‹ Histoire de la guerre de 1870-1871 (volume 4)Chapitre 16 sur 19 · CANDIDATURE HOHENZOLLERN; EMS · texte numérisé non relu

CANDIDATURE HOHENZOLLERN; EMS

dit, de conserver aux États de l'ÂlIemagae du Midi une position internationale indépendante ; par l'autre, de rendre au Danemark, en consultant les populations, une portion plus ou moins importante du Schleswig du Nord. Or, avant même de signer la paix de Prague , eUe a imposé aux puissances allemandes établies sur la rive gauche du Mein des traités d'alliance offensive et défensive qui les plaçaient sous sa domination , et le cabinet de Copenhague attend encore la rectification de (routière qui a été stipulée avec notre concours. Elle n'a pas seulement oublié ses engagements , elle a , comme on l'a vu, déclaré ouvertement, à notre intention, qu'elle entendait en Allemagne procéder sans tenir aucun compte des vues des autres puissances, et qu'elle n'acceptait d'autre cçntrôle que celui de l'Autriche dans les arrangements à prendre avec le Danemark.

Qu'a fait la FranceîElle s'est abstenue de relever ces prétentions, si contraires qu'elles fussent aux dispositions du traité de Prague et à la bonne entente entre les cabinets. La Prusse cependant affirmait chaque jour davantage sa politique envahissante, et il devint bientôt manifeste qu'elle se proposait de violer Ik condition la plus essentielle du maintien de la paix, de franchir le Mein pour étendre sa puissance sur l'Allemagne entière. M. de Bismarck

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ne dissimula plus ses inteutions, et il considéra ruDion du Sud avec le Nord comme une question que l'on résoudrait librement à Berlin du moment où oale jugerait opportun. S'exprimait-il hautement en ce sens pour nous provoquer, pour contraindre ta France à protester et à intervenir, pour susciter un désaccord et un conflit? On peut assurément le supposer ; mais le gouvernement de l'Empereur, ne voulant pas fournir au cabinet de Berlin le prétexte qu'il désirait pour nous dénoncer au ressentiment de l'Allemagne, ne sortit pas de la réserve qu'il s'était imposée, et en aucune occasion je ne reçus l'ordre de faire au gouvernement prussien les représentations que nous aurions été fondés à lui adresser. Toutes les fois que les circonstances semblaient le permetire, je fiis invité au contraire à manifester le désir de nouer avec la Prusse des relations cordiales et intimes. J'ai raconté dans quels sentiments d'hostilité M. de Bismarck accueillit, à la fin de 1867, notre proposition de soumettre la question romaine à une conférence européenne. Le gouvernement de l'Empereur ne se découragea pas, et c'est précisément dans les premiers mois de 1868 que nous avons surtout insistr pour déterminer la Prusse à se concerter avec nous et à suivre d'un commua accord une politique de conciliation, tantôt en Italie, tantôt en Orient, en vue d'éloigner toute

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CANDIDATURE IIOHEKZOLLERN; EMS. 391 cause de dissentiment. Il m'était recopimaDdé de ne rien négliger dans ce but, et voici ce que je disais au ministre :

Ëa constatant que l'attitude du cabinet de Berlin témoigne en ce moment du désir de conserver des relations amicales avec le gouvernement de l'Empereur, vous pensez que nous devons nous appliquer à l'entretenir dans ces dispositions, et vous m'invitez à redoubler d'efforts pour mettre mes rapports personnels avec M. de Bismarck sur le pied de la plus parfoite cordialité. J'aurai soin de me conformer à vos instructions ; elles sont dictées par un sentiment que je partage sans réserve et dont je n'ai jamais cessé de m'insptrer, ainsi que le démontre ma correspondance*''.

Je répoudais aux dépêches officielles du ministre, et j'ai dit que je n'en possède pas copie ; mais voici ce que M . le marquis de Moustier m'écrivait de son côté dans une lettre particulière :

Depuis longtemps je veux vous écrire, et si je ne l'ai pas fait, c'estqu'aufond je n'avais rien de vraiment particulier à vous dire. Ce qu'il y avait à faire était simple quoique difficile ; vous le compreniez aussi bien que nous-mêmes, et vous avez observé la mesure délicate qtii devait présider à nos rapports avec le cabinet

(>} Dépêche du 4 février 1868, n* 19.

