opinion publique eu Allemagne que vis-à-vis de la France et des autres puissances, sa responsabilité personnelle; qu'il voulait , dans ce but , laisser au prince de Hohenzollem l'initiative de son désistement, comme il prétendait lui avoir laissé l'initiative de son acceptation. Je l'ai dit dans ma dépêche et dans mes télégrammes. Par mes pressantes insistances, j'avais obtenu d'ailleurs des explications qui me plaçaient dans l'alternative de déférer au vœu du Roi et d'attendre le court délai qu'il demandait pouf me donner une réponse définitive, ou de rompre la négociation et de ne plus laisser aucune chance ouverte au maintien de la paix. J'ai pris le premier de ces deux partis, et j'ai demandé des ordres. Le gouvernement de l'Empereur a approuvé ma résolution et mon langage '''.

Avant l'arrivée du courrier qui était porteur de ma dépêche du 11 , et se réfërant à celle du 9, M. le duc de Gramont m'avait télégraphié:

<■) Voir pins loin le télégramme du Ijt, deux heurei quinze soir.

n,g,t,7rJM,GOOglC

CANDIDATURE HOUENZOLLEftH; BMS. Ml

Paris, le 11 juillet 1870, six heures cinquante soir.

J'ai reçu votre premier rapport du 9 et votre lettre particulière. Au point où nous en sommes, je ne dois pas vous laisser ignorer que votre langage ne répond plus, comme fermeté, à la position prise par le gouvernement de l'Empereur. Il faut aujourd'hui l'accentuer davantage. Nous ne pouvons pas admettre la distînctioD entre le Roi et son gouvernement qui vous a été exposée. Nous demandons que le Boi défende au prince de Hohenzollern de persister dans sa candidature, et si nous n'avons pas une réponse décisive demain , nous considérerons le silence ou l'ambiguïté comme un refus de faire ce que nous demandons.

Voici ma réponse : -

TiLiORAMME.

L'ambassadeur de France au mittùtre des affaires étrangères.

Ems, ce 12 juillet 1870, huit heures et demie matin.

J'ai reçu votre dépêche d'hier soir six heures cinquante.

J'avais compris moi-même qu'au point où en sont venues les choses , je devais tenir ici un langage plus ferme et me montrer plus pressant. C'est ce que j'ai

n,g,t,7rJM,GOOglC

Mt MA MISSION EN PaUSSB.

fait hier, comme vous le Terrez par le rapport que vous recevrez ce matin. Vous serez sans doute d'avis que je ne pouvais accentuer mes paroles plus vivement sans nuire à l'objet même de ma mission.

Signé : BENEDETn.

£ins,lel2jaUletmO.

Monsieur le ministre ,

J'ai reçu la nuit dernière la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser hier à six heures cinquante du soir. En m'accusant réception de moa rapport du 9, Votre Excellence me fait remarquer qu'au point où nous en sommes, le langage que j'ai tenu au Roi dans ma pi:emière audience ne répond plus , comme fermeté , à la position prise par le gouvernement de l'Empereur, et vous m'invitez à l'accentuerdavantage. J'avais pressenti vos ordres et je m'y suis conformé d'avance. Ainsi que je vous l'ai mandé par le télégraphe, j'avais, dès avant-hier, dit clairement au Roi que nous ne pouvions subir de plus longs retards, et vous verrez par la dépêche qui a dû vous parvenir ce matin, et dans laquelle je vous rends compte de la nouvelle audience qui m'a été accordée par Sk Majesté , que j'ai exactement précisé l'objet de nos demandes et nettement relevé ses objections. Je n'ai admis à aucun degré, et j'ai même vivement