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de Berlin. Traverser le printemps saas compromettre ni ta paix de l'Europe ni la dignité Réciproque des deux États , tel était le but. A-t-il été atteint? Je crois qu'on peut des à présent l'admettre, et s'en féliciter.

Devant ce résultat, qui me semble également apprécié des deux parts, y a-t-il lieu de se préoccuper dés maintenant de questions plus lointaines et qui ne sont , à vrai dire, entre les mains de personne? Je ne le pense pas, et nous devons nous borner ànousaffiermir dans la situation actuelle , à éteindre de plus en plus les défiances, et à développer, même avec prudence et lenteur, les points de vue qui pourraient nous être communs.

Le discours du Roi a été pris généralement en bonne part, et nous espérons que le Parlement douanier ne donnera lieu à aucun incident qui, soit en Allemagne, soit en France, puisse émouvoir l'opinion publique. Les assurances que vous avez reçues, et que le comte de Goltz m'a confirmées , nous semblent sérieuses.

Dès que cette Assemblée aura terminé ses travaux , et aussitôt que notre budget aura été voté par le Corps législatif, l'apaisement des esprits, encore enclins à s'efli-ayer des moindres choses, deviendra complet, et le mouvement des affaires, en reprenant une nouvelle activité, donnera satisfaction à un besoin unîverselC)

Le gouvernement de l'Empereur n'avait, comme

(■) Lettre particulière du i mai 1868.

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CANDIDATURE UOHENZOLLERN; EUS. 393 on le voit, aucun dessein cacbë ; il n'était g^uidé que par un désir, celui de préserver la paix de toute atteinte. A-t-il persisté dans ce sentiment? Voici comment s'exprimait k ce sujet devant le Corps législatif, le 10 avril 1869, M. le marquis de la Valette, qui avait succédé à M. de Moustier au ministère des affaires étrangères :

L'Allemagne traverse une époque de transition, et c'est un motif pour nous d'éviter toute démarche qui pourrait être interprétée comme une ingérence dans les questions qui ne nous intéressent pas directement. Nous nous sommes fait un devoir de ne pas éveiller de susceptibilités, et des motifs légitimes pourraient seuls nous engager à nous départir de cette attitude d'abstention. (Très-bien! très-bien!)

Or, rien n'est de nature à nous faire prévoir de telles éventualités ; la Confédération de l'Allemagne du Nord acbève de s'organiser; les États du Sud se sont associés à ce mouvement dans la limite de leurs aspirations nationales et de leurs intérêts généraux ; ils s'en séparent par leurs sentiments autonomes et par leurs besoins particuliers; nous n'avons à intervenir à aucun titre dans le double mouvement qui s'opère librement et spontanément au' delà du Rhin. Nous ne l'avons pas fait, nous n'avions pas à le faire. Ce ne serait que dans le cas où, dépassant ces bornes légitimes, ce mouvement porterait atteinte à nos droits, que notre situation, à cet égard, se trouverait changée.

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Mais, pleins de respect et de ménagemeDt pour. les autres, nous n'avons aucun sujet de craindre que les ndtres ne seraient pas également respectés. (Très- Lien ! très-bien !)

Je croîs avoir établi que nos relations étaient bonnes -et avoir le droit de dire à la Chambre que la paix, objet de tous les vœux, ne me parait ni compromise ni incertaine. (Très-bien 1 bravo!)

L'honorable M. Thîers vous a parlé, l'autre jour, de la responsabilité ministérielle. J'ignoredans quelles conditions elle pourrait jamais s'établir, mais je sais qu'il y a une responsabilité à laquelle personne n'échappe, ni devant Dieu, ni devant les hommes; c'est celle de compromettre la paix par des démarches imprudentes, par des susceptibilités, par des ambitions personnelles. (Très-bien! très-bien!)

Celui-là qui céderait à des froissements, à des susceptibilités, et jetterait sans des nécessités absolues, sans que l'honneur et l'intérêt du pays l'engageassent, deux nations considérables l'une contre l'autre, celui-là encourrait les sévères jugements de l'histoire, et aurait, dès à présent, un compte sérieux à rendre à ses concitoyens. (Trèfr-bien! très-bien !)

On a dit que le gouvernement de l'Empereur n'avait pas de politique. Oui, il a une politique, c'est celle de la paix. (Très-bien! très-bien!) Il la poursuivra par tous les moyens légitimes, il la défendra, il l'imposera, s'il le peut, aux autres. 11 veut la paix, et c'est vers la paix que tous ses efforts sont concentrés, etdans le présent et dans l'avenir. (Très-bien ! très-bien !).

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CANDIDATURE HOHBNZOLLEHNi EMS. 395 Avec l'appui du pays, avec le concours des pouvoirs publics, nous maintiendrons la paix, et surtout avec l'aide de Dieu, qui, j'en suis sur, ne nous manquera pas. (Marques très-vives d'approbation. Applaudissements prolonges.)

C'est en ces termes que le gouvernement impérial prenait devant le pays l'engagement de maintenir la paix, de l'imposer s'il le pouvait; l'a-t-il tenu? Certainement, et j'en donnerai une preuve irréfutable.

Pendant qu'à Paris et même à Berlin on s'appU" quait à la rassurer, l'opinion publique se montrait plus profondément inquiète; elle se préoccupait des armements faits de part et d'autre. Les cabinets européens partageaient eux-mêmes cette appréhension. Voulant contribuer autant qu'il dépendait de lui à faire disparaître ces alarmes et à rendre aux affaires industrielles tout leur essor; voulant surtout attester la sincérité de ses dispositions pacifiques, le gouvernement de l'Empereur proposa de combiner un désarmement réciproque. Il n'ignorait nullement, la correspondance de ses agents l'ayant édifié à cet égard, que toute démarche dans ce sens faite directement à Berlin pouvait être assex mal accueillie et devenir un sujet de rupture, au heu de rester un moyen de rapprochement. Si sa pensée secrète avait eu pour objectif la guerre et non la

309 MA MISSION E?l PRUSSE,

paix , il aurait pu présenter lui-même sa proposition au gouveruei;nent prussien ; elle aui^ait vraisemblablement conduit à uq conflit dont la responsabilité serait retombée tout entière sur le cabinet de Berlin. Telle ne fut pas la marche adoptée à Paris.: le gouvernement de l'Empereur s'adressa à l'Angleterre et sollicita son concours, en me laissant totalement ignorer sa démarcbe, aBn de ne donner lieu à aucun prétexte, soit à Berlin, soit à Londres, de soupçonner la loyauté de ses intentions. Je trouve dans la circulaire de M. deGramontdu3 août 1870 Tbistoire de cette négociation , et on me permettra de reproduire ici ce <jui s'y réfère :

Bien loin de chercher la guerre, comme

on nous en accuse, nous avons prié lord Glarendon d'intervenir auprès du ministre prussien pour provoquer un désarmement réciproque; mission importante, dont lord Glarendon, par amitié pour la France et par dévouement aux idées de paix, consentit à se charger confidentiellement. Voici en quels termes M. le comte Daru, dans une lettre du 1" février, expliquait les intentions du gouvernement à M. de la Valette, notre ambassadeur à Londres ;

a II est certain que je ne me mêlerais point de cette affaire et que je ne demanderais pas à l'Angleterre de s'en mêler, s'il s'agissait purement et simplement d'une démarche banale et de pure forme, faite uniquement pour fournir à M. de Bismarck l'occasion

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CANDIDATCRE HOHENZOLLERN; BMS; 307 d'exprimer une fois de plus son refus. C'est une démarche ferme, sérieuse, positive, qu'il s'agit de faire.

t Le principal secrétaire d'État semble prévoir que M. de Bismarck éprouvera un premier mouvement de mécontentement et d'humeur. Cela est possible, mais non certain. Dans cette prévision, il est peut-être bon de préparer le terrain, de manière à éviter une réponse négative dès le début.