n,g,t,rt.-JM,GOOglC

CANDIDATURE BOHEUZOLLERH; EMS. 343 combattu la distinction qu'il a maintenue entre le souverain et le chef de la femille de Hohenzollem ; j'ai mis une insistance énergique, sans sortir des limites qui m'étaient tracées par les convenances, pour lui représenter qu'il était en son pouvoir de prendre une résolution immédiate et de nous en donner connaissance sans autre ajournement; j'ai fermement décliné les observations qu'il a fait valoir pour justi< fiel* le nouveau délai qu'il réclamait, sans lui cacher qu'elles seraient considérées, si elles étaient publiées, comme une ofieose faite aux légitimes susceptibilités du sentiment public en France. Je croîs donc avoir obser\'é la juste mesure qui m'était commandée par l'objet même de ma mission , en m'exprimant à mon arrivée en termes propres à témoigner de nos dispositions conciliantes, et en graduant le ton démon langage d'après les résistances qni m'étaient opposées. En agissant ainsi , je n'ai pas seulement donné un gage manifeste de notre modération et conservé an gouvernement de l'Empereur les avantages que lui assure la conduite déloyale tenue à Berlin et à Madrid, j'ai pu, en outre, compléter l'instruction de l'aiToire et recueillir des informations et des aveux qui mettent en pleine lumière des procédés que les exigences de notre honneur et nos plus précieux intérêts ne nous permettent pas de tolérer. Si en arrivant k Ems j'avais en quelque sorte posé un ultimatum au Roi , j aurais feit croire à Sa Majesté que nous voulions la guerre à tout prix, et dès lors j'aurais vainement cherché à obtenir les éclaircissements qui m'ont été donnés, et

n,g,t,7rJM,GOOglC

qui nous antorisent pleinement, nous obligent même

à garder l'attitude que nous avons prise.

Veuillez , etc.

BBnEDETTI.

Dans l'après-midi du 12, j'ai en outre échangé avec M. le duc de Gramont les télégrammes ciaprès :

Le ministre des affaires étrangères à l'ambassadeur de France, à Ems.

Paris, 12 juillet 1870, deux heures quinze soir.

Vous nous dites dans votre dépêche que le Roi rédame avec une extrême vivacité un délai hien court pour connaître les intentions du prince de Hohenzollern , et qu'il s'empresserait, dès qu'il les connaîtrait, de nous donner une réponse définitive. Il a ajouté qu'il verrait dans notre refus le désir de provoquer un conflit. Notre dessein n'a jamais été de provoquer un conflit, mais de défendre l'intérêt légitime de la Frapce dans une question que nous n'avons pas soulevée. Aussi, tout en contestant la justesse des raisonnements du Roi et en maintenant très-énergiquement nos prétentions, nous ne pouvons refuser au Roi de Prusse le délai qu'il nous demande, mais nous espérons que ce délai ne s'étendra pas au delà d'un jour. Nous approuvons le langage que vous avez tenu en dernier lieu.

n,g,t,7rJM,GOOglC

CAlSDIDATnitE HOHENZOLLEBN; EM3. 3fi(

TÉLtGRAHHE.

Le ministre des affaires étrangères à tambassadeur de France.

Paris, le 12 juillet IH70, deux heures quinze du soir.

(Très-cottjîdtniirlle.)

Employez toute votre habileté à constater qtie la renonciation du prince de Hohenzollem vous est annoncée, commum'tfuée ou transmise par le Roi de Prusse ou son gouvernement. C'est pour nous de la plus haute importance. La participation du Roi doit à tout prix être consentie par lui ou résulter des faits d'une manière suffisante.

TÉLÉCRAMMB.

L'ambassadeur de France au ministre des affaires étrangères.

Ems, le 12 juillet 1870, six heures du soir.

Le Roi vient de me dire qu'il avait reçu une dépêche télégraphique qui lui annonçait que la réponse du prince de Hohenzollem lui parviendrait indubitablement demain matin. Il a ajouté qu'il me fera demander dès qu'elle sera entre ses mains.

M. de Bismarck est attendu demain à Ems. Si tel est votre avis, je vous prie de m'autoriser à partir immédiatement dans le cas oii la communication que le Roi me fera demain ne serait pas entièrement satis-

n,g,t,7rJM,GOOglC

faisante. Après ce que vous m'avez mandé, je ne voudrais plus accepter aucun dëlai, à moins que vous ne m'en donniez l'ordre. Je prie instamment Votre Excellence de me faire connaître une dernière fois ses intentions, dès qu'elle aura reçu le présent télégramme.