9 Je suis convaincu que la réflexion et le temps amèneront le chancelier à prendre en sérieuse -considération la démarche de l'Angleterre; si, dès le premier jour, il n'a pas repoussé toute ouverture, l'intérêt de la Prusse et de l'Allemagne entière parlera bien vite assez haut pour adoucir ses résistances. Il ne voudra pas soulever contre lui l'opinion de son pays tout entier. Quelle serait sa position, en effet, si nous lui étions le seul prétexte derrière lequel il puisse se réfugier, a savoir, l'armement de la France? ■

Le comte de Bismarck répondit d'abord qu'il ne pouvait prendre sur lui de faire part au Roi des suggestions du gouvernement britannique, et qu'il était assez au courant de la manière de voir de son souverain pour pressentir ses impressions. Le roi Guillaume verrait certainement, disait-il, dons la démarche du cabinet de Londres, la preuve d'un changement dans les dispositions de l'Angleterre à l'égard de la Prusse.

En résumé, le chancelier fédéral déclarait ■ qu'il était impossible à la Prusse de modifier un système militaire entré si profondément dans les traditions du

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pays, qui formait une des bases de sa constitution et n'avait rien que de normal ■ . M. le comte Daru ne s'arrêta point devant cette première réponse. Le 13 février, il écrivait à M. de la Valette:

■ J'espère que lord Glarendon ne se tiendra pas pour battu, et ne se découragera pas.

» Nous lui donnerons prochainement l'occasion de revenir à la charge, si cela lui convient, et de reprendre la conversation interrompue avec le chancelier fédéral.

" Notre intention est, en effet, de dimmuer notre contingent; nous l'aurions diminué beaucoup si nous avions obtenu une réponse favorable du chancelier de la Confédération du Nord ; nous le diminuerons moins, puisque la réponse est négative; mais nous le diminuerons. La réduction sera, j'espère, de 10,000 hommes, c'est le chiure que je proposerai.

■ Nous affirmerons de la sorte par les actes, qui valent toujours mieux que les paroles, nos intentions, notre politique.

■ Neuf contingents, réduits de 10,000 hommes chacun , font une diminution totale de 90,000 hommes. C'est déjà quelque chose, c'est un dixième de l'armée existante. Je regrette de ne pouvoir foire plus. La loi du contingent sera déposée prochainement.

» Lord Clarcndon jugera alors s'il est à propos de représenter à M. de Bismarck que le gouvernement prussien, seul en Europe, ne fait point de concession à l'esprit de paix, et qu'il se place ainsi dans une situation grave au milieu des sociétés européennes,

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CANDIDATURE HOHENZOLLERNi EM . 3M parce qu'il donne désarmes contre luîà tout le monde, y compris les populations accablées sous le poids des charges militaires qu'il leur rnipose. »

Le comte de Bismarck, vivement pressé, crut néces* saire d'entcer dans de nouvelles explicatioos avec lord Clarendon.

Ces explications, telles que nous les connaissons par une lettre de M. de la Valette en date du 23 février, étaient pleines de réticences. Le chancelier de la Confédération prussienne, revenant sur sa première résolution, avait entretenu le roi Guillaume de la proposition recommandée par l'Angleterre, mais Sa Majesté l'avait déclinée.

A l'appui de ce refus, le chancelier alléguait la crainte d'une alliance éventuelle de l'Autriche avec les États du Sud de l'Allemagne, et les velléités d'agrandissement que pourrait avoir ta France.

Mais il mettait en avant surtout les préoccupations que lui inspirait, dlsait-il, la politique de la Russie, et s'engiigeait, à ce propos, dans des considérations particulières sur la cour de Saint-Pétersbourg, que je préfère passer sous silence, ne pouvant me résoudre à reproduire des insinuations blessantes.

Telles sont les fins de non-recevoir que le comte de Bismarck opposait aux loyales et consciencieuses instances renouvelées itérativement par lord Clarendon, à la demande du gouvernement de l'Empereur.

Si donc l'Europe est restée en armes, si un million d hommes sont à la veillede se heurter sur les champs

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de bataille, il n'est plus permis de le contester, la

responsabilité d'un tel état de choses appartient à la

Prusse, car c'est elle qui a repoussé toute idée de

désarmer, lorsque nous lui en faisions parvenir la

proposition et que nous commencions par en donner

l'exempte.

Depuis plus d'un an que ce document a été publié, personne n'a contesté, ni en Angleterre, ni en Allemagne, l'exactitude de ce récit. Il est par conséquent permis d'affirmer qu'après comme avant l'avènement du ministère du 2 janvier, la France était fermement résolue à maintenir la paix, surtout avec la Prusse, aussi longtemps que cette puissance ne nous contraindrait pas à accepter la fl^uerre. Telle était si bien l'intention du gouvernement de l'Empereur, il songeait si peu à la provoquer, qu'il n'avait rien tenté pour se ménager des alliances.

Que feisait la Prusse, qui ne se dissimulait pas qu'elle devrait employer la force pour assurer le triomphe de sa politique? EUe n'avait pas seulement cultivé avec une extrême sollicitude ses relations avec la Russie , elle cherchait en outre à en nouer avec le cabinet de Madrid, et c'est dans ce but qu'elle a conçu le projet de placer un prince prussien sur le tràne d'Espagne. La France, qui ne nourrissait aucune pensée d'agression , n'a formé ,

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CANDIDATDBE HOHENZOLLERN; EMS. Ml au contraire, aucun dessein semblable. Rien cependant ne lui élait plus aisé, si elle n'avait pas craint d'autoriser la Prusse à lui attribuer des calculs ambitieux. M. de Bismarck n'était que trop disposé à nous en accuser ; il n'a pas bésité à s'expliquer eo ce sens avec le représentant de l'ADgleterre, pour jusriBer lu prétendue nécessité où se trouvait le cabinet de Bt-rlin de conserver sans rien en réduire son élat militaire. L'Autriche était cependant assez menacée, même après la paix de Prague, par la politique que la Prusse avait inaugurée en Allemagne, et le cabinet de Florence assez désireux d'acquérir le Tyrol italien, pour qu'il nous fût facile de nous entendre avec ces deux puissances en prévision d'une guerre prochaine. La guerre a éclaté, et elle nous a surpris sans alliances. .On peut le reprocher au gouvernement de l'Empereur, mais OD ne peut en conclure qu'il l'a voulue et qu'il l'avait préparée de longue main.

Mais s'il n'a pas recherché la guerre dans un hut politique, ne l'a-t-it pas provoquée dans un intérêt dynastique? Ses ennemis l'ont prétendu, et cette accusation n'est pas mieux fondée.

Quelle était la situation en juillet 1870? La réforme constitutionnelle avait triomphé de tous les obstacles, la paix publique était assurée; ta France entière, par sept millions et demi de sulfrages, avait

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de nouveau acclamé l'Empire. Ni le sntiverain ni le gouvernement n'étaient places dans la nécessité de chercher daus des succès militaires une diversion à des embarras intérieurs. Le mniolien de la paix ne leur était pas seulement imposé par l'inlérét du pays, il leur était également commandé par l'intérêt dynastique.

Tel était l'état des choses au momeat où il a été surpris par ta candidature du prince de Hobenzotlcrn à la couronne d'Espagne. Placé en présence d'une combinaison que la France ne pouvait souffrir dans aucun cas, it a pris résolument son parti. Je croirais superflu de montrer C(u'il ne lui était pas permis d'adopter une autre détermination, et que le sentiment public ne l'aurait pas toléré. L'instinct national ne s'y méprit pas; il comprit que l'avènement d'un prince prussien au trône de Charles-Quint avait été calculé dans des vues hostiles à la France, et il jugea que la France devait s'y opposer à tout prix. Mais si le (gouvernement de l'Empereur, partageant le sentiment du pays, a marqué son iuteulion sans détours, trop vivement peut-être, est-il vrai qu'il ait dès l'orij-ine de cet incident résolu d'en tirer un prétexte pour provoquer la guerre? Les documents que j'ai cités plus haut prouvent clairement qu'il n'a pas un instant conçu ce projet. Il a voulu uniquement que la Prusse re-

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