Je reçois à l'instant votre dépêche de deux heures quinze du soir.

Ainsi, dans cette même journée du 12, M. le duc de Gramont me recommandait, d'une part, de mettre tous mes soins à constater que le désistement du prince Léopold nous avait été notifié par le Roi afin de bien établir sa participation ; d'autre part, il m'annonçait, après avoir reçu mon rapport du 11, n° 2, que nous ne pouvions refuser au Roi le délai qu'il nous demandait, et il approuvait mon

Le Roi, de son côté, m'avait appris que la réponse du prince de Hohenzollem lui parviendrait, sans faute, le lendemain matin.

Ma conduite m'était donc clairement tracée. Je n'avais plus à presser le Roi, puisqu'il m'avait luimême indiqué le moment où il me donnerait ce qu'il avait appelé sa réponse définitive ; mais je devais m'appliquer à faire en sorte que cette réponse fàt conforme aux voeux du gouvernement de l'Empereur, c'est-à-dire, qu'elle fût de nature à

n,g,t,7rJM,GOOglC

CANDIDATURE HOHEnZOLLERNi EMS. S«T lier le Roi lui-même, ce que j'ai compris en ce sens que Sa Majesté me ferait part du désistement du prince Léopold et qu'elle y donnerait soa approbation, en m' autorisant à l'amioncer officiellemeat à Paris.

Je tiens à bien préciser quel était l'état des choses le 12 dans la soirée, pour deux raisons, la première, parce qu'il m'importe qu'on coosaisse exactement le véritable but de ma mission; la seconde, parce qu'il s'est produit à ce moment un incident nouveau.

On se souvient que le 12; dans la journée, l'ambassadeur d'Espagne à Paris avait appris au gou- Femement de l'Empereur que le priace Antoine de Hobenzollern venait de retirer la candidature de son fils. Cette détermination avait été notifiée directement à Madrid, et nous était revenue par l'Espagne.

Qu'avait-H>n eu en vue en procédant ainsi? Ëvidemmeut de dégager le Roi. Dès ce moment on pouvait en effet prétendre que la renonciation du prince était un acte spontané de sa volonté personnelle. Le Roi devait le lendemain, et c'est ce qui eut lieu, me faire part lui-même de la résolution du prince et me déclarer qu'il y donnait son assentiment; mais son gouvernement aurait été fondé à soutenir que le souverain était uniquement

n,g,t,7rJM,GOOglC

intervenu comme chef de sa famille pour approuver le désistement comme il avait approuvé l'acceptation. C'est ce que j'avais pressenti et annoncé, en signalant l'inteniion bien arrêtée du Roi de sortir de ce conflit sans compromission apparente pour sa personne. Nous avions à la vérité demandé au Roi d'inviter le prince à renoncer à la com-onne d'Espagne; le Roi se bornait à donner son acquiescement à une décision que le prince avait, pouvait-on dire, prise de son propre mouvement.

Devions-nous considérer comme insuffisante la satisfaction qui nous était accordée de la sorte? Pour ma part, je ne l'ai pas pensé, et rien dans les dépêches qui m'étaient en ce moment adressées de Paris ne me faisait supposer que le gouvernement de l'Empereur en jugeât autrement. A mon sens, ce qu'il nous importait d'obtenir, c'était la renonciation du prince validée par l'approbation du Roi, et ce résultat nous étions assurés de l'atteindre.

Mais personne n'a certainement oublié comment cette solution fiit accueillie à Paris. Dans les Chambres, dans la presse, dans la population de tous les rangs, comme je le rappellerai plus longuement avant de terminer cette publication, on ne voulut voir dans la renonciation du prince de Hoheazollem qu'tm succès dérisoire, et le gouvernement.

n,g,t,7rJM,GOOglC

CANDIDATURE HOHENZOLLERN; EMS. 869 contraint de tenir compte de l'état des esprits, jugea nécessaire de demander au roi de Prusse nne garantie nouvelle, dans la conviction qu'elle lui peFmettrait de désarmer l'exaltation de l'opinion publique. Je reçus donc le télégramme que je vais transcrire :

Le ministre des affaires étrangères à C ambassadeur de France, à Emt.

Paria, le 12 juillet 1870, sept heures soir.

Nous avons reçu, dès maintenant, de l'ambassadeur d'Espagne la renoncialion du prince Antoine, au nom de son fils Léopold , à sa candidature au trône d'Espagne. Pour que cette renonciation du prince Antoine produise tout son effet, il parait nécessaire que le roi de Prusse s'y associe, et nous donne l'assurance qu'il n'autoriserait pas de nouveau cette candidature.

Veuillez vous rendre immédiatement auprès du Roi pour lui demander cette déclaration, qu'il ne saurait refiiser, s'il n'est véritablement animé d'aucune arrière-pensée. Malgré la renonciation qui est maintenant connue, l'animation des esprits est telle que nous ne savons pas si nous pourrons la dominer.

Faites de ce télégramme une paraphrase que vous pourrez communiquer au Roi. Bépondez-moi le plus prompte ment possible.

Il est indispensable que je rappelle, en donnant les télégrammes et la dépècbe qui vont suivre, diverses circonstances qui aideront à les comprendre.

Je ne m'arrêterai pas aux prétendues insultes dont j'aurais été l'objet, ni aux procédés inconvenants qu'on m'a attribués. Je ne voudrais, s'it'en était besoin, invoquer d'autre témoignage que celui du Roi lui-même pour prouver que je n'ai pas oublié, une seule fois, la déférence que je devais au souverain auprès duquel j'avais en ce moment l'honneur d'être accrédité. Le gouvernement de l'Empereur, de son côté, n'a jamais prétendu que son ambassadeur eût été personnellement offensé à Ems, mais que le cabinet de Berlin avait présenté à divers gouvernements, d'une manière Injurieuse et blessante pour la dignité de la France, l'accueil que le Boi m'avait &ît en dernier lieu. Je n'ai donc pas à insister davantage sur ce point, et j'arrive aux incidents de la journée du 13 ^''.

J'avais reçu, dans la nuit, te dernier télégramme de M. le duc de Gramont. Pour me conformer àses nouvelles instructions, je me suis empressé, dès le matin, de me rendre auprès de l'aide de camp de

t') Voir aux Appendices les pièces officielles du gouvernemeai prussien, n" 3 et 4. Elles constatent que, sur ces incidents , comme pour mes rapports avec le Boi, ma version est exactement conforme à celle qu'on en a donnée à Berlin.

n,g,t,7rJM,GOOglC

CA>DIDATnRE HOHENZOLLBRN ; EMS. 371

service, le prince de Badziwill, pour lui detnauder, comme je l'avais toujours fait jusque-là, de solliciter pour moi une audience du Roi. Le Roi était déjà sorti ; cet ofEcier put néanmoins lui faire connaître sans retard le désir que j'avais exprimé, et m'annoncer que Sa Majesté me recevrait après sa promenade. Quelques instants plus tard, le Roi m'aperçut dans une allée et vint à moi, ne s'expliquant pas sans doute dans quel but je demandais à l'entretenir à une pareille heure, puisqu'O m'avait la veille témoigné lui-même l'intention de me voir dès qu'il aurait reçu le courrier de Sigmaringen, qui était attendu d'un moment à l'autre. C'est dans ces conditions, et je ne crains nullement d'être contredit, que j'ai eu, plus tôt même que je ne l'espérais, l'audience que je m'étais permis de solliciter parla voie ordinaire. J'instruisis le Roi des ordres que j'avais reçus, en m' attachant à atténuer dans la forme, comme on va pouvoir s'en assurer, le caractère de la nouveUe concession que j'étais chargé de lui demander. Voira le télégramme par lequel j'informais M. de Gramont du résultat de cet entretien.

n,g,t,7rJM,GOOglC

TÉLÉGRAMME

L'ambassadeur de France au minùlre des affaira étrangères.

Ems, le 13 juillet 1870, dix heures trente miaulea matin.

J'ai reçu au milieu de la nuit seulement votre télégramme d'hier soir, sept heures. Je viens de voir le Roi. Il n'avait pas encore le message qu'il attend de Sigmaringen. Je lui ai donné connaissance de la communication que vous a faite M. l'ambassadeur d'Espagne. Je lui ai fait remarquer que le désistement du prince de Hohenzollem, approuvé par le Roi, nous était une garantie pour le présent, mais que nous pensions qu'il était indispensable d'assurer l'avenir et de rendre définitivement une confiance entière à tous les intérêts ; que le Roi , dans ce but, voudrait bien me permettre de vous annoncer, en son nom , que si te prince de Hohenzotlern revenait à son projet, Sa Majesté interposerait son autorité et y mettrait obstacle. Le Roi a absolument refusé de m'autoriser à vous transmettre une semblable déclaration. J'ai vivement insisté, mais sans réussir à modifier les dispositions de Sa Majesté. Le Roi a terminé notre entretien en me disant qu'il ne pouvait ni ne voulait prendre un pareil engagement, et qu'il devait, pour cette éventualité comme pour toyte autre, se réserver la faculté de consulter les circonstances.

n,g,t,7rJM,GOOglC

CAC4PIDATURE HOBENZOLLEBN; GMS. 373 Peu d'instants après avoir expédié ce télégramme, j'ea reçus un nouveau de M. le duc de GramoDt ; le voici, avec la réponse que j'y ai ^e immédiatement :

- TÉLÉGRAMME

te minisire des affaires étrangères à l'ambassadeur de France, à Ems.

Paris, le 13 juillet 1870, nue heure quarante-cinq da matin.

L'Empereur me charge de vous faire remarquer que nous ne saurions considérer la renonciation que noua a communiquée l'ambassadeur d'Espagne, et qui ne nous est pas adressée directement, comme répondantsujBsammentaux justes demandes adressées .par nous au Boî de Prusse ; encore moins saurionsnous y voir une garantie pour l'avenir. Afin que nous soyons sûrs que le fils ne désavouera pas son père, ou qu'il n'arrivera pas en Espagne, comme son frère l'a fait en Roumanie, il est indispensable que le Roi veuille bien nous dire qu'il nepermettra pas au prince Léopold de revenir sur la renonciation que nous a comtaïuniquëe le prince Antoine.

Le comte de Bismarck arrivant à Ems, veuillez rester jusqu'à ce que vous soyez appelé à Paris. Dites bien enfin au comte de Bismarck et au Boi que nous n'avons aucune arrière-pensée , que nous ne cherchons pas un prétexte de guerre, et que nous ne

n,g,t,7rJM,GOOglC

demandons qu'à sortir honorablemeot d'une difficulté que nous n'avons pas créée nous-mêmes.

L'ambassadeur de France au ministre des affaires étrangères. .

Ems, le 13 juillet 1870, onze heures et demie matin.

Je reçois à dix heures et demie, et après vous avoir expédié mon dernier télégramme, celui que vous m'avez adressé cette nuit à onze heures quarante-cinq. J'attends que le Roi me fasse demander pour me donner connaissance du message du prince de Hohenzollem qui devrait arriver d'un instant à l'autre. Je proBterai de cette occasion pour insister sur ce que j'ai dit ce matin au Roi, et me conformer de nouveau aux ordres de l'Empereur.

On dit dans l'entourage du Roi que M. de Bismarck s' étant trouvé très-fatigué en traversant Berlin , s'y est arrêté, et qu'il n'arrivera pas aujourd'hui.

Veuillez, autant que possible, en m'expédiant vos télégrammes, m'accuser réception des miens.

En mettant fin à notre conversation du matin, le Boi m'avait en effet assuré qu'il m'inviterait à me rendre auprès de lui A l'arrivée des dépêches du prince de HohenzoUem. Je lus donc surpris de recevoir, par l'intermédiaire du prince de Radziwill, la

n,g,t,7rJM,GOOglC

Page 